‹ Etudes sur J. B. Van HelmontChapitre 85 sur 116 · III. MODE D’ACTION DES MÉDICAMENTS · texte numérisé non relu

III. MODE D’ACTION DES MÉDICAMENTS

Van Helmont rejette ces deux théories qu’il considère comme ne résistant même pas à une discussion peu approfondie. Ce n’est pas à leurs propriétés physiques ou chimiques qu’il faut attribuer les propriétés médicinales des plantes; celles-ci ne se manifestent que quand le médicament s’approprie convenablement à la maladie dans laquelle on l’emploie. Quœ nutem nos calefaciunt , réfrigérant, humectant vel exsiccant, sensi id non quidem conlingere ralione excessus illarum qualitatum, quarum sorliebantur nomina : sed respectu appropriationis objecti (2).

Il faut, pour que les médicaments puissent imprimer à la maladie une tendance à la guérison, qu’ils agissent sur l’essence même de la maladie, c’est-à-dire sur l’archée souffrant, la force vitale troublée. La guérison de la maladie consiste donc, d’après Van Helmont, dans la sédation de l’archée et l’élimination du caractère séminal morbide produit par celui-ci. Telle est la guérison véritable. Itaque sensi sanationes, tam per medicamina, quàm per naturam fieri per sedationem agitali Archei et ablationem

(1) Pot. med., 4, p. 378.

(2) Ibidem.

seminalis , el morbosi characteris, ab Archeo producti. Hanc nimirum sensi proximam, tulissimam alque summam sanalionem (i).

Il s’ensuit qu’il existe dans toute maladie deux indications capitales de traitement : la première tendant à calmer l’archée, la seconde ayant pour but l’élimination du produit morbide. Comme Van Helmont reconnaît l’existence d’une série de maladies qui ne laissent pas de produits à leur suite, l’indication pour ces dernières se réduit à calmer l’archée.

La première de ces deux indications est celle concernant l’apaisement idiosyncrasies, de l’archée troublé. Que faut-il entendre par cette expression qui revient si souvent sous la plume de Van Helmont dans ses chapitres thérapeutiques : le calme de l’archée, — pacatio Archei ?

C’est encore une de ces figures de rhétorique telle que le médecin flamand aimait à en employer pour rendre sa pensée d’une manière plus saisissante. Nous croyons que la signification précise de ce mot ressort clairement de la lecture attentive de ses ouvrages. En différents endroits de son œuvre nous trouvons l’expression de cette pensée : les remèdes ne sont efficaces que pour autant quod Archeum, operando, sibi consonum habeant (2). Nous croyons que cette phrase nous permet de bien saisir la pensée de Van Helmont. Pour lui, en effet, le médicament ne peut agir sur nous que pour autant que la force vitale consente à son action.

Ace point de vue il exprimait une idée très-juste et à laquelle tout médecin praticien se ralliera sans difficultés. Tous, en effet, nous avons connu de ces cas rebelles à toute médication dans lesquels on voit échouer les médicaments dont l’action est la plus certaine. Les fièvres intermittentes pernicieuses résistent fréquemment à la quinine; la syphilis nous offre parfois aussi de ces cas où le mercure et l’iode sont impuissants à enrayer la marche de la terrible affection, sans que rien nous fournisse la raison de cette résistance.

Ce que l’on désigne sous le nom d’idiosyncrasie ne signifie pas autre chose en dernière analyse que cette résistance de l’économie à subir l’action du médicament. C’est justement celte considération d’une force que nous

(1) Pot. rned 14, p. 579.

(î) Defebr., XII, 9, p. 773.

ne connaissons qu’à 'posteriori , qui rend l’étude de la thérapeutique si difficile. Rien ne nous permet de prévoir de quelle manière l’économie réagira sous l’influence d’un médicament. Capricieux ici comme dans la variété des troubles morbides auxquels il donne naissance chez divers sujets atteints de la même maladie, l’organisme humain — sain ou malade — est soumis pour sa réaction à des lois que nous ne connaissons pas. Staluarms statuam , ccilcearius calceos indubie parai. Solüs autem medicus nil audel ex arte spondere sua : quia nititur fundamentis incertis, per accidens duntaxat, subinde atqne dolose proficuus (i).

Dans d’autres cas l’obstacle à l’action du médicament ne provient pas d’une idiosyncrasie; il dépend de l’étal de la force vitale : ainsi quand elle est trop fortement déprimée, comme dans la période algide du choléra, elle est rebelle à l’action de tout agent thérapeutique.

Critique Donc, avant tout, pour que le médicament puisse manifester ses proopinions priétés utiles, il faut qu’il agisse sur la force vitale, il faut qu’il la rende Écoles, consonum sibi. En d’autres termes, quelles que soient les propriétés d’un médicament, elles ne peuvent se manifester que par l’intermédiaire de la vie.

C’est ce que les Écoles avaient complètement méconnu. Cela devait être, comme conséquence logique de leurs doctrines; car après avoir relégué la force vitale sur l’arrière plan de leur pathologie, elles devaient, pour rester conséquentes avec elles-mêmes, méconnaître également l’importance de cette force dans la thérapeutique. Selon elles, la chaleur du corps humain suffit pour provoquer la manifestation des vertus du médicament; jusqu a ce qu’ils aient subi l’action de la chaleur animale, les médicaments sont inertes : pharmaca esse penitùs inertia ac relut demortua, nisi prius à ealore nostro, relut coquo, prœparentur et excitata acuentur (2). Mais leurs propriétés thérapeutiques se produisent du moment où ils ont été soumis à un certain degré de température animale, et si les manifestations de ces propriétés d’un même médicament varient chez divers sujets, c’est

(1) De febr.

(2) De Lit b IX, 10-1, |>. 750.

à une différence dans le degré de chaleur animale qu’il faut l’attribuer : Quasi unicus calor lam mulliformium effectuant causa foret pri mat'ia (i). Les Écoles allaient même jusqu’à dire que si le médicament agit autrement sur le vivant que sur le cadavre, c’est uniquement à cause d’une différence de degré thermométrique chez ces deux sujets. C’était, comme on le voit, pousser leurs principes à l’extrême et même ne pas reculer devant l’absurde.

Van Helmont, impitoyable adversaire de ces erreurs, ne ménage pas les reproches aux Écoles organiciennes. Les médicaments n’ont pas besoin de notre chaleur pour produire leurs effets ; ils agissent sur nous à l’instar des causes occasionnelles morbides, c’est-à-dire respectu animœ sensitivœ, et c’est à défaut de cet agent principal et immédiat, la vie, qu’ils n’opèrent pas sur le cadavre (2). Les propriétés des médicaments sont donc tout à fait trihutœ agenti sive efficienti vitali atque principaü (5), et c’est dans ce fait qu’il faut chercher la raison d’être de la variété des effets produits chez différentes personnes par le même médicament.

La vie, que Van Helmont appelle ici force sensitive, a besoin d’agents et d’objets sensibles pour sentir et agir. Ces agents — dans le cas spécial qui nous occupe, ce sont les médicaments — l’excitent de diverses manières et provoquent ainsi en elle une nouvelle action propre. Anima sensitiva ( quam Scholœ cum calore lurpiter confundunt) susceplas vires applicat, atque inde novam sibi quandam actionem propriam , ac prorsus vilalem fabricat (4). Mais ces forces nouvelles, dues aux médicaments, restent toujours à l’état de causes occasionnelles, que la vie peut prœterire ac ?iegligere. On en trouve la preuve dans de nombreux cas d’idiosyncrasie ; Van Helmont cite à ce sujet quelques cas exceptionnels dans lesquels des sujets robustes prenaient les laxatifs les plus violents en guise de boissons, ut cibos. Et cependant, à coup sûr, la chaleur animalo ne faisait pas défaut chez eux.

(1) De Lit/i., IX, 1015, p. 750.

(2) Loc. cit., IX, 110, |>. 751.

(3 ) Loc. cit., IX, 111, p. 731.

(4) Loc. cil., IX, 10b, p. 750.

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