PURGATIFS
Les Écoles faisaient de la médication purgative un abus aussi grand que de la saignée. Le fréquent emploi de certains drastiques, la scammonée et la coloquinte, rendait ces médicaments si antipathiques aux malades que les médecins, n’osant plus les désigner par leur nom scientifique, les prescrivaient, la scammonée sous le nom de Dicigridium et la coloquinte sous celui d’ Alaliandal (1).
Par une conséquence nécessaire des doctrines du médecin de Pergame, les praticiens du moyen âge et ceux qui vivaient à l’époque de Van Helmont, trouvaient dans la plupart des maladies, et notamment dans toutes les maladies fébriles, une indication urgente de la purgation.
L’importance de la médication purgative reposait sur les deux axiomes suivants admis par les Écoles :
1) Les humeurs putrides sont la cause des fièvres.
2) Les purgatifs enlèvent ces humeurs putrides du corps en vertu d’une action élective qui leur est propre, sélective.
La première objection que Van Helmont fait aux Écoles est que, si leurs propositions étaient vraies, personne ne succomberait à la fièvre (2). Mais
(1) Defcbr V, 2, p. 7b'ô.
(2) Loc. cil., V, 24, p. 7158.
il y a plus : le purgatif agit sur l’économie en enlevant par une action élective toutes les matières peccantes, disent les Écoles. Mais quand on le prescrit à une personne bien portante, chez laquelle il n’existe pas d’humeur peccante, il détermine des selles liquides, offrant les mêmes caractères que celles rendues par des malades. On voit par-là que le purgatif agit de la même manière chez tout le monde, qu’il existe ou non des humeurs peccantes dans le corps.
Pour Van Helmont, le mot de purgation ou de dépuration est trompeur— doliplenus (1). La purgation n’a pas pour effet la purification du corps : elle entraînerait plutôt distemperationem relictorum humorum , — si qui ejusmodi essent (2).
La diarrhée de la purgation n’est pas une élimination élective de bile ; sed mera cruoris liquatio putrefactiva (3). Ce qui le prouve surtout, c’est l’état du malade le lendemain du jour où il a pris un purgatif violent: Miser ille, qui se vestris arbitriis concredidil, ac se purificatum rebatur, cassa, acutâ et raucà voce loquitur , tremit manibus, vacillai genubus, oculis concavis, exhaustis venis, consternalo vultu, sitique pressas importuna et dejecta appetentia, se pridie multa passum affirmai, per tam dolosam et anxiam depurationis experientiam (4). Peut-on admettre que ce soit là l’effet d’une élimination de bile? Et ces symptômes n’établissent-ils pas clairement les propriétés vénéneuses des purgatifs? — Une action aussi violente que celle qu’il vient de décrire, est due, suivant Van Helmont, à un poison contenu dans le purgatif, et non à l’élimination d’une humeur qui n’existe que dans les livres des médecins, nunquam in natura (5).
Les purgatifs agissent en aveugles dès qu’ils ont pénétré dans le tube digestif : ils attaquent indistinctement tous les tissus qu’ils rencontrent; ils irritent ces tissus par leurs propriétés spéciales, — vénéneuses, dit Van Helmont; — ils font fermenter tout ce qu’ils touchent, ajoute-t-il, et à la
(1) De/'ebr., V, 8, p. 756.
(2) Loc. cit., V, 14, p. 757.
(a) Ibid.
(4) Loc. cit ., V, 15, p. 757.
(5) Loc. cit., V, 18, p. 737.
suile de cetle fermentation, il y a décomposition et putréfaction des parties atteintes (i).
C’est parce que Faction des purgatifs est due à un venenum putrefacfwutn et olidum (2), que l’on doit être plus réservé dans l’emploi de ces agents que ne l’étaient les Écoles. C’est, du reste, un précepte que l’on peut déduire des doctrines mêmes de Galien en les examinant bien. En effet, pour Galien la bile n’est que du sang corrompu; les purgatifs en augmentant si fortement la quantité de bile, ont dû agir comme putréfacleurs du sang.
Van Helmont conclut ce qui se rapporte aux purgatifs, en rejetant l’emploi général et systématique de ces agents médicamenteux, et en résumant les motifs de sa conduite dans les paroles suivantes d’Hippocrate à Démocrite : Omne solutivum deprœdari de viribus et substantiel nos tri corporis (3).