‹ Etudes sur J. B. Van HelmontChapitre 97 sur 116 · CAUTÈRES · texte numérisé non relu

CAUTÈRES

L’application des cautères en thérapeutique, comme on la recommandait au moyen âge, est une conséquence de la doctrine des catarrhes; aussi les Écoles en faisaient-elles un véritable abus.

11 existe différents moyens d’appliquer un cautère : on peut le faire par le feu, le fer rouge, le caustique, le couteau ou la pince. On réserve l’emploi du couteau pour les parties charnues; partout ailleurs, il est préférable de recourir au feu ou au caustique.

Le but que l’on veut atteindre par l’application du cautère, est de déterminer une élimination qui ne commence qu’après la chute de l’eschare. Aussi le cautère n’agit-il qu’après l’élimination de son eschare : nil juvat, priusquam demta sit eschara ablatoque prius coloris et siccitatis vestigio (i).

Les Écoles ont donné aux cautères établis et entretenus le nom de fontanelles , comme si ces plaies jouissaient de la propriété d’attirer et d’éliminer les humeurs morbides, de manière à empêcher le séjour dans l’économie d’éléments morbifiques. Elles poussaient leur raisonnement jusqu’aux dernières limites, et les médecins humoristes recommandaient sérieusement aux personnes bien portantes l’application et l’entretien de cautères pour empêcher les humeurs de se vicier et pour prévenir la maladie. L’influence de ces idées était tellement répandue qu’on plaçait de ces exutoires aux enfants âgés de moins de trois ans.

(1) Cauterium, 3, p. 303.

Étranges prétentions des Écoles ! l’œuvre de Dieu est parfaite dans son intégrité, s’écrie Van Helmont, et cependant les Écoles s’imaginent la rendre meilleure en la cautérisant! A leur point de vue il n’existe pas assez d’e'monctoires naturels dans l’organisme humain ; c’est à la médecine à suppléer à l’insuffisance de la nature. Aussi, pour arriver à la santé parfaite, faut-il se blesser et conserver soigneusement sa blessure ouverte. Car le cautère est un nouvel émonctoire, au moyen duquel les médecins peuvent forcer la nature à se dégorger. Prœswnunt nempe, a/que decernunt, Caaterium esse novurn emunctorium, per qnod Medentes queun naturam pro lubiiu coërcere , ad, se exonerandum (i).

Les cautères ont, selon Van Helmont, une signification bien différente Il raille la naïveté des Écoles, quand elles s’imaginent que la nature obéira si volontiers à leurs ordres. Il rejette l’emploi systématique et abusif de ce moyen, et prouve sa parfaite inutilité dans le plus grand nombre des cas où on l’employait, en déclarant qu’il a fait cicatriser plus de mille exutoires établis arlificiellèment, sans qu’aucun malade s’en soit plaint ou ait eu sujet de le regretter.

Les humeurs des Écoles se fabriquent dans le foie, dit-on; il faudrait donc que pour s’échapper, elles parcourent toute l’économie, à partir du foie jusqu’à la plaie. Mais personne jusqu’ici n’a jamais pu indiquer de quelle manière elles s’y prennent pour accomplir ce long trajet, et arriver à tel endroit donné du corps que le médecin aura choisi.

Du reste, après avoir prouvé que la doctrine pathologique du catarrhe n’existe que dans l’imagination des Écoles, Van Helmont a renversé la base sur laquelle on veut asseoir la thérapeutique par les cautères; car, d’après les galénistes, ceux-ci éliminent de l’économie une grande quantité d’humeurs morbides catarrhales qui, sans eux, se rendraient ailleurs, à moins qu’elles ne trouvent moyen de s’échapper spontanément.

Van Helmont se croit autorisé à conclure qu’il ne se fait pas à la surface du cautère une élimination élective d’une mauvaise humeur ou d’un excrément pernicieux. Tout ce qui s’écoule à ce point, est le produit du sang qui, arrivé à celle partie du corps, au lieu de la cicatriser, s’y corrompt

(1) Caulerium, S, p. 508.

THÉRAPEUTIQUE SPÉCIALE DE J. B. VAN HELMOlYf.

et dorme lieu à divers produits de dégénération (1). Or, du moment que le pus qui se sécrète à la surface du cautère ne provient pas de la pituite, mais du sang même, on ne comprend plus comment le cautère pourrait avoir pour effet, comme le prétendent les Écoles, d’éliminer la matière cause du catarrhe. Le pus étant le produit du trouble de la digestion d’une partie, il s’en suit que, pour les Écoles, on préviendrait les catarrhes en altérant l’intégrité et la nutrition d’une partie de l’économie (%}.

Van Helmont a résumé ses objections contre les abus des cautères dans les propositions suivantes :

1) Le cautère n’enlève pas les humeurs morbides.

2) La formation du pus dans le cautère est de même nature que partout ailleurs.

3) Le pus n’est pas un excrément du catarrhe.

4) Les cautères n’éliminent pas les mauvaises humeurs, puisqu’ils transforment en pus le sang de bonne qualité.

5) Ils ne font rien pour prévenir la formation des mauvaises humeurs,

6) Le pus et la sanie qui se forment à leur surface, ne peuvent pas rentrer dans l’économie,

7) Si le sang constitue l’humeur de mauvaise qualité, avant d’arriver à la plaie du cautère, il aura infecté déjà toute l’économie.

8) Il est absurde de prétendre que la formation d’un pus abondant à la surface du cautère constitue une bonne purgation : ce pus est le produit d’un sang de bonne qualité. Quand le sang est corrompu, la fontanelle ne fournit qu’une sécrétion sanieuse et un ichor fétide,

9) Il s’en suivrait que l’on serait mieux portant lorsque le cautère fournit de l’ichor, au lieu de fournir du pus : ce qui est évidemment faux (s).

Le cautère n’a donc qu’un seul effet, appauvrir considérablement le sang ; Jam palam fiet, Cauteriuvi non imprimi ad expurgationem maligni humorisy nec exsistere humorem malurn ; sed dumtaxat ad a blindait*

(1) Cautcrium, ÎÛ, p. 309.

(2) Loc. rit., 15, p. 509.

(a) Loc. rit., 10, |>. 509.

tiatn sanguinis diminnendam (1). Il ne conviendrait donc que dans les cas de pléthore, et il faut le proscrire chez les adolescents, les gens affaiblis et ceux qui mènent une vie réglée (2).

Van Helmont reconnaît cependant, après s’être attaché à réfuter toutes les erreurs que les Écoles avaient entassées pour arriver à établir leur opinion, que les cautères rendent parfois des services, mais sans agir comme le croient les humoristes. Il voudrait qu’ils aient au moins la franchise de reconnaître prode-sse Cauteria à mediis et finibus sibi ignotis, seque conjecturale remedium , incertum, et per accidens, tanto encomio extollere (3).

Les cautères n’agissent pas pour la guérison des maladies; ils sont utiles dans quelques cas rares, encore indéterminés pour les Écoles. Quapropler luridam et vanam esse Cauterii operam et opem , quœ inchoat à posteriori, sanandis morbis. Nondum enim à Scholis determinatum, quibus affectibus Cauteria conveniant, eô quod rarô et per accidens tantum jurent { 4). Ainsi leur emploi rend de très-grands services, dit Yan Helmont, dans les cas de menstruation imparfaite, quand on les associe aux sudorifiques; dans ce cas, en effet, il est indiqué de débarrasser l’économie de l’excès du sang que ne lui ont pas enlevé les règles, et qui sans cela irrite l’archée. Tout l’avantage du cautère consiste donc dans une diminution de la masse du sang. Totum ergo Cauterii speratum bene ficium , situm est in contemperatione abundantiœ cruoris, per hujus quotidianam atque minutulam diminutionem (5).

Son action est, du reste, palliative : Pallialiva semper est Cauterii medela (o). Aussi, en généralisant l’emploi des cautères, les Écoles admettaient une thérapeutique inefficace, puisqu’elle s’attaquait non au mal, mais à l’effet du mal : non ad prius, sive ad causam , atque radicem morbi ; sed ad posterius sive productum applicant (7).

(0 Cauterium, U, p, 309.

(2) Loc. cit., 12, p. 309,

(3) Loc. cit., 20, p. 310.

U) L.oc. cit., 27, p. 31 1,

(à) Lop. cil., 29, p. 311.

(6) Loc. cit., 30, p. 311.

(V Loc. cit., 30, p. 511.

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