‹ Études sur l'administration byzantine dans l'exarchat de RavenneChapitre 11 sur 53 · RAVENNE · texte numérisé non relu

RAVENNE

L'histoire des transformations administratives de l'exarchat a fait connaître d'une manière générale les divisions entre lesquelles se partagea l'Italie grecque et la date probable à laquelle se constituèrent ces nouvelles provinces : il reste à déterminer maintenant l'étendue et les limites exactes des possessions byzantines. A première vue , il peut paraître assez malaisé d'apporter dans cette recherche une précision absolue : malgré les trêves ou les traités de paix tant de fois conclus entre les Lombards et les Grecs, la guerre en effet s'interrompit rarement entre les deux puissances qui se partageaient l'Italie; et dans cette situation perpétuellement troublée , où la frontière des deux peuples avançait ou reculait à la suite de chaque campagne, il semble difficile que la limite des deux dominations ait été marquée d'une manière exacte et constante. Assurément, dans les premières années qui suivirent l'invasion, quand les Lombards commençaient à peine à s'établir solidement et poussaient chaque jour plus avant leurs conquêtes, quand les débris des anciennes provinces romaines n'avaient point trouvé encore leur groupement définitif, vouloir fixer une frontière entre les deux Etats serait un travail aussi compliqué qu'inutile. Mais quand la conquête fut à peu près achevée, quand les grands duchés de Spolète et de Bénévent, fondés dès 571 (1), eurent acquis, sinon leur entière extension, du moins leur principal développement, quand, après la période troublée qui suivit la mort d'Alboin, le royaume lombard s'organisa sous la vigoureuse main d'Autharis (584-590) , alors la division des territoires devint, elle aussi, plus précise. Sans doute les conflits ne cessè-

(1) La.ng. Reg., p. 229.

GÉOGRAPHIE DE i/eXARCHAT DE IIAVENNE.

iciit point entre les Grecs et leurs dangereux voisins; sans doute les liOmbards continueront à enlever aux Byzantins tantôt une ville, tantôt une autre, parfois même, sous un roi guerrier, comme Rotharis, une province tout entière. Mais l'ère des grands bouleversements est close; entre les deux dominations s'établissent des frontières qui seront respectées pendant d'assez longues années, et, dans l'intérieur des possessions italo-grecques , des circonscriptions nettement délimitées prennent naissance. C'est à ce moment, c'est-à-dire à la fin du sixième siècle, que nous nous placerons pour étudier la géographie politique de l'Italie byzantine : nous prendrons pour base de cette étude l'ancienne division provinciale du cinquième siècle, en essayant de montrer comment les débris des anciennes circonscriptions administratives se sont groupés sous la domination impériale, en recherchant par quelles vicissitudes territoriales ont passé les provinces byzantines depuis la fin du sixième siècle jusqu'à la ruine de l'exarchat (751) (1).

Ligurie el Alpes Cottiennes.

(Gouvernement de Ligurie.)

De l'ancienne province de Ligurie, dont la partie située au sud du Pô paraît avoir, vers le milieu du sixième siècle, reçu le nom de province des Alpes Cotlicnnes (2), les Byzantins avaient gardé

(1) Cf., sur cette date, la charte d'Aistulf donnée Ravennale in palalio, à la date du 4 juillet 751 (Fantuzzi , V, 203). — Sur la géographie de l'Italie au moyen âge, cf. la dissertation de Beretti , De Italia medii aevi... , à laquelle nous devons beaucoup de renseignements, et Muratori, De regno Italiae cjusque finibus [Ant. liai., I, 53). — Pour les identifications des noms géographiques, cf. C. I. L., t. V (Vénétie, Istrie, Ligurie, Alpes Cottiennes); IX (Calabrc et Apulio, Samnium, Valeria, Piccnum); X (Bruttium et Lucanie, Campanie), et Desjardins, Table de Peutinger , avec les cartes qui accompagnent ces ouvrages. — On trouvera dans l'atlas de Sprûner- Menkc, n° 21, Italien zur Zeit des Langobavden Reichs, les indications nécessaires pour suivre notre exposé. Toutefois , cette carte est loin d'être exacte, comme nous le montrerons en plusieurs points.

(2) Paul Diac, II, 16. La province des Alpes Cottiennes, telle qu'elle semble avoir été constituée entre les années 538 et 555, n'a rien de commun avec l'ancienne province de ce nom : elle est née d'un démembrement de l'ancienne Ligurie. La partie située au S. du Pô, avec Gènes, Bobbio, Tortone, Acqui, Savone, est devenue la province des Alpes Cottiennes, tandis que le nom de Ligurie fut réservé à l'ancienne Transpadane, avec Milan, Pavie, Novare, Vcrccil comme villes principales. Cf. Beretti, l. L, p. 17-18.

peu de chose : à la fin du sixième siècle, la côte seule restait entre leurs mains (1), Sans doute ils avaient, pendant quelque temps, conservé dans l'intérieur quelques places fortes isolées : Segusium (Suse) qu'un magisler niiliium occupait en 576 pour le compte de l'empereur (2), mais qui peu de temps après passa aux mains du roi franc Gontran (3); et Vinsula Amacina , ou mieux Commacina (île de Saint-Jean, en face de Sala) , une île située dans la branche occidentale du lac de Côme (4), non loin de la ville du même nom (5), et dans laquelle les Grecs avaient bâti la forte citadelle de Christopolis (6). Au moment de l'invasion lombarde , les habitants des villes voisines avaient transporté leurs richesses dans cette place, et le magister militum qui y commandait réussit pendant vingt années à s'y maintenir. En 589 pourtant, la forteresse tomba aux mains des Lombards d'Autharis (7). Il ne restait plus aux Grecs (jue la Ligurie maritime.

La province byzantine (8) , dont la limite septentrionale était sans doute l'Apennin (9) , comprenait toute la côte du golfe de

Sur les causes présumées de ce changement , cf. Beretti, p. 17, plus ingénieux que juste, et Fabre , /. /., 3'J0-391 et 405. Cf. aussi Mommsen {Neues Arclnv, V, 86-87), et C. I. L., V. — Le nom ù'Alpes Colliae , quoique nous ne le rencontrions ilans aucun document proprement administratif, paraît avoir désigné la province à l'époque byzantine (Joh. Diac, V. Greg., II, 53. Lib. ponlif., 168, 179. Paul Diac, VI, 28). Pourtant, le nom de Ligurie ne disparut pas entièrement (Paul Diac, II, 25) : il fut d'ailleurs rendu au pays après la conquête lombarde; le territoire fut organisé en duché de Ligurie (Muratori, Ann. d'il., a. 715).

(1) Paul Diac, II , 25 : « Alboin... universas Liguriae civitates, praeter has quae in littore maris sunt positae, cepit. »

(2) Paul Diac, III, 8.

(3) Fredeg. , Chvon., 45. Cf. Richter, Ann., 75-76 : il est impossible, en effet, de mettre Frédégaire d'accord avec Paul Diacre. Cf. Longnon, Géogr. de la Gaule, p. 432.

(4) Paul Diac, IV, 3. Cf. VI, 1!) et 21.

(5) Paul Diac, V, 38-39.

(6) Bouquet, IV, 67 (lettre de l'abbé Florianus à l'évoque Nicetius de Trêves).

(7) Paul Diac, III , 27. Il y subsista un moiiaslerium Romanum (Sanct. franc.ovum vit., I, 852).

(8) Paul Diac, II , 4 : « provincia Liguriae. » Anon. Rav., p. 249 : « provincia maritima Italorum que dicitur Lunensis et Vigintimilii et ceterarum civitatum. »

(9) Beretti, p. 100. La partie montagneuse de la province fut conquise de bonne heure par les Lombards. Quand , en 612, S. Colomban fonda son monastère à Bobbio, il trouva le pays déjà occupé par les Lombards, Paul Diac, IV, 41. Jonas, abbé d'Elnone, Vil. S. Columbani, 59-60 (Migne, LXXXVII, 1043-1044).

r.ÉOGIlAPHIK DK I,'HXAHCHAÏ DE HAVENNE. 45

Gènes depuis la Tusciejusciu'aux IVoiitièros du i-oyauine rraiic(l): ses limites difFéraieuL pou de celles do l'aucieuiie Ligurie (2) ; à l'est elle s'arrêtait toujours aux rives de la Macra (Magra) (3), mais à l'ouest elle n'atteignait plus le Var. La civitas Cemeliensis (Gimiez) et le caste Ikim Nicaeense {Nïce) , momentanément occupés en 537 par les princes l'rancs (4), faisaient , dès 561 , partie du royaume de Bourgogne et ne revinrent pas aux mains des Byzantins (5). Les principales villes de la Ligurie grecque étaient; Vintimilium (Vintimiglia) , lix civUas d'Albingaunum (Albenga), Varicoltis (6), civilas dont le nom se retrouve dans le village de Varigotti, au S.-E. de Noli; Vadum (Vado), puis la civitas de Soana (Savone) , entin l'importante ville de Gênes, Genova mariiima (7), capitale des possessions grecques de la région. A l'est de Gènes , une ville seulement est connue à l'époque byzantine , c'est Portus Veneri-s (8) (Porto Venere , au S. de la Spezzia). C'est dans ces villes de la côte qu'au moment de l'invasion lombarde la population romaine avait cherché un asile (9). L'archevêque de Milan, Honoratus, s'était retiré à Gênes en 569 (10); le vicaire du préfet d'Italie l'y avait accompagné (11) : et pendant plusieurs années les archevêques restèrent éloignés de leur ville épiscopale (1 2). Enfin , vers 640, le roi lombard Rotharis conquit la Ligurie grecque (13) ; il rasa les murailles des villes, réduisit les civitates à la condition de simples vtci (14), et organisa la province en un duché [ducatus Liguriae), distinct du duché voisin de Turin (15). C'est

(1) Paul Diac, IV, 45.

(2) Pline , N. H., III, 5.

(3) Au delà pourtant , les Grecs possédaient Luna (Greg. M. , ep. IX , 34) ; mais cette ville était considérée comme faisant partie de la Toscane (Paul Diac, IV, 46. Fred., Chron., 71).

(4) Proc, Bell Goth., I, 13; III, 32: IV, 24.

(5) Les évêques de Nice allaient aux conciles de Gaule (Longnon , l. t., 131. Paul Diac, III, 1, 6. Anon. Rav., p. 293.) C'est donc à tort que Beretti place ces deux villes en Ligurie (p. 101-103).

(6) Fredeg., 71,

(7) Fredeg., 71.

(8) Greg. M., ep. V , 3.

(9) Ibid., III, 30.

(10) Paul Diac, II, 25.

(11) Greg. M., ep. IX, 35.

(12) CsLtalogus episc. Mediol. (M. G. H. SS., VIII, 103).

(13) Paul Diac, IV, 45.

(14) Fred., 71. Cf., sur l'exactitude des renseignements du chroniqueur, Lumbroso, Sulla storia. dei Genovesi avanli il MC. Turin, 1872, p. 27-33.

(15) Beretti , p. 38-39 et 101.

46 l'exauchat de ravenne.

à ce moment que l'Eglise romaine perdit son patrimoine des Alpes Gottiennes (1), qui lui fut restitué plus lard par Aripert et par Liutprand.

Vénétie — Istrie.

(Gouvernement d'Istric. — Duché clo Vénétie.)

La province de Vénétie et d'Istrie avait eu le même sort que la Ligurie. Dans cette région qui avait reçu le premier choc de l'invasion barbare , les Grecs ne conservaient plus guère que les côtes de l'Adriatique. Au sortir de la Pannonie , les Lombards, franchissant sans résistance le Tagliamento, la Piave et la Brenta, s'étaient tout d'abord solidement établis dans le pays ; dès la première année de la conquête, le duché de Frioul était fondé (2) ; bientôt Vicence, Vérone , toute la Vénétie tombaient aux mains des envahisseurs ; les Byzantins ne conservaient dans l'intérieur du pays que Padoue, Mons Silicis (Monselice à l'est d'Esté), Mantouo, Opiiergium (Oderzo) et Aliinurn (3) : encore ces places devaient-elles bien vite leur échapper. Mantoue, prise par les Lombards avant 588, un moment recouvrée par l'exarque Smaragdus (4) , était définitivement perdue en 603 (5) : vers la même époque, Mons Silicis (001) et Padoue (603) tombaient au pouvoir d'Agilulf (6). L'Adige seule arrêta les progrès des envahisseurs : jusqu'au huitième siècle, les Byzantins conservèrent le pays compris entre les embouchures du Pô, qui fut rattaché, nous le verrons plus loin , à l'exarchat proprement dit : des autres débris de la province, les Byzantins formèrent deux gouvernements : celui d'Istrie et celui de Vénétie,

Le premier flot de l'invasion avait passé au nord de l'Istrie sans l'atteindre : quand Autharis, vers 587, tenta enfin de s'en rendre maître , il était trop tard ; les Grecs avaient eu le temps de prendre des mesures de défense, la forte ville de Justinopolis (aujourd'hui Gapo-d'Istria) avait été fondée à l'entrée de la province (7),

(1) PaulDiac, VI, 28, 43. Lih. ponlif., 168, 179.

(2) Paul Diuc, II, 9.

(.3) Paul Diac., II, 14. Chron. ven., 5.

(4) Bouquet, IV, 87.

(5) Paul Diac, IV, 28.

(6) Ibid., IV, 26 et 23.

(7) On ne saurait, en effet, attribuer à Justin I (518-527) la fondation de Justinopolis. Sous son règne , l'Istrie appartenait tout entière aux Goths

r.liOGHAPHIE DK l'eXARGHAT I)E ItAVENNE.

un cori)S do troupes impériales occupait solidement le pays (1). Les Lombards, conduits par le duc de Trente, se bornèrent à [)iller et à brûler le plat pays; ils durent se retirer sans avoir pris aucune place (2). L'exanjue Smaraj^dus lui-même était accouru de Ravenne en Istrie pour défendre la province (3), et grâce à ses efforts, le duc do Frioul Grasulf échoua en 588 comme avait fait le duc de Trente : l'exarque regagna même, par la diplomatie autant que par les armes , quelques villes auparavant perdues. Mais deux dangers i-edoutables continuaient ;\ menacer le pays : à l'ouest, les Lombards, à l'est les Avares et les Slaves; et plus d'une fois les deux ennemis se coalisaient contre les possessions byzantines. En 599 , l'exarque Gallinicus avait à repousser, les attaques des Slaves (4) ; ils revenaient en 601 avec les Lombards d'Agilulf (5); ils revinrent encore en 612 (6). Malgré tout, les Byzantins conservèrent ITstrie (7) ; même après la chute de l'exarchat , ils réussirent quelque temps à s'y maintenir. Les papes eurent beau prétendre que l'Istrie avait été donnée par Charlemagne à l'Eglise romaine (8) : en réalité ils ne possédaient dans la province que de simples patrimoines (9), et les Grecs, qui demeuraient maîtres du territoire, traitaient fort mal quiconque essayait d'ébranler leur domination. A la fin du huitième siècle pourtant, les Byzantins furent chassés de la province : en 791 l'Istrie était gouvernée par un duc franc (10).

(Cassiod., Va)-., XII, 22). Il n'en était plus ainsi sous Justin II (567-578), auquel il faut, par conséquent, rapporter la création de la ville nouvelle. Cf. C. /. L., V, 694, une inscription de Tergeste datée de 571. Les inscriptions relatives à la fondation de Justinopolis (C. /. L., V, 12-13) sont évidemment fausses. Cf. Beretti, p. 144.

(1) Bouquet, IV, 88 : « Cum Ossone viro glorioso et Romano suo exercitu. » Cf. les inscr. de Grado de la même époque (C. I. L. , V , 1583-1616) , qui attestent l'existence d'une nombreuse garnison.

(2) Paul Diac, III, 27.

(3) Bouquet, IV, 88.

(4) Greg. M., ep. IX, 9. Jaffé, 1680.

(5) Paul Diac, IV, 24.

(7) Ils l'occupaient à la fin du septième siècle (Paul Diac, V. 12. Lib, pontif., 137). Cf. Paul Diac, VI, 30. En 687, le Lombard Rodoald s'enfuit en Istrie et de là à Ravenne.

(8) Lib. pontif., 318,

(9) Cod. CaroL, 65 (a. 776-780).

(10) Epist. CaroL, 6 (Jaffé, p. 350). Cf. p. .321. Eginhard, V. Karoli, 15.Sickel, Acl. Karoli, n« 188. Harnack, /. ;., p. 12, 31, 38-39. Beretti croit à tort (p. 69) qu'en 776 l'Istrie dépendait du duché de Frioul.

l'exarchat de ravenne.

Dans le langage officiel de l'administration impériale , l'Istrie était considérée comme un gouvernement séparé (1) ; mais ses limites n'étaient plus celles de l'ancienne circonscription du même nom. Celle-ci était, à l'époque romaine, bornée au nord par le Formio (Risano) , à l'est par VArsia (Arsa) , (2) qui la séparait de la Liburnie (3). Il ne semble pas qu'à l'époque byzantine la domination impériale s'étendît aussi loin dans l'intérieur : tout au moins les villes que nous connaissons sont-elles, sans exception, situées sur la côte; le reste était un pays toujours exposé <à l'invasion, et partant d'une possession assez incertaine. En revanche ristrie byzantine s'étendai t au delà du Formion : Tergesie (Trieste), siège d'unévêché, faisait partie de la province (4). Puis venaient, au sud de l'embouchure du Risano , l'importante place de Justinopolis (Capo-d'lstria)', qui était peut-être la capitale de la région (capui Istriae) ; ensuite l'île de Capraea (Isola) (5) , la ville de

(1) Bouquet, IV, 88. Cf. Greg. M., ep. IX, 97. Lib. pontif., 137.

(2) Pline, H. N., III, 18.

(3) Anon. Rav., IV, 31.

(4) Beretti (p. 135) place à tort la limite orientale de l'Austria lombarde au Formion et comprend (p. 141) Tergeste dans le duché de Frioul. Il est évident, au contraire, que Trieste faisait partie de l'Istrie grecque. Paul Diac, III, 26. Cf. Greg. M., ep. XII, 33, qui, écrivant à l'évéque Firrainus de Trieste, l'appelle episcopus Istriae, et le concile de 680, où l'évéque de Trieste est rangé dans l'èTiapxîa 'I(TTpîa(; (Labbe, Concil. VII, 731).

(6) Greg. M., Ep., IX, 9, 10, 97. Suivant Ughelli [Ital. Sacra, V, 1336), dont l'opinion est suivie par P. Ewald (Jaffé, 1678, 1680, 1681), Vinsula Capraea ou Capritana , mentionnée par Grégoire le Grand comme appartenant à la province d'Istrie et formant avec le castellum ad Novas un diocèse épiscopal , devrait être identifiée avec la ville de Caprulae (Caorle), située dans l'estuaire de la Livenza. Dans cette hypothèse , la province d'Istrie s'étendrait le long de la côte jusqu'à l'embouchure de la Livenza ou même de la Piave, et l'on comprendrait pourquoi, au concile de 680, les évéques d'Aquilée , d'Opitergium , d'Altinum sont rangés dans l'èirap- Xia 'IffTpîa; (Labbe, VII, 731). Mais il est peu prudent de se fier entièrement il ces listes , souvent fort inexactes (Cf. Duchesne , Les documents eccl. sur les divisions de l'emp. romain, dans Mélanges Graux , 1884, 133- 135), et qui placent , par exemple, dans la même èTtapxîa 'I^xpia; des villes comme Padoue et Ceneta (Ceneda, sur un affluent de la Livenza). Il est préférable, sans tourmenter les textes, de chercher Vinsula Capritana dans l'Istrie proprement dite. Or, le géographe anonyme de Ravenne mentionne précisément , entre Tergeste et Piranum , un endroit nommé Capris (IV, 31 ; V, 14), au point même où un village porte aujourd'hui encore le nom significatif d'Isola. Le castellum ad Nouas serait alors la ville de Neapolis (auj. Cittanuova), mentionnée par le géographe de Ravenne entre Humagum et Parentium (IV, 30-31; V, 14), et où se réfugièrent en effet, ainsi que le dit S. Grégoire, les évéques d'Aemona de Pannonie (Gams, Séries episcoporum, 770. Cf. Ughelli, V, 226).

(lÉOfiHAl'HIH UK l/EXAItCllA r DK IIAVENiNK.

l^iramiiii (l*ii ;iiio), Voppidunt d'Hiiiimijinn (lJin;ifjo)(l), Ig caslellum ad iVourti' (Cillaiiuova), siège d'un 6vôcliô('2), Parenlium (Parenzo), près Jo la côte eu face de Roviguo , l'île Cissa (Vistro) où résidait uu évèque, enfin Pola, la dernière ville que nous trouvions dans risLrie byzantine (3). Il faut rattacher à ce gouvei-noment, quoiqu'elle en fût séparée par les territoires lombards , la forte place deGrado, où le patriarche d'Aquilée , Paulinus, fuyant la barbarie des envahisseurs (i), s'était réfugié en 5159 avec les trésors de sou église (5). Ainsi ce casirum isolé , bâti dans une île de la lagune et qu'une simple chaussée rattachait au continent (6), était devenu « la Nouvelle A(jiiilée (7), » bientôt élevée au rang de métropole religieuse de la Vénétie et de l'Istrie (8) , et fortement occupée par les Byzantins (9), qui faisaient de là dans le pays lombard de fréquentes incursions (10). Quand l'Istrie proprement dite fut reconquise par Charleuiagne, Grade, qui échappa aux Francs, fut rattaché au duché de Venise (11), mais aussi longtemps que dura l'exarchat , tous les textes s'accordent à la comprendre dans la province d'Istrie (12).

(1) Ughelli, V, 1074.

(2) Paul Diac, II, 26. Greg. M., Ep., IX, 10.

(3) Paul Diac, II, 26.

(4) Paul Diac, II, 10.

(5) Chron, pair. Grad. (SS. rer. lang., 393). Chron. ven., p. 5. Chron. Grad., p. 44. Dandolo, p. 94.

(6) Paul Diac, V, 17.

(7) Chron. pair. Grad. (SS. rer. lang., 393).

(8) La chronique des patriarches place à tort cet événement en l'année 579, à propos d'un prétendu synode de Grado dont les actes sont apocryphes (Hefele , III, 535. Jaffé , 1047). Il est probable que le patriarcat de Grado fut constitué en 605, au moment du schisme entre Aquilée et Grado (Paul Diac, IV, 33. Cliron. pair. Grad., p. 394. Cf. Baronius , VIII, 197- 199).

(9) Elle fut surprise pourtant et pillée par Lupus, duc de Frioul (vers 667). Paul Diac, V, 17.

(10) Paul Diac, VI, 51, dit que les patriarches lombards d'Aquilée durent se réfugier au ca.stellum de Gormons : « quia in Aquileia propter Romanorum incursioncs habitare minime poterant. »

(11) Chron. ven., 14. Sickel , Acta Karol., n" 188, 189. Ann. Einh., 803. Harnack, 45 et suiv.

(12l Beretti (p. 152) place à tort Grado en Vénétie. Les textes semblent indiquer nettement qu'elle faisait partie de l'Istrie (cf. pourtant Paul Diac, IV, 4). Pélage II adresse ses lettres à Elie, patriarche d'Aquilée — Grado, «vel aliis episcopis Histriae » (Migne, LXXII, 706,710,715. Jaffé, 1054, 1055, 1056). Paul Diacre parle de l'enlèvement de Sévère , patriarche de Grado : « cum aliis tribus ex Hislria episcopis » (ce sont ceux de Parenzo, Tergeste

t/exarchat ue ravenne.

Dans la Vénétie proprement dite , après la perte de Mons-Silicis(601) , de Mantoue et de Padoue (603) (1) , les Byzantins conservèrent pendant quelque temps, outre les villes de la côte, les trois places de Concordia (Porto-Gruaro), d'Opilergium (Oderzo) et d'Altinum (Altino). Opilergium , qui, jusqu'au milieu du septième siècle , demeura le centre de la domination byzantine dans la l'égion , se distingua particulièrement par sa longue résistance. Le duc byzantin qui y commandait soutint habilement la lutte contre les gouverneurs lombards du Frioul (2), et telle était l'importance de cette citadelle que le roi Rotharis, lorsqu'il s'en empara enfin vers 640 (3), trouva plus sûr d'en raser les murailles que d'y mettre garnison (4). Vers 667 , pour plus de sûreté , Grimoald détruisit la ville de fond en comble et en partagea le territoire entre les cités voisines (5). Concordia, qui paraît avoir été momentanément occupée par les Lombards en 590 (6), tomba définitivement en leur pouvoir vers 615 (7) ; enfin, en 640, Rotharis s'empara d'AUinum (8).

Mais, outre ces places isolées, les Byzantins possédaient la Vénétie maritime; sur cette côte basse et marécageuse, à peine habitée à l'époque romaine, les fugitifs de toutes les villes conquises par les Lombards étaient venus chercher un asile. Au milieu des lagunes qui s'étendent entre l'emtouchure de la Livenza et celle de l'Adige, toute une série de petites villes s'étaient fondées à

et Cissa). Les inscriptions désignent également l'opposition des patriarches de Grado sous le nom de schisme d'Istrie (Duchesne , 325, n. 2, inscr. placée par Honorius sur les portes de S. -Pierre). Cf. aussi Chron. pa.tr. Grad., p. 394, et Jaffé, 2391, où, écrivant à Jean de Grado, le pape Etienne III parle de vestra Istriarum provincia en la distinguant de la Venetiarum provincia. Il suffit, au reste, de jeter un coup d'œil sur la carte pour comprendre que les gouverneurs d'Istrie étaient plus à portée de secourir Grado que ceux de Vénétie.

(1) Il semble difficile d'admettre, avec Sickel (Das Privilegium , p. 135), que Mantoue et Monselice soient situés sur la frontière lombardo-byzantine.

(2) Paul Diac, IV, 38.

(3) Sous le pontificat de Sévérin {Chron. ven., p. 5).

(4) Paul Diac, IV, 45.

(5) Ibid., V, 28.

(6) L'évéque Augustus de Concordia signe, en effet, en 690, une lettre à l'empereur (Baronius, VIII, 13-14), dont Maurice dit qu'elle est écrite par les évéques « civitatum et castrorum quae Longobardi tenere dinoscuntur. »

(7) Chron. ven., 5. Chron. Grad., 43. La ville fut abandonnée sous le pontificat de Deusdedit (615-618).

(8) Chron, ven., 10. Chron. Grad., 43. Elle fut abandonnée sous le pape Sévérin (640-642).

GÉOGRAPHIK DE i/eXARCHAT IW. UAVKNNE.

partir do la fin du sixième siècle (I). C'était, dans l'estuaire de la Liqueiilia, le caslelliim de Caprutae (Gaorle), où l'évoque de Goncordia, par crainte dos Lombards, s'était l'éfugié, on 615, avec la jiopulation de sa ville épiscopale (?) ; à l'embouchure de la Piave se trouvait l'importante cité d'Héraclôa (aujourd'hui détruite), où le duc byzantin , l'évoque et les habitants d'Opitergium avaient trouvé asile après la prise de leur ville (.'^), et dont le nom rappelait la bienveillance de l'empereur Héraclius (4), qui avait fait tenir aux exilés de l'ortes sommes d'argent; jusqu'en 737, Héracléa resta la capitale de la Vénétie byzantine (5), et Constantin Porphyrogénète se souvenait encore du duché dont elle était le centre (6). Ensuite, dans la lagune vénitienne, se trouvaient Eqiii- Hum (Porto-Jesolo), également fondé entre 638 et 640 (7), Torcellum (Torcello), où s'étaient, vers la môme époque, réfugiés l'évêque et la population d'Altinum (8), Morianum (Murano), Rivoallum (Rialto), Olivolum (Olivolo), J/e<amaucitm(Malamocco),où s'étaient transportés l'évoque et les habitants de Padoue (9); plus loin, enfin, Clugies (Chioggia) (10). Toutes ces cités, que l'on appelait « les îles vénitiennes » ou « la nouvelle Vénétie, » formaient un duché, d'abord sujet, plus tard vassal des empereurs d'Orient (11).

Aemilia, Flaminia.

(Exarchat de Ravenne. — Duché de Ferrare.)

Au sud du duché de Vénétie , mais sans communications di-

(1) Plusieurs de ces établissements dataient, d'après la tradition, du milieu du cinquième siècle et de l'invasion d'Attila (Dandolo , p. 69, 75-76).

(2) « Langobardorum timoratione torritus. » Chron. Grad., 43. Chron. ven., 5.

(3) Chron. ven., i. Chron. Grad., 43. Dandolo, p. 115.

(4) Dandolo, p. 113-114. Chron. Grad., 45.

(5) Citron, ven., 11.

(6) Const. Porph., De adm., 125. Cf. Beretti , p. 152-153.

(7) Sigonius, Ann. liai., ad. ann. 638.

(8) Chron. Grad., 39 et suiv. Cliron. ven., 10. Chron. AIL, 6-7. Sur les inexactitudes nombreuses contenues dans ces récits et sur la date de la translation de l'cvéché d'Altinum, cf. Cipolla, Ricerche {Arch. ven., XXVII, 350-37U). Sur les causes religieuses de l'émigr.ation de la population d'Altinum et les progrès de l'arianisme lombard aux sixième et septième siècles, ibid., XXVIII, 116-122.

(9) Chron. Grad., 43. Dandolo, p. 106.

(10) Chron. ven., 5-6.

(11) Cf. Armingaud, p. 310-31.3.

l'exarchat dk havenne.

recles avec lui , se trouvait la plus importante des possessions grecques, celle qu'administrait directement l'exarque, et qui prenait, pour cette raison, le nom d'exarchat de Ravenne (1). C'était là le terme officiel pour désigner la province ; mais , en outre , l'usage considérait Ravenne et son territoire comme une circonscription distincte , la provincia Ravennaniium , et conservait au reste de la région l'ancien nom romain dCAemilia (2).

(1) Le mot iVexa.rcha.lus Ravfinnantium désigne à la fois , dans son sens général, l'ensemble des possessions byzantines d'Italie (Ravenne, Pentapole, duché de Rome, etc. Lib. pontif., 254) ; et, dans une acception plus restreinte , le gouvernement directement administré par l'exarque. Pour cette dernière région, le terme officiel, à l'époque byzantine, est exarchatus Ravennas [Cod. Carol. , 51 , p. 172; Sickel , Das Privilegiiim , p. 174), mot qui demeura en usage jusqu'au douzième siècle pour désigner la province (chartes de 1125, Ughelli, II, 365; de 1156 {ihid. , II, 370); Fantuzzi, I, 396; Otto de Freisingen, Gesla Fr., II, 21. Acte de 1177 : « exarchatum et ducatum Ravenne » (Mittarelli, Ann, Camaldulenses, III, 331). Dès l'époque byzantine pourtant, les Lombards appelaient le pays Romania (SS. rer. lang., p. 11), terme qui devint, à l'époque franque, son nom ofiiciel (loi de Pépin, 781. Muratori, SS. rer. ital., 1 , part, n, p. 123). On trouve plus tard Romandiola (Description de l'Italie du quatorzième siècle, ms. Va/.-PaL lat., 965, dans Mél. de l'Ecole de Rome, 1884, p. 418).

(2) On rencontre, à plusieurs reprises, dans le L'ib. pontif., dans le Cod. Carol., et dans le privilège de 817, le mot à'Aemilia employé pour désigner une partie de l'exarchat; on a essayé de déterminer à quelle portion de la région il se rapportait. Beretti , qui a fort longuement discuté la question , n'est arrivé à aucun résultat précis (p. 48 et suiv.) : il semble, pourtant, que la difiBculté comporte une solution assez simple. Dans le Cod Carol., le pape Hadrien range, parmi les civitates Aemiliae : Faenza, Forurapopuli, Forumlivii , Césène, Bobbio, Comacchio , Imola, Bologne, le duché de Ferrare (ép. 51, 56), Gabellum (ép. 55). Le Lib. ponlif. désigne Ferronianum, Montebellium, Verabulum, Buxo , Persiceta , par le terme de casera Aemiliae [Lib. pontif., 185) ; d'autre part, les textes mettent soigneusement en dehors de l'Aemilia la ville et le territoire de Ravenne {Lib. ponlif., 213 : « populum praedicte civitatis et utrarumque Pentapolim et Emilie. » Cod. Carol. , 55, p. 184. « Nullum ex Ravinianis vel Emiiiae»), auquel est réservé le nom de provincia Ravennaniium {Lib. pontif., 215) ; il semble donc que le mot de Aemilia désigne l'exarchat tout entier, à l'exception de Ravenne; et c'est, en effet , le sens qu'il paraît avoir dans le privilège de 817. Le texte du Ludovicianum dit (Sickel, (. /., p. 174) : « exarchatum Ravennatem sub integritate , hoc est civitatem Ravennam et Aemiliam et Bobium , etc. » Comme l'a parfaitement saisi Ficker {Forsch. , II, 343, n. 2), le mot Aemilia désigne ici la région où sont situées les villes qu'énumère ensuite le privilège, c'est-à-dire l'exarchat tout entier, à l'exception de Ravenne.

Ainsi, par un souvenir singulièrement persistant des anciennes divisions provinciales, le nom d' Aemilia était resté dans l'usage. A vrai dire, il ne correspondait plus du tout à la province romaine autrefois désignée par ce terme, puisque ['Aemilia du septième et du huitième siècle s'arrêtait à l'est

(lÉOriRAl'HIK DIv I,'k\AUCH.\T IIK IIAVKNNK

Des (loninieiils iioinhi'oux pcniicllonl. do iii;in|n('i' ;i vcc "exactitudo les limites de l'exarchat de Raveniie : la donation de Pépin en 754 (1), qui représente fort exactement l'ensemble des con(iuôtes d'AistuIf sur territoire impérial ('.'), la liste des villes réclamées à Didier en 757 (3), qui comprend toutes les acquisitions faites par Liutjji.ind aux dépens des Byzantins (4), les lettres nombreuses écrites par les papes pour se faire mettre en possession des territoires qui leur sont concédés, enfin l'important privilège de confirmation (5) accordé, en 817, par Louis le Pieux au pape Pascal, donnent le moyeu de déterminer avec précision les limites successives qui séi)aroi-ent le royaume lombard et les possessions byzantines.

Au nord, la frontière changea peu durant le temps de la domination grecque (6) : l'Adige , le Tartaro et la bi-anche principale

de Moilèno (un acte d'Aistulf considère le territoire de cette ville et celui do Nonantola comme situés in finibus Aemiliae. Acta S. Anselmi , 27) , et qu'elle se composait de débris de la Vénétie {Ferrare, Adria), de la Flaminie et de l'Emilie ; mais, d'autre part, par un souvenir assez net des anciennes divisions, l'usage avait soigneusement exclu de VAemilia Ravenne, capitale de la province romaine de Flaminie.

(1) Lib. pontif., 254.

(2) Duchesne, 460, n, 51 ; Sybel, Die Schenkungeii, p. 57.

(3) Lib. pontif., 255; Cod. Carol., ep. 11, p. G4.

(4) Duchesne, 461, n. 57.

(5) M. G. H. Leg., II, append., p. 10, et Sickel , Bas Privilegium, p. 173. On a beaucoup discuté l'authenticité de ce privilège, à coup sùr de date assez ancienne, puisqu'on le trouve cité dès le onzième siècle (Léo Ostiensis, Chron. monasl. Casin., I, 16, dans M. G. H., SS., VII, 589). Sickel, dans les Acta Karol. , le déclarait absolument faux (II, .381-383, 434). La découverte du privilège original d'Otton I" a modifié l'opinion de Sickel. Sans doute, nous ne possédons plus le document sous sa forme originale; certaines formules ont disparu, d'autres se sont altérées; enfin quelques interpolations évidentes so sont glissées dans le texte; mais, dans l'ensemble, la copie qui nous est parvenue ne diffère pas, pour les renseignements de fond, du texte original (Sickel, Das Privilegium Otio I, p. 99-100). Sickel admet donc que, pour tous les points communs entre le privilège original d'Otton et celui de Louis le Pieux, nous pouvons accepter comme originales les données de ce dernier document [ibid. , p. 104). C'est également l'opinion de Ficker , qui admet le caractère généralement authentique du Ludovicianum (Fursch., II, 333-345), et reconnaît, malgré des interpolalions, l'exactitude générale des renseignements fournis par cette pièce (cf. II, 342-343, 350, 366-367). Cf. Martens, Die Rom. Frage , p. 7. On peut donc faire usage des nombreuses indications géographiques (|u'il nous donne; presque toujours, au reste, elles se trouvent confirmées par d'autres témoignages d'une valeur incontestée.

(6) Beretti (p. 135) fait p,T^>-er l;i fi-ontièi-c par une ligne convcnlionnelle

l'exarchat Dli RAVKNNE.

du PÔ, jusqu'au confluent du Panaro, séparaient l'exarchat de ÏAusïria lombai-de ; Hadria et Gabellum étaient, de ce côté, les villes les plus sej)tentrioiiales occupées par les impériaux (1) ; au sud , VAvitnimis (Marccchia) servait do limito entre l'exarchat et la Pentapole; le codex Carolinus indique expressément que celte dernière province s'étendait de Rimini à Gubbio (2) ; et la première ville de la Pentapole que mentionne le privilège de 817 est, en effet, Rimini (3).

La frontière occidentale de l'exarchat est moins facile à déterminer. Dès les premières années de l'invasion , les Grecs avaient perdu toute la partie occidentale de l'Emilie, et si l'exarque Smaragdus réussit, en 586 , à reprendre Modène , Reggio, Padoue et Plaisance (4), ce ne fut que pour bien peu de temps. Dès 601 , les Lombards étaient rentrés k Parme (5); entre 626 et 636, un acte du roi Arioald déterminait la limite entre les gastaldats de Parme et de Plaisance (6) ; enfln c'est entre Modène et Bologne , sur la ScuUenna (Panaro), que le roi Rotharis attaquait les Grecs en 643 (7). Agilulf avait donc repris sans peine les éphémères conquêtes de l'exarque; il s'était emparé, en outre (603), de Crémone, qu'il détruisit (8) , du caslnm de Vullnrina (9) et de Brixellum (Brescello, près du confluent de la Parma et du Pô) (10). A la vé-

partant de l'Adige et aboutissant à Hostilia sur le Pô ; c'est reculer trop à l'ouest les possessions bj'zantines.

(1) Lit. ponlif., 25G; Cod. Carol., 55-56; l'rir. do 817, (. /.

(2) Cod. Carol., 56 : « ab Arimino usque Eguvium. »

(3) C'est donc à tort que Flavio Biondo {Italiae reg., VI, 342) a porté jusqu'au Pisaurus (Foglia) la limite des deux provinces. Au dixième siècle, pourtant, le Pisauriis servit de frontière entre la Pentapole et l'exarchat. Une charte d'Otton l" porte ces mots : « Actum in Romania prope castellum quod dicitur Coucha , super flumen Corona » (Ughelli , IV , 349). En 1001 , on considérait l'exarchat comme allant « a mari Adriatico usque ad Alpes et a flumine Rheno usque ad Fogliam » (Giesebrecht , Gesch. der deuisch. Kaiserzeit. 1, 881).

(4) Bouquet, IV, 88.

(5) Paul. Diac, IV, 20.

(6) Ce texte est cité dans une charte de Porctarit sur le môme sujet (673) ; Troya, n» 340.

(7) Paul Diac, IV, 45.

(8) Ibid., IV, 28.

(9) Beretti (p. 131) pince h tort Vulturinn sur le Inc do Cômo, à l'entrée de la Valteline. Cluvier en cherche, avec raison, remplacement entre Crémone et Brixellum.

(10) Paul. Diac, III, 18 : « super Pndi marginem. » La place avait résisté aux attaques d'Autharis (587) : elle succomba devant Agilulf. Les soldats grecs l'incendièrent en l'évacuant (Paul. Diac, IV, 28).

GÉOGUAPHII' OK i/eXARCHAT DK ItAVKNNK. 50

rité , loiilfts ces villes coiiliiuiiM-ciif^ à l'aire pjirlio de la proviiico ecclésiastique d'Emilie (1) et, à dépendre de l'archevêque de Ravenne; mais, au point de vue politique , jamais elles ne furent rangées dans l'exarchat, et les papes, qui revondifjuèrcnt avec tant d'âpreté toutes les portionsde l'ancienne province byzantine, ne comprirent jamais dans leurs réclamations les villes de l'Emilie occidentale (2).

C'est donc à l'est de Modône (3) , entre cotte ville et Bologne , qu'il faut chercher la frontière des deux dominations : depuis les premières années du septième siècle jusqu'en 727, elle suivit, à ce qu'il semble , le cours de la Scullmna (Panaro) (4). Jusqu'à cette date, en effet, les Byzantins conservèrent à l'ouest de Bologne, au delà du Reno et de la Samoggia, une série de châteaux dont l'emplacement, fort discuté (5) , permet de fixer la frontière ; c'étaient Ferronianum, Montebellium, Verabulum , Buxo et Persicela (6). Muratori , qui a identifié plusieurs de ces postes (7), reconnaît dans Ferronianum le pays de Fregnano, situé au pied de l'Apennin, sur la rive droite du Panaro, aux environs de Sestola et de Fanano ; dans Montebellium, Monteveglio, sur la Samoggia, à cinq ou six lieues à l'ouest de Bologne (8) ; dans Persiceta, la ville de San-Giovanni in Persiceto, sur la rive droite du Panaro^ à quatre lieues au N.-O. de Bologne (9); on n'a pu identi-

(1) Rubeus , p. 190, 209. De là vient l'erreur de Rubeus (p. 194) et de Biondo (/(a(. reg., VI , 342) , qui portent jusqu'à Plaisance et à la Trébie la limite occidentale de l'exarchat.

(2) Beretli, p. 30. Les Carolingiens considèrent toujours Plaisance (Sickel, Acl. Ludov., 154) et Reggio (Sickel , Act. Karoli ,Ylb) comme situés en Lombardie. Ce n'est que dans le passage célèbre de la Vita. Ha.dria.ni {Lib. ponlif,, 318) que les prétentions romaines s'étendent à ces villes ; mais ce n'est point en tant que parties de l'exarchat, « sicut antiquitus erat. «

(3) Modène était assez proche de la frontière pour qu'au temps de Liutprand les habitants aient jugé utile de transporter leur ville à 4 milles à l'ouest (Muratori, Ant. Ital., II, 155, 195-196).

(4) Paul Diac, IV, 45. Cf. Beretti, p. 27.

(5) Gluvier cherche Ferronianum à l'O. de Modène et même de Parme, tout près de Plaisance , Buxo près de Crémone , Montembellium près de Savignano. On conçoit malaisément comment , Plaisance et Crémone étant conquises depuis plus de cent ans, des places isolées de médiocre importance auraient pu résister si longtemps. Sigonius a. 727) les place d'une manière assez vague « inter Imulam et Mutinam. »

(6) Paul Diac, II, 18; VI, 49. Lib. Ponlif., 185.

(7) Muratori, Ann. dit., a. 728.

(8) Cf. Fantuzzi, IV, 55, où on trouve : « in comitatu mutinensi vcl liononiensi, finibus pago Montebellio. »

(9) Cf. Beretti, p. 123. Muratori, Anl. IL Diss. XXI, l. II, 200-204, et

l'exakchat de havenne.

fier jusqu'ici Verabulum et Buxo (1); mais ces castra étaient évidemment, ainsi que les précédents, échelonnés non loin de la frontière (2) et chargés de défendre la ligne du Panaro, qui, depuis le Pô jusqu'aux montagnes, formait la limite occidentale de l'exarchat. Des sources du Panaro h celles de la Marecchia l'Apennin était une barrière naturelle.

Les conquêtes de Liutprand diminuèrent singulièrement l'étendue de l'exarchat. En 727 , la Scultenna fut franchie , et , peu-de temps après, Bologne tomba aux mains des Lombards ; malgré la tentative que les Byzantins firent, en 735, pour la reconquéiir (3), elle demeura occupée par les envahisseurs (4). Les limites de l'exarchat se resserraient chaque jour davantage ; au nord, il perdait le duché de Ferrare avec Hadria et Gabcllum (5) ; à l'ouest , il était, en 743, limité par le Satej-niis (9>aulevno), sur la rive gauche duquel Imola appartenait aux I^ombards (6) ; au sud , Césène tombait h la même époque aux mains de Liutprand (7) ; peu après, Bagnacavallo {caslrvm Tiberiacum) et Facnza avaient le même sort. A la mort de Liutprand , l'exarchat était une terre ouverte , dont le territoito comprenait i]uelques villes à peine, Ravenne, Forumpopuli, Forumlivii et Comacchio (8). Sept ans après la mort de Liutprand, elles étaient conquises par AistuU'.

Nous n'avons point à tenii' compte de ces derniers changements : aussi bien la ligne du Panaro resta-t-elle toujours la limite offi-

t. I, 151. Le pagus l'ersiceta appartint ])lus tard à rabt)aj-c de Nonantola (Sickcl, Act. Karol., p. 377. Aci. Liid., n" 1"2, et « in coniitatu Mutinensi . fundo qui Persiceta dicitur. »

(1) Pcut-ctro faut-il y reconnaître Buzzano , sur la Samoggin.

(2) Paul Diac, VI, 19, semble indiquer que Liutprand s'en empara avant de prendre Bologne; ils étaient donc situés entre cette ville et la frontière. Agnellus , 159, met expressément Persiceta sur la frontière de l'exarciiat : « a finibus Persiceti... usque ad mensam Walani, veluti exarcims , omnia disponebat. »

(3) Paul Diac, VI, 54.

(4) Cf. une inscription publiée par Muratori (.V?t/i. d it., a. 741).

(5) Ces places, en effet, ne sont réclamées qu'en 7.57, après la restitution des conquêtes d'Aistuif (/.il). ]jontif., 256. Cod. Carol., 51, 55, 56).

(6) Lib. ponlif., 214 : « ingressi in finibus Langobardorum in civitatcm quae vocatur Imola. »

(7) Lib. ponlif., 214.

(8) Lib. ponlif., 254. Ce sont ces places (lue Pépin enleva à Aisluif pour les restituer. Sur Comacchio , assurément grec au temps de Liutprand , Muratori, Anl. IL, 11, 23. Sickel, Arl. Karol., 79. Buhmer, Bci/. imp,, acte de 781, où les négociants de Comaccliio se [ilaigncnt de payer des douane.v plus foitcs, pour entrer en Lombnrdio, (|uo n Liutprandi temporihus. »

GÉOGRAPHIK DE l'eXAUCHAT I)K HAVENNE.

ciello do l'exarchat. C'osL cllo (jue les pontiles l'omaiiis rciclamèl'ont. , quand, après la restitulion des conquêtes d'Ais'ulf , ils aspirèrent à reconstituer toute l'ancienne province byzantine (I) : Vexarchatus in inlegritalc corres[)ond toujours au slalu quo unie Liulprandum, et dans le partage que Cîiarleaiagne fit en 806 de son empire, c'est immédiatement à l'est de Modène, c'est-à-dire au Panaro, que commençait le tei'i'itoire de l'Eglise (démuni. *î. Pelri){2).

Il est aise de recontituer la liste presque complète des villes comprises entre ces limites. Dans la partie septentrionale de l'e.xarchat, entre l'embouchure do l'Adige et le Pô di Volano, se trouvait un groupe de cités, débris de l'ancienne Vénétie, qui, après avoir été d'abord rattaché au gouvernement de Ravenne, fut, au huitième siècle, nous l'avons vn, organisé en duché indépendant. C'étaient Halrin (Adria) (3), siège d'un évêché, la petite ])lace de Gabcllum (Gavello , entre le Tartaro et le Pô), résidence d'un comte sous la domination des papes (4) , et la ville de Ferrare, simple cas;ru?n à l'origine, bâti par l'exarque Smaragdus (604) pour protéger au nord les abords de Ravenne (5), devenu plus tard une place importante et la capitale du duché qui comprenait tout le plat pays entre l'Adige, le Tartaro et le Pô di Volano (6),

Dans rcsai'chat projjrement dit , la plupart des villes importantes étaient situées sur la Via Aemilia, la grande voie de commu-, nication qui traversait la province. C'étaient Bononia (Bologne), Imoki, l'antique Forum Cornelii (7), Favenlia (F^euz'x), Forumlivu (Forli), Forum Popilii (Forlimpopoli) , pris vers 685, par le roi lombard Grimoald et si complètement détruit qu'au commencement du neuvième siècle il était pres(]ue inhabité (8), enfin le casirum de Césène (9) , occupé par Liutprand en 743 et d'où il menaçait à la fois Ravenne et Rimini.

(1) Cod. CavoL, bb, ôU.

(2) Bouquet, V, 77G. Beretti croit, à tort (p. 54 et suiv.), (]ue la limite était alors la Sainoggia.

(3) Labbe, Conc, VII, 78.

(4) Cod. CaroL, 56. Beretti, 165.

(5) Rubcus, p. 198.

(6) Privil. de 817 (Sickel, p. 174). Il faut remar(iuer que le pays n'avait pas son aspect actuel : le Pô s'écoulait en grande partie par les branches di Volano et di Primaro; le Po délia Maestra ne s'ouvrit son lit qu'en 1152. Cf., sur CCS changements, Muratori, Ant. liai., II, 182-184.

(7) Paul Diac, II, 18.

(8) Paul Diac, V, 27.

(9) Ciirra Cncseua (Agnoil., 140). Cf. Desjardins, Table de Peulinger, p. 117, col.

l'exarchat de ravenne.

Entre la voie Emilieuno et l'Apennin se trouvaient un certain nombre de châteaux forts destinés à défendre la frontière : c'étaient , le lon^^ du Panaro , Buxo. Montebellium et Ferronianum, auprès de Forli, la castrum Sussubiiim (1) (Castro Caro, au diocèse de Forli); près de Forlimi)Opoli , le castrum Brectanorum (2) (Petra Honorii, Bertinoro) ; près de Césène, le château de Moutelucati (3). La seule ville de quelque importance était Sarsina , sur le Savio , siège d'un évôché (4) , avec laquelle il faut identifier la place de Bobium, mentionnée parle Liber pontificalis et le Codex Caroliîius (5).

Entre la voie Emilienne et le Pô, on rencontrait également, le long de lafrontière, un certain nombre de castra; près de Bologne, celui de Brintum (G), déjà détruit au neuvième siècle, et celui de Persiceta ; au nord de Faenza , le castrum Tiberiacum (7) , déjà identifié au moyen âge avec Bagna Cavallum (8) (Bagua Gavallo) ; sur le Pô di Primaro, le caslellum diArgenla (Argenta au S.-O. de la lagune de Comacchio), dont l'exarque Smaragdus avait reconstruit les murailles (9); et sur la mer, le castrum de Comiaclum (10) (Comacchio). Dans cette région aussi était située Ravenne, capitale de la province et résidence de l'exarque d'Italie (11), avec son faubourg de Caesarea fortifié, dit-on, parle préfet Longin (12), et son poi't de Classis (Classe), surpris en 578 et pillé par le duc de Spolète Faroald (13), qui, pendant plusieurs années, était demeuré cantonné aux portes de Ravenne (14). Reprise par les Grecs en 584, Classis avait été de nouveau conquise par les Lombards en 716 (15), mais presque immédiatement restituée par ordre de Liutprand (16) : ce fut pour peu de temps. En 726 Liut-

(1) Lib. pontif., 254.

(2) Ficker, II, 218, 298. Cf. I, n» 134.

(3) Lib. pontif., 254. Jaffé, 2192.

(4) Labbe, VII, 1196.

(5) Lib. pontif., 254. Cod. Carol., 51, 56. Cf. Beretti, p. 163-164, et Fabre, l. t., p. 400.

(6) Agnell., 40. Marini , 69, p. 104.

(7) Lib. pontif., 256.

(8) SS. rer. lang., p. 111.

(9) Rubeus, p. 198.

(10) Lib. pontif., 254.

(11) Agnell., .35, 86. Cf. Bidon. Apoll., I, 5. Jornandès, Getica, 29.

(12) Agnell., 95.

(13) Paul Diac, III, 13.

(14) Ibicl., III, 19.

(15) Muratori, Ann. d'il., ad. a. 716.

(16) Paul Diac, VI, 44.

GÉOGHAPHIE Dlî l'eXAHCHAT DK RAVENNK.

prjuid vint assiéger Classis et la délniisit do fond en comble (I). Peu après, Ravonne, assiégée une [n'cinière fois eu 7"26 (2) , tombait elle-même niomeiitanémont au [louvoir des I^ombards (3).

Enfin les Grocs occupaient un certain nombre de jiorts sur la côte de l'Adriatique. C'étaient, du sud au nord : Ad Novas (4), déj.'i détruit au neuvième siècle, mais qui existait encore au commencement du huitième (aujourd'hui Cesenatico), Cervia ou Ficocle (5), siège d'un évéché (Cervia au sud de l'embouchure du Savio) : Sapis port us , l'ancienne ab Sabim de la Table de Peutinger, à l'embouchure du Savio ; tout près de Ravenne, le portus Cancliani (Porto Candiano) (6); sur le Pô di Primaro, le Lachernum po)-/!(s (peut-être Saverna, au confluent du Pô di Primaro et du Lamone, la rivière de Faenza) (7). Enfin aux environs de Ravenne, se trouvait Porte Lionis (près de l'île de Palazzuolo) (8).

Picenum annonaire et mburbicaire.

(Duché de Pentapole.)

Au sud de l'exarchat , était le duché de Pentapole (9). Borné au nord par VAriminus (Marecchia), il s'étendait vers le sud jusqu'à l'embouchure du Misco (Musone) : puis à l'ouest d'Osimo, la frontière quittait la rivière pour gagner VAesis (Esino) à la hauteur à'Aeshnn (Jesi) et en suivi'c le cours jusqu'à l'Apennin : Numana (Humana) à l'embouchure du Musone , Auximum (Osimo) et Aesium (Jcsi) étaient et restèrent jusqu'au huitième siècle les villes les plus méridionales de la province (10).

(1) Paul Diac, VI, 49.

(2) Ibid., VI, 49.

(3) Ibid., VI, 54.

(4) Agnell., 169.

(5) Agnell., 140.

(6) Cf. Agnell., 39.

(7) Agnell., 140. En effet, les gens (Je Faenza doivent aller occuper « Lachernum portus et Eridani ora. »

(8) Agnell., 39, 140.

(9) Lib. pontif., 161. Le nom de Pentapole resta longtemps attaché à la province : au dixième siècle encore on la désignait ainsi (loi de Pépin, 781. SS. fi. It., I, part. 1, p. 213); chartes de Bérenger et d'OUon I" (d'Achery, Spicileg., II, 940, 942).

(10) Priv. de 811 (Sickcl, 174-175). A la fin du sixième siècle, la frontière était un peu plus au sud : elle atteignait, ce semble, la Polenzia. (Potenza). On voit, en effet, le duc de Spolète battre les Romains au sud de cette rivière et prendre Camerinum (Paul. Diac, IV, 16). Il franchit même ensuite

l'exarchat de kavenne.

La fi'ontii'fû occidentale du duché esi plus difficile à déterminer. Quoique de ce côté sa limite naturelle semble être l'Apennin, des documents formels attestent qu'en un point tout au moins la province s'élcndait sur le versant occidental de la montagne : Gubbio et môme à un certain moment Péronsc font partie du duché de Pentapole (I). En faut-il conclure que les limites occidentales de la province sont demeurées identiques à celles de l'ancienne région du Picenum annonaire et que, franchissant l'Apennin aux sources de la Marecchia , la frontière a , comme jadis , gagné et suivi le cours du Tibre? Assurément non : le pays situé entre l'Apennin et la rive gauche du fleuve faisait partie de la Tuscie lombarde et formait le gastaldat de Castellum Feliciialis (Gittà di Castello) (2) : seulement, pour maintenir les communications entre Ravenne et Rome, les Byzantins avaient dû s'assurer, à travers l'Apennin, la possession d'une voie militaire, dont nous étudierons plus loin le tracé. Un certain nombre de châteaux forts jalonnaient et protégeaient cette route, et plusieurs d'entre eux étaient rattachés administrât! vcment au duché de Pentapole ; mais, sauf au point où la voie militaire franchissait la montagne, la Pentapole ne dépassait point l'Apennin.

La [irovince ainsi délimitée avait été constituée avec les débris du Picenum annonaire et du Picenum subnrbicaire, et quoique, au point de vue administratif , elle formât un seul et même gouvernement, l'usage y distinguait , comme dans l'exarchat, plusieurs régions correspondant aux anciennes divisions provinciales. Ainsi, dans la partie méridionale, les villes d'Auximum et de Numana , qui jadis avaient appartenu au Picenum suburbicaire , étaient considérées, quoique soumises à l'autorité du duc de Rimini (3), comme formant une circonscription particulière, VAuxinianunt , nettement séparée de la Pentapole (4) : peut-être même, au huitième siècle, cette région forma-t-elle un duché particulier (5). Le reste de la province se partageait de semblable maie Musone et prit Osimo; mais dès janvier 599. la ville était reiirise par les Grecs (Greg. M., ep. IX, 89. Jaffé, 16'24). Cf. Greg. M., ep. XII, 11, Vl. Ils la gardèrent jusqu'au huitième siècle.

(1) Cod. Carol., 56 : « ab Arimino usquc ad Eguvium. » Lib. poiitif., 223.

(2) Lib. pontif., 313. Cod. CaroL, 66. Priv. de 877 (Sickel, 175). Cf. Beretti, p. 208-209.

(3) C'est pour cela qu'on les trouve, au concile de 680, rangées dans l'éTtapxi'a IlevTaTroXetoi; (Labbe, VII, 731).

(4) Lib. pontif., 185; Paul Diac, VI, 49. Cf. Lib. ponlif., 210.

(5) Lib. ponlif., 313. II est vraisemblable, pourtant, que ce duché, comme

GKOHKAPHIK UK l'KXAHCHAT DU HAVENNE, til

iiière ; ou y distinguait deux Poula|io!os (I ) : la Peiitapole uiarilime el la Pentapole annonaire (2) ou méditerranécune , que l'on appelait aussi la provincia Cnslelloriim. Parfois l'ensemble des deux régions était désigné sous le nom de Decapotis (.1). Chacune de ces régions tirait son nom de ce fait qu'elle comprenait cinq civitates seulement, sans compter un certain nombre de castra de moindre importance. C'étaient, dans la Peutapole maritime, les civitales à'Ariminus (Rimini) (4), capitale du duché, Pisaurum (Pesaro) , Fanum (Fano) , Senogallia (Sinigaglia), Ancona (Ancône), toutes sièges d'un évôché (5) ; dans la Pentapole annonaire, située au pied do l'Apennin (G), les civitates d' Urbinum (Urbin), Forum Senipronii (Fossombrone), Aesium (Jesi), Galles (Cagli), Eugubium (Gubbio), toutes sièges d'un évêché. On rencontrait , en outre,

celui d'Ancône, est d'origine lombarde et fut organisé après la conquête du pays par Liutprand. (Cf. Peruzzi, Diss. Ancon., 194 et suiv).

(1) « Civitates utrarumque Pentapoleos. » Cod. Carol., .56; Lib. pontif., 213.

(2) Anon. Rav., p. 247-248 : « Annonaria pentapolensis est super ipsam Pentapolim, id est provincia Castellorum. » Le nom de Pentapole annonaire est évidemment un souvenir de l'ancien Ptcenu?n annonaire. Cf. Beretti , p. 259-2()0. Mommsen {Ub. die Rav. Cosm., p. 105), distingue à tort, ce semble , la Pentapolensis annonaria. de la provincia Castellorum qui paraissent identifiées dans le texte de l'anonyme. Il omet, d'autre part , la Pentapole propre.

(3) Migne, LXXXIX, 519.

(4) Greg. M., ep. I, 58; cf. Lib. pontif., 282.

(5) C'est à tort que Biondo (/. t. , p. 152) et Rubeus (p. 194) ont composé la Pentapole des cinq villes de Ravenne, Classis, Caesarea, Forli et Forlimpopoli. Cf. Beretti, p. 168. Paul Diacre, II, 19, dit que la Pentapole se compose de cinq villes de Flaminie , ce qui exclurait Ancône ; mais il faut remarquer que, pour lui, le Picenum commence à Firmum (II , 19); il y a peut-être là, dès l'époque romaine, une modification de la frontière que nous ignorons.

(6) M. Fabre {l. t., p. 401, note 6), propose de reconnaître, dans la Pentapole annonaire de l'Anonyme, la province des Alpes Apennines nommée par Paul Diacre (II, 18). Cette identification semble difficile à admettre. En effet , sur les cinq villes mentionnées par Paul Diacre dans la province des Alpes Apennines, Ferronianum, Montebellium, Bobium, Urbin et Vettona, et qui expliqueraient très bien, dit-on, le nom de Pentapole, trois, au moins , sont exclues de la Pentapole par des textes formels. Paul Diacre (VI 49), et le Liber pontificalis (n° 185) , s'accordent à appeler Ferronianum et Montebellium castra Aemiliae , dans un passage où la Pentapole , ensuite nommée , est parfaitement distincte de l'Emilie. Le Codex Carotinus (ép. 51-56) range de même Bobium parmi les cités de l'Emilie , et cela aussi dans des passages où l'Emilie est nettement distinguée de la Pentapole. Et l'on ne peut objecter que dans ces textes il est question de la seule Pentapole maritime; la lettre 56 du Code.x Carolinus sépare les villes de l'Emilie, parmi lesquelles Bobium, des « civitates utrarumque Pentapoleos » (p. 188).

62 i/exarchat de ravenne.

dans celte partie de la province , i)Our défendre les passages de l'Apennin ou protéger la route de Ravenne à Rome , un assez grand nombre de châteaux forts, dont la présence explique peutêtre le nom de provincia Caslellorum (1). C'étaient, au nord, entre la Conca et la Marecchia, le caslellum S. Marini (S. Marin) (2), le caslrum Monteferetri (Montefeltro ou S. Léo) (3) et le vicus Pilleus (Penna-Biili) (4); sur la voie Flaminienne, \ecastrum de Pelra Pertusa (Fuvlo) (5), le caslrum de Luciolis (6) (près de Gantiano) (7), et la ville de Tadinum , sur les ruines de laquelle s'éleva plus tard l'oppidum de Validum (8) (Gualdo-Tadino) ; dans le sud de la province, les châteaux d' Acerreagium et de Serra (9). Sur la côte, entre Rimini et Pesaro, se trouvait le caslellum de Conca (10).

La Pentapole fut, comme l'exarchat, entamée par les conquêtes de Liutprand; en 727 il prit Osirao (11), sans doute aussi Humana et Ancône (12), et parcourut en vainqueur toute la province, malgré l'énei'gique résistance des Grecs (13), qui, cantonnés dans les villes de la côte, infligèrent en plusieurs rencontres au roi lombard les seules défaitesqu'il eût jamais éprouvées (14). En 743, à la prière de Zacharie, Liulprand évacua la Pentapole (15), engar-

II faut donc renoncer à cette ingénieuse hypothèse. Aussi bien l'existence de cette province des Alpes Apennines, dont trois cités sur cinq se trouvent aussi rangées dans VAernilin, paraît être singulièrement douteuse; et, à supposer même que les cinq villes nommées en indiquent exactement les limites, elle aurait dù, de toute évidence, comprendre Pérouse. Or, Paul Diacre lui-même (II, 16) met Pérouse en Ombrie.

(1) Il ne semble point, en effet, qu'il faille y voir l'Ombrie (Mommsen, i. l., p. 105).

(2) Lib. pontif., 254.

(3) Lib. pontif., 254; Priv. de 811; Anon. Rao. , p. 273 ; Jaffé , 2193. Cf. Proc, Bell. Goth., II, 15, p. 188, qui l'appelle ^ipoupîov.

(4) Paul Diac, VI, 54.

(5) Agnell., 95.

(6) Lib. pontif., 113, 118, 254.

(7) Pesjardins, Table de Peutinger, 113, col. 1.

(8) Grog. M., ep. IX, 87-88.

(9) Lib. pontif, 254 ; Duchesne, 460, n. 51.

(10) Lib. pontif., 254 ; Ughclli, IV, 349. Cf. Muratori, Ant. It., V, 831.

(11) Lib. pontif., 185.

(12) Tout au moins appartiennent-elles à Liutprand en 741 [Lib. pontif. , 210); cf Cad. Carol., 11, p. 64.

(13) Paul Diac, VI, 49.

(14) Ibid., VI, 54, 56.

GÉOGRAPHIE DE l'eXAHCHA'1' DU UAVENNE.

dant toutefois ses conquêtes de 72(1 ; huit iiiis après, Aistulf y rentra les armes à la main, et, cette fois, la conquit tout entière.

Tuscie, Valérie, Campanie.

(Duché de Rome.)

Le duché de Rome (1), qui se composait des débris de la Tuscie et de la Campanie et de quel(]ues parcelles de l'ancienne Valeria, était partagé par l'usage en deux circonscriptions distinctes : la Tuscie romaine au nord du Tibre, la Campanie au sud (2). Il est assez difQcile de déterminer exactement les limites de ce gouvernement : les ducs de Spolète et de Bénévent faisaient en effet dans le duché des incursions continuelles (3); les rois lombards portèrent plus d'une fois leurs armes jusque sous les murs mêmes de Rome : toutefois, malgré ces attaques, il est possible de fixer, entre les deux dominations, une frontière demeurée à peu près constante durant tout le temps de la souveraineté grecque.

Le privilège de 817, qui ne fait ici qu'enregistrer un état de choses beaucoup plus ancien (4), permet de déterminer l'étendue de la Tuscie romaine à l'époque byzantine (5). D'après ce document, elle comprenait : Portas (Porto), à l'embouchure du Tibre, la.civilas de Centumcellae (6) (Civita-Vecchia), Caere (Gervetri), la civilas de Bleda ou Blera (Bieda) (7), le castrumde Manturianum

(1) Lib. pontif., 176, 203, 207.

(2) Ficker, Forsch. , II, 299-300, pense que les mots du Privilège de 811 : « Roma cum ducatu suo » désignent le pays connu plus tard sous le nom de Maritimà et qui va de l'embouchure du Tibre à Terracine : ce qui tendrait à mettre la Tuscie romaine hors du duché. On ne saurait admettre cette opinion. Plusieurs villes, en effet, comme Ameria, Polimartium, Hortae, Blera, que le Privilège range dans la Tuscia, sont expressément comprises par d'autres textes dans le duché de Rome {Lib. pontif., 207; cf. ibid., 114, 130). Ficker lui-même le reconnaît ailleurs (II , 465), en expliquant que le duché comprend la campagne romaine, la Maritima et la Tuscia romana.

(4) La distinction entre la Tuscia romana et la Tuscia Langobardorum date évidemment de l'époque byzantine (cf. Lib. pontif., 210, 212) ; on peut donc appliquer au duché grec de Rome tous les renseignements que le Privilège donne sur cette région. Au reste, des documents formels montrent que toutes les villes mentionnées appartenaient au duché de longue date.

(5) Priv, de 811 (Sickel, p. 174). Cf., sur ce passage, Sickel , /. L, p. 127, qui y reconnaît le vieux fond des possessions romaines.

(6) Lib. pontif., 204. Cod. Carol., 64.

(7) Lib. pontif., 207, 212. Cf. ibid., 114.

i/kxah(;hat dk ravenne.

(Monterano, à l'ouest du lac d<! Bracciauo et de la Via Clodia) (I), le castellum de Siilrium (Suli-i) (l), Nepe (Nepi), Caslellum (3) (Civita Gastellana), Gallesium (4) (Gallese), les civilates de Polimarliurn (Bomarzo), et d'Hortac (Orte) (5); sur la rive gauche du Tibre se trouvaient Tnder (Todi), Ameria (Anielia), Narnia (Narui) (6), et Ocriculum (Olricoli) (7). Les villes les plus septentrionales de la région étaient donc : Givita-Vecchia, Blera, Sutri, Bomarzo, Ameria et Narni (8). D'autre part les villes les plus méridionales de la Tuscie lombarde étaient, d'après le môme document (9) : Orclae (Orchia, au S.-E. de Toscauella), Tuscania (Toscanella), où commandait un gastald lombard (10), V i te rbium (Y itevhe) (11), Ferenli Caslrum , bâti sur l'emplacement de l'antique Ferentiaum (au N.-O.de Viterbe) (12), Balneus Régis (Bagnorea), que les Byzantins avaient, avec Urbevelus (Orvieto), conservé jusqu'en 605 (IJ), et, à l'est de Narni, sur les frontières du duché de Spolète, Inieramna (14) (Terni). C'est entre ces deux séries de places que passait la frontière septentrionale du duché. Suivan t, à partir de la mer, le cours de la Marta, elle quittait bientôt cette rivière pour passer au nord de Blera : là, le territoire de Viterbe pénétrait comme un coin dans les possessions impériales, et la frontière, descendant vers le sud-est, faisait un long détour, passant entre Sutri et l'extrémité méridionale du lac de Vico, puis, remontant au nord, elle se dirigeait parallèlement à la Via Amerina vers Bomarzo et le Tibre (15), qu'elle franchissait vers le confluent de la Vezza, pour

(1) Lib. pontif., 187. Cf. Ficker, II, .301. Muratori, Ant. II., l, 69, y reconnaît Barbarono. Cf. Beretti , p. 220.

(2) Lib. pontif., 113, 186.

(3) Duchesne, 483, n. 39.

(4) Lib. pontif., 203.

(5) Lib. ponlif., 113, 207. Paul Diac, IV, 8.

(6) Greg. M., ep. V, 40.

(7) Le Pvinilége de 811 range ces quatre places dans la Tuscia. En effet, au quatrième siècle, cette portion de l'ancienne Oinbrie faisait partie de la Toscane (Seek, NoI. Diguit., 109).

(8) On verra plus loin que Todi devait appartenii- au duché de Pérouse.

(9) Sickel, p. 175.

(10) Lib. pontif., 211. Cod. Carol., 84.

(11) Lib. pontif., 212. Cod. CaroL, 84.

(12) Ficker, II, 302. Bôhmcr. Acla , 602. Beretti, p. 211.

(13) Paul Diac., IV, 32. Greg. M., ep. I, 12 (Jaffé, 1079).

(14) Lib. pontif., 209.

(15) C'est ce qui ressort fort clairement d'un passage du Liber pontificalis (211-212). A la suite de la convention de 742, les délégués lombards, venant de Narni, remettent aux officiers pontificaux les places du duché de Rome

(IKOCIl M'HIK DU l' EXARCHAT DIO R A VKNNH. ()■"»

passer un ])eu au nord d'Ameria eL atteindre Narni sur la Nera.

Depuis l'année 590, où l'exarque Romanus avait repris sur les Lombards B!era,Sutri, Bomarzo, Orte, Ameria et Narui(l), la frontière septentrionale du duché changea peu jusqu'à la fin de la domination byzantine. L'occupation de Sutri par Liutprand (2) (728), celle de Gallese par Trasimond de Spolète (738) (3), enfin la conquête de Blera, Bomarzo, Orte et Ameria par Liutprand (739) (4), ne furent que temporaires. Seule, Narni, conquise par les Lombards sous Liutprand, resta entre leurs mains jusqu'en 754 (5), et la frontière s'en trouva reportée jusqu'au continent du Tibre et de la Nera (7).

La limite orientale du duché traversait, en quittant Narni, l'ancienne province de Valeria, laissant aux Byzantins une portion de la Sabine. De ce côté en effet, les Lombards n'atteignaient point le Tibre : Rente (Rieti) sur VAvens (Velino) était la ville la plus occidentale du duché de Spolète (8). La frontière, selon toute vraisemblance, se dirigeait donc du nord au sud, parallèlement au Velino et au Tibre, se rapprochait de ce dernier fleuve pour laisaux Lombards Farfa (9) et Cures (Corese) (10), et coupant à l'est de Nomenlum (Mentana) (11) l'angle formé par le Tibre et l'Anio, elle atteignait Tilmr (Tivoli). Vers 712, à peu près au' moment où' Narni tombait aux mains des Lombards, les ducs de Spolète portèrent leurs armes jusqu'au Tibre (12), qui forma dès lors, jusqu'à

restituées par Liutprand à Zacharie. On rend d'abord Ameria, Orte, puis Bomarzo; il reste à remettre Blera. Or, entre ces deux dernirrcs villes, la frontière romaine fait un long détour en passant par Sutri : « cum... fuisset itineris longitudo par circuitum finium reipublicae... per partes Sutrinae civitatis » [Lih. poiitif., 212). La commission coupe donc au court en traversant entre Bomarzo et Blera le territoire de Viterbe.

(1) Paul Diac, IV, 8. Lib. pontif., 113. Greg., II, 2; V, 40.

(2) Paul Diac, VI, 49. Lib. pontif., 186.

(3) Lib. pontif., 203.

(4) Ibid., 207.

(5) Paul Diac, VI, 48. Lib. pontif., 183.

(6) Lib. pontif., 254.

(7) Ibid., 209.

(8) C'est, en effet, par rapport à Reate qu'est déterminée la frontière du Sabinense territorium (Sickel, 175 : « quemadmodum... inter idem territorium Sabinense atque Rcatinum definituin est »). Cf. Lib, pontif., 207 : « ingressi per Sabinense territorium, venerunt in Reatinam civitatem. »

(9) Mabillon, Ann. oïd. S. Benedirti, I, 519.

(10) Greg., III, 20.

(11) Ibid.

(12) Lib. pontif., 211). U est question, dans ce passage, de la roslitution du

i/exauchat im iiAViiNNi:

l;i ('liiile (lo l'oxarchaL, la liuiiLe orioiilalo du (luclié, (lopuis Ortc jusqu'au confluent de l'Anio.

La poi'tion du duché de Rome située au sud du 'ri])rc et de l'Anio fut désignée de bonne heure, d'après lo nom de l'ancienne province à laquelle elle avait appartenu, par le terme de Campanie (1). Durement éprouvée pondant les premières années de l'invasion, elle resfa qvielque temps sans trouver une frontière durable. Repoussée dès la fin du sixième siècle delà ligne du Vulturne, que les Lombards tenaient depuis Capoue (2) jusqu'à la mer (3), et au delà de laquelle ils emportaient successivement Aquinum (4) (Aquino), .4«ina(r)) (Atina sur la Melfa), et Vcnafriim (G) (Venafro) ; elle vit même franchir la ligne du Garigliano. Minturnes était abandonné en 590 (7), Fundi occupé en 592 par les Lombards (8), qui poussaient leurs incursions jusqu'à Très Tabernae et à Velletri ('.)), et ravageaient si complètement le pays que la population manquait pour repeupler les villes désertes(lO) : en môme temps les gens de Spolète descendaient dans la vallée supérieure de l'Anio (1 1). Mais, le premier moment de trouble passé, lafi-ontière ne tarda pas à se préciser du côté de Spolète aussi bien que du côté de Bénévent. Quittant, tout près de Tihur, le cours de l'Anio, elle suivait, entre Préneste à l'ouest et Subiaco à l'est, une ligne parallèle au cours de la rivière," assez voisine de l'ancienne limite entre le pays latin et le territoire des Eques ; puis , passant au nord d'Agnani et d'Alatri, elle gagnait, non loin de

patrimoine de Sabine, occupé depuis prés de trente ans par les Lombards, c'est-à-dire vers 712, et qui faisait, avant cette date, partie des possessions impériales. Liutprand rendit au pape le patrimonium , mais sans abandonner la souveraineté du territoire, qui ne fut recouvré que beaucoup plus tard (Cod. Carol., 70, 74).

(1) Greg. M., Dial., III, 18 : « in Campaniae partibus , « où il est évidemment question de la campagne romaine, puisqu'il s'agit d'un endroit situé à 40 milles de Rome. Cf. Lib. pontif., 1G6, 184, 273. Cod Carol., 62, p. 202. C'est la Campania Taracinensis de l'Anonyme de Ravenne, p. 249.

(2) Prise en 596. Greg. M., ep. VI, .Taffé. 1412. ot Hirsoh , Das Herzoçjthum Benevenl , p. 5.

(3) Greg. M., ep. IX, 31.

(4) Greg. M., DiaL, III, 8.

(5) Chron. Aline use {dans An ecd. Unliell., p. 'i2). Hirscli, /. /. .• j). ,j.

(6) Greg. M., ep. VI, 11. .laffé , 1.390.

(7) Greg. M„ ep. I, 8, 50.

(8) Ibid., III, 13.

(9) Ibid., II, 14, .50,

(10) Ibid , II, 50.

(11) Chron. Siiblacense (Muratori, S.S. /.'. //.. XXIV. 929),

lii;0(illAI'HlK l)K l/i:XAUCHAT DK HAVKNNU. 07

Sora, le cours du Liris qu'elle suivait jus(ju';ï la incr. Au (i(3l;i do, celte rivière, entre le Garigliauo et la Mell'a, les Byzantins possédiw'ent pendant tout le scpticnie siècle Swm (Sora), Hirpinum (Arpino) QiArchis (Arce) ; en 702, Gisulf de Bénévent emporta les trois places et porta jusqu'au Liris la frontière lombarde (1).

Le privilège de 817 nous fait connaître une ])artic des villes de la Campanie (2) : Signia (Segni) , Anagnia (Anagni), Ferenlinnm (Ferentino), Alalriiim (Alatri) , Palricum (Patrica, au sud de Ferentino) (3), Frisiluna (Frosinone), Tibur (Tivoli) : il faut ajouter, dans les environs de Rome, Ostie, Albano , Tusculum , Velletri, Prénestc, Gabies (4), et, au sud des terres pontines, qui commencent, dès cette époque, à devenir désertes, Fundi et les trois ports de Terracine (5), Gacte (6) et Formies (7), queles Grecs conservèrent après la chute même de l'exarchat (8).

Telle était l'étendue et la frontière du duché de Home (U), frontière irrégulière, souvent conventionnelle, mais qui , malgré de fréquentes attaques, ne changea guère pendant cent cinquante ans; telles étaient les [)rincipales villes situées sur son territoire, places de médiocre importance par elles-mêmes, fortei'esses qui

(1) Paul Diac, VI, 27 ; Lib. ponlif., 166; Troya, 372.

(2) Sickel, 174. Quehiucs lignes plus bas , le Privilège {'iiuiurrc , dans la uionie Campanie, Sora, Arec, Aquino , Teano et Capoue. On a fort discuté ce passage, qui ne saurait, en effet, représenter l'état [)rimitif du duché de Rome. Sickel estime (p. 130) que ce sont là de simples patrimoines restitués à l'Eglise par Charlemagne; Fickcr (II, 300) , y voit , au contraire, des acquisitions positives et 3' reconnaît les villes du Bénéventin , que le pape Hadrien réclame avec tant d'insistance (Cod. Carol. , 87) et dont il ne fut mis en possession que sous réserve des droits souverains du prince franc (cf., pour Capoue, Cod. Carol., 85-86; pour le Bénéventin, ibid., 84-87). Quoi qu'il en soit, il est certain que Capoue, Arpinum, Teano étaient , dès la fin du sixième siècle, perdues pour les Byzantins, et que les autres places leur furent enlevées en 702. Quant à la première série de villes mentionnées dans le Privilège, Ficker (II, 357) reconnaît que, dès avant la donation de Pépin, elles font partie du duché de Rome (cf. Sickel, 127).

(3) Ficker, II, 300.

(4) Labbe, VII, 718 et suiv., et 78.

(5) Greg. M., ep. I, 35; Anon. Rav., p. 249. Sur une des colonnes de la cathédrale de Terracine on lit cette acclamation impériale, qu'il faut rapporter sans doute à Héraclius et k son fils Constantin ; 'Op6o56|oi; xai vtxïiTOÏç pa<ji),£ù(ri TtoXXà -zà ê-cr) (La Blanchère, Terracine, p. 173.)

(6) Lib. pontif., 173. Dans le v03'age de S. Willibald {Act. SS.. l. II, Julii, 492); on voit que Gaëte était Romanis subdita.

(1) Greg. M., ep. IX, 25; I, 8; VII, 16.

(8) Cod. Carol., 62.

(9) Cf. Reumont, II, 151 et suiv.

Page 1