I.'eXARCHaT du liAVKNNK
scuiliIeiiL siuis c()iisé(|iiciicc, mais qui , iiahiloineiil disposées tout autour de Rome, faisaieut à la ville pontificale, menacée parle voisinage des Lombards, un presque inexpugnable i-empart (1).
Le diiclié de Pérouse et les communications entre Ravenne et Rome.
Le duché de Rome n'était point, comme ou l'a affirmé un peu légèrement (2), privé de toutes communications avec les possessions grecques de l'Adriatique; tout au contraire, les Byzantins avaient établi, entre Ravenne et Rome, une route stratégique et militaire, fortement défendue i)ar une série de postes fortifiés. Avant la conquête lombarde, la grande artère de communication entre les deux mers était la voie Flaminienne , qui , franchissant le Tibre à Ocricnlinn (Otricoli), gagnait, par Nar7iia (Narni), Me- (Bevagna), Fulglnium (Foligno), Forum Flaminii (S. Giovan-in-Fiamina) , Nuc.eria (Nocera) les passages de l'Apennin; elle franchissait la montagne pàv Tadina (Gualdo-Tadino), ad Ensem (Scheggia), ad Calem (Gagli), ad Saxa Intercisa (Furlo), et par Forum ■Se'jJîpron/t (Fossombrone), descendait à Fano et à la mer (3). Mais quand les Lombards, établis à Spolète dès 571 , eurent occupé toute la partie moyenne de la Via Flaminia (Bevagna, Foligno, Nocera), il fallut rétablir par une autre route les communications coupées sur cette voie. Ce ne fut point une petite affaire : dans les premières années de l'invasion, les Lombards, se répandant comme un torrent sur la Tuscie et l'Ombrie , avaient réussi à séparer ejitièrement Rome de Ravenne (4) ; ils ava.ient conquis Horta, PolimTirtium, Narni, Ameria et Tuder (5) ; ils tenaient, sur la voie Flaminienne, le château de Lucioli ; enfin ils occupaient l'importante position de Pérouse, où un duc commandait au nom du roi Agilulf (6). Le premier soin de l'exarque Ro-
(1) Cf. LU), pontif., î.'i'J ; Migne, LXXXIX, .519. Les textes rattachent étroitement Rome à la ceinture de caslrn qui l'entourent. Lib. pontif,, 125 : « Omnia castra quan erant sub civitate Romana por circuituin. 2.30 : civitatem hanc Romanam et subjacentia ei castra. » Cf. 141.
(2J Beretti . 214. Of. la carte de Spniner , fort inexacte pour toute cette région.
(.3) Table de Peul i itgrr. C'est, jusqu'à la station de Fossato , le tracé que suit aujourd'hui le chemin de fer de Rome à Ancône.
(4) Lib. pontif., 112 (a. 578); Migne, LXXII, 703 (a. 584); Greg. M., ep. II , 46 (a. .V.)l ; .Jaffé, 1198). En avril 592 (.lafïé, 1181), la route entre Ravenne et Rome étant coupée pvo intevpositione hostium, les communications se faisaient par mer, en passant par la Sicile (Greg. M., ep. II, .35).
(5) Paul Diac, IV, 8; LU,, pontif., 113.
(6) Paul Diac, IV, 8.
fiÉofiH.u'Hii'; DE l'uxahchat dk havknne. (i9
inaiius fui do irt;iblir les coniiiiunications ainsi coupées entre Home cl Raveune; il gagna en 590 le duc Maurisio, qui gouvernail Pt'i-ouse cl se fil livi'or la place, il emporta les autres châteaux forts conquis parles Lombards (I), et, comprenant quelle importance il y avait à occuper fortement ces positions, il ne craignit pas, i)Our en renforcer les garnisons, de dégarnir Rome môme(2). Malgré un retour offensif d'Agilulf, qui, en 592, reprit Pérouse(3),la ville fut, jieu de temps après, sans doute au traité d'octobre 598, restijnée aux Byzantins (4). Les communications étaient désormais, pour plus d'un siècle, assurées entre Ravenne et Rome.
La nouvelle voie stratégique et militaire quittait Rome par la ViaCassia, et, un peu au nord de /^«cca/îaé (Baccano), empruntait la Via Amerina. Par Nepe (Nepi) et Gallesium {(^^Wq^q) elle gagnait le Tibre, qu'elle traversait à Horta (Orte), puis par Ameria{KmQ-
(1) Paul Diac, IV, 8 ; Lib. pontif., 113; Greg. M., ep. V, 40.
(2) Greg. M., ep. V, 40.
(3) Paul Diac, IV , S. Un détail donné par Paul Diacre permet de déterminer la date exacte. Cf. Greg. M., Homil. in Ezech. (Migne, LXXVI, 1072, et Jaffé, 1401).
(4) Pcrouse, occupée par Agilulf en 595, est mentionnée, en 735, entre les mains des Grecs (Paul Diac, VI, 54); Boretti a supposé que les Lombards conservèrent la place pendant tout le septième siècle et qu'elle no fut restituée aux Byzantins qu'au temps de Grégoire II (p. 214). Il semble impossible que cette restitution ne soit pas fort antérieure. Pendant tout le cours du septième siècle , on voit continuellement des fonctionnaires impériaux aller de Rome à Ravenne , tantôt avec une armée, tantôt avec une faible escorte {Lib. ponlif., 117, 118, 122, 126) : deux choses qui eussent été également impossibles si le pays intermédiaire avait été aux mains des Lombards. Comme la route que suivent ces personnages passe nécessairement par Pérouse , Chiusi à l'ouest, Foligno à l'est, appartenant aux Lombards, il faut conclure que, dès ce moment, les Grecs avaient recouvré Pérouse.
On peut vraisemblablement fixer la restitution de cette place à la date d'octobre 598, où Agilulf conclut une paix avec l'Empire (Greg. M., Ep., IX, 98; IX, 42; Jaffé, 15G8, 1591). Peu de temps, en effet, après cet événement, dans une lettre de Grégoire le Grand, écrite entre février et avril 599 (X, 6; Jaffé, 1642), le pape demande à Théodore, curateur de Ravenne , de faire escorter jusqu'à Pérouse une personne se rendant à Rome : n'en faut-il point conclure qu'à cette date Pérouse était de nouveau entre les mains des Byzantins ? Il n'est , en effet , guère admissible qu'une escorte de soldats impériaux se fut arrêtée précisément dans cette ville Ipmbarde , au lieu de pousser jusqu'à la place grecque la plus prochaine , c'est-à-dire Todi. Je pense donc que la ville avait été restituée au traité de 598,
Enfin le Privilège de 817 (p. 174), range Pérouse « in Tusciae partibus, » et l'on a vu que la Tuscie romaine entière resta aux Grecs durant tout le septième siècle.
I,'liXAUCHAÏ DE RAVENNE.
lia), Tvdcr (Todi) et la vallée du Tibre, elle atteignait Pérouse. De là, elle rejoignait par deux roules la voie Flaminienne, soit en gagnant, par Gubbio, le poste de ad Ensem (Scheggia) (1), soit en al)Outissant à la place de Tadinuin, i-cconquiso p:u' les Byzantins en juillet 599 (2). De là par l^ucioli. Gallium, Petra Pertusa , elle gagnait la Pentapole (3).
Pour assurer la possession et garantir la sécurité de cette importante voie de communication , tous les points stratégiques de la route étaient commandés par des places fortes. Dans le duché de Rome, Nepe était couvert à l'ouest, du côté de la frontière lombarde , i)ar Sutri et Blera ; Orte , qui tenait le passage du Tibre, était appuyé à l'ouest par Polimartium (Bomarzo). Mais c'est surtout dans la partie vraiment dangereuse, entre Pérouse et Fossorabrone (4), qu'aucune précaution n'avait été épargnée pour assurer le passage des montagnes. Dans l'étroit jjassage , long de quarante kilomètres, véritable clisoura, comme disaient les Byzantins, qui conduit de Scheggia au défilé de Furlo, nul ne pouvait se soustraire à la surveillance des garnisons byzantines. A l'endroit où la route se rétrécit, Gualdo-Tadino en commandait l'entrée; au i)oint culminant du passage (750™), le castnm de Lucioli (près de Cantiano) (5) fei'mait l'étroite gorge, longue de dix kilomètres, où, entre deux hautes parois rocheuses, la route seule et la rivière trouvent place ; au point où la vallée s'élargit un peu-, Cagli défendait le passage; enfin, au point le plus resserré, à la sortie des montagnes, le château de Petra-Pertusa barrait Tétroit col de Furlo (6). Grâce à cette série de postes, les communications étaient assurées entre Rome et Ravenne, et les duchés de Spolète et de Bénévent séparés du reste de l'Italie lombarde (7).
Telle était l'importance de ces positions et de cette voie stratégique !]u'à aucun prix les Byzantins ne consentirent à les abandonner. Toute leur politique , au huitième siècle, consista à en
(1) Aujourd'hui encore, il y a entre ces deux points une bonne route carossablc.
(2) Grog. M., ep. IX, 87, 88. Jaffé, 1712, 1713.
(3) On trouvera cette route fort exactement indiquée dans l'Anonjaie de Ravenne, p. 273-274.
(4) C'est pour cette partie-là que Grégoire demandait une escorte militaire [Ep. X, (i).
(5) Lib. ponlif., 113, 118. Prospori Cont. Ilavn. . p. :i7. 'r:ihlc de rciilln- (jer, 113, coi. 1.
(6) Proc, liell. (iolh., II, 11, p. 189-190. Agnell., 90.
(7) Cf. Sybcl, Die Sclienhungen , p. 48-49.
r.ÉOr.HAl'HIH DU I.'liXAHr,HAT I)K HAVKNNli.
assuioi- la conservation. Quanti Liiitprand, en 728, emporta Sutri pai- surprise (I), (jiiaud Trasimond de Spolèto, vers 738, se rendit maître du château de Gallose ("2), quand, en 739, Liutprand conquit Orte, Bomarzo, Ameria et Blcda (3), quand Ratchis, en 749, vint assiéger Pérous(> (4), aussitôt ils rencontrèrent en face d'eux les pi'otostations des papes : (îregoire II, Grégoire III et Zacharie mirent en œuvre toute leur influence pour obtenir la restitution des places si néccssaii-es h l'existence de l'exarchat (5).
Au point de vue administratif , les citadelles qui protégeaient la route militaire se partageaient entre difîérentes juridictions. Celles qui jalonnaient la partie conservée de l'ancienne voie flaminienne, Gagli, Lucioli, Gubbio, Tadino, suivirentle destin de l'ancienne province de Flaminia-Picenum et firent jiartie de la Penta[)ole : d'<vutre part, Ameria, Orlo ot Bomarzo furent de tout temps compris dans le duché de Rome. La situation des places intermédiaires de Todi et de Péi'ouso fut plus indécise et plus changeante. Dans le |)rivilège de 817 , toutes deux sont mentionnées parmi les villes de la Tuscie romaine qui se rattache au duché de Rome ((3); en 749, au contraire, Pérouse appai-tenait au ducTié de Peutapole (7). Précédemment, vers 735, elle formait un duché indépendant (8) : ce fut , selon toute vraisemblance , la façon dont ce territoire fut généralement organisé : l'administration pontificale, ({ui conserva fort exactement les divisions de l'époque byzantine, connaît et mentionne à plusieurs reprises le duché de Pérouse (9).
L'étendue de ce gouvernement était assurément peu considérable, et plus d'une fois le duché dut se réduire à la ville même. Le pays environnant tout entier appartenait aux Lombards, qui occupaient au nord Castellum Felicitatis (Città di Castello) , à l'ouest Cortonect Clusium (Chiusi) , Assise et Foligno à l'est, Urbevelum (Orvieto) au sud. Cependant la charte de 817 rattache au territoire de Pérouse le lac de Ti'asimcne et ses trois îles (10) : l'Isola Mag-
(1) Lib. ponlif., 186.
(2) Ibid., 203.
(3) Lib. pont if., 207.
(4) Ibid., 223.
{o) Ibid., 203, 209, 211, 212.
(6) Sickel, 174. Cf. Ficker, II, 301-302.
(8) Paul Diac, VI, 54.
(9) Lib. ponlif, 285, 308.
(10) Prit:, de cSV7 (Sickel, 174). Cf. Berotti. p. 21.).
l'exarchat de ravennk.
giore , l'Isola Minore, et l'Isola Polvese : le duché, borné à l'est par le Tibre, s'étendait donc à l'ouest jusqu'au delà du lac, peutêtre jusqu'à la Palus Clusina (Val di Chiaiia).
Campanie.
(Duché de Naples.)
Le duché de Naples (1), qui s'était formé d'une i)artie de l'ancienne Campanie, était, dès la fin du sixième siècle, presque absolument réduit à la côte ; il s'étendait sui' le golfe do Naples, depuis Cumes jusqu'à Salerne (2) ; encore Salerno tomba-t-elle, vers le milieu du septième siècle (3), au pouvoir des ducs de Bénévent, qui en firent une importante place de guerre (4); alors la domination byzantine ne dépassa guère Amalfî. Plustard, vei'sTlT, Cumes même fut occu[h'' par les Lombards (5) ; mais la ville fut presque aussitôt reprise par le duc de Naples; elle était indispensable en effet poui- assurer les communications entre le duché et Rome (6). Les principales villes de la province étaient : le caslrum Cumaniim (Cumes), le castellum de Misène (7), Pouzzoles , Naples, où résidait le duc (8), le castrum Lucullanum (Castello dell'Ovo) (9) , enfin Sorrente et Amalfi, qui, jusqu'au milieu du neuvième siècle, dépendirent du duché de Naples (10). Les îles d'Aenaria (Ischia), de Prochyta (Procida) (11), et de Ca])rae (Capri) (12), faisaient partie du même gouvernement.
Au nord et à l'est de Naples s'étendait la riche plaine de Libaria (terra di Lavoro), dont une partie tout au moins reconnaissait l'autorité byzantine : parfois même le nom de Liburia semble expressément réservé au pays placé sous la domination grecque (13) .
(1) Lih. fjoiilif., 181, Cod. CaroL, 86.
(2) Une lettre d'Honorius (Jaflfé, 2027. Migne, LXXX, 482) montre, entre 625 et 6;S8, Salerne occupé par les Grecs.
(3) Troya, 314.
(4) Ann. Einh., ad. a. 787.
(5) Paul Diac, VI, 40. Lih. ponlif., 181.
(6) Cf. Duchesne, 411, n. 16.
(7) Greg. M., ep. IX, 69.
(8) Ibid., X, 11; XIV, 10.
(9) Ibid., 1, 24; III, 1; X, 19.
(10) Cod. CaroL, 82. Cf. ibvL, «6. |.. ,'62, et M. G. H., IV, 217.
(11) Greg. M., ep. IX, 69.
(12) Ibid., I, 54.
(1.3) Erchcmpert, 71.
fiÉOGRAPHlE DE l'eXAHCHAT DE RAVENNE.
II esl assez difficile toutefois de déterminer exactement les limites de cette région (I) ; sur la côte, elle s'étendait au nord de Cumes jusqu'au lac de Patria (2) et au cours du Clanius (Chiani vecchio), mais, du côté de l'est, la frontière était fort incertaine. Sans cesse les Lombards de Bénévent descendaient de leurs montagnes pour ravager la plaine. En 581 ils assiégeaient Naples (3); en 592, ils semblaient prêts à revenir sous les murs de la ville (4), et le péril paraissait si grand qu'on installait des soldats] usque dans les monastères (5), et que les religieux eux-mêmes étaient astreints à faire la garde sur les murailles ((i). En 595, on craignait pour Amalfi (7) ; vers 640 Salerne succombait; Sorrente était assiégé vers G45 (8), Cumes surpris vers 717, Amalfi de nouveau menacé en 781. Cependant, malgré ces incursions continuelles qui amenaient les Lombards jusqu'à la côte, les Grecs semblent avoir conservé quelques places dans l'inléiieur , peut-être Aiella (S. Elpidio au S. d'Aversa) et /4 ce;-me( Acerra) (9), au nord de Naples, et Nuceria (Nocera) (10), au nord d'Amalfl; en outre les ducs de Bénévent leur avaient reconnu la possession d'une partie du plat pays, pour lequel Byzantins et Lombards avaient, dès le septième siècle, trouvé un accommodement. C'est ce que prouve une convention fort curieuse passée, au sujet de la Liburie, entre les gens de Xaples et Arichis de Bénévent (11), qui montre comment, de bonne heure, un modusvivendi s'était établi entre les deux dominations. Outre les territoires attribués à chaque peuple (12), un grand nombre déterres demeuraient indivises entre les Lombards et les Napolitains (13), qui les faisaient cultiver par des esclaves {seroi communes) (14) ou des tenanciers (homines censiles) (Ij)et en
(1) Cf. Hirsch, Das Herzo<jlli. Bencvent , p. 9, et surtout note 5.
(2) Léo Ost., II , 86 : « in finibvis Liburiae, loco Porano propc lacurn Patriae. »
(3) Mabillon , Anecd., II, 11. Capasso, Manum., I, 12.
(4) Greg. M., ep. II, 46.
(5) Ibid., IX, 103.
(6) Ibid., IX, 73.
(7) Ibid., VI, 23.
(8) Ughelli, VI, 100. Troya, 316.
^9) Greg. M., ep. IX, 77.
(10) Ibid., IX, 25.
(11) M. G. H., Leg., IV, 213. Ercheiup.. 2.
(13) G. 7 : « terras seu serves quos Langobardi divisos habent cuni Neapolitanis. »
l/lJXAHGHAT DE HAVEiNiNE.
partageaioiit les i-evemis par moitié (1). Sans prétendre fixer avec une pleine exactitude la limite des deux dominations, ou voit que les Byzantins occupaient dans le Napolitain (jucl(]uc chose de plus que les villes de la cote ; peut-être la frontière suivait-elle, depuis la mer jusque vers Nola, le cours du Glanius (2), poui' gagner de là, en passant par Nocera, la côte à l'ouest de Salerne.
Apulie — Calabre. Lucanie — Brutlium.
(Duché de Galabre.)
Jusqu'à la tin du septième siècle, les Grecs conservèrent des possessions assez importantes dans l'Apulie et la Galabre. Les Lombards, en effet, qui, à la fin du sixième siècle, s'étaient avaiicésjusqu'à ï Au [idas {Ohmio) et menaçaient Camtsium (Gauosa) (3), ne semblent point avoir franchi le fleuve; et si, à l'ouest de l'Apulie, les ducs de Bénévent avaient poussé leurs armes jusqu'au golfe de Tarente, et fait (VAgerealia (Acerenza) une de leurs princi[iales citadelles (4) , ils ne piraissent point avoir dépassé le cours du Bradanus (Bradano). Entre cette rivière à l'ouest et l'Ofanlo au nord, les Grecs conservaient sur la côte occidentale l'impoi'tante place de Tarente (5) et le caslrum CaUipoliLanum (Gallipoli) (6), sur l'Adriatique h\ ciuitas Hydruntum (7) (Otrante) , Brundusiam (8) (Brindisi), Bariitm (Bari), et au nord de l'Ofanto, isolée sur la côté, la ville de Siponlnm (9) (S. Maria di Siponto, près de Manfredonia) ; dans l'intérieur, entre Tarente et Brindisi, on connaît Uria (Oria) et, plus au sud, Lippiae (Ijccce) (10).
Lorsque, en l'aïuKieGGS, l'empereur Gonstant II tenta un sérieux effort pour reconquérir l'Italie (il), c'est dans cette région qu'il trouva sa base d'opérations. Il débarqua à Tarente, et,
(1) Cf. Mon, Arcli. Neap., I, 1, où l'abbé d'un monastère de Naples paie à des Lombards une somme donnée « pro metietatem, » de telle et telle personne « qui fuerant tcrtiatorcs communes. »
(2) Beretti , 301-302.
(3) Greg M., ep. I, 44, p. 505; I, 53.
(4) Paul Diac. V, 7.
(5) Greg. M., ep. II, 45; XIII, 20.
(6) Greg. M., ep. IX, 100.
(7) Ibid., IX, 99.
(8) Ibid., VI, 21.
{<Jj Ibid., XI, 24.
(10) Ibid., VI, 21.
(11) Paul Diac, V, 0.
r.liOC.KAl'HIK DU l'h.XAHCHAT un UAVHNNE.
eiivaliissiiiit lo duché de Bôiiévent ;ï la fois par le sud el par l'est, il vint assiéger Luceria (Lacera) et Agerenlia (Acerenza) (1). On coimaîl le inalheui-oux succès de cette entreprise et les consé(|uonces désastreuses ([u'elio eut pour la Calabrc byzantine. Entre 665 et 675, Romuald deBéiiévniit passac'isoii toui' la frontière et s'empara do Tarento (2), de Hrindisi et de toute la vaste région comprise on ti'O CCS deux villes (3); c'est probablement à ce moment que Sipontum et Bai'i succombèrent ('i). Les Grecs ne conservèrent que l'extrême pointe de l'Italie, avecGallipoli et Otrante(5), qui furent rattachés sans doute an nouveau duché de Calabre ; encore devaient-ils bientôt perdre Otrante même, que l'on trouve en 758 entre les mains de Liutprand, duc de Bénévent(6). A ce moment le roi Didier négociait avoc Constantinople ; une armée lombarde et une flotte byzantine allaient assiéger Otrante, et la ville, reconquise à frais communs, devait rester à l'Empereur, qui s'engageait à livrer en échange le duc révolté contre son souverain (7). C'était iPi, de la part de Didier, une concession im[)0rtante ; c'est d'Otrante reconquise que les Grecs partiront pour reprendre plus tard l'Italie méridionale.
Dans la Lucanie pi'oprement dite, les Byzantins n'avaient conservé qu'une place isolée sur la côte : c'était Acropolis (8) (Agropoli, au s. de Paestum); tout le reste de la province appartenait aux ducs de Bénévent. Dès la fln du sixième siècle, ils s'étaient emparés de K(?/t« (Gastelhunare délia Bruca), de Buxenlnm (Policastro), de Blanda (Laino) (!)), et Grégoire lo Grand raconte que les populations hicaniennes s'enfuyaient on Sicile à l'approche des envahisseurs (10). Dans le Bruttium, au contraire , les Grecs s'étaient plus solidement maintenus. Sans doute, là aussi, le
(1) Paul Diac, V, 7.
(T) Ibid., VI, 1. Les Grocs no la rcpriicMit pas. Eu iS.il, elle était loiuljardo {M. G. H. Leg., IV, ni.)
(3) Sur Canosa, lombard en 688. Troya, 355.
(4) Sipontum semble perdu dés 649 (Troya , 318-319). Cf. Troyn , III, 684. Sur Bari, Erchonip,, 16.
(5) Lib. pontif., 172. Toutes deux sont grecques on 704. Cf. Const. Porpli., De aclm., 120.
(6) Cod. CitroL, 17, p. 79. M. l'aldjé Ducliosne la met à tort en tiM-ritoiro grec {Praef.. p. 2.37).
(7) Ibid., p. 79-80 : « Eam(|ue concédât iiuperatoi-i cuin houiinilais et facultatibus quae in ea consistant. »
(8) Greg. M., ep. II, 43; Cod. Carol., 8.5,
(9) Ibid., II, 43.
(10) Ihid., IV, 6.
l'exahchat de ravenne.
premier flol de l'invasion avait brisé toutes les résistances et l'on avait vu les ducs de Bénévent prendre, en 596, et dévaster Crotone (I), occuper la civitas Lissilana (près de Squillace) (2), menacer Tauriana (3), et la légende racontait même qu'Autharis avait poussé ses armes victorieuses jusqu'<à l'extrémité de la péninsule, à Rhegium (4), En réalité, Crotone était bien vite retombée aux mains des Byzantins (5) ; Tauiiana avait été reprise (6), et, dans la montagneuse région du Brutiium presque entièrement entourée par la mer et d'ailleurs protégée par le voisinage de l'important gouvei'uement de Sicile, lesGrecsavaient, dès la fin du sixième siècle, établi une pj-ovince où l'invasion lombarde ne pénétra jamais, et qui, pendant cinq siècles, resta soumise sans interruption à la domination impériale, dont elle devait être, à l'époque de la conquête normande, le dernier boulevard eu Italie.
On trouvait dans cette région, qui prit, à la fin du septième siècle, le nom de Calabre, un grand nombre de villes importantes. Sur la côte de la mer Tyrrhénieune , c'étaient le castrum Amanleurn (7) (Amautea), bâti sur l'emplacement de l'ancienne Clampelia et dont l'évèché (8) avait sans doute remplacé celui do Tempsa : Agello (Ajello) (9), puis, au sud de l'embouchure du Sabalus (Qa.vuto), Tempsa (Torre del Lupo ou Tori'evecchia, à l'ouest de Nicastro) , ([ui eut des évoques jusqu'à la fin du septième siècle (10); Vibo (II), (S. Pietro di Bivona ou Monteleone), Tropeia (12) (Tropea), Massa Nicotcrana {\3) (Nicotera) , Tauriana (vers les bouches du Marro, à Traviano) (14), enfin sur le détroit de Messine, Rheyium (Reggio) capitale administrative et métropole religieuse de la [)rovince (15). Puis venaient, sur la mer Ionienne : la ville
(1) Greg. M., ep. VII, -20; .Jaffé, 1169.
(2) /bld., II, 37.
(3) Ibid., I, 44.
(4) Paul Diac, III, 3'2.
(5) Lib. ponlif., 17'2.
(6) Greg. M. , ep. II , 16-17. Pourtant les ducs de Bénévent conservèrent une partie du Bruttium (Greg., ep. XII, 21).
(7) Anori. Hav., p. 2G3 ; Erchemp., ,t1.
(8) Tafel, De prov., p. 49.
(9) Anon. Rav., p. 263.
(10) Labbe, VII, 719.
(11) Greg. M., ep. VI, 41.
(12) Ibid., II, 1.
(13) Ibid.. VI, 41.
(14) Ibid., I, 41; II, 16, 17. Table de Peutirujer, 231, col. 3.
(15) Const. Porph., Dr lliem., II, p. 60; Tafel, /. /., p. A'X
r.KOliitAPiiii': un L'ioxAitCHA r du havknnk. ^ 77 •
de Locrcs (1) (ruines à Gento Camerelle près doTorrc ili Geracc), encore siège d'un évèché au neuvième siècle , le château de Sainle-Cyriaque (2) (Gerace), Columna Rcgia {'.]) (Stilo), le château do Scillacium (4) (Squillace) , Aesula (Isola) , sans doute T'AecauXat mentionné dans la liste des évcchés dressée sous Léon VI (5), la ville de Croione (Cotrone) (6) à l'ouest de laquelle se trouvait, dans l'intérieur des terres et au sud de Neaelhiis (Neto) , Voppidum de Santa-Severina (7), qui fut, au neuvième siècle, comme Reggio, résidence d'un métropolitain (8); enfin Russianum (Rossano) (9), où la légende fait naître le pape Jean VU (7Û5-7U7) (10). Dans l'intérieur il faut mentionner, sur l'isthme étroit situé entre les golfes de Squillace et de S. Eufemia, la forteresse de Neocastro (Nicastro) (11) dont l'évêché remplaçait sans doute celui de Turres (12), et sur la rive droite du Gratis (Grati), Bisounianon (Bisignano) et peut-être Consentiae (Gosenza). A la fin du sixième siècle cette dernière place appartenait sans nul doute aux Byzantins (13), qui peut-être l'occupaient encore en 680 (14); plus tard, sans qu'on puisse dire à quelle date , les Grecs la perdirent. En 851, en effet, elle faisait partie du duché de Bénévent (15) et elle manque dans la liste des évèchés rédigée sous le règne de Léon le Sage (16).
On peut, d'après ces indications, déterminer assez exactement la frontière de la Galabre grecque. Elle partait du golfe de Tarente, au nord de Rossano, probablement à l'embouchure même du Grati; puis, laissant au nordGassano, au sud Bisignano, elle suivait dans toute sa longueur la profonde vallée du Grati, et vers le confluent du Busento elle quittait la rivière pour aboutir à la mer Tyrrhénienne un peu au nord d'Amantea.
(1) Tafel, p. 49.
(2) Const. Porph., De Ihem., p. 60.
(3) Anon. Rav., 263, 331; Lib. Guidonis, p. 471.
(4) Greg. M., ep. II, 37-38; VIII, .39. Labbe, Concil., VII. 719.
(5) Tafel, p. 50 .
(6) Greg., ép., VII, 26.
(7) Erchemp., ,51; Const. Porph., De Ihem., p. 60.
(8) Tafel, 50.
(9) Const. Porph., De adm., p. 120.
(10) Lib. pontif., 167 ; « natione graecus. »
(11) Tafel, 49.
(12) Greg., X, 16-17.
(13) Greg. M., Ep., IX, 48; X, 16.
(14) Labbe, Concil., VII, 719.
(15) M. G. H. Leg., IV, 222.
(16) Tafel, 69, à moins que Kovffxavîia ne soit Cosenza.
l'exarchat de havennk.
Nous n'avons point à décrife ici la Sicile, ijui l'ormait un gouvernement indépendant de l'exarchat. Quant à la Corse et à la Sardaigne, elles furent, jusqu'à la fin du septième siècle, comprises dans l'exarchat d'Afrique (1).
Au point de vue géographique, les provinces qui composaient l'Italie byzantine ne i)résenlaienl guère les conditions nécessaires à l'existence d'un Etat. La manière dont elles s'étaient constituées n'avait point permis aux différentes régions de se rapjjrocher suivant leurs afflnités naturelles; les hasards de la conquête avaient en maint endroit substitué ;i leurs frontièi-es géographiques des limites conventionnelles ; enfin l'invasion avait sépai'é l'un de l'autre la plupart des territoires conservés par Byzance. La Ligurie , l'Istrie, la Véiiétie, le duché de Naples et les deux Calabres ne communiquaient que i)ar mer avec les autres provinces de l'exarchat et avec Ravenne sa capitale ; le duché de Rome n'était uni aux possessions grecques de l'Adriatique que par une route militaire plus d'une fois menacée ou coupée ; entre ces provinces isolées n'existait aucun lien géographique , aucune cohésion naturelle. Une domination établie dans de telles conditions eût été bien précaire, si de fortes institutions n'en avaient compensé les désavantages, si une rigoureuse centralisation administrative n'avait rendu une unité factice aux provinces disloquées de la péninsule. L'empire d'Orient n'avait pas été capable de repousser l'invasion lombarde; il sut au moins organiser la défense, tenir la conquête en échec, et pendant plus d'un siècle et demi, par son administration municipale et provinciale, conserver et protéger ce qu'il avait sauvé de l'Italie.
(1) Cod. .lust., I, 27, 2. Gros. M., Ep , I, Gl ; VII, 3.