CHAPITRE PREMIER
LA RÉFORME DE JUSTINIEN ET LES ORIGINES DU NOUVEAU RÉGIME ADMI- NISTRATIF.
Dès la fin du quatrième siècle, pour mieux assurer la défense de l'empire, on avait, dans certaines provinces voisines des frontières, réuni entre les mains d'un même gouverneur les pouvoirs civils et militaires. Le cornes rei mililaris per Isauriam, le duc d'Arabie, le duc de Mauritanie (1) étaient en même temps les adnistrateurs civils ou praesides de ces provinces ; il en allait de même du duc de Sardaigne (2). Au temps de Justinien, cette tendance à remettre aux soins d'une même personne les différents services administratifs apparaît plus nettement encore. Si l'on compare le Synecdèmos d'HiérocVes , composé avant l'année 535, aux Novelles impériales, en maint endroit on trouve les anciens gouverneurs civils remplacés par des officiers militaires : au lieu des consulares ou des praesides, on rencontre, à la tête des provinces, des praelores ou ffxpaTYiyol (3), magistrature nouvelle, née, comme le dit Justinien, du mélange de deux compétences, et dont l'empereur lui-même s'attache à préciser le double caractère civil et militaire (4). La réforme atteignit surtout les provinces asiatiques. La Pisidie, la Lycaonie, la Thrace, jadis administrées par des consulaires (5), furent confiées à des préteurs (6) : des comités
(1) Nol. dign. Orient., 26; Occid., 20, 29.
(2) Cod Theod., 9, 27, 3.
(3) Sur l'identité de ces deux termes, fort importante à remarquer, cf. Nov. 29, 2,
(4) Nov. 25, praef. : « Ex utroque mistus, ostentans tam in praeliis fortitudinem quam in ferendis legibus concinnitatem. »
(5) Hiéroclès, 24, 25, 1.
(6) Nov. 24, 25, 26.
l'exarchat de ravenne.
remplacèrent les consulaires de la Phrygie Capatiana et de la Galatie (1) : en Pai)hlagonie, un préteur succéda à l'ancien corrector{2). Tous ces fonctionnaires nouveaux réunissaient les attributions civiles et militaires (3). En Cappadoce la simplification administrative fut plus complète encore. Lg proconsul, qui remplaça l'ancien cansularis (4) dans le gouvernement de la province, fut à la fois un gouverneur civil , un général d'armée et un administrateur des finances : civilis judcx erit, dit la Novelle 30 de Justinien, et mililaris et aerarii praeerit rébus (5). En l'éunissant ainsi entre les mêmes mains toutes les affaires de la province, en faisant disparaître la rivalité des autorités civiles et militaires, l'empereur pensait assurer à l'administration une marche plus régulière : sub una navxque aclministratione causam coUigimvs in provincia, ut non dilacerata claudicet (6).
Ces nouveaux principes administratifs ne furent point appliqués pourtant d'une manière générale et uniforme. Dans beaucoup de provinces, Justinien conserva l'ancienne séparation des pouvoirs; parfois môme il la remit en vigueur dans celles où elle avait disparu (7). Quand l'Afrique, la Sicile, l'Italie furent reprises par les armées byzantines, quoique l'état de guerre eût à peine cessé dans ces provinces, quoique le gouvernement impérial luimême prévît pour elles de prochains dangers et de nouvelles Iuttes(8), néanmoins, au lieu d'y concentrer en une seule main les différents pouvoirs, — réforme qu'eût pleinement justifiée l'état des provinces intéressées, — le prince s'appliqua à y rétablir de toutes pièces l'ancienne organisation administrative : il voulut rendre à ces populations, si longtemps soumises aux Vandales et aux Goths, l'exacte image de l'empire romain tel qu'elles l'avaient autrefois connu ; il voulut , comme le dit un contemporain de Justinien, Jean Lydus, « rendre à Rome tous les privilèges de Rome (9). » L'Afrique eut à la tête de l'administration civile un préfet de prétoire, et, sous lui, sept gouverneurs de province, con-
(1) Hiùroclès, 22, Nov. 8, c. 2 et 3.
(2) Hier. , 33. Nov. 29, c. 2.
(3) Nov. 30, c. 1 : « forma et constitutio ex duarum rerum congrcssu facta est. »
(4) Hier., 3G.
(5) Nov. 30. r. 1.
(6) Ibid., c. (i.
(7) Nov. 102.
(8) Cod. Just., I, 27, 2, -I, 7, 13.
(!)) Lvdus, De inngistr., III, .").">, xv] Se 'P(Ô(j.-/) xà 'P(i|Aïi; àTréTdiTSv.