LA RÉFORME DE JUSTINIEN
(décembre 592) , le inènie personnage est chargé par le pape de convoquer les habitants de Naplcs à l'effet de procédera l'élection épiscopale (1). D'après ces témoignages , l'administration de la province et le soin de la justice semblent, conformément à la Pragmatique Sanction , confiés, à la fin du sixième siècle comme par le passé , à un fonctionnaire de l'oi'dre civil.
A côté du judex Campaniae , la correspondance de Grégoire le Grand mentionne plusieurs officiers militaires : c'est, dans la ville môme de Naples, un tribun investi du commandement de la place et expressément chargé de la défense de la cité (2); au-dessus de lui, on trouve un duc qui réside dans la ville principale de la province, mais dont l'autorité s'étend à la Campanie tout entière et qui porte, pour cette raison, le titre de dux Campaniae (3). L'un Pt l'autre seml)lent investis d'attributions exclusivement militaires: le tribun a sous ses ordres non point la population napolitaine, mais la seule garnison de la ville , milites neapoliianos (4) ; le duc n'a nulle autorité sur les personnes civiles ou religieuses : son pouvoir se borne à la direction des opérations de guerre et à la juridiction , depuis fort longtemps attribuée aux chefs militaires, sur ses soldats coupables (5).
L'antique distinction entre les deux ordres administratifs semble donc tout d'abord pleinement conservée dans la Campanie byzantine : d'autres textes, toutefois, viennent altérer la simplicité trop parfaite de cette hypothèse. Depuis le mois de novembre 598 (6) jusqu'au mois de juin 599 , nous trouvons à la tète du gouvernement de la Campanie le magister militum Maurentius. Comme l'indique le titre porté parle personnage, il a entre les mains le commandement militaire de la province; il réside à Naples, capitale de la circonscription administrative (7) ; mais son autorité s'étend à toute la Campanie (8), et Grégoire mentionne expressément comme placé sous les ordres de Maurentius
(1) Greg. M., Ep., III, 15.
(2) Ibid., II, 31.
(3) Ibid. , XIV, 10 ; X , 11. La preuve que son autorité est supérieure à celle du tribun, c'est qu'en juillet 592, maigre l'envoi du tribun, Grégoire réclame la nomination d'un duc (II, 46).
(4) Greg. M., Ep., II, 31.
(5) Ibid., X, 11 ; XIV, 10.
(6) Jafïé, 1573, 1686.
(7) Greg. M., Ep., IX, 69.
(8) Ibid., IX, 73.
l'exarchat de ravenne.
le comte de Misène (1). En qualité de commandant militaire de la province , Maurcntius est naturellement chargé do tout ce qui intéresse la défense du teri'itoire ; il détei'mine la part que les habitants prendi'onl à la garde des places l'ortcs (2), et seul, il a le droit d'exempter de ce service; commis à la surveillance de la frontière , il obseVve les relations entre le pays byzantin et la terre lombarde , et c'est par cette entremise que le pape adresse ses lettres au duc Arichis de Bénévent (3) ; bref , à défaut du titre , lo magisler mililum Maurentius a tous les [louvoirs d'un duc de Campanie. Mais en outre de ses attributions militaires, le môme Maurentius fait intervenir son autorité dans les affaires municipales de Naples et des autre villes campaniennes. L'évêque Fortunatus était en conflit avec les magistrats napolitains au sujet de certains privilèges de la cité. C'est à Maurentius qu'on s'adressa pour déterminer avec précision les droits de chaque partie, et, la question réglée, c'est à lui que le pape recommanda de faire respectera l'avenir les prérogatives de la ville (4). Si , au mois de novembre 598 (5), il y avait eu à Naples un jiidex Campaniae chargé du gouvernement civil de la province, l'affaire n'eût-elle pas été natuiellement soumise à son jugement ? Vers la même date, un clerc, accusé d'une tentative de meurtre, se plaint à Rome de la manière dont l'évêque de Naples a conduit l'enquête et le procès. Grégoire ordonne au sous-diacre de Campanie de reprendre l'affaire et de demander, pour diriger les recherches et prononcer la sentence (6), le concours du magisler milituju Maurentius, Si, au mois de décembre 598 (7) , il y avait eu à Naples , comme en 592, un judex Campaniae chargé de l'administration de la justice, le pape n'eùt-il pas, comme il avait fait en 592, fait appel au magistrat bien plutôt qu'au général ? Je n'insiste pas sur ce fait qu'en mai ou juin 599 (8) Maurentius a droit d'accorder ou de refuser aux marchands napolitains des permis de navigation {licentia navigandi) ; à cette date il est fort vraisemblable que Naples et la Campanie , comme la plupart des provinces italiennes, se trouvaient placées , [lour
(1) Greg. Ep., IX, 69. Cf. VIII, l!), où il faut pent-ctrc lire au lieu de Minati caslro, Misenati caslru.
(2) Ibid., IX, 73.
(3) Ibid., XII, 20,
(4) Greg., Ep., IX, 69.
(5) Jaffé, 1573.
(6) Greg., Ep., X, 41.
(7) Jaffé, 1593,
(8) Greg., Ep., XII, 36; Jaffé, 1686.