CHAPITRE IV
LE SÉNAT ET l'aDMINISTRATION DE LA VILLE DE ROME.
De tout temps Rome av.ait eu une administration municipale fort différente de celle des autres villes italieimes. Il en était encore de même à la fin du sixième siècle : mais là aussi des changements considérables allaient se produire pendant l'époque de la domination byzantine.
A la fin du sixième siècle , le sénat romain n'était plus guère qu'un souvenir. Il avait cruellement souffert pendant la guerre ostrogothique. Décimé par Vitigès, qui, en 537, faisait massacrer les notables romains emmenés par lui comme otages à Ravenne (1), il avait été chassé de Rome par Totila , et , après le siège de 546, emmené en Gampanie à la suite du vainqueur. Il y resta trois ans en exil (2). Plus tard, aux derniers jours de la guerre, beaucoup d'autres sénateurs étaient tombés victimes de la fureur du roi Teïas(3); etlorsqueJustinien, vainqueur, songeaàréorganiserl'Italie,ungrand nombre de sénateurs étaient morts ; d'autres, désespérés , avaient définitivement abandonné la péninsule, et , préférant l'exil à la domination barbare (4), avaient été chercher un asile à Constantinople (5). L'empereur s'efforça de rappeler en Italie ces illustres familles; il leur restitua leurs biens etles réintégra dans la haute assemblée (6). Grâce à lui , le sénat reconstitué subsista
(1) Proc, Bell. Golh., I, 1G.
(2) Ihid., III, 22, p. 373. Cf. III, 37, p. 437.
(3) Ibid., IV, 34, p. 633-634.
(4) Const. VI : « malentes dura fortiter pati exsilia quam in patria cum hostibus Romani imperii... turpem ac inhonestam servire servitutem » (éd. Kriegel, III, 740).
(5) Lib. Pontif., 107. Proc, Bell. Goth., III, 20.
(G) Const. VI. II s'agit ici de la famille des Titiones, qui, comprenant cent vingt membres, s'était tout entière réfugiée en Vindélicie.
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quelques années encore : on le voit, en 554, chargé par l'empereur de la surveillance des poids et mesures (1); en 579, il adresse une ambassade à remi)ereur Tibère (2); enfin, en 603, il api)ai'aît une dernière fois pour acclamer la statue do l'empereur Phocas (3). A partir de ce moment les textes cessent de mentionner le sénat ; déjà Grégoire le Grand affirmait, en 595, qu'il avait complètement cessé d'exister : « Où est le sénat? s'écriait-il, où est le peuple?... le sénat a disparu, le peuple a péri (4) ! » Il ne suffit pas, pour écarter cet important témoignage , d'en faire remarquer l'exagération oratoire : dans sa longue correspondance, où les affaires de Rome tiennent un si grande place , le pape nous a donné une absolue confirmation de ses paroles : le nom du sénat n'y est pas une seule fois prononcé. Dans le Liber poniiftcalis , écrit à Rome même par des contemporains; dans le Liber Diurnus , et dans ces formules où toutes les classes delà population romaine sont soigneusement énumérées ; dans le Codex Carolinus et ces lettres où les papes s'expriment au nom de Rome tout entière , le sénat n'a pas même laissé un souvenir. Agnellus ditquelque part, empruntant ce renseignement à des annales plus anciennes, qu'à la fin du sixième siècle ipaulatim. Romanus defecit senalus , el posl Romanorum libertas cum triumpho sublata est (5). Il faut s'en tenir à ces paroles. Nous possédons, parmi les inscriptions chrétiennes (6), un monument daté de l'année 578, où sont mentionnés Boetius, clarissimus puer, et son père Eugenius, fils d'un préfet de la ville : c'est assurément un des derniers monuments de la noblesse romaine sénatoriale (7).
Pourtant nous trouvons à Rome, dans les rares inscriptions qui nous sont parvenues du septième siècle, et dans les papyrus
(1) Prugm., 19, Cf. Const. VI (Kriegel, III, 740), adressée « Narsi, Panfronio et senatui. »
(2) Ménandre, p. 331.
(3) Migne, LXXVII, 1349. Johann. Diac, V. Greg., IV, 20.
(4) Greg. M., Hom. in Ezech., II, 6 : « ubi enim senatus... quj\m enim senatus deest... » (Migne, LXXVI, 1010).
(5) Agnell., 95.
(6) De Rossi, Inscr. christ., I, 1122.
(7) L'avant-dernier sénatus-consulte connu est de 530, le dernier de 532 (Duchesne, La. succession de Félix IV, Mél. de l'Ec. de Rome, 1883, p. 263). Cf. Cassiod., Var., IX, 16. Sur la disparition du sénat, cf. Reumont, II, 130- 140. Calisse, 312-315. Troya, Cad. dipl., 1, 131, qui conclut, à tort, de la lettre de Pélage II, que puisqu'il n'y a, en 584, ni duc ni magisler militum dans la ville, c'est le sénat qui gouverne Rome. Savigny, I, 241, croit, sans le prouver, que le sénat romain ne disparut pas.
l'exarchat de ravenne.
de Mariui, un certain nombre de personnages désignés sous le nom de viri clarissimi (l); il ne faut point que ces titres nous fassent ici illusion. Rarement l'abus des épithètes honorifiques fut poussé plus loin qu'à l'époque byzantine : le moindre personnage en charge est honoré des plus brillants superlatifs. Un deferi' SOI- est tout ensemble gloriosissimus, eloquenlissimus et optimus (2) ; les noms de sublimis et eminenlissimus vir, de niagnificentissimus et gloriosissimus vir ne sont guère moins fréquents (3). D'assez petits personnages, simples tribuni ou comités de ville, étaient nobilissimi. {\) ou darissimi d'obscurs négociants de Ravenne, des banquiers (argenlarii) (6), des fabricants d'étoffes de soie {olosericopratae) (1), étaient également c/armnnt. Assurément, tous faisaient à ce titre partie de la classe fort nombreuse des honorati : mais il n'y avait plus, dans l'ordre des lionorati, les distinctions hiérarchiques si nettement marquées autrefois; et, d'autre part, les conditions pour y entrer étaient fort sensiblement modifiées ; dès la fin du sixième siècle, la vente des titres était un revenu pour l'Etat (8).
Au huitième siècle cependant, sous les pontificats de Paul P"', d'Hadrien et de Léon III, le sénat romain reparaît dans quelques textes (9). Mais il ne faut point que cette formule toute faite de senatus populusr/ue romanus fasse ici illusion , et on ne saurait conclure de ces mentions que le sénat ait subsisté dans l'intervalle qui va du sixième au huitième siècle. Le mot antique, en effet, désigne ici une chose nouvelle : c'est ce qu'indique la place où il se trouve entre les optimales et la mililia (10) ; c'est ce qu'explique plus formellement encore le Codex Carolinus : c'est de l'en-
(1) Marini, 89, 92. Lupi, Epitaphium Severae martyris, p. 25.
(2) Manni, p. 115.
(3) Ibid,, p. 254, n. 60.
(4) Agnell., 163.
(5) Marini, 90.
(6) Spreti, De amptitudine... urbis Ravennae, p. 203.
(7) Mariai, 74, col. VI, 1. 6.
(8) Greg. M., Ep., II, 53.
(9) Cod. Carol,, 13. Lib. pontif., 339, 372. On trouve à la même époque , dans les églises de Rome, un endroit appelé senalorium, et, dans les grandes cérémonies, le pape donne lui-même la communion aux personnes qui y prennent place (Mabillon, Mus. liai., II, XLIV, LIX et p. 10, 15, 50). Cf. Dôllinger, Die Papslfabeln , 73-74. Il ne s'agit là que d'une aristocratie do fonctionnaires. h'Ordo romanus dit lui-même : « Senatorium , quod est locus principum (0. R., III, /.L, p. 57) ... suscipit oblationes principum per ordinem archium » (àpxaî, c'est-à-dire magistratures) (0. R., I, (. l., p. 10).
(10) Lib. Fonlif., 372.
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semble de l'anstocratie romaine, du cunctus procerum senalus(\), qu'il est ici question. Les souvenirs de l'empire romain , si fortement réveillés à Rome à la fin du huitième siècle, expliquent assez la réapparition de l'antique dénomination (2) ; mais un fait demeure certain : depuis la fin du sixième siècle et durant toute l'époque byzantine , le sénat romain avait complètement cessé d'exister.
A côté du sénat, des fonctionnaires impériaux avaient été de tout temps chargés de l'administration de Rome et, depuis Dioclétien, elle était essentiellement confiée aux soins du préfet de la ville. Cette charge subsistait encore à 1 1 fin du sixième siècle. Grégoire le Grand mentionne formellement, à la date de 599, un certain Jean gloriosissimus praefeclus urbis f3) , et, parmi les personnages assez nombreux qu'il désigne sous le titre à.Q praefeclus^ il en est plusieurs dans lesquels il faut sans nul doute voir des préfets de la ville. Tels sont, en 574, Grégoire le Grand luimême (4); plus tard, en 590, Germanus (5) ; en 591 le gloriosus vir Maurilio ex praefeclus (6), appelé à Ravenne pour rendre des comjjtes à Vexcellenlissimus inr praefeclus per Ilaliam{l); en 595 le gloriosus vir Gregorius praefeclus qui seconda si vaillamment les efforts de Grégoire pendant l'attaque des Lombards (8) ; enfin en 598 \e gloriosus vir Querlinus ex praefeclus (9) qui sollicite pour son fils la charge qu'il a lui-même occupée ( 1 0). Outre les fonctions que ces textes attribuent aux personnages dont nous parlons, un fait plus que tout autre prouve le rang qu'ils occupent : c'est le
(1) Cod. Carol., 24.
(2) Cf. Hegel , I, 283-289.
(3) Greg. M., Ep., X, 6-7. Jaffé, 1642, 1643.
(4) Greg., Ep., IV, 2. Jaffé, 1273. Ewald adopte la lecture praefeclura, au lieu de praetura.. Il n'y avait, en effet, plus de préteurs à Rome; leurs anciennes attributions avaient passé au vicurius urbis (Cassiod., Var., VI, 15).
(5) Joh. Diac, V. Greg., l, 40.
(6) Greg. M., Ep., I, 37. Jaffé, 1105.
(7) Cf. Gorsini, Praefecti urbis, p. 377, qui voit à tort, dans ce dernier personnage, un préfet de la ville.
(8) Greg., Ep., V, 40. Jaffé, 1359.
(9) Ibid., XII, 27. Jafïé, 1536.
(10) Il semble bien qu'il soit question de la praefeclura urbi. En effet, Grégoire finit en disant qu'il sait, exemplo praecedentium, ce qu'un préfet peut avoir à souffrir. Or, la lettre est de septembre ou octobre 598, c'est-à-dire du moment même où Léontius, arrivé depuis le mois d'août en Sicile (Greg., VIII, 35), citait à son tribunal l'ex-préfet Grégoire (Greg., X, 50. Jaffé, 1528), et peut-être aussi l'ex-préfet Maurilio (Greg., XII, 17. Jafifé, 1589).
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titre de gloriosus (1) qui leur est égalemeul ilonné, et qui ne saurait couvenir au préfet d'Italie , toujours désigné sous le nom d'excellmtia ou d'eminentia.
Il est assez malaisé de déterminer avec certitude les attributions du praefeclus urbis à la fin du sixième siècle. Il gardait encore, à ce qu'il semble, la juridiction criminelle, mais uniquement dans la ville (2); en cas d'attaque ennemie , il veillait, de concert avec les officiers militaires (3) , à la défense de Rome , ce qui permet de croire qu'il était encore chargé de la haute police de la cité : nous n'en savons point davantage. Nommé par le préfet du prétoire, au nom de l'empereur (4), il était obligé, au sortir de charge, d'aller rendre ses comptes à Ravenne (5); parfois aussi il était mandé devant un fonctionnaire spécial , envoyé par l'empereur en tournée extraordinaire (6). C'était là, pour la plupart des préfets de la ville, une obligation assez périlleuse; presque tous étaient longuement poursuivis pour les faits de leur administration (7). Tant d'amertumes et de tribulations, amaritudines et tribulaliones (8), auxquelles on ne pouvait se soustraire, faisaient de la préfecture une charge peu enviable : bien des gens à qui on l'offrait s'empressaient de la refuser , et l'on estimait volontiers qu'un homme de valeur, « /lomo lilteralus » était bien sot de s'exposer aux périls pour une charge aussi médiocre qu'ennuyeuse à remplir (9). En effet , la préfecture avait bien perdu de son ancienne splendeur ; aucun édifice, aucune inscription ne montre les préfets du sixième siècle rivalisant avec leurs grands devanciers
(1) Greg. M., Ep., I, 37; V, 40; X, 50, 52, 60; X, 6, 7.
(2) Lib. pontif., 298. On trouve le préfet de la ville, à Constantinople , investi de semblables attributions (Migne, LXXXVII, 115. Zachariae von Lingenthal, Gr. rôm. Recht, p. 330).
(3) Greg. M., Ep., V, 40. Nov. Theod., 43, 2.
(4) Greg., Ep., XII, 27. Il semble impossible d'admettre l'hypothèse que fait à ce sujet M. l'abbé Duchcsne. Le texte de Grégoire le Grand indique , en effet, une nomination faite par le pouvoir central, nullement une élection, et contredit ainsi formellement l'article de la Pragmatique qui se rapporte aux seuls judices prouinciarum (cf. Lib. pontif,, 515, n. 12).
(5) Greg., Ep., I, 37.
(6) Ibid., X, 57.
(7) Ibid., XII, 27 : « Nullum de hac actione bene exisse recolimus, nisi gloriam vestram. » Cf. V, 40.
(8) Ibid., XII, 27.
(il) Greg. M., Ep., XII, 27 : « Inutile et laboriosum est hominem litteratum ratiocinorum causas assumere. »
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du quatrième et du cinquième siècle (1) ; entre 536 et 572, la liste des préfets ne contient pas un seul nom , et Grégoire le Grand disait, marquant bien la chute profonde de toutes ces antiques magistratures : omnis in urbe saecularium dignilatum fastus exslinctus est (2). Pourtant le praefectus urbi dura jusqu'à la fin du huitième siècle (3) , mais il n'était plus alors qu'un simple juge criminel , soumis d'ailleurs à l'autorité du pape , dont il ne fait qu'exécuter les volontés (4).
De Vofficium du préfet de la ville, nous ne savons qu'une chose, c'est qu'il comprenait un cancellarius (5) et des employés désignés sous le nom de praefeclurii (6).
Le praefectus annonae existait également à la fin du sixième siècle. En 554 , Justinien avait décidé qu'on continuerait à donner Yannona à la population de Rome (7), et tous les ans, au mois de septembre ou d'octobre , juxta consuetudinem (8) , le gouverneur de Sicile (9), ou bien le curator siïonid (10), envoyait à Rome une quantité déterminée de blé (11) ; elle était reçue dans les greniers publics (sitonicum) (12) par un personnage que Grégoire appelle simplement vir magnificus Gitonatus , et qui doit être sans doute un préfet de l'annone; le vir magnificus Eutychius, mentionné ailleurs et envoyé à Rome par le curator sitonici, était assurément investi des mêmes fonctions (13). L'Eglise, d'autre part, tirait de ses patrimoines de quoi fournir en partie à l'alimentation de la ville (14) ; elle avait ses greniers spéciaux, ses fonctionnaires particuliers nommés horrearii (15) ; elle formait ainsi une véritable administration, responsable devant l'empereur de l'alimentation
(1) C /. L,, VI, 1651-1666. On ne connaît, au sixième siècle, qu'un praefectus urbi par les inscriptions (Rossi, Inscr. christ., 1122).
(2) Greg. M., Homil. in Ezech., Il, 6.
(3) Cf. Gregorovius , II, 50-51, qui croit qu'après 600 le praefectus urbis disparut complètement.
(4) Lib. pontif., 298. Cf. 333, où l'on trouve la mention d un praefecturius.
(5) Rossi, Inscr. christ., I, 1122
(6) Lib. pontif , 333.
(7) Pragm., 22.
(8) Greg. M., Ep., I, 72.
(9) Ibid., I, 2.
(10) Ibid., XII, 34. Cf. IX, 22. Il est gloriosus.
(11) Ibid., I, 2 : « pro transactae indictionis debito. »
(12) Ibid., l, 2.
(13) Greg. M., ep., XII, 34. Qui se illustrem prae/'ectum commémorât.
(15) Ibid., XII, 34.
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delà ville (1). Aussi, pour transporter k Rome les blés de ses domaines , recourait-elle à l'Etat, qui mettait à sa disposition les vaisseaux de l'empire (2). Entre ces deux administrations destinées au môme objet, plus d'une fois des conflits éclataient; l'Etat prêtait, eu cas de besoin, du froment à l'Eglise, qui souvent se trouvait embarrassée lorsque la restitution était réclamée (3); de là des difficultés incessantes entre le pape et le fonctionnaire impérial chargé de la cura siionici. On juge de la situation où se trouvait le praefecùus annonae, dépendant partiellement du pape, qui intervenait dans l'administration de Vannona (4) , obligé de compter avec le curator siionici qui résidait en Sicile (5) ; il avait assurément perdu beaucoup de son ancienne importance (6) ; pourtant sa charge , par la nature même des devoirs qu'elle imposait , restait considérable. Comme le dit saint Grégoire , ne s'agissait-il pas là de la vie de tout un peuple ? Si quid minus transmiititur , non unus quilibet homo , sed cunclus simul populus irucidatur (7).
On rencontre encore, au début de l'époque byzantine, la plupart des grandes curatèles qui existaient sous le haut empire. La cura operum publicorum, la cura alvei Tiberis, la cura formarum, la cura porius sont mentionnées dans la Pragmatique sanction de 554 (8), et quelques-unes de ces charges subsistent encore au siècle suivant. C'est ainsi qu'on trouve dans les lettres de Grégoire le Grand un vir clarissimus chargé de la cura formarum , c'està-dire de l'entretien des aqueducs (9). A la vérité, dès la fin du sixième siècle, le service des eaux paraît avoir été fort mal assuré à Rome , et Grégoire le Grand se plaignait vivement de la grande négligence qui y était apportée (10). Il ne semble pas que l'administration byzantine ait fait sérieusement droit à ces réclamations; quand le pape fut devenu le véritable souverain de Rome , l'un de
. (1) Greg. M., ep., V, 40. Quaesitum est... cur frumenta defuerint.
(3) Ibid., XII, 34.
(4) Ibid., I, 2.
(5) Ibid., XII, 34.
(6) Cf. Boùce, De consolât., III, 4, « Si quis quondam populi curabat annonam, magnus habcbatur : nuiic ea praefectura quid abjectius? » Cf. au contraire les amplifications oratoires de Cassiodore. Var., VI, 18.
(7) Greg. M., ep., I, 2.
(8) Pragm. , 25. Sur ces curatèles, cf. Cassiod. , Var., VII, 6, 9. Notit. Dign. Occ, 4.
(9) Greg. M., ep. XII, 24.
(10) Ibid. « Sic despiciuntur atque negliguntur formae ipsae ut, nisi major sollicitude fuerit, intra paucum tempus omnino depereant. »
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ses principaux soins fut la réparation des aqueducs (1) ; le pape Adrien fit rétablir quatre des principaux conduits {Sabbalina, Jobia, Claudia, Virgo) qui alimentaient la ville (2). Le cttrator formarum était, à la fin du sixième siècle, nommé par le préfet du prétoire (3).
L'entretien dos palais impériaux (cura palalii) était un autre département considérable de l'administration de Rome. Grégoire le Grand mentionne déjà les diversa officia palalii urbis Romae{i), et demande que leur traitement leur soit plus régulièrement payé. Ces divers officiers avaient à leur tête le vir illustris chargé de la cura palalii urbis Romae. Nous avons conservé O'épitaphe de l'un des fonctionnaires qni furent, au septième siècle, commis à cette fonction (5) : il se nommait Platon , et son fils devint plus tard le pape Jean VII, naiione Graecus, dit le Liber ponti/lcalis (6). L'inscription est en vers et -singulièrement intéressante pour l'histoire de l'administration byzantine autant que pour celle du Palatium. C'était un grand personnage que ce Grec envoyé de Gonstantinople pour réparer le palais impérial ; il était vir illustris; il avait commandé sur terre et sur mer.
Claruit insignis regno gratusque minister, Celebremque sua praestitit esse manu.
Le choix d'un tel personnage prouve assez l'importance de la charge qui lui était confiée : il montre aussi combien les empereurs tenaient à entretenir les palais bâtis à Rome par les Césars. Platon restaura, dit l'épitaphe , les prisca palatia Romae ; il en fit reconstruire le grand escalier; après quoi, en l'année 686,
Pergit ad aeterni divina palatia régis Sumere cum meritis praeconia firma Dei (7).
Ainsi s'était conservé à Rome , au moins au début de l'époque byzantine, une grande paitie del'ancienne administration urbaine. Mais, si les noms étaient demeurés les mêmes, d'importants chan-
(1) Lib. pontif., 120. Duchesne, 327, n. 20.
(2) Ibid., 331, 332, 333, 336.
(3) Greg. M., ep. XII, 24.
(4) Ibid., XII, 49. Jaffé, 1631.
(5) Marini, p. 367-368. Rossi, Bull, d'arch. christ., 1867, p. 11.
(6) Lib. pontif., 167.
(7) Cf. sur cette charge, Cassiod., Var., VII, 5.
l'exarchat de ravenne.
gements s'étaient produits dans les attributions. Le préfet du prétoire, qui, à la fin du sixième siècle, nommait tous ces fonctionnaires, exerçait sur eux un contrôle sévère, qui restreignait singulièrement leur indépendance ; l'exarque , qui bientôt les nomma lui-même (1), leur laissa moins de liberté encore vis-à-vis du pouvoir central. Ce n'est pas tout : à côté d'eux, dans Rome même, deux autorités existaient qui contribuaient efficacement à cet amoindrissement dont parle Grégoire le Grand. D'une part le duc, qui, dès le sixième siècle, partageait avec le préfet l'administration de la ville, et commandait en chef toutes les forces militaires de la province romaine (2), ne tarda pas à développer sa juridiction aux dépens de celle du préfet de la ville , et flnit par devenir le véritable gouverneur de la cité (3), ne laissant au préfet que le soin de la justice criminelle ; d'autre part, le pape qui se mêlait quotidiennement à toutes les parties de l'administration, tantôt veillant à l'approvisionnement de la ville, tantôt, véritable curaior operum publicorum, s'occupant de l'entretien des aqueducs ou de la réparation des murailles (4), substituait peu à peu son influence à celle des officiers impériaux. Par cette lente transformation, Rome, où le Sénat disparu avait été peut-être, à la fin du sixième siècle, remplacé par une curie chargée des affaires municipales (5), se rapprochait malgré des différences apparentes, de la condition des autres villes de l'exarchat. Son administration municipale, étroitement dépendante du pouvoir central, relevait, en dernier ressort, du duc, qui réunissait en ses mains les pouvoirs civils et militaires ; en un point seulement, elle différait des autres cités : l'Eglise, plus puissante dans la ville de saint Pierre, y exerçait sur l'autorité publique un contrôle plus efficace.
(1) Lib. pontif., 157. « Demandavit suis judicibus quos Romae ordinavit et direxit ad dispensandam civitatem. «
(2) Sur le magister mililum, commandent à Rome, cf. Greg. M., ep. II, 29 (juillet 592. JalTé, 1187), V , 40 (mai 593. Castorius), III, 52 (juillet 593), V, 30 (mars 595, Castus). Sur les magistri militum, commandant dans les villes du pays romain, ibid. , II, 3, 29, 30. Sur le partage des attributions, Reumont, II, 138.
(3) Lib. pontif., 213. « Relicta Romana urbe Stéphane patricio et duci ad gubernandam.
(4) Lib. pontif., 169, 177. Cf. Greg., ep. IX, 4, 6.
(5) A la fin du sixième siècle, et dans les premières années du septième, on enregistre, à Rome, des actes dans les gesta municipalia, suivant la procédure usitée à Ravenne (Marini, 89), et on trouve des tabelliones urbis Romae (Marini, 89, 90, 92) rédigeant, comme à Ravenne, les instruments qu'on présente au magistrat.