LE DUC ET LES OFFICIERS DE L'ADMINISTRATION PROVINCIALE
de Venise et de Calabre, et qu'un changement considérable s'établit dans le mode de nomination des ducs. Les plus importants d'entre eux, ceux de Naples, de Rome, de .Venise, et sans doute de Calabre, sans être soustraits à l'autorité de l'exarque, furent institués directement par l'empereur lui-même. Constant II , en 661, nomma à Naples le duc Basilius (1) ; au commencement du hnitième siècle, le duc de Home était envoyé de Constantinople (2) ; à Venise enfin, où quelque place était laissée à l'élection , le choix fait par le peuple était toujours approuvé, non par l'exarque, mais par l'empereur (3).
C'était là un changement important pour l'exarque dont il diminuait la puissance ; il ne modifia pas sensiblement la situation des ducs: ils continuèrent à dépendre étroitement du pouvoir central. Au dixième siècle, dans tout l'empire, les stratèges n'avaient d'autre supérieur hiérarchique que l'empereur (4), et l'autorité suprême ne s'en trouvait point diminuée ; de même, en Italie, le principe de la centralisation administrative ne fut point ébranlé par cette réforme.
Le dux avait pour l'aider dans ses fonctions un certain nombre d'employés formant son officium(b). Il est assez difficile d'étudier d'une manière complète les fonctionnaires qui en faisaient partie; nous connaissons les noms et les titres de quelques-uns seulement d'entre eux, et , bien souvent, le même titre aies sens les plus variés; enfin , pour compléter ces indications, pour démêler cette confusion , nous ne trouvons aucun secours dans les textes législatifs du cinquième et du sixième siècle : Vofficium, tel qu'ils le font connaître autempsmême de Justinien, a subi de profondes transformations dès la fin du sixième siècle.
Au cinquième siècle , Vofficium d'un gouverneur de province comprenait les personnages suivants : le princeps officii , le cornicularius, Vadjutor, deux tabutarii ou numerarii, un çommentariensis, un ab actis, un suh adjuva, des -exceptores et d'autres employés inférieurs (6). Les gouverneurs militaires avaient leurs
(1) Capasso, Momun. , p. 7. Cf. l'épitaphe du duc Caesarius, également nomme par l'empereur {Arch. Slor. per le prov. Neap., 1879, p. 537) et Mommsen {Neues Archiv, III, 403).
(2) Lib. pontif., 183.
(3) Gfrôrer, Gesch. Venedigs, p. 43.
(4) Rambaud, l. l., 187.
(5) Greg. M., Ep., I, 48.
(6) Not. Dign. Occid., 43. Cf. Bethmann-IIolhveg, Cii:ilprocess, III, 133 e' suiv.
l'exarchat de ravenne.
officia spéciaux , composés d'un princeps, de plusieurs numerarii, d'un commentariensis, d'un adjulor, d'un suscribendarius ou regerendarixis , il' excep tores et d'autres officiâtes (1). Dès le sixième siècle, Vofficiumà.Q?, duces avait changé. Quand Justinien réorganisa l'Afrique reconquise, il voulut que le dux eût à côté de lui un assessor (qui ne faisait point proprement partie de Vofficium), un priniicerius, un numerarius, quatre ducenerii, six centenarii, huit hiarchi, neuf circitores et onze semissales (2). Uofficitim du gouverneur civil subit sans doute de semblables modifications ; la loi justinienne ne nous apprend rien à cet égard : pourtant on peut croire, si l'on étudie la liste des o/^c m/es attachés au préfet du prétoire d'Afrique (3), que les bureaux d'un consularis comprenaient alors, outre un consiiiarius et un cancellarius , qui en étaient les principaux personnages , un adjulor , des numerarii ou commentarienses , des ab actis et d'autres employés inférieurs. A la réforme administrative qui réunit entre les mêmes mains les pouvoirs civils et militaires correspondit nécessairement un changement dans Vofficium du dux : en devenant gouverneur de la province , il dut avoir des employés chargés des affaires civiles , mais il ne semble pas qu'on ait alors, comme au cinquième siècle (4) , simplement réuni à son officium propre celui du consularis supprimé : du moins, à la fin du sixième siècle, retrouve-t-on en bien petit nombre les noms des anciens officiales. Ceux que l'on appelait les primates officii (5), c'est-à-dire le princeps ^ le corniculariuSfYadjutor ont complètement disparu; aucune mention n'est plus faite du commentariensis (6) ni de Vab actis. A leur place, des titres tout difi'érents apparaissent, les uns déjà connus dans la législation de Justinien (consiiiarius, assessor-), d'autres désignant, sous des noms anciens , des fonctions toutes nouvelles {cancellarius , chartularius) , quelques-uns, enfin, qui n'étaient jusque-là mentionnés dans aucun officium [scholasticus, scribo). Il n'est point aisé de déterminer Jes attributions de chacun de ces fonctionnaires; nous essaierons d'en donner une idée sommaire.
A côté du dux, le plus important personnage, et qui ne faisait point proprement partie de Vofficium (7), était Vassessor ou consi-
(1) Not. Dign. Orient., 38; Occid., 33.
(2) Cod. Just., I, 27, 2.
(3) Ibid., 1.
(4) Cf. Not. Orient., 37.
(5) Cod. Theod., 16, 5, 46.
(6) Peut-être a-t-il pris le nom de chartularius. Etymol. Magn., 527-531.
(7) Cf. Nov. 24, 25, où il est toujours distinct de la cohors.
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liarius. Au temps de Justinien , tous les fonctionnaires civils ou militaires avaient à côté d'eux un semblable conseiller (1); généralement cet assessor était un jeune jurisconsulte, qui se préparait, dans ces fonctions, aux charges importantes de l'administration : c'était parmi ces consiUarii qu'on choisissait souvent les gouverneurs de provinre (2). Quand le magistrat était absent, Vassessor le représentait (3): quand il était présent, il l'assistait de ses conseils, et ses connaissances juridiques lui assuraient auprès du gouverneur une grande autorité (4). Pourtant cette charge n'était point un munus publicum (5); le magistrat choisissait lui-même son assessor suivant ses convenances : pourtant il recevait des appointements de l'Etat et avait le rang et les privilèges d'un fonctionnaire. Dans l'Italie byzantine, aucun texte ne mentionne formellement un consiliarius ou assessor à côté du dux : mais nous en trouvons un à côté de l'exarque (6) , et nous savons d'autre part qu'à tous les praelores créés par Justinien, un tel conseil était adjoint (7), Tout fait croire qu'il en doit être de même en Italie.
Au-dessous du consiliarius venait le cancellarius (8). Son importance s'était singulièrement accrue depuis le temps où il avait pour charge de garder l'accès (cancelli) du tribunal (9), et d'introduire devant le juge les accusés ou les suppliants (10). Il était devenu le secrétaire du gouverneur, et c'était un assez grand personnage pour qu'on lui recommandât d'importantes affaires. Sans doute, il n'était pas distinct du noiarius, que nous voyons figurer dans Vofficium du magister militum (11).
Nous trouvons encore à côté du dux un major ou major dom,us (12) , fonctionnaire assez important pour porter le titre de vir clarissimus.
Tels étaient , à ce qu'il semble , les principaux personnages de
(1) Cod. Just., 1, 51, 11; 1, 27, 2, n" 19. Cf. Bethmann-Hollweg , Civilprocess, III, 131.
(2) Cassiod., Var., VI, 12.
(3) Nov. 82, praef.
(4) S. Augustin, Confess., VI, 10.
(5) Cod. Just., 1, 51, 1.
(6) Marini, 123.
(7) Nov. 24, 25.
(8) Greg., Ep., I, 69.
(9) Agathias, I, 19, p. 55.
(10) Cassiod., Va)-., XI, 6. Cf. Godefroy, ad C. Th., 1, 12, 3.
(11) Greg., Ep., I, 44, et, sur le yiotarius, Agnell., 120.
(12) /6id., XII, 19.
l'exarchat de ravenne.
Vofficium. Il comprenait en outre des numemrii (1), chargés, comme autrefois , de tenir et de régler les comptes , et des officiers appelés scribones, scliolastici et chartularii, sur lesquels nous devons insister un moment.
On appelait d'habitude du nom de scribones des gardes du corps de rempereur(2); mais ces personnages étaient fréquemment chargés par le souverain de missions spéciales dans les provinces. Tantôt ils y portaient les lettres impériales (3) ; tantôt ils allaient remettre, de la part du souverain, les dons qu'il faisait à telle ou telle personne (4) ; enfin ils recevaient même des missions militaires : l'empereur Maurice envoyait un scribo avec des navires pour faire repasser le Danube à l'armée byzantine (5) ; souvent ils étaient adjoints par l'empereur à un magistrat, dont ils e.xécutaient les sentences (6); et alors, ils faisaient, pour un temps plus ou moins long, partie de son of/icium. Ainsi le scribo Julianus était attaché à la personne de l'exarque (7) ; un autre accompagnait, à ce qu'il semble, le proconsul de Dalmatie (8); enfin les magislri mililum avaient également parfois des scribones dans leur officium (9). Ils étaient chargés de la garde des prisonniers d'importance (10) ; plus souvent ils s'occupaient des affaires militaires. C'étaient eux qui faisaient le recrutement pour l'armée (11), et payaient la solde aux troupes (12). C'étaient, si l'on en juge parleur titre de vir magnificus (13), d'assez importants personnages : pourtant ils étaient sévèrement contrôlés par le dvx ou le magisler mililum qu'ils accompagnaient : celui-ci assistait en personne à l'exercice de leurs principales attributions (14).
Les scholaslici n'étaient, à l'origine, pas autre chose que des
(1) Greg., Ep., XII, 15, 16.
(2) Agath., III, 14 : « si; 5è ye. fi'j oùto; xiov à[X9Î xà pauXeîa Sopufôpwv, 6u; oxpi'êcovaç ôvo|X(x!;ouaiv. » Cf Theophyl. Simocatta, I, 4; VII, 3.
(3) Lit. pontif., 104.
(4) Greg., Ep., V, 30.
(5) Theoph., I, 438.
(6) Agath., III, 14. Theoph., I, 429. Cf. Simocatta, VII, 3.
(7) Greg., Ep., IX, 41.
(8) Ibid., X, 36.
(11) Greg., Ep., II, 32.
(12) Ibid., V, 30.
(13) Ibid., IX, 41.
(14) Ibid., V, 30.
LE DUC ET LES OFFICIERS DF l'aDMINISTRATION PROVINCIALE. 153
avocats (1). De bonne heure, auprès de chaque tribunal, un certain nombre d'avocats avaient été institués (2), formant un collège à la tète duquel se trouvait un primus , désigné sous le nom (.Vadvocaïus fisci. Ils avaient d'importants privilèges et jouissaient d'une grande considération : souvent ils reçoivent les titres de vir clarissimus (3) ou vir eloquentissimus (4). En réalité, ils dépendaient assez étroitement de l'Etat, et leur service était une véritable miliiia (5); ils étaient nommés par le magistrat dans le tribunal duquel ils étaient inscrits, ils pouvaient être suspendus par lui (6); Vadvocaïus fisci recevait mêm.e des appointements du gouvernement (7). A la fin du sixième siècle , les personnages désignés sous ce titre paraissent plus étroitement attachés encore à la personne des fonctionnaires (8); l'exarque a un scholasticns auprès de lui (9); il s'en rencontre un à côté du gouverneur d'Afrique (10); un autre porte le titre de scholasliciis Siciliae (11). Ce ne sont plus seulement des avocats donnés aux parties par l'Etat, ce sont des conseillers juridiques assistant le gouverneur ; ils sont occupés, dit saint Grégoire, in ultione maleficorum (12). Eux aussi , comme les consiliarii , se préparaient dans ces fonctions à la pratique de l'administration ; de ce seminarium dignilatum (13) sortaient souvent les gouverneurs (14).
Enfin, nous trouvons, auprès des gouverneurs, des chartularii. Primitivement, on désignait sous ce nom des employés inférieurs de Vofficium (15), àes adjutores du. commenlariensis, deVabaclis{lè) ou même des numerarii. Ils ne se distinguaient pas des scriniarii avec lesquels Suidas les confond absolument (17) ; comme eux , ils étaient des greffiers employés dans les bureaux du magistrat.
(1) God., ad C. Th., 8, 10, 2.
(2) Bethmann-Hollweg, Civilprocess, III, 162 et suiv
(3) Greg., Ep., XII, 2.
(4) Ibid., IX, 58.
(5) Cod. Theod., 1, 29, 1.
(6) Bethmann-Hollweg, l. L, 165.
(7) Cod. Just., 2, 9, 1.
(8) Greg., Ep., I, 3.
(9) Ibid., V, 36.
(10) Ibid., IX, 58, 59.
(11) Ibid., XIV, 1.
(12) Ibid., XIV, 1.
(13) Nov. Valentin., 2,2, par. 1.
(14) Amm., XXVIII, 1.
(15) Lydus, De Magistr., III, 17-18.
(16) Ibid., III, 20, 27.
(17) Suidas, ed. Gaisford, 3347.
154, l'exarchat de ravenne.
C'est pour cela qu'on trouve, au temps de Justinien, une schola charlularioritm dans Vofficium du préfet du prétoire d'Afrique (1). A côté de ces charlularii , il en existait d'autres, les chartularii numerorum militarmm (2), qui tenaient les registres où étaient inscrits les noms des soldats (3). Enfin , l'Eglise avait ses chartularii (4), souvent désignés aussi sous le nom de notarii (5). Il est assez difficile, entre tant de significations multiples (6), de démêler exactement les attributions des personnages que les textes désignent sous ce nom ; mais, à coup sûr, il se trouvait dans Vofficium du gouverneur de province de ces chartularii civils ou militaires, chargés de fonctions inférieures : tel était ce Thomas charlularius , chargé par un magisler militum de conduire des prisonniers à Ravenne (7).
Mais à côté de ces chartularii qui servaient dans Vofficium , il s'en trouvait d'autres qui, sous l'autorité du dux , administraient des portions de la province et tenaient dans la hiérarchie militaire une place assez considérable. Dans une lettre du pape Etienne III (8), écrite en 756, se trouve une énumération qui semble complète des fonctionnaires résidant à Rome ; on y voit, mentionnés dans l'ordre suivant : duces, cartularii, comités, tribunentes (= tribuni). Ainsi, entre le dux, gouverneur de la province, et le cames ou tribunus, gouverneur de la ville, prend place un fonctionnaire désigné sous le nom de charlularius. Nous savons , d'autre part , qu'un charlularius devenait dux par un avancement régulier (9). Nous connaissons, par les lettres de Grégoire le Grand, un certain nombre de ces personnages, et les renseignements que fournit cette correspondance marquent mieux encore l'importance de leurs fonctions. Ainsi on rencontre, en Sicile, un Stephanus, marinarum parlium charlularius (10) : le pape se plaint qu'il fasse subir aux provinciaux tanta praejudicia tantasque oppressiones ; il envahit les biens des particuliers, et,
(1) Cod. Just., 1, 27, 1.
(2) Ibid., 12, 37, 19.
(3) Nov. 117, 11.
(4) Greg., Ep., II, 48; IX, 74, 79; XII, 28; XIII, 21, 34.
(5) Ibid., IX, 80.
(6) Nous ne parlons point des cha.rtxilarii sacri cubiculi (Nov. 8 et 25, c. 6), ni de ceux qui servaient dans Vofficium des grands dignitaires de la cour (C. Th., 8, 7, 5. Not. Dign. Occid., 14).
(7) Lib. pontif., 126.
(8) Cod. Carol., 8.
(9) Lib. ponlif. 269. Theoph., I, 612.
(10) Greg., Ep., V, 41.
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sans jugement, attribue au fisc leurs maisons et leurs propriétés. Ailleurs (1), ce même personnage, qui reçoit le titre de magnifleus, est invité par le pajjo h réintégrer dans leur couvent des moines échappés et à juger un différend entre un abbé et un prêtre. Assurément, un tel personnage, qui parfois reçoit le nom de vir consularis(2), eslhien autrechosc qu'un des simples c/ir(?'m/arudont nous indiquions tont à l'heure les modestes attributions. Ailleurs le pape demande au scholasiicus Siciliae de recommander fortement les besoins de Rome, urbis nécessitâtes, au vir maçjnificus domnus Maiirenlius chartularius (3) ; et quels sont ces périls que la venue de ce fonctionnaire doit conjurer? au dehors, l'attaque des Lombards ; au dedans, la sédition militaire. Enfin nous connaissons, par le Liber pontificalis , un autre chartularius, Maurice (4). On le voit à Rome soulever l'armée contre le pape, faire mettre les scelles sur le trésor pontifical, après quoi il adresse à l'exarque Isaac à Ravenne un rapport sur la conduite qu'il a tenue. Plus tard, le même personnage agit en maître à Rome (5); il soulève l'armée d'Italie contre l'exarque, forme un complot avec les principaux citoyens de la ville , et l'exarque dut réprimer, par de sévères exécutions, cette tentative d'insurrection. Si l'on rapproche ces différents textes, on voit un même personnage à la fois chef militaire et administrateur civil, gouvernant tantôt une ville, tantôt une partie de la province, et venant, dans la hiérarchie, immédiatement après le dux. Quelles étaient au vrai ses attributions? il est impossible de le dire d'une manière précise, mais il importe de remarquer la présence de ce fonctionnaire dans l'administration provinciale de l'Italie byzantine ; dans les thèmes, au dixième siècle, nous trouverons au-dessous du stratège un chartulaire du thème (yjxpTouXapi'oç tôu ôéjxaxoç) (6), qui est un des plus importants officiers de l'administration provinciale.
Nous ne pouvons déterminer d'une manière complète quels étaient les officiâtes d'un gouverneur de province : tout au moins savons-nous que ses bureaux comprenaient un assez grand nombre d'employés. A la fin du quatrième siècle , l'officium d'un
(1) Greg., Ep., II, 28.
(2) Ibid., II, 24.
(3) Ibid., l, 3.
(4) Lib. pontif., 121. Cf. 183.
(6) Rambaud, 204. Cf. Trinchera, Syll. graec. membranarum , p. 18, où on trouve, au onzième siècle, un chartulaire gouvernant une partie du thème, xapxouXap!oî xoO Maxepi'xou (du pays de Matera).
l'exarchat de ravenne.
praeses , dans le diocèse d'Illyrie , se composait d'au moins cent personnes (1); celui d'un vicarius en comptait deux cents ou trois cents (2), celui d'un proconsul d'Africjue quatre cents (3). Justinien réduisit un peu ces chiffres considérables : le préfet d'Afrique n'eut plus que trois cent quatre-vingt-seize offwiales (4), chaque gouverneur du diocèse en eut cinquante (5). Enfin, et ceci peut nous donner une idée de Vofficium d'un duc , les préteurs nouvellement institués par Justinien eurent un officium de cent personnes (6).
Deux points doivent être remarqués à la fin de cette étude : 1° La dépendance étroite dans laquelle les officiales se trouvent vis-à-vis du gouvernement : nommés par l'empereur (7) , et peutêtre, à la fin du sixième siècle, directement par l'exarque (8), ils reçoivent leurs appointements de l'Etat (9); le magistrat qu'ils servent est leur unique juge en matière civile et criminelle (10) ; ils sont, en toute circonstance, protégés par lui et ne relèvent que de lui (11).
2° Le caractère militaire que Vofficium eut de tout temps, lors même qu'il s'agissait des bureaux d'un gouverneur exclusivement civil. Souvent les officiales portent le nom de milites{l2) ; toujours leur service s'appelle militia (13), toujours ils portent le cingulum (14) , qui marque la condition militaire. Souvent, tout en faisant partie d'un officium , ils restent inscrits dans les cadres de l'armée : in numeris militât , dit la Nolilia de plusieurs de ces fonctionnaires, et in officio depuiatus (Ih).
Etroite dépendance du gouvernement central , caractère essentiellement militaire, ce sont, ici comme partout, les traits distinctifs de l'administration byzantine en Italie.
(1) Cod. Just., 12, 58, 9.
(2) Cod. Theod., 1, 15, 5 et 12. "
(3) Ibid., 1, 12, 6.
(4) Cod. Just., 1, 27, 1.
(5) Ibid., 1, 27, 2.
(6) Nov. 24, praef. 25.
(7) Cod. Just., 12, 58, 1 et 7.
(8) Greg., Ep., IX, 9. Le pape demande à Vexarque la destitution de son major domus.
(9) Cod. Just., 1, 27, 1.
(10) Greg., Ep., 1, 48.
(11) Bethmann-Hollweg, /. /., 139-140.
(12) Lactant., De mort, pers., 31. Symm., Ep., X, 43, 63.
(13) Cod. Theod., 16, 5, 48. Cf. Pseudo-Ascon., In ven., I, 28.
(14) Cod. Theod., 14, 10, 1.
(15) Not. Occid., 4, 7, 8.