‹ Études sur l'administration byzantine dans l'exarchat de RavenneChapitre 31 sur 53 · LA POLITIQUE BYZANTINE EN ITALIE DU SIXIÈME AU HUITIÈME SIÈCLE · texte numérisé non relu

LA POLITIQUE BYZANTINE EN ITALIE DU SIXIÈME AU HUITIÈME SIÈCLE

En l'année 584 , trente ans à peine après la reprise de l'Italie par Justinien , le pape Pelage II écrivait au diacre Grégoire, son représentant à Gonstantinople : « La république est aux abois; si le prince très pieux n'est point inspiré de Dieu, s'il ne répand sur ses sujets sa pitié naturelle, si, dans cette calamité, il ne daigne nous accorder un maître de la milice et un duc, nous sommes réduits h toute extrémité. Le territoire de Rome, en particulier, est dépourvu de toute garnison , et l'exarque nous écrit qu'il ne peut nous envoyer aucun secours, car lui-même suffit à peine à la garde des autres provinces (1). » Quelques années plus tard, Grégoire le Grand ne disait point autre chose. Lui aussi, dans ses Homélies (2) et surtout dans ses Lettres, se plaint amèrement de l'abandon où les gouverneurs grecs ont laissé Rome : il nous peint la ville presque dégarnie de troupes (3), à peine défendue par quelques soldats mal payés, chaque jour exposée à tomber aux mains des Lombards ; lui aussi attaque avec violence l'inaction de l'exarque , qui , après avoir provoqué la guerre par d'imprudentes agressions, ne sait ni la soutenir par les armes, ni la terminer par la paix (4) ; lui aussi fait à Gonstantinople de nombreux et pressants appels, recommandant aux grands personnages de la capitale, à l'impératrice elle-même, la malheureuse Italie en proie au glaive des Lombards (5),

Quand on entend ces cris désespérés qui s'élèvent de l'Italie vers Byzance, quand on songe avec quelle facilité les possessions

(1) Migne, LXXII, 703.

(2) Greg. M., Homil. in Ezech., II, 6. (.S) Ibid., Ep., II, 46; V, 40.

(4) Greg., Ep., II, 4G.

(5) Ibid., I, 3 ; V, 21.

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