LA POLITIQUE BYZANTINE EN ITALIE DU VI» AU VIII» SIÈCLE
rait le défenseur de saint Pierre; l'envoyé le comprit et regagna Constantinople (1). A ce moment môme, Pépin faisait au pape la remise officielle des territoires qu'il lui avait promis (2).
Le résultat de l'ambassade de 756 avait convaincu l'empereur delà trahison d'Etienne II; désormais la rupture fut complète entre Rome et Constantinople. Le souverain byzantin ne pouvait entretenir nul rapport honorable avec le pape : aux yeux de la cour de Byzance, Etienne II devait paraître en effet un vassal révolté, qui, par des manœuvres déloyales, avait mis la main sur des terres d'empire, et détenait contre toute justice des territoires illégitimement acquis. Aussi, depuis l'année 756, et jusqu'au jour où les traités de 803 et 812 eurent établi un modus vivendi, aucune ambassade byzantine ne parut à la cour pontificale (3) , et les Grecs, qui conservaient toutes leurs prétentions sur l'Italie perdue, ne traitèrent plus qu'en ennemi le nouveau souverain de l'exarchat. Les patrimoines pontificaux situés sur terre d'empire, à Naples, à Gaëte, et sans doute en Sicile, furent confisqués par ordre de l'empereur (4) ; dans les provinces autrefois byzantines, d'activés intrigues furent menées contre l'autorité, mal établie encore, du nouveau souverain. Enfin c'est contre lui que, jusqu'à la fin du siècle, les politiques byzantins tournèrent tous leurs efforts : tantôt négociant directement avec Pépin , tantôt se mettant d'accord avec les Lombards , leurs anciens adversaires , ils firent au pape une rude guerre , et plus d'une fois le troublèrent dans la paisible jouissance de ses nouvelles possessions (5).
(1) Lib. pontif., 251. Jean resta en France (Duchesne, 460, n. 48).
(2) Ibid., 253, 254.
(3) Paul I", à la vérité , fut en relation snepius {Lib. ponlif., 258) avec la cour de Constantinople ; Hadrien so fit représenter au deuxième concile de Nicée. Mais ces négociations se rapportaient surtout aux questions religieuses, et elles furent tout autre chose qu'amicales. Pourtant l'ancien usage d'exiler des condamnés à Constantinople subsista (Lib. ponlif., 299, 300, 301), et Hadrien écrivait à ce sujet à Byzance (ibid., 300). Ceci montre combien le régime établi en 754 était chose vague et mal définie (cf. Bayet, La. fausse donation , p. 22).
(4) Cod. CaroL, 37.
(5) Dans le document apocryphe connu sous le nom de Fragment de Fantuzzi (Martens, 269 et suiv. Sur la date de ce fragment, cf. Langen, Entsleliung und Tendenz der Konslant. Schenkung. Hist. Zeitsclir. N.-F. XIV. 422 et suiv.) on trouve une curieuse confirmation de la théorie que nous avons exposée. Dans ce texte, c'est l'empereur qui autorise le pape Etienne à traiter avec Pépin pour la défense de l'Italie. Le souverain byzantin écrit mciiie au prince franc pour lui demander son appui {patron ut uni) et fait accompagner le pontife par un ambassadeur chargé de remettre h Pépin les
l'exarchat de kavenne.
La revendication de l'exarchat.
Tout d'abord la diplomatie byzantine s'appliqua à rompre l'alliance franco-romaine (1). Dès l'année 757 , le silentiaire Jean , que plusieurs missions précédentes avaient initié aux complications de la question italienne (2), reparaissait à la cour de Pépin , et le pape, si sûr qu'il fût de la piété du prince franc, n'était point sans inquiétudes sur l'issue des négociations : il se montrait fort curieux d'être tenu au courant des moindres détails de l'entrevue, et rappelait avec insistance , dans les conseils qu'il donnait au roi carolingien, l'urgente nécessité d'une action commune et bien concertée (3). L'année suivante, une autre ambassade partait de Gonstantinople pour la France (4), sans réussir plus que les précédentes à ébranler les résolutions de Pépin. L'empereur ne se décourageait point. En 760, le pape annonçait la venue de nouveaux envoyés , partis d'Orient en équipage de belligérants plus encore que de négociateurs, et dont l'approche et surtout la mission secrète troublaient la tranquillité de Paul I^"" (5). Le pape avait beau se dire qu'il ne s'agissait en tout
lettres impériales. Or, dans ce document apocryphe, les principaux détails historiques de la négociation , le voyage d'Etienne , les entrevues préliminaires avec Aistuif, la maladie du pape (Martens, 271-272) sont fort exactement rapportés : sur tous les points le récit du faussaire s'accorde pleinement avec celui du Liber ponlificalis (Martens, 276-277). Pourquoi les événements qui manquent dans la Vie d'Etienne n'auraient-ils pas été racontés avec la même exactitude? Pourquoi le faussaire n'aurait-il pas , ici encore , pris des faits réels comme base de ses inventions ? On ne voit point dans quel intérêt il eût imaginé de tels événements, s'ils ne lui avaient point été fournis par l'histoire. Ce qu'il voulait, en effet, c'était, avant toute chose, justifier les revendications territoriales des papes en Italie : tout le document était composé dans ce but et en vue de l'énumération des territoires concédés par Pépin. Le reste n'était qu'un cadre historique destiné, par son exactitude même, à faire illusion sur la réalité de la prétendue donation (cf. Bayet, toc. cit., 103-104).
(1) Elle venait de s'affirmer à nouveau en plaçant Didier sur le trône des Lombards {Lib. pontif., 255).
(2) Il était resté on France depuis 756 {Lib. pontif., 251. Duchesne , 460, n. 48).
(3) Cod. Carol., 11.
(4) Ibid., 15, 17.
(5) Ibid., 20.
LA POLITIQUE BYZANTINE EN ITALIE DU VI® AU VIIl" SIÈCLE. 229
cela que d'affaires purement religieuses, et affecter de croire que l'hostilité des Byzantins contre lui provenait du conflit engendré par la querelle des Iconoclastes (1) : il ne pouvait se rassurer pleinement sur la légitimité de sa souveraineté dans l'exarchat. Sous la question religieuse, il sentait qu'il y avait une question politique brillante, et bien autrement dangereuse, car il suffisait d'une faiblesse de Pépin pour qu'elle fût tranchée contre lui.
L'empereur n'éi)argnait rien pour provoquer une telle faiblesse. Tandis qu'il traitait le pape en ennemi déclaré, il se plaisait à entienir avec le roi franc les relations les plus courtoises ; il s'empressait à l'avertir d'un complot tramé en Italie contre son autorité (2); il consentait à recevoir une ambassade iiontificale venue à Gonstantinople en compagnie des envoyés de Pépin (3); enfin lui-même renvoyait en France de nouveaux négociateurs, le spathaire Authis et l'eunuque Synesius, chargés de demander encore une fois et au besoin d'acheter à prix d'or la restitution de l'exarchat (4). Dans les lettres que les ambassadeurs devaient remettre au prince carolingien, l'empereur se plaignait amèrement de la mauvaise foi apportée dans les négociations. Il déclarait que les lettres adressées par lui à Pépin étaient, par une traduction volontairement inexacte, falsifiées avant d'être mises sous les yeux du prince; que les ambassadeurs francs, chargés de rendre réponse à Gonstantinople, se laissaient corrompre en route et transmettaient à Byzance toute autre chose que la volonté de leur maître ; que les lettres pontificales adressées à l'empereur et soumises auparavant à l'agrément du prince franc étaient, en arrivant à Gonstantinople, fort différentes du texte présenté aux en-
(1) Cod. Ca.rol., 30 : « Non ob aliud nos persequuntur Greci, nisi propter sanctam et orthodoxam fidem, et venerandorum patrum piam traditionem, quam cupiunt distruere atque conculcare. » Cf. Cod. Carol., 32 ; « Quanta qualisque sit impia hereticorum Grecorum malitia : inhiantes, méditantes atque insidiantes qualiter... catholicam et apostolicani ccclcsiam Immiliare atque conculcare et fidem sanctam orthodoxam atque sanctoriim patrum traditionem destruere possint. »
(2) Cod. Carol., 25.
(3) Ibid., 28-29. Le pape se demandait, non sans quelque inquiétude, « quid erga eos ageretur. »
(4) Ibid., 36-37. Le pape, en effet, félicite Pépin de ce que « nulla suasionum blandimenta vel proniissionum copia » n'aient pu lui faire oublier les promesses faites à l'Eglise, et il ajoute : « Ex vobis confidimus quod si iiniversi mundi thesaurorum copia ex conspectu vestro afferalur rt tribuatur, nulle modo in aliam partem vestram... firmam mentem declinare conflectereque valebit » [Cod. Carol., 36).
l'exarchat de RAVENiNE.
voyés de Pépin. Il s'efForçait de mettre le roi carolingien en garde contre ces falsifications audacieuses, contraires au bon succès des négociations, et dont il rendait responsables, sinon le pape luimême, du moins les gens de son entourage (1) , et en particulier l'un des plus grands personnages de la cour pontificale, leprimicerius et consiliarms Christophe (2). L'empereur espérait ainsi semer entre le roi et le pape la méfiance et bientôt la discorde, et déjà il demandait à Pépin que les légats pontificaux fussent exclus des conférences qui se préparaient (3).
A voir la manière dont, à cette époque , les papes eux-mêmes surent parfois travestir les événements histori(iues (4), on peut croire que, dans les reproches de l'empereur , quelque chose au moins était fondé. En tout cas le pape, craignant qu'ils ne fissent impression sur Pépin, s'empressa d écrire en France pour protester bien haut contre les « mensonges » de l'empereur (5), défendre l'honnêteté de ses serviteurs, et réclamer une enquête sur la conduite qu'on leur prêtait. En même temps il mettait Pépin en garde contre les décevantes séductions des promesses byzantines, au fond desquelles il n'y avait que fraude et dissimulation (6), contre la vanité de leurs offres et de l'alliance qu'ils proposaient (7); enfin il affectait d'avance la plus entière confiance dans la loyauté de Pépin et s'efforçait de lui dicter les termes de sa réponse (8).
Entre le pape et l'empereur, Pépia n'hésita pas. Il refusa de trai ter avec les envoyés byzantins, si les légats pontificaux n'étaient admis aux conférences (9) ; il communiqua au pape tous les détails de la négociation, il lui fit tenir les lettres impériales et la réponse qu'il y avait faite; bref, il mérita que Paul I^'' lui décernât ce témoignage, qu'il avait tout fait « pour la gloire de la sainte
(1) Cod. Carol. , 36. Le pape écrit « quod nequaquam nostrum quispiam , ut ipsi adserunt , talia acta perpetravit. »
(2) Ibid., 36.
(3) Ibid., .36.
(4) Cf. Martens, 176-177.
(5) Cod, Carol., 36 : « Quoniam mendatium contra nos isdem adseruit imperator. »
(6) Ibid., 36 : « Quas vobis sirnulationis et illusionis causa... attulerunt. »
(7) Ibid., 37 : « Inanes promissiones. »
(8) Ibid., 37 : « Aliter confidendum non est a vobis respondi nisi... et quia quod semel beato Petro pro aeternae vitae retributione obtulistis, nuUa vos deberet ratione ab ejus jure et potestate separari. »
(9) Cod. Carol., 36.
LA POLITIQUE BYZAiNTINE EN ITALIE DU Vl'' AU VIll" SIÈCLE. 231
Eglise et la défense de la foi orthodoxe (1). » Il était visible, bien que Pepiii continuât à envoyer des ambassadeurs à Gonstantinople (2), que la cour byzantine n'avait rien à attendre d'un prince si dévoué aux intérêts de la papauté (3) : pourtant Constantin IV tenta un dernier effort. Il proposa à Pépin d'unir les deux maisons par une alliance de famille, et de marier Gisèle, fille du prince franc, à Léon , le fils de l'empereur (4). L'opposition du pape écarta cette union redoutable; au reste depuis quelque temps déjà, l'empereur, ayant perdu tout espoir de rompre l'alliance francoromaine , avait cherché, en Italie même, d'autres armes contre l'usurpateur de l'exarchat.
La domination byzantine, quelques haines qu'elle eût soulevées dans les derniers temps de son existence, n'avait pourtant point disparu sans laisser quelque regret chez beaucoup de ses anciens sujets. Dans l'exarchat et la Pentapole, un parti assez nombreux demeurait fidèle à l'empereur d'Orient, et le pape redoutait, non sans raison, qu'un débarquemment des Grecs dans ces provinces n'y fît éclater quelque soulèvement contre l'autorité pontificale (5). Des émissaires byzantins travaillaient les esprits, nouant des relations, préparant des complots (6), semant dans la province des pamphlets dirigés contre la souveraineté du pape (7) , attentifs à exploiter auprès des populations les moindres symptômes de discorde entre le roi franc et son protégé (8). Les gens de Ravenne se laissaient aisément convaincre, et de bonne heure l'archevêque Sergius avertissait Paull'^'' du danger que pouvaient créer de semblables menées, Venise, où, malgré les tentatives du parti national, l'autorité demeurait aux mains des protégés de Byzance (9), était le centre et le foyer d'intrigues du même
(1) Cod. Carol., 36 : « Pro exaltatione Sanctae Dei ecclesiae et fidei orthodoxae defensione. »
(2) Ibid., 36.
(3) Le synode de Gentilly (Hefele, IV, 319-321), tenu en 767, accentua encore la divergence au point de vue religieux (Cf. Paparrigopoulo, III, 515).
(4) Cod. Carol., 47.
(5) Ibid., 30.
(6) Ibid., 25.
(7) Ibid., 31.
(8) Ibid., 53.
(9) Après le coup d'Etat qui, en 755, renversa le duc Deusdedit , ami et protégé des Grecs (Dandolo , 141) , l'autorité impériale fut un moment ébranlée à "Venise ; mais , dès l'année suivante , Dominique Monegario fut élu et confirme par l'empereur (Dandolo , 141) , et, on 764 , le duc Maurice était ûuaTo; impérial (Dandolo, 145).
l'exahchat de haveisne.
genre (I), et les marchands vénitiens, dont beaucoup possédaient des terres dans l'exarchat (2), servaient aux Grecs d'émissaires à Raveniie et dans la Pentapole. A Rome même, l'empire byzantin semblait garder quelques partisans. A la moi't d'Etienne II , un nombreux parti, par hostilité contre le pape défunt, avait combattu vigoureusement l'élection de Paul, frère d'Etienne et héritier naturel de la politique inaugurée par ce pontife ; et l'on peut croire, d'après le nom tout grec, Théophylacte, du candidat mis en avant par ce parti, qu'il s'agissait de placer dans la chaire de saint Pierre, comme jadis les exarques l'avaient fait bien des fois, un pontife sûrement dévoué à la cour byzantine, et disposé à remettre aux mains de l'empereur les territoires conquis à l'Eglise par la politique de son prédécesseur (3).
Les Byzantins trouvèrent en Italie un autre appui encore. Aussi longtemps qu'ils avaient commandé dans l'exarchat , tout l'efïort de leur politique avait été dirigé contre le royaume lombard : maintenant les Lombards devenaient leurs auxiliaires naturels. Gomme les Grecs, ils avaient à se plaindre des Francs et de la papauté ; comme eux , ils étaient menacés d'une spoliation totale par la puissance nouvelle qui dominait sur l'Italie : la communauté des intérêts et du péril fit bien vite oublier les dissensions passées et rapprocha les anciens adversaires (4). Dès l'année 759, un agent impérial, le missus Georges, celui-là même qui troublait l'exai'chat par ses intrigues (5), venait trouver le roi Didier. Le prince lombard était à ce moment en guerre avec ses vassaux, les ducs de Spolèle et de Bénévent, qui avaient accepté sans son agrément rulliance et la protection pontificales. Il avait pris dans Spolète le duc Alboin, qu'il retenait captif, mais il avait laissé
(1) Cod. Carol., 25.
(2) Ibid., 94 : « Praesidia atque possessiones. »
(3) Lib. pontif. , 257. Ce qui achève de faire croire qu'il y avait à Rome un parti notoirement hostile à la pajiauté, c'est l'avertissement que Pépin jugeait utile de donner au sénat et au peuple. Il les exhortait , en termes fort pressants , à garder au pape une fidélité inviolable ; et , dans leur réponse , le sénat et le peuple insistaient longuement sur le désir qu'ils avaient d'être de loyaux serviteurs du souverain pontife {Cod. Carol. , 13). N'en faut-il point conclure que cette fidélité semblait à quelques-uns sujette à caution ?
(4) Ce n'était pas la première fois que les Byzantins recherchaient l'alliance lombarde. En 726 , déjà Eutychius sollicitait l'appui de Liutprand {Lib. pontif., 185), et, peu après, il marchait avec lui contre Grégoire II {ibid., 186).
(5) Cod. Carol., 25.
LA POLITIQUE BYZANTINE EN ITALIE UU Vl" AU VIII® SIÈCLE. 233
échapper Liutprand de Bénévent, qui s'était réfugié dans Otrante. Le désir qu'avait Didier de se venger d'un vassal révolté lui fît accepter toutes les conditions que proposèrent les Byzantins , et un traité en bonne forme fut conclu entre les deux partis. Aux termes de la convention , une armée byzantine devait paraître en Italie, et, avec l'appui des forces lombardes , rétablir l'autorité impériale à Rome, à Ravenne et dans la Pentapole (1). En même temps la forte place d'Otrante , où s'était réfugié le duc de Bénévent, devait être assiégée par les Lombards du côté de la terre, tandis que la flotte grecque, cantonnée en Sicile, viendrait compléter l'investissement du côté de la mer. Enfin Didier s'engageait, la ville une fois conquise , à la céder à l'empereur en toute souveraineté (2) ; en échange , l'empereur promettait de remettre au roi lombard le duc révolté et un de ses conseillers. Déjà les Byzantins se flattaient d'une complète restauration de l'autorité impériale (3), et le pape adressait en France des appels désespérés. Nous ne savons point ce qu'il advint de l'expédition projetée ; pourtant il semble qu'on fit en commun le siège d'Otrante, et que la place fut, suivant la convention, remise à l'empereur : acquisition singulièrement importante pour la domination byzantine , car c'est par elle que les Grecs gardèrent un pied dans la péninsule ; c'est de là qu'ils repartirent, au neuvième siècle, pour conquérir une partie considérable de l'Italie méridionale.
Le pape sentait le danger de l'alliance gréco-lombarde , et s'efforçait de la rompre pour en tirer son avantage. Contre les intrigues byzantines , la lointaine protection de Pépin semblait à Paul 1" un peu inefficace, et il trouvait profit à ce que l'Eglise eût, en Italie même, des soldats aussi dévoués et plus proches que les Francs. Aussi, loin de souhaiter la chute du royaume lombard, voulait-il l'employer à la défense de la papauté, en faire un Etat obéissant et dévoué , maintenu par la crainte des Francs dans le respect et le devoir. Il s'efforçait donc de faire parler Pépin, il lui demandait d'ordonner à Didier de défendre contre les Grecs les terres de l'Eglise (4) ; lui-même se mettait en frais pour le prince lombard et exprimait le désir de se concerter avec lui (5). Didier faisait la sourde oreille et s'en tenait à la convention de 759.
(1) Cod CaroL, 15, 17.
(2) Ibid., 17 : « Cum hominibus et facultatibus quae ex ea consistunt. »
(3) « Quatenus imperator, quod Dominus non permittat, adimplere valeat in quodcumque voluerit voluntatem. » Ibid., 17, p. 79.
(4) Cod. Carol., 20, 30, 31, 39.
(6) Ibid., 39.
l'exarchat de ravenne.
Pendant ce temps les Byzantins continuaient leurs efforts. En 760 une flotte considérable venait renforcer l'escadre de Sicile (1), les villes maritimes de l'exarchat et de la Pentapole étaient chaque jour menacées d'an débarquement des Grecs (2); déjà le pape croyait les voir rentrer sans coup férir dans Ravenne (3). Didier laissait faire, et parfois même il joignait ses intrigues à celles des Impériaux. En 764 l'alliance durait encore. Byzantins et Lombards travaillaient à l'envi à détruire dans l'exarchat l'autorité pontificale (4), et l'on voyait le duc pontifical de Rimini luimême se prêter à ces intrigues , et , d'accord avec Didier , placer par la force sur le siège archiépiscopal de Ravenne un certain Michel, peut-être d'origine grecque, à coup sûr partisan des Lombards et des Byzantins (5). Enfin Didier, profitant des troubles qui suivirent la mort de Paul 1" pour interveiiii" directement dans les affaires romaines (6), s'appliquait à élever sur le trône de saint Pierre un pape ami des Lombards (7) , et, malgré l'insuccès de cette tentative, il conservait à Rome un parti nombreux qui lui permettait de peser fortement sur les résolutions du pape Etienne III (8).
Quand l'épée de Charlemagne eut détruit la royaume lombard, ce fut vers Byzance encore que se tournèrent tous les révoltés et tous les mécontents. Le fils de Didier, Adalgis , alla demander secours et vengeance à l'empereur d'Orient, qui lui conféra la dignité de patrice (9); les ducs lombards de Bénévent, de Spolète, de Ghiusi , de Frioul se mirent en relations actives avec les officiers byzantins de la Sicile et du duché de Naples(lO). Les Grecs se servirent habilement de toutes ces circonstances pour inquiéter le pape et troubler l'Italie.
Dès la fin de 775 , l'accord était complet entre les Lombards et les Grecs (11), et le pape annonçait avec terreur à Charlemagne le
Cl) Cod. Carol., 20.
(2) Ibid., 30, 31.
(3) Ibid., 39 : « Pro Grecorum malitia qui quotidie imminent in ipsam Ravennatem ingredi civitatem. «
(4) Ibid., 29.
(5) Lib. Pontif., 282, 284.
(6) Ibid., 267.
(7) Ibid., 270-274.
(8) Ibid., 285-289.
(9) Poêla Saxo, I, 169.
(10) Cod Carol., 58, 66. A la même date les Grecs agissaient énergiquement en Istric. Cod. Carol., 65.
(11) Ibid., 04.
LA POLITIQUE BYZANTINE EN ITALIE DU Vl"^ AU VIII" SIÈCLE. 235
prochain débarquement d'Adalgis à Ui Icte d'une armée byzantine, et le soulèvement imminent des ducs lombards demeurés indépendants : il ne s'agissait de rien moins que de reprendre Rome, d'emmener le pape en captivité, et de restaurer au profit d'Adalgis le royaume lombard détruit (1). En même temps, le parti byzantin s'agitait dans l'exarchat, et l'archevèquè de Ravenne Léon était soupçonné do favoriser ses intrigues (2) ; des émissaires byzantins se monti-aient jusque dans les villes du duché de Rome (3). Mais les Grecs ne parurent point , et une campagne de Charlemagne dans le Frioul arrêta les progrès de l'insurrection (4), Cependant dès 778 de nouveaux conflits éclataient; le pape était en guerre ouverte avec le patrice de Sicile qui commandait à Naples , et le duc Arichis de Bénévent, complètement gagné à la cause de l'empereur , et qui se gouvernait en tontes circonstances d'après les ordres de la cour de Gonstantinople (5). Les deux partis se disputaient avec violence la possession de la Campanie. Le pape mettait par force la main sur Terracine (6), tandis que le patrice de Sicile , venu tout exprès à Gaëte, s'efTorçait, par ses intrigues, de gagner la province à l'autorité impériale (7). L'année suivante , à l'instigation et avec l'appui du duc de Bénévent, les Grecs reprenaient Terracine par surprise, et le pape parlait d'aller mettre le siège devant Gaëte et jusque devant Naples (8). De nouveau on annonçait la prochaine venue d'Adalgis, et les Byzantins refusaient à dessein toute négociation avec le pape, comptant bien ouvrir avant peu de plus sérieuses hostilités (9).
Les Grecs s'efforçaient, d'autre part, de gagner la bienveillance de Charlemagne et s'appliquaient à détacher le prince franc du pape qu'il protégeait. En 781 l'impératrice Irène envoyait à la cour franque une ambassade chargée de demander pour son fils Constantin la main d'une fille de Charlemagne (10). Le roi franc con-
(1) Cod. Carol, 58.
(2) /bld., 55.
(3) Ibid., 64.
(4) Cf. Harnack, l. L, 9-11.
(5) Cod. Carol. , 66 : « Et cotidie misses nefandissimos patricii Siciliae ipso Arighis suscipiente. »
(6) Ibid., 62.
(7) Ibid., 62.
(10) Harnack, l. l., 14-15.
l'iïxarchat de ravemne.
sentit; nu traité fut conclu entre les deux empires et un eunuque byzantin demeura en Occident pour enseigner à la jeune princesse la langue grecque et les multiples exigences de l'étiquette impériale (1). En 787, l'alliance durait encore, et Charlemagne recevait à Rome une nouvelle ambassade , chargée de demander la prochaine célébration du mariage projeté (2). Mais déjà le bon accord était sérieusement menacé. A la suite du septième concile œcuménique tenu à Nicée (787) (3), Charlemagne demandait au pape d'excommunier, comme hérétiques, l'impératrice Irène et son flls Constantin (4). Hadrien n'eut point de peine à exploiter de telles dispositions pour faire définitivement échouer le projet de mariage; on rompit les traités (5), et, dès l'année 787, les Byzantins recommençaient les hostilités en Italie.
Arichis de Bénévent , l'infatigable ennemi de la papauté et des Francs, était encore une fois l'âme de ces intrigues. En vain Charlemagne avait cru, en emmenant comme otage son fils Grimoald, s'assurer de la fidélité de cet intraitable rebelle (6); à peine le prince franc avait-il quitté l'Italie, qu'Arichis rentrait en négociations avec les Byzantins. Cette fois, il se mettait absolument au service de l'empereur; il sollicitait à Constantinople la dignité de patrice et la cession du duché de Naples; il promettait de vivre à la grecque sous la suzeraineté impériale (7); il demandait enfin que l'empei'eur employât ses forces à rétablir Adalgis en Italie. Les Grecs saisirent avec empressement l'occasion qui s'offrait ; le patrice de Sicile avec deux spathaires fut aussitôt chargé par l'empereur d'aller remettre au duc lombard les insignes de sa nouvelle dignité (8). En même temps , on préparait à Constantinople une armée et une flotte , à la tête de laquelle Adalgis devait envahir l'Italie par le Frioul ou par l'exarchat (9).
La mort inattendue du duc de Bénévent et de son fils Romoald
(1) Theoph., I, 701. Chron. Moissiac, a. 781 (Bouquet, V, 27).
(2) Einhardi Anri., a. 78(i. Harnack, p. 18.
(.3) Sur l'attitude du pape Hadrien au moment du concile, Harnack, 17-20.
(4) Mansi", XHI , .75y-.sl(). Cf. Siméon de Durham {Forsclt., Xll, 153), et, plus tard (794), le synode de Francfort (Harnack, 34-36).
(5) Theoph., I, 718. Poeta Saxo, 386 et suiv. Ann. Einliardi, a. 788. Sur les motifs, Harnack, 26.
(6) Eginhard, Vila Karoli , 10. An7i. Laur. Maj. , a. 786. Ann. Einli. , a. 787. Cf. Harnack, 18-25.
(7) Cod. Carol. , 86 : « Tarn in tonsura quam in vestibus usu Grccorum perfrui sub cjusdem imperatoris ditione. »
(8) Ibid., 86.
(9) Ibid., 86.
LA POLITIQUE BYZANTINE EN ITALIE DU Vl" AU VIII« SIKCLE. 237
jeta quelques troubles dans les préparatifs. La veuve d'Arichis , Adalberge, craignant pour sa sûreté, songeait, pour se rapprocher des Grecs, à gagner Tarente ou bien le monastère de S. Angelo in Gargano. L'activité des émissaires byzantins sut triompher de tous les obstacles. Pendant qu'Adalgis débarquait avec une forte armée en Calabre (1), le patrice de Sicile accourait à Salerne pour relever le courage des Bénéventins et s'entendre avec la veuve d'Arichis (2); la Pentapole s'agitait en faveur des Grecs (3) ; à Naples , leurs émissaires étaient reçus en grande pompe (4), et trouvaient le meilleur accueil auprès de l'évêque Etienne et des Napolitains ; les envoyés francs, enfin , étaient insultés à Bénévent et à Salerne (5), et les Byzantins de Naples, de Sorrente, d'Amalfl pensaient à leur faire un plus mauvais parti encore (6). De tous les points de l'Italie, de Gaote et de Bénévent (7), de Naples (8) et de la Pentapole (9), les évêques, qui jouaient le rôle d'agents secrets des papes , faisaient parvenir à Rome les plus désastreuses nouvelles, et Hadrien suppliait Charlemagne d'envoyer une armée en toute hâte et, par-dessus tout, de retenir en France le jeune Grimoald , fils du dernier duc de Bénévent, dont le retour devait achever de mettre l'Italie en feu (10).
Cet effort suprême des Byzantins ne fut point couronné par le succès. Les troupes réunies du patrice de Sicile et du jeune Adalgis(l 1) furent complètement battues en Calabre par les Francs ; quatre mille hommes furent tués, parmi lesquels Jean, logothète de la milice, et l'un des généraux byzantins (\2). Le reste fut rejeté en désordre sur la côte et dut se rembarquer en toute hâte sur la flotte qui avait amené l'expédition (13). On ne sait quel fut le sort d'Adalgis : un chroniqueur fort postérieur, Sigebert de Gem-
(1) Cod Carol., 84. Theoph., I, 718.
(2) Cod. Carol., 85-86.
(3) Ibid., 84.
(4) Ibid., 85 : Cum signis et imaginibus. » 86 : « Cum banda et signa suscipientes. »
(5) Ibid., 85.
(6) Ibid., 86.
(7) Ibid., 84, 87.
(8) Ibid., 87.
(9) Ibid., 84.
(10) Ibid., 84.
(11) Theoph., I, 718.
(12) Bouquet, V, 607 (Lettre d'Alcuin). Theoph., I, 718. (1.3)Poefa Saxo, II, 393, 428. Ann. Einh., a. 788.
l'exarchat de kavenne.
bloiix , affirme qu'il troviva la mort dans la bataille (1) : dans le silence absolu des historiens contemporains , on doit croire bien plutôt qu'il revint à Byzance, et y vécut désormais tranquille comme patrice impérial (2).
C'en était fait maintenant de la fortune des Byzantins. Pourtant ils ne cessèrent pas encore leurs intrigues contre le pape. Le nouveau duc de Bénévent, Grimoald, contraint par la puissante volonté de Gharlemagne (3) , avait dû combattre en Calabre les alliés de son père (4) ; mais ses sympathies et ses intérêts l'entraînaient vers les Grecs, et, comme Arichis, il consentait volontiers à se faire le vassal de l'empereur (5). Aussitôt la guerre terminée, il se remit en rapport avec le patrice de Sicile, rejeta la suzeraineté franque et épousa une princesse byzantine (6). Le pape à ce moment tentait de se mettre en possession des patrimoines que Gharlemagne lui avait cédés dans le Bénéventin; mais la population du duché et le duc Grimoald s'opposaient violemment à la remise de ces territoires (7), et, malgré les réclamations d'Hadrien , les missi francs ne pouvaient parvenir à le mettre en possession (8). Les Grecs de Naples assistaient impassibles aux embarras du pontife, mais, sous main, ils encourageaient Grimoald dans sa résistance, et se moquaient du pape qui voyait ses espérances trompées (9).
Pourtant cette sourde hostilité ne pouvait durer éternellement; il fallut bien que les Byzantins se résignassent à accepter un modus Vivendi. Dès l'année 797 , l'impératrice Irène , dont la politique religieuse avait besoin d'un appui en Occident, rentra en relations avec la cour franque, et un traité de paix fut conclu (10). Bientôt le rétablissement de l'empire ^d'Occident, en donnant en quelque sorte une sanction officielle h la situation créée par les évé-
(1) Bouquet, V, 377.
(2) Poeta. Saxo , I, 169 :
A quo patricius praeclaro munere factus,
Hoc in honore suae permansit ad ultima vitae.
(3) Sur les conditions de son établissement, cf. Erchemp., 4.
(4) Ann. Einh., 788. Poeta Saxo, II, 393, 428.
(5) Cod. CaroL, 80. Harnack, l. l, p. 33-34.
(6) Erchemp., 4-5.
(7) Cod. CaroL, 87.
(8) Cf. Martens, 189-193.
(9) Cod. CaroL, 87.
(10) Ann. Laur. Maj., a. 798. Harnack, 37-39. Gasquet , C/ia?-/emaÊ(ne et l'impératrice Irène.
LA POLITIQUE BYZANTINE Eù' ITALIE DU VI'' AU VIII^ SIÈCLE. 239
nements de 754, on supprimant d'une manière formelle et définitive les prétentions que la cour byzantine pouvait garder sur l'Italie perdue, en enlevant toute espérance de retour ou de repentir, décidales empereui-sd'Orient à consommer le dernier sacrifice (1). Un premier traité, préparé en 802 par l'impératrice Irène (2), fut conclu l'année suivante entre Nicéphore et Charlemagne, probablement sur les bases de l'uti possidelis (3). Cette convention laissait à l'empereur d'Orient Venise et ses îles, les villes maritimes de la Dalmatie , Naples et son duché , les possessions que les Byzantins conservaient en Calabre, enfin la Sicile : en échange, Nicéphore abandonnait l'Istrie, une partie de la Dalmatie , enfin le duché de Rome, la Pentapole et l'exarchat (4). Toutefois le souverain byzantin refusa de reconnaître le nouvel empire d'Occident, et cette réserve , aussi bien que les troubles de Venise (5), retardèrent de quelques années encore le règlement définitif. Enfin Byzance se décida; Nicéphore entama avec la cour d'Aix-la- Chapelle des négociations nouvelles (6), et bientôt son successeur Michel confirma, en 812, le traité de 803 (7), et , en échange de la restitution de Venise, reconnut à Charlemagne le titre de paciXeu;. Chose remarquable, les ambassadeurs byzantins passèrent, au retour, par Rome (8), et soumirent au pape Léon la convention conclue à Aix (9). En même temps Michel autorisait le patriarche de Constantinople à rentrer en relations officielles avec la curie romaine (10). Ainsi le pape aussi faisait sa paix avec la cour byzantine ; ainsi l'usurpation de 754 était formellement reconnue et con-
(1) Les chroniqueurs grecs racontent que Charlemagne s'entendit avec la cour (le Byzance pour le rétablissement de l'empire d'Occident. Le fait en lui-même est invraisemblable , mais la prétention est digne de remarque (Martens, 212). Charlemagne, d'ailleurs, était peu rassuré sur la manière dont Byzance prendrait les événements de l'an 800 (Eginh., Vit. Karoli, 27. Mon. S. GalL, 28).
(2) Ann. Ein)i., 802. Theoph., 737. Harnack, 42-43.
(3) Ann. Einh. et Fuld., a. 803.
(4) Martens, 221-222. Muratori, Ann. d'il., a. 803.
(5) Sur les affaires de Venise et le conflit qui en résulta : Ann. Einh., 807- 809, 810. Const. Porph., De adm., 124. Harnack, p. 48 et suiv.
(6) Epist. Carol., 29. Sickel, Act. Karoli, 227.
(7) Eginh., V. Karoli, 15. Ann. Einh., 812. Harnack, 53-56.
(8) Ann. Einh., 813 : « Revertendo Romam venientes in basilica S. Pétri apostoli eumdem pacti seu foederis libellum a Leone papa denuo susceperunt. »
(9) Le pape avait déjà été mêlé aux négociations de 802 (Theoph., 737) ; mais rien n'atteste que les envoyés byzantins aient paru à Rome.
(10) Theoph., 770.
240 l'exarchat de havenne.
sacrée ; les Grecs abandonnaient la revendication légitime de leurs droits historiques; l'empire romain d'Occident prenait officiellement rang à côté de l'empire d'Orient (1), et, comme le dit un contemporain , entre les deux empires, toute cause de scandale était définitivement écartée (2).
Les empereurs d'Orient , on peut le croire, ne s'étaient point décidés sans peine à abandonner aux barbares d'Occident les derniers restes des conquêtes de Justinien : ils n'avaient point renoncé sans quelque arrière-pensée à cet exarchat pour la défense duquel ils avaient tant combattu. L'insuccès de leurs dernières tentatives les obligeait à accepter l'arrangement proposé; mais ils n'avaient du moins nul reproche à se faire : ils avaient tenté, pour défendre et sauver leurs provinces italiennes, tout ce qui était en leur pouvoir. Désormais ils cessèrent de rien faire pour les reprendre ; mais toujours, au fond du cœur, ils gardèrent une irritation profonde et aussi une secrète espérance de rentrer quelque jour en maîtres dans leurs provinces perdues. Au dixième siècle encore, l'empereur Nicéphore Phocas songeait à obtenir d'Otton la restitution de Rome et de Ravenne (3).
(1) Ep. Carol., 40 (Jaffé, p. 415) : « (Deus) paccm inter orientale atque occidentale imperium stabilire... dignatus est. » Sickel, Act. Kar., 246.
(2) Eginh., V. Karoli, 16 : « Foedus firmissimum statuit, ut nuUa inter partes cujuslibet scandali remaneret occasio. »
(3) Liutprand, Legatio , 15 {M. G. H., III, 350).