‹ Études sur l'administration byzantine dans l'exarchat de RavenneChapitre 49 sur 53 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

l'église romaine et l'empire byzantin.

Les empereurs qui régnèrent à Byzance depuis le sixième jusqu'au huidème siècle , si désintéressés qu'on les suppose des affaires italiennes , ne semblent point pourtant avoir ignoré les conditions dans lesquelles leur domination s'exerçait sur la péninsule. Ils paraissent s'être pleinement rendu compte de l'importance que l'Eglise romaine prenait en Italie, de l'influence qu'elle acquérait sur l'administration impériale et sur les populations italiennes , et toutefois , loin d'en prendre ombrage, ils semblent au contraire s'être appliqués à tirer profit de cette influence. Habitués de longue date à se considérer comme les protecteurs et les chefs de l'Eglise , accoutumés à trouver chez les prélats orientaux une entière soumission à leurs volontés souveraines , les empereurs n'ont vu dans l'autorité prise par l'Eglise romaine qu'un appui assuré à leur propre domination ; malgré les discussions, les conflits, les luttes ouvertes même, jamais ils n'ont douté sérieusement du dévouement des évêques de Rome à l'empire ; ils ont cru pouvoir tourner à leur avantage l'autorité qu'exerçaient les pontifes; ils se sont flattés de diriger à leur gré l'influence dont ceux-ci disposaient; ils ont vu dans l'Eglise un instrument, et le plus efficace de tous, pour gouverner les peuples et, à ce litre, ils l'ont comblée de leur bienveillance et de leurs faveurs : jusqu'au jour où l'instrument a échappé aux mains qui le dirigeaient, où la sourde opposition entre l'Etat et l'Eglise s'est transformée en une lutte ouverte, où la longue fidélité des pontifes a fait place à des ambitions nouvelles et à une politique indépendante, où l'évêque de Rome, enfin, en mettant au service des rois francs l'appui qu'il avait donné jusqu'alors à l'empire, a porté le dernier coup à la domination byzantine en Italie.

l'église romaine et l'empire byzantin.

Comment fempire byzantin employa Vinftuence de l'Eglise romaine.

L'empei'eur chrétien de Byzance , par le caractère religieux même dont il était revêtu , devait se montrer plein de déférence pour l'Eglise et ses repi'ésentaiits, pour cette Eglise romaine en particulier, à laquelle plusieurs conciles avaient assuré le premier rang dans la hiérarchie ecclésiastique , à qui les circonstances avaient fait une place si éminente dans la hiérarchie civile de l'Italie. On sentait si bien à Constantinople quel intérêt il y avait à s'assurer l'appui de cette Eglise, que plus d'un souverain nouveau, pour affermir son pouvoir naissant, se hâtait de donner à Rome des gages éclatants de son orthodoxie. Au lendemain de son avènement, Constant II écrivait au pape Jean IV pour lui promettre le retrait de VEclhesis d'Héraclius (1); Juslinien II s'engageait solennellement à faire respecter le sixième concile (2) ; après la chute de l'hérétique Philippicus, dont l'avènement avait soulevé la population romaine , l'usurpateur Anastase s'empressait d'envoyer à Rome des témoignages de son orthodoxie (3) , et Théodose, qu'une révolution nouvelle plaça trois ans plus tard sur le trône de Byzance, ne se hâtait pas moins de donner à Grégoire II les gages de sa fidélité aux décisions du sixième concile (4). Pour entretenir et fortifier les bonnes relations entre l'Etat byzantin et l'Eglise romaine, les empereurs multipliaient les marques de déférence et les faveurs. Maurice se faisait communiquer le Pastoral de Grégoire le Grand, conflaità l'évéque d'Antioche le soin de le traduire en grec, et se déclarait enchanté de l'œuvre du pontife (5) ; Constantin Pogonat envoyait à Benoît II des boucles de la chevelure de ses fils Juslinien et Héraclius, les plaçant ainsi solennellement sous la protection du pape et des Romains (6). Héraclius intéressait l'évéque de Borne à l'œuvre de propagande chrétienne qui servait à unifier les éléments discor-

(1) Migne, LXXXVII, 78. Cf. la lettre de Jean IV à Constantin, père de Constant II (Migne, LXXX, 606, 607).

(2) Lib. ponlif., 156.

(3) Ibid., 176.

(4) Ibid., 179. Cf. l'appendice du diacre Agathon (Mansi, XII, 190) et Duchesne, 411, n. 13.

(5) Greg., Ep., XII, 24.

(6) Lib. ponlif., 153. Cf. sur cet usage Paul Diac, IV, 38; VI, 53.

l'exarchat de ravenne.

daiits dont se composait l'empire (I), et demandait à l'Italie des missionnaires pour convertir les Croates et les Serbes (2). Malgré les ambitions des patriarches de Constantinople , la vieille Rome (upsaSuTepa Pa)|i.vi) (3) demeui'ait, anx yeux des Byzantins, la capitale religiense de l'empire. C'est là qu'on envoyait, pour y être jugés, les hérétiques monothélites condamnés au Concile de 680 (4); là, qu'on exilait les patriarches de Constantinople déposés de leur dignité (5); eoûu, l'exarque ne dédaignait pas de venir à Rome célébrer solennellement la fêle de saint Pierre (6) et d'apporter au prince des apôtres les respectueux hommages du souverain.

Des faveurs plus effectives accompagnaient ces marques de la déféi'ence impériale : dans une lettre du Codex Carolinus, Hadrien P"" rappelle à Charlemagne les donations nombreuses que les empereurs et les exarques ont faites à l'Eglise romaine « pour le salut de leurs âmes et le pardon de leurs péchés (7) », et dont les titres sont déposés aux archives de Latran. Depuis Juslinien jusqu'à Constantin V, bien peu d'empereurs, en effet, manquèrent à cette habitude. Bélisaire donnait à Saint-Pierre une croix d'or enrichie de pierreries et deux chandeliers d'argent, il bâtissait à Rome un hôpital et une église et dotait richement ces pieuses fondations (8) ; Justinien abandonnait à l'évêque Agnellus de Ravenne toutes les possessions des églises ariennes (9) : Phocas cédait à Boniface IV le Panthéon d'Agrippa et enrichissait de ses dons l'église qui y était établie (10) : Héraclius permettait à Honorius d'enlever les tuiles d'airain qui couvraient le temple de Vénus et de Rome (11), et, dès l'année 640, le gardemeuble [vesliarium) du palais pontitical renfermait une multitude de vases sacrés et d'objets précieux, dons des exarques et des hauts fonctionnaires impériaux (12). Constant II envoyait des

(1) Rambaud, 272 et suiv.

(2) Const. Porph., De adm. imp., 148, 149, 153.

(3) Migne, LXXXVII, 1147, 1247; XCVI, 387.

(4) Lib. pontif., 148. Migne, XCVI, 392, 397. Cf. ibid., LXXXVII, 79.

(5) Paul Diac, VI, 31. Theoph., 375.

(6) Greg., Ep., IX, 9.

(7) Cod. Carol. , 61. « Pro eorum animae mercede et venia delictorum. » Cf. ibid., 73, et Lib. pontif., 121.

(8) Lib. pontif., 102. Cf. Reumont , II, 48 et 1219. Sur les fondations de Narsès à Venise, cf. Dandolo, 92.

(9) Agnell., 85.

(10) Lib. pontif., 116. Paul Diac, IV, 36.

(11) Lib. pontif., 119.

(12) Ibid., 121.

l'kglise romaine et l'empire byzantin.

cadeaux au pape Eugèae P'" (1) et faisait remettre au pape Vitalien des évangéliaires couverts d'or et de pierreries (2); et, dans le temps même où le conflit semblait le plus aigu entre Rome et Goiislanlinoplo , l'exarque Eutychius offrait à Grégoire III six colonnes d'onyx, destinées à orner la basilique de Saint-Pierre (3) ; enfin, Constantin V donnait à Zacharie les deux riches domaines de Norma et de Nimphte (4), qui valaient , à la fin du treizième siècle, près de vingi -millions de notre monnaie (5). Les autres églises d'Italie n'élaient pas moins bien partagées : on a vu ce que Juslinien faisait pour Ravenne; Héraclius dotait aussi largement les églises d'Opitergium et de Grado (6).

Enfin de nombreux privilèges étaient accordés à l'Eglise romaine par la bienveillance impériale. Constantin Pogonat et Justinien II diminuaient le poids des impôts qui pesaient sur les patrimoines ecclésiastiques en Sicile, en Calabre et en Lucanie (7). Héraclius, par une novelle de 629, augmentait les immunités des clercs en matière judiciaire : à la juridicLion que Justinien avait donnée aux évêques dans toute cause civile où un clerc était engagé (8), l'empereur ajoutait le droit, pour l'évêque, de faire exécuter la sentence; en outre, dans toute affaire concernant un ecclésiastique, l'instruction devait être confiée à l'autorité épiscopale, et l'accusé n'était remis à la justice laïque que s'il était trouvé coupable au tribunal d'église (9). Enfin, toute une série d'édits impériaux consacraient la primauté et préparaient l'indépendance de l'Eglise romaine. En 607 , Phocas , faisant droit aux réclamations des papes, retirait au patriarche de Gonstantinople le titre d'oecuménique, et assurait au siège de Rome le premier rang dans la hiérarchie ecclésiastique (10); en 657, Constant II renouvelait, en faveur du pape Vitalien, tous les privilèges de l'Eglise romaine (1 1), et son successeur Constantin Pogonat, après avoir supprimé la taxe jusque-là exigée pour la confirmation des

(1) Pàtr. Gr., XC, 115 : « HeiAi^^ai; xal itpoo-if opàv su; dî^iov néxpov. »

(2) Lib. pontif., 135. Cf. Dandolo, 120.

(3) Lib. pontif., 194.

(4) Ibid., 220.

(5) Duchesne, 438, n. 45.

(6) Armingaud, l. l., 310. Chron. Grad., 45.

(7) Lib. pontif., 154, 157.

(8) Nov. 79, 83, 123, c. 8, 21 et 23.

(9) Jus Gr. R. , III, Coll. I, Nov. 25. Zachariae von Lingenthal, Gr. rôm. Recht., 356-357.

(10) Lib. pontif., 115. Paul. Diac, IV, 36.

(11) Lib. pontif., 135.

l'exarchat de ravenne.

papes (1), finit même par renoncer, à ce qu'il semble, an droit réservé à l'empereur de ratifier l'élection pontificale (2). Justinien II, en 711, renouvelait à son tour tous les privilèges de l'Eglise romaine (3), et faisait au pape Constantin le plus magnifique accueil à Byzance.

Pour comprendre quel prix les empereurs attachaient à l'amitié des papes, il faut lire, dans le Liber pontificalis, le récit de celte solennelle réception. Pour mieux marquer sa déférence, Justinien II avait ordonné à tous les gouverneurs de province de rendre au pontife les honneurs mêmes qui étaient dus à la personne impériale (4), et, conformément aux ordres du souverain , l'exarque était venu à Naples saluer le pontife , le stratège de Sicile avait été à Palerme lui présenter ses hommages, le stratège de la mer Egée avait mis à sa disposition les vaisseaux impériaux. A sept milles de la capitale , le fils de l'empereur et le patriarche Cyrus, accompagnés d'un cortège de prélats, de patrices et de sénateurs, étaient venus recevoir le pontife et sa suite; les chevaux des écuries impériales, tout harnachés, avec des selles et des freins dorés, avaient été mis à la disposition des prélats romains, et, dans ce pompeux équipage, Constantin, la mitre pontificale en tête, fit dans la ville impériale une solennelle entrée (5). Le lendemain le pape et l'empereur se rencontrèrent à Nicomédie. Juslinien , la couronne en tête, se jeta aux pieds du pontife, et tous, dit le texte, se réjouissaient en voyant les sentiments d'humilitéde ce bon prince (6).

Ce n'est point là un exemple isolé; quand Constantin Pogonat invita le pape Donus à se faire représenter au sixième concile œcuménique, il ordonna à l'exarque de pourvoir à toutes les dépenses des envoyés, de fournir à tous leurs besoins, de mettre même, s'il était nécessaire , à leur disposition les vaisseaux de guerre de la flottille de Classis (7). Quand les députés arrivèrent à Conslantinople, ils y furent reçus avec les plus grands honneurs etlogés, aux frais de l'empereur, au palais Placidien. Le dimanche suivant, ils

(1) Lib. pontif., 146.

(2) Ibid., 153, 154. Cf. Bayet, Les élections pontificales , p. 67, 68.

(3) Lib. pontif., 173. Paul Diac, VI, 31.

(4) Lib. pontif., 172. « Omnes judices ita eum honorifice susciperent, quasi ipsum praesentaliter imperatoreiii vidèrent.

(5) Lib. pontif., 172, 173. Cf. Duchesne, 394, n. 18.

(6) Lib. pontif., 173 ; «Et facta est letitia magna in populo, omnibus aspicientibus tantam humilitatem boni principis. »

(7) Mi«ne. LXXXVII, 1153.

l'églish homainiî et l'empiru byzantin.

furent invités à prendre part à la procession solennelle de Sainte- Marie des Blachernes, et l'empereur mit à leurs ordres des chevaux des écuries impériales (1). Bien plus, ils eurent l'honnour, le dimanche de l'octave de Pâques, de célébrer à Sainte-Sophie, en présence de l'empereur et des patriarches orientaux (2), la messe en latin; c'était là une grande concession, que le Liber pontificalis vante à juste titre comme un triomphe de l'Eglise romaine, et qui prouve mieux que toute autre chose quels soins les empereurs mettaient à entretenir de bonnes relations avec le pape et le clergé d'Occident.

L'Eglise ne demeurait point en reste avec l'empire. Le Lib^;r ponlificalis , écrit par des clercs attachés à la cour pontificale et dans lequel se reflètent assez exactement les sentiments du clergé romain (3), n'a pas de termes assez flatteurs, et parfois assez plats, pour célébrer la piété impériale. Je ne parle pas des expressions de trèspieux, très chrétien ou très clément (4) : ce sont formules de chancellerie qui ne tirent point à conséquence ; mais qu'on lise, dans la notice d'Agathon , les éloges accordés à Constantin Pogonat (5) ; qu'on lise surtout, dans la vie du pape Constantin, les louanges décernées à Juslinien II : ce prince, l'un des plus mauvais du septième siècle, devient, sous la plume du biographe, un empereur très chrétien et très orthodoxe, très humble, très pieux et très bon, dont la mort est pour le chroniqueur romain une calamité publique (6); qu'on lise les lettres, malheureusement trop peu nombreuses , adressées par les papes aux empereurs de Byzance ; le ton en est singulièrement humble, plein de respect et de dévouement. Martin P"" proteste de l'attachement de Rome à l'empii'e (7); Agathon et les évéques rassemblés au synode romain de 680 ne trouvent pas de termes assez forts pour exprimer leur fidélité au prince, pas de prières assez ardentes pour la gloire et la prospérité du souverain (8). « Votre victoire est notre salut, » écrit Aga-

(1) Lib. pontif., 141.

(2) Ibid., 145.

(.3) Duchesne, le Liber pontif., Introduct., CCXLUI et suiv.

(4) Lib. ponliÇ., 140, 144, 148, 153, 174.

(5) ma., 142, 143.

(6) Ibid., 173, 174.

(7) Migne, LXXXVII, 139.

(8) Ibid., 1165 : « Sic restituât superna Majestas per fortissimos atque invictissimos labores vestrae a Deo corroboratae cletnentiac sub benigni vcstri principatus rcgimine totam christianam rernpublicam , et forti.ssimis vestris sceptris adversas subigat nationes. » 1225 : « nos autcin, licot humillimi, summis viribus enitimur, ut Christiani vestri imperii respublica, in qua bcati

l'exarchat de ravenne.

thon à Constantin, votre félicité est noire joie , votre santé est notre sécuiité (1). T) Léon II entonne un véritable dithyrambe en l'honneur du restaurateur de l'orthodoxie. « 0 Eglise, notre sainte mère, » s'écrie-t-il dans un transport lyrique, « lève-toi, dépose ton vêlement de deuil et revêts-toi de tes habits de fête. Voici ton fils, le plus constant des princes, ton défenseur, ton appui. Il a ceint le glaive de la parole de Dieu pour séparer les incrédules des fidèles, il a endossé la cuirasse de la foi et mis le casque de l'espoir du salut. Voici ton champion , le nouveau David , non point le loi des Juifs, mais le pieux empereur du peuple chrétien , revêtu de la pourpre du sang du Christ... Rassemblez-vous , fidèles églises du Christ , venez avec vos prêtres, peuples dispersés à travers le monde, et chantez : Il a vaincu, le nouveau David, le plus constant des Augustes (2)! »

Et ce n'étaient point là de stériles transports; les actes répondaient aux paroles. Dans la profession de foi solennelle que prononçait le pape nouvellement élu , les assurances de sa fidélité à l'empire accompagnaient les témoignages de sa foi orthodoxe (3) ; les évêques promettaient de même, dans une déclaration officielle, de dénoncer au pape toute tentative criminelle « contre la république et le très pieux empereur, » de n'y prendre nulle part, mais de s'y opposer de tout leur pouvoir (4) ; et non seulement les évêques du pays grec juraient de demeurer fidèles à l'empire chrétien, mais les évêques lombards eux-mêmes, au moment de leur ordination, promettaient de faire tous leurs efforts pour maintenir la paix entre les Lombards et Byzance (5); et dans une lettre du 15 octobie 740 (6), Grégoire III, fort de ce serment prêté à Saint-Pierre , sommait les évêques de la Tuscie lombarde de réclamer aux rois Liutprand et Hildeprand la restitution des villes enlevées au duché de Rome (7). Ainsi le pape, et, par ses mains, l'Eglise italienne tout entière, mettait officiellement au service de l'empire son activité et son influence : les prélats juraient fidélité

Pétri apostolorum principis scdes fundata est, cuius auctoritatem omnes christianae nobiscum nationes vcnorantur et colunt , por ipsius beati Pétri apostoli revercntiam omnium gcntium sublimior esse monstretur. »

(1) Mignc, LXXXVII, 1168.

(2) Migne, XGVI, 409. Cf. ihid., 413.

(3) Lib. Diurn., 215, 216.

(6) Jaffé, 2252.

(7) Migne, LXXXIX, 585.

l'église romaine et l'empire byzantin.

au prince an même titre que les fonctionnaires et ne lui rendaient pas moins de services que les administrateurs les plus dévoués.

Pendant (jnatorze années de pontificat, malgré les difficultés sans cesse renaissantes qu'il rencontrait à CoiislaïUinople , Grégoire le Grand se montra toujours serviteur dévoué du pouvoir impérial. Il recommandait aux populations italiennes d'obéir aux officiers impériaux (1), et lui-même, dans la mesure où le permettait son devoir d'évêque, donnait l'exemple de cette obéis- 'sance (2). Nouni , comme tous les Romains, dans les souvenirs de la gi'aiideur impériale, il jugeait l'empire nécessaire à la vie du monde (3), il s'honorait de faire partie de la république universelle (4) , il acceptait avec joie l'autorité du prince qui la gouvernait (5); et tel était son attachement à l'idée impériale qu'il n'hésitait pas à couvrir d'éloges l'assassin de Maurice , l'usurpateur Phocas (6) , avec un luxe d'hyperboles et d'effusions lyriques qui a paru choquant aux plus zélés défenseurs mêmes de la politique pontificale (7).

(1) Greg., II, 11.

(2) Ibid., III, 65 : « ne contra jussionem clementissimi domlni imperatoris, vel, quod absit, in despectum ipsius aliquid facere videremur. » V, 21; VI, 25; XIV, 8.

(3) Ibid., VII, 27 : « Valde est ejus (imperatoris) vita mundo neccssaria. »

Page 1