‹ Études sur l'AfriqueChapitre 22 sur 48 · IA FIX DU MAHDISME · texte numérisé non relu

IA FIX DU MAHDISME

24 novembre 1899, et, au lever du soleil, se trouva en vue du camp ennemi. A cinq heures un quart du matin le combat s’engagea.

Les derniers survivants d’une puissance, qui avait eu son époque de gloire, déployèrent leur courage habituel. Ils tentèrent même un mouvement tournant, contrairement à leur habitude de marcher droit sur l’ennemi.

Mais à Om-Debrikat comme à Omdourman, le courage individuel ne réussit pas à prévaloir contre les armes à feu européennes. A mesure qu’ils avançaient, les mahdistes tombaient. Ce ne fut pas, à vrai dire, un combat, mais une exécution. Les troupes montées achevèrent la déroute, et bientôt le colonel Wingate arriva sur l’emplacement même du camp du khalife. Il se trouva en présence d’un spectacle tragique. Le khalife Abdullah était couché sur sa peau de mouton, le burnous criblé de balles; sur lui et à côté de lui ses émirs ou lieutenants; autour, ses gardes du corps : tous étaient morts. Un seul officier, l’ancien émir du Dongola, avait, par un hasard extraordinaire, survécu à tous ses compagnons; il raconta ainsi les derniers moments du khalife.

Lorsque les mahdistes eurent échoué dans leur mouvement tournant et commencèrent à reculer devant un feu terrible, le khalife Abdullah appela à lui scs émirs et leur dit : « Je ne fuirai pas, je mourrai ici. Je vous demande de rester auprès de moi pour que nous mourions ensemble ». Ils aquiescèrent; le khalife s’étendit sur sa peau de mouton, ses émirs et ses gardes du corps se rangèrent devant leur maître et tous attendirent la mort.

Dans la journée, le colonel Wingate fit enterrer, dans ce beau site d’Om-Dcbrikat, entouré d’arbres, le kha-

SOUDAN ORIENTAL

life et ses émirs selon les rites de la religion musulmane.

Celte fin du khalife Abdullah a quelque chose d’héroïque, et qui rappelle certaines morts célèbres de l’antiquité. Après avoir pendant quinze ans tenu tète à la puissance anglo-égyptienne, il a mieux aimé tomber sous les balles de son vainqueur plutôt que d’implorer de lui l’aumône de la vie. Certains régimes s’effondrent misérablement, il en est d'autres qui disparaissent avec une certaine grandeur.

Maintenant, le mahdisme est fini, et, par une coïncidence singulière, le coup de grâce lui a été porté par son historien, par ce même Reginald Wingate, qui l’a décrit dans un livre plein de renseignements curieux : Mahcliism and the Egvptian Sudan (un vol. in-8°, Londres, 1891).

C’est en 1881 que le derviche Mohammed Ahmed s’était proclamé Mahdi et avait commencé ;ï grouper des disciples autour de lui. Le Soudan oriental aura donc été occupé par les mahdistes pendant un peu moins de vingt ans.

Cette domination n’a pas laissé d’avoir des conséquences : elle a achevé la ruine et le dépeuplement de cctle partie de l’Afrique déjà médiocrement prospère pendant les soixante ans que les Égyptiens en furent les maîtres. Les combats qui se sont livrés de 1881 à 1885, la rigueur du khalife Abdullah et sa promptitude à décréter la peine capilalc, surtout enfin les épidémies et la famine, ces maux que la barbarie entraîne toujours avec soi, ont causé la mort de millions d’hommes.

Sous le rapport de la politique générale, l’existence du mahdisme a favorisé la permanence de l’occupation anglaise en Égypte. Dès que, sur le continent, une voix

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