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LA FIN DU MAHDISME

quelque peu autorisée remettait l’évacuation en question, immédiatement, à Londres, on grossissait les dangers que les mahdistes faisaient courir à la sécurité de l’Égypte, et on y déclarait impossible le rappel des troupes anglaises.

Le mahdisme, enfin, a modifié les conditions de l’exploration de toute une partie de l’Afrique. Depuis 1840 jusqu’en 1881, la vallée du Nil fut la grande voie de pénétration des explorateurs, des d'Arnaud et des L'ejean, des Schweinfurth et des Junker dans l’intérieur du continent. Mais, quand les mahdistes devinrent maîtres de Khartoum, on dut renoncer à atteindre le bassin de l’Ouellé et du Haut Nil par le nord. Junker, qui s’était trop attardé dans la province équatoriale, fut même contraint de revenir en Europe par l’Ouganda et Zanzibar. Désormais, ce sera en partant des côtes occidentale et orientale que les explorateurs attaqueront l’Afrique centrale. Telle question géographique, comme celle de l’Ouellé par exemple, posée par un explorateur venu par le Nil, sera résolue par un autre explorateur parti du Congo.

Si le mahdisme a disparu, les idées religieuses qui l’avaient engendré renaîtront un jour ou l’autre. La croyance à l'imamat, c’est-à-dire à l’apparition d’un être investi par Dieu de la mission de faire régner la justice sur terre, s’est de tout temps manifestée dans l’Islam. Mohammed Ahmed, le Mahdi du Soudan égyptien, avait eu bien des prédécesseurs, dont quelquesuns firent des fortunes politiques, auprès desquelles la sienne paraît pâle : tel cet Obeïd Allah, qui créa la dynastie des Fatimites, et dont les successeurs furent maîtres de la Tunisie, de la Tripolitaine et de l’Egypte; tel encore ce Mohammed ibn Toumert, fondateur de la dynastie des Almohades, qui, un temps, dominèrent

SOUDAN ORIENTAL

l’Algérie, le Maroc et l’Espagne méridionale. Il faut donc s’attendre à voir tôt ou tard un nouveau Mahdi se lever, en quelque point de la terre d’Islam, et des foules, ignorantes du passé, superstitieuses et fanatiques, l’acclamer et le suivre ' .

Mars 1900.

1. Cette prévision s’est réalisée. En 1903 un certain Mohammed El-Amin, originaire de Tunisie, s’est proclamé Mahdi dans le Dar Tagala (Kordofan méridional). Il avait accompli deux fois le pèlerinage de la Mecque et déjà avait groupé un certain nombre d’adhérents autour de lui. Dès qu’il fut informé de ce mouvement, le sous-gouverneur du Soudan, colonel Mahon, s’embarqua à Khartoum avec une force de 200 cavaliers, remonta le Nil Blanc jusqu’à Fâche Chowne, marcha sur le Dar Tagala et surprit le nouveau Mahdi, qui fut envoyé sous escorte à El-Obeid, jugé et pendu. Sans cette promptitude d’action, on aurait peut-être assisté à un renouvellement des événements dont le Soudan fut le théâtre de 1831 à 1884.

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