Assistant de Cailliaud
ÉTHIOPIE
expressions), que le temps avait altéré la loi des chrétiens du Tigré et de l’Amara, il se proposait de travailler à la rétablir ». Enfin il espérait découvrir en Éthiopie « la solution du problème des sources du Nil », question qui, à cette époque, primait toutes les autres dans les préoccupations des géographes.
Aussi, à peine revenu du Brésil, s’embarqua-t-il pour l’Égypte.
Il arriva à Gondar, le 28 mai 1838, en compagnie d’Arnauld d’Abbadie, son frère. Arnauld et Antoine ont voyagé en Éthiopie en même temps, mais rarement ensemble. Il existait entre leurs caractères des différences très marquées. « Né pour commander, dit Antoine, mon frère prenait son parti rapidement et s’exprimait sur un ton qui n’admettait pas la contradiction.... Ma manière était toute différente : au lieu de surmonter hardiment l’obstacle , je trouvais qu’il était plus facile de le tourner. »
Néanmoins, et bien qu’ils aient travaillé sur le même terrain beaucoup plus simultanément qu’en collaboration, leurs noms resteront unis dans l’histoire de 1 l’exploration de l’Afrique.
Son voyage de Massaoua à Gondar avait prouvé à Antoine d’Abbadie qu'il était insuffisamment armé pour procéder à des relevés topographiques précis. Il revint en France pour se pourvoir de bons instruments.
En 1840, il était de retour dans la mer Bouge. Il séjourna longtemps sur la côte orientale d’Afrique, cherchant à pénétrer dans l’intérieur par des routes non frayées, à gagner le Harrar de Berbera, ou le Choa de Tadjoura. Mais toutes les portes se fermant devant lui, il se rendit à Gondar par la voie ordinaire (juin 1842). Dès lors il commença à travers l’Éthiopie, du nord au sud, de l’est à l’ouest, ses longues courses, dont témoi-
ANTOINE d’aBBADIE.
ni
gnent les lignes multiples d’itinéraire, qui s’entrecroisent sur sa carte.
Il passa l’année 1843 dans l’Inarya, sur la rive gauche de l’Abaï ou haut Nil Bleu.
Il y conquit la laveur d'un chef, qui lui ouvrit l’accès du Kaffa, pays isolé et fermé, où aucun Européen n’avait ‘ encore pénétré. Il figura dans une mission chargée par I ce chef d’aller lui chercher à Bonga, en Kaffa, sa ! douzième femme. D’Abbadie partit pour le sud avec mille hommes d’escorte, porteurs des cadeaux destinés à la fiancée.
De 1843 à 1846, il voyagea entre l’Inarya et Gondar, i et fit des séjours prolongés dans le Godjam. Ses courses dans l’est le conduisirent jusqu’au rebord oriental du plateau éthiopien.
L’année 1847 fut consacrée à l’exploration de l’Agamé ; et 1848 à celle du Simen, où il fit l’ascension du Bas Dajan, dont l’altitude atteint 4 600 mètres.
A cette époque, M. Charles d’Abbadie, inquiet d’ètre depuis longtemps sans nouvelles de ses frères, partit à leur recherche. Comme, en arrivant à Massaoua, il était ; muni d’un firman de recommandation très pressant de Mehemet Ali, pacha d’Égypte, qui, malgré sa défaite diplomatique de 1840-1841, exerçait encore une action prépondérante dans la mer Bouge, l’aga turc se mit avec grand zèle en quête d’informations. M. Charles d’Abbadie sut où étaient ses frères et les rejoignit. En sa compagnie, Antoine d’Abbadie quitta Massaoua et l’Éthiopie le 4 octobre 1848.
Pendant ces voyages, il fut aux prises avec de graves difficultés et entouré de dangers.
11 traversa parfois des districts où la lèpre est si répandue qu’on n’y demande pas, lors des pourparlers matrimoniaux, s’il y a de la lèpre dans la famille, car
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on n’en doule pas, mais seulement s’il y en a beaucoup. M. d’Abbadie me racontait les angoisses dans lesquelles la crainte d’avoir contracté la lèpre l’avait une fois jeté. Par charité, il avait pris comme secrétaire un lépreux, qui souffrait tellement qu’un jour, par espoir de soulagement, il lui arriva de se couper une phalange d'un doigt. M. d’Abbadie lui avait fait cadeau d’une de ses chemises. Or, un soir, celui-ci la déposa par mégarde dans la case, sur la pierre où était généralement placée la chemise de nuit de son maître. M. d’Abbadie, se couchant à tâtons, vu que dans ce pays tout mode d’éclairage fait défaut, prit la chemise et la revêtit, d’autant plus sûr que c’étaiL la sienne qu’elle portait le petit rabat, insigne des lettrés. Mais quelle ne fut pas sa stupeur, quand, au jour, il reconnut qu’il avait dormi dans la chemise du lépreux. 11 se voyait déjà atteint de l’horrible maladie et dans l’impossibilité de retourner en Europe. Il s’était heureusement alarmé trop vite : « Je passai une rivière à la nage, disait-il en concluant, j'entrai dans une contrée où la lèpre est presque inconnue, et j’oubliai mes vaines terreurs. »
11 connut encore d’autres soucis. Les guerres civiles, qui vers 1840 sévissaient en Ethiopie, l’obligèrent souvent à des arrêts prolongés, à d’immenses détours. Les populations ne lui étaient pas toujours favorables. Dans le Djimma, il dut rester caché des semaines dans une hutte isolée au milieu des bois, car un explorateur anglais avait tué un notable Djimma, et les habitants, par représailles, avaient juré la mort de tout voyageur blanc.
D’Abbadie triompha de toutes ces difficultés et de bien d’autres par la patience, la persévérance et la résolution.
A aucune époque de sa vie, il ne fut un homme pressé