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Pays des Gallas et des Çomalis

La partie de l’Afrique habitée par les Gallas et les Çomalis, et que les géographes allemands et anglais désignent sous le nom pittoresque de « Corne de l’Afrique », a été en ces dernières années sillonnée par de nombreux explorateurs.

La plupart, il est vrai, cèdent moins au désir de découvrir du nouveau, qu'à celui d’accomplir des prouesses cynégétiques. Rassasiés des succès laciles qui se remportent dans les plaines et dans les lorèts d’Europe, ils veulent goûter les émotions fortes, — très fortes même, puisque naguère le prince Ruspoli a été tué par un éléphant, — que la chasse au lion, a 1 éléphant et au rhinocéros procure à ses adeptes.

Ce goût s’est tellement développé, que le consul britannique sur la côte des Çomalis a jugé opportun de faire imprimer un « Règlement pour les chasseurs », Raies for sporlsmen in Somalilcind, qui donne des instruc-

Dehékain.

F.JBorremans. Gr. zj.ïL.St'Sulpice-

Caute 4. — Pays Galla et Somali.

PAYS DES GALLAS ET DES ÇOMALIS

tions sur la manière de se garder de jour et de nuit, délimite les régions où la chasse est autorisée et interdite, fixe le tarit d’exportation des animaux vivants, des peaux et des cornes, et se termine par la liste des guides recommandés.

L’espoir de pénétrer dans des cantons encore peu battus entraîne souvent ces chasseurs à une grande distance de la côte. Le prince roumain Demeter Ghika, parti de Berbera avec son fils en octobre 1895, a atteint Hergeisa, s’est avancé jusqu’au cinquième degré de latitude nord en suivant de plus ou moins près le Ouebi- Chebeli, et est revenu par le Milmil.

MM. Parkinson, G. Percy, V. Aylmer et Brander- Durbar ont, en 1896-97, fait une expédition à Cheik- Ivolub et Bur-Dap.

De juin à octobre 1897, l’Autrichien comte Édouard Wickenburg est allé par Bur-Dap et les oasis de Fafanjer jusqu’à Omen-en-Ogaden. Il est revenu par Hora Abdallah et Hergeisa.

Mais forcément ces chasseurs qui s'aventurent en i pays inconnu doivent se renseigner, étudier le terrain, mettre souvent la carabine en bandoulière pour consulter la boussole. Ils deviennent explorateurs sans le i vouloir, et la science trouve, en fin de compte, son profit dans ces expéditions dont le plaisir est le mobile principal.

C’est ainsi que le prince Ghika a rapporté des collections d’histoire naturelle, et un journal météorologique tenu avec régularité, qui contribuera à faire mieux connaître la climatologie du pays Çomali. Il a découvert une chaîne de montagnes, le Dchigo, dont il a nommé les sommets pic Carol et pic Élisabeth, en l'honneur des souverains de Roumanie.

M. Parkinson et ses amis ont fait deux excursions

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dans le pays, encore inconnu, qui s’étend au nord et au sud de Bur-Dap.

Les résultats du voyage du comte Wickenburg présentent encore plus d’intérêt.

Personne avant lui n’avait traversé le Dolbohanta pays sec, couvert ici d’herbe, là de buissons épineux très épais. Il a découvert les oasis d’Hodajo et de Fafanger, groupées autour de petits lacs qui ne tarissent presque jamais (carte 4).

Mais surtout, il a prouvé que la domination de l’empereur Ménélik s’étendait bien plus loin dans l’est qu’on ne le supposait. La limite peut en être approximativement fixée au Djerrer. Les tribus qui habitent à l’ouest de ce lleuve sont toutes soumises aux Éthiopiens. Ménélik exerce son pouvoir sans frais. Deux fois par ans des soldats éthiopiens viennent lever le tribut. Si les nomades se dérobent, un corps de troupe beaucoup plus fort est envoyé et exécute une razzia impitoyable. Ménélik exerce donc son autorité à G00 kilomètres à l’est d’Addis-Ababa, sa résidence habituelle.

Telles sont quelques-unes des notions nouvelles dont les géographes doivent remercier ces explorateurs improvisés. La vérité oblige cependant à ajouter que le plus important voyage accompli dans la « Corne de l’Afrique *, en ces dernières années, l’a été par un explorateur, qui n’était rien qu’un explorateur, et qui se souciait plus d’une description exacte ou d’un levé topographique précis que d’un beau coup de fusil.

L’Américain Donaldson Smith quitta Berbera au mois de juillet 1894. Il se rendit à Milmil, en Ogaden, puis à Sessabene, et entra dans le pays des Arussi-Galla, peuple dont l’étude avait à peine été entamée par Ragazzi (1886-87) et Boltegos (1892).

Dans cette contrée, M. Smith découvrit une petite

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ville musulmane isolée en pays païen. On la nomme Cheik-Hussein, du nom de son fondateur, venu de Bagdad, il y a deux siècles, pour convertir les Gallas au mahométisme. La tentative d’apostolat échoua, mais les descendants du Cheik Hussein ont fait de leur ville le principal centre commercial du pays.

M. Donaldson Smith voulait s’avancer vers l’ouest, traverser le Boudda et revoir la contrée que seul jusqu’à présent Léopold Traversi a explorée. Mais le gouverneur éthiopien s’opposant à ce voyage, il se dirigea vers le sud, atteignit Bari sur le Ouebi-Chebeli, et traversa la plaine sèche et fastidieuse qui s’étend jusqu’au Djuba, qu’il franchit également.

Continuant à s’avancer vers l’est, M. Smith découvrit un peuple, dont on ne savait encore presque rien, les Borans, Gallas qui habitent entre la rive droite du Djuba et le lac Stéphanie. Bien loin d’ètre partagés en tribus indépendantes, ils constituent un peuple uni. Ils ont une histoire et sont gouvernés par une dynastie héréditaire. Ils reçoivent quelques objets de fabrication européenne par l’intermédiaire des marchands Çomalis établis dans les villes de l’océan Indien, Magdichou et Merka. Ces Borans, qui paraissent les plus puissants de tous les Gallas, sont jusqu’à présent restés indépendants de l’autorité éthiopienne.

Enfin, M. Smilh compléta son voyage par l’exploration de la région lacustre qui s'étend au sud de l’Éthiopie. Non seulement il a revu les lacs Stéphanie et Rodolphe, sur les bords desquels aucun Européen ne s’était aventuré depuis von Hôhnel et Teleki (1888), mais, de plus, il a découvert, au nord du lac Stéphanie, un certain lac Abaya, d’une superficie de 400 kilomètres environ (carte 4).

Le géographe allemand Hassenstein, pour des raisons

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qui nous semblent concluantes, ne veut pas identifier ce lac Abaya avec le lac Abba, sur lequel, dès 1847, Antoine d’Abbadie avait recueilli des renseignements.

Le lac Abaya serait donc le plus méridional de cette série de lacs, qui, au dire des indigènes, se succèdent à la base du massif éthiopien : Zuai, Hogga, Lamina, Abba, et dont l’exploration reste à faire (carte 4).

Smith a encore apporté une importante contribution au problème géographique de l’Oumo. Cette rivière avait été découverte à l’est de Ivaffa par Antoine d’Abbadie, qui supposa même, mais à tort, avoir vu le cours supérieur du Nil Blanc. Pendant bien des années, cette rivière, ou plutôt ce tronçon de rivière figura sur les cartes, sans qu’on sût où le faire aboutir.

Certains géographes le considéraient comme la partie supérieure du Sobat, affluent du Nil Blanc, mais cette opinion rencontrait beaucoup de contradicteurs.

Presque simultanément, en 1888, Borelli, qui voyageait en Éthiopie, et von Ilohnel et Teleki d’autre part, apportèrent de nouveaux éléments à cette question. Borelli suivit l’Oumo jusqu’à 6° 50’ lat. N., et vit qu’il conservait la direction méridionale; de leur côté, von Ilohnel et Teleki découvrirent qu’une rivière, le Nianiam, se jette à l’extrémité septentrionale du lac Rodolphe. On émit immédiatement l’hypothèse que l'Oumo et le Nianiam ne forment qu’un seul et même cours d’eau.

Or, l’exploration de M. Smith apporte une confirmation nouvelle à cette opinion. Il a, en effet, suivi le Nianiam jusqu'à 200 kilomètres du lac Rodolphe, et constaté qu’il continuait à venir du nord.

Les points extrêmes atteints au sud par Borelli, au nord par Smith, sont encore distants de 200 kilomètres; néanmoins, il paraît de plus en plus vraisemblable que

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cet Oumo — objet de tant de discussions — aboutit bien au lac Rodolphe (carte 4).

On doit regretter qu’il n'ait pas été donné à M. Donaldson Smith de continuer son voyage vers l’ouest, et d’explorer la contrée encore inconnue qui s'étend jusqu’au Nil Blanc. Cependant, ce bref résumé de son voyage suffit à prouver combien il a contribué à accroître nos connaissances sur le pays Galla.

BIBLIOGRAPHIE

Paulitschke, Reise des Fiirsten Demeter Ghika Comenesti in Somalland, 1S93-96, Pelermann’s Geographische Mitteilungen, IS96, p. 245.

Ilassenstein, Dr A. Donaldson Smiths Expédition durch das Somal-und Gallaland zum Rudolf See, in den Jahren 1894 und 1895, Petermann's Geogr. Mitteil., 1897, p. 7.

Paulitschke, Reise des Grafen Edward Wickenburg im Somallande. June bis Oktober 1897. Petermann's Geogr. Mitteil., 1898, p. 49.

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J. Bayes Sadler, lieutenant-colonel, polilical agent and consul, Somali coast, Rules for sportsmen in Somali-land, 1 broch. in-4° de 4 p. Aden, february, 1898.

Septembre 1898.

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