Région des lacs sub-éthiopiens
ET DU SOBAT.
Les circonstances politiques ont, en ces derniers temps, favorisé particulièrement l’exploration du sud de l’Ethiopie. L’ambition manifestée par l’empereur Ménélik II de dominer d’une manière permanente la contrée située entre le 2° et le G0 latitude nord, nous a
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valu par contre-coup une quantité notable de connaissances nouvelles. 11 favorise, d’ailleurs, les explorateurs, lors même qu’il est intéressé d’une manière seulement indirecte à leurs travaux, et au capitaine anglais Wellby, qui s’inquiétait du moyen de reconnaître les bons procédés dont il était l’objet, il répondit : « Envoyez-moi tout simplement un double des cartes que vous dresserez pendant votre voyage 1 ».
Aussi, ne compte-t-on pas depuis trois ans moins de sept explorations dans la région sub-éthiopienne. La mission française de Bonchamps, partie d’Addis Ababa, a presque atteint le Nil Blanc; l’expédition russo-francoéthiopienne, commandée par le decljaz, comte de Leontieff, est parvenue à l’extrémité méridionale du lac Rodolphe. Le capitaine anglais S. Wellby (qui récemment a été tué au Transvaal) a contourné le lac Bodolphe au sud et regagné Omdourman par la branche méridionale du Sobat. Bevenant sur le terrain de ses anciens exploits, l’américain Donaldson Smith s’est avancé depuis le pays des Gallas Borans jusqu’au Nil, tandis que les Anglais Harrison et Whitehouse opéraient dans la même contrée. Enfin deux groupes d’officiers anglais, Maxse et Cappcr, Austin et Bright ont voyagé dans le bassin du Sobat. De ces explorations résulte une connaissance plus précise de la région lacustre sub-éthiopienne et surtout des notions très nouvelles sur le Sobat (carte 5).
Au sud du rebord du plateau abyssin s’égrène un chapelet de lacs qui portent les noms suivants : Zuai, Hora, Lamina, Abai, Abaya, Stéphanie et Bodolphe. Il
1. Toutefois, en 1897, Ménélik, probablement froissé de l’indifférence avec laquelle la cour de Vienne avait reçu ses messages, défendit expressément à l’explorateur autrichien, comte Edouard Wickenburg, de venir à Addis Ababa.
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cet Ororetcha etl’Abai, il place un lac Oulamo, inconnu de Wellby. Nous nous rallions plus volontiers à l’opinion de Wellby qu'à celle de Leontieff, pour la raison que ce dernier a suivi un itinéraire très éloigné dans l’ouest de la région lacustre, tandis que le premier est
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passé assez près des lacs pour dessiner avec une certaine précision la rive occidentale de chacun d’eux.
Tous ces lacs sont surpassés en étendue par le Rodolphe, ainsi nommé en 1888 par les explorateurs Teleki et von Hohnel en l’honneur de l’archiduc, alors héritier présomptif des couronnes d’Autriche, de Hongrie et de Bohème. Il s’y élève, de même que sur le Tanganika et sur le Victoria, des tempêtes aussi violentes que sur l’Océan. Ses rives, plates au nord, sont dominées au sud par des falaises, contre lesquelles la vague vient déferler. Elles sont peu découpées. Cependant l’extrémité nord-ouest est partagée entre deux golfes, au plus occidental desquels Leontieff a donné le nom de Taïtou, en l'honneur de l’impératrice d’Éthiopie. Le Rodolphe ne reçoit, ni à l’ouest ni à l’est, de rivières permanentes; il paraît alimenté seulement par l’Omo, ce grand fleuve dont les sources plongent dans les montagnes situées au nord du Kaffa.
Le résultat le plus appréciable des explorations dans la région sub-éthiopienne consiste à nous bien faire connaître la géographie du Sobat, le seul grand affluent que le Nil Blanc reçoive sur sa rive droite. Dès 1840, cette rivière avait été découverte par la première expédition envoyée sur le Nil Blanc par Mehemet Ali, et pendant quarante ans, bien des voyageurs en ont remonté le cours inférieur. Toutefois, lors de la fermeture du Soudan, on ne s’était point avancé au delà du poste égyptien de Nasser.
Nous savons désormais que le Sobat est formé par deux rivières, dont l’une, le Baro, vient de l'est, et l’autre, le Pibor ou Adjoubba, du sud.
Le Baro prend sa source entre les chaînes du Saye et du Kaffa, à 2 000 mètres d’altitude. 11 a d’abord un régime torrentiel; « entre le plateau de Bouré, rive
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droite, et celui de Salé, rive gauche, il se faufile dans un véritable canon ». 11 prend ensuite l’allure calme des fleuves de plaine; à 45 kilomètres de la falaise de Bouré, il devient navigable pendant huit mois de l'année pour des vapeurs calant de 1 mètre à 1 m. 20. Il reçoit à droite un grand affluent, le Birbir, qui sort à 2 000 mètres d’altitude des monts Ouallaga (carte 5).
Le cours de la seconde rivière qui constitue le Sobat est moins bien établi que celui du Baro. M. Ch. Michel, qui a exposé les résultats géographiques de la mission de Bonchamps, le nomme Adjoubba, place ses sources par le 6° de latitude nord, dans le versant ouest des monts du Kaffa et lui donne un affluent, l’Adjouarrou. Mais le capitaine Wellby de son côté a découvert, au sud du 4° de latitude nord, les sources d’une rivière, qu’il nomme le Rouzi, et qui paraît être l’Adjouarrou de l’expédition de Bonchamps. Bref, il est certain que l’ Adjoubba, comme le Sobat lui-même, est formé par deux grandes rivières (carte 5).
Ces notions nouvelles sur le Sobat ont une importance non seulement géographique, mais économique. La vallée du Baro forme une voie de communication entre les provinces occidentales de l’Éthiopie et le Soudan égyptien. Les missions de Bonchamps, Marchand, Austin-Bright l’ont récemment suivie. D’autre part, Wellby a découvert une voie entre Fachoda et le lac Victoria. Le colonel Watson l'a très justement fait remarquer à la Société de Géographie de Londres pendant la discussion provoquée par le mémoire du capitaine Wellby. Le Nil Blanc est un admirable chemin navigable entre Khartoum et le Sobat. Mais en amont, sa valeur diminue considérablement. Son chenal est incertain et souvent bouché par les herbes flottantes. On peut donc dès maintenant examiner la possibilité de
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l’établissement d’une voie de communication entre le Soudan égyptien et l’Ouganda par la vallée du Sobat et du Rouzi ou Adjouarrou.
Novembre 1900.
L’exploration du Soudan égyptien, si brillamment conduite, pendant le deuxième et le troisième quart du xixc siècle, avait été arrêtée tout net par le soulèvement du Mahdi. Mais, depuis le renversement du régime qu’il avait institué, conséquence de la victoire remportée le 2 octobre 1898 par les troupes anglo-égyptiennes à Omdourman, les Européens peuvent derechef voyager en sécurité. Il paraît donc probable que les notions déjà abondantes que l’on possédait sur la région du Haut Nil vont encore s’accroître notablement.
Un officier appartenant au corps des Royal Engineers , le major Gwynn, a, en 1900, exploré la frontière soudanoétbiopienne. Il a remonté le Nil Bleu jusqu’à Famaka, traversé le Fazoql du nord au sud, et longé le pied de la falaise éthiopienne. Par la trouée du Yabous il s’est élevé de la falaise nilotique jusque sur le plateau éthiopien, et s’est avancé au sud jusqu’au Jokau, affluent de droite du Baro (carte 6).
Le choix du terrain était heureux, les explorateurs s’étant jusqu’à ce jour écartés de la contrée qui s’étend entre les deux Nils. Nous ne possédions guère, jusqu’à présent, que les renseignements recueillis par Cailliaud en 1821 et par J. M. Schuver en 1881. On peut supposer que la géographie bénéficiera des relations suivies que le Gouvernement du Soudan égyptien paraît désireux d’entretenir avec l’Éthiopie. Le major Gwynn n’a encore
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Carte 6. — Falaise occidentale du plateau éthiopien
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publié que l’itinéraire graphique de son voyage et quelques photographies prises en cours de route. De ces maigres documents, on peut cependant conclure que la falaise éthiopienne se prolonge du nord au sud, du Fazoql au marché Galla de Gidami, de 10°30 à 9° lat. nord, soit sur 160 kilomètres de long. Deux membres de la mission de Bonchamps, MM. Maurice Potter et Faivre, ayant jadis exploré la partie de cette même falaise située entre le Baro et l’Adjoubba, il ne reste plus à en reconnaître que la courte section qui s’étend entre Gidami et le Baro. Du Fazoql jusqu’au Yabous, le major Gwynn a découvert sept cours d’eau; il a aussi exploré le système du haut Yabous.
Entre le Yabous et le Jokau il existe à l’extrémité occidentale du plateau éthiopien et à proximité de la plaine une localité où les populations nilotiques et les montagnards entrent en contact. C’est un marché. M. Gwynn confirme les renseignements précédemment rapportés par M. Charles Michel; ils diffèrent seulement sur l’onomastique : tandis que le second avait appelé cette localité Gidami, le premier la nomme Goum babi.
Janvier 1902.
BIBLIOGRAPHIE
C. de Bonchamps, Une mission vers le Nil blanc, Bulletin de la Société de Géographie de Paris, 1898, p. 404.
Charles Michel, Résultats géographiques de la mission de Bonchamps, La Géographie, 15 juillet 1900, p. 2a.
Charles Michel, Vers Fachoda à la rencontre de la mission Marchand à travers l'Éthiopie, 1 vol. in-8°, Paris, Plon-Nourrit et Cle, s. d. [1900].
Charles Michel, Mission de Bonchamps de Djibouti au Nil blanc. Itinéraire en 14 feuilles au 1/200 000, 1 atlas in-4°, Paris, Henry Barrière, s. d. [1900].
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Comte de LeontiefT, Exploration des provinces équatoriales d’Abyssinie, La Géographie, la août 1900, p. 103.
Captain M. S. AVellby, Ring Menelek’s Dominions and the J country between Lake Gallop (Rudolph) and the Nile Valley, Geographical Journal, septembre 1900, p. 292.
Major H. -H. Austin, Survey of the Sobat région, Geographical Journal, mai 1901, p. 493.