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LA COLONISATION ITALIENNE DANS L’ÉRYTHRÉE

Le Dr Georges Schweinfurth est un explorateur infatigable, son ardeur semble défier les atteintes de l’âge. Voici tantôt vingt-sept ans qu’il accomplissait dans l’Afrique équatoriale ce voyage, dont les résultats illustrèrent immédiatement son nom. Il découvrait alors cette Ouellé, qui forme, nous le savons maintenant, le cours supérieur de l’Oubangui, le grand affluent de droite du Congo, mais sur les destinées de laquelle, vingt ans durant, les géographes devaient épiloguer. Le premier aussi, il révélait l’existence de ces singulières galeries de bois, de ces rubans de forêt vierge qui accompagnent les cours d’eau et dessinent sur le sol un immense échiquier irrégulier, dont les cases sont couvertes de grandes herbes.

A beaucoup d'autres, cette gloire aurait suffi; mais pour lui, c’était le premier pas de sa course. Il voyage en Arabie; il séjourne ensuite dans l’île de Socotora, qui est encore très mal connue, bien que située dans le golfe d’Aden et sur la grande route de l’Inde. Présentement, c’est surtout l’Abyssinie qui l’attire.

La manière de vivre du Dr Schweinfurth trahit ses

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habitudes d’instabilité. Entre ses voyages, il habite au Caire une petite maison, retirée dans le quartier lointain de Kasr el-Ain, et voisine des beaux jardins d’Ibrahim Pacha, aux portes desquels veillent des cawass immobiles et silencieux. Une extrême simplicité règne à l’intérieur de la maison : peu de meubles, mais beaucoup de cartes, des échantillons de roches, des plantes séchées; on a l'impression d’être sous la tente d’un explorateur nomade, non dans l’installation confortable d’un sédentaire.

C’est dans la colonie italienne de l’Érythrée qu’il a accompli son dernier voyage.

De Massaoua, sur la mer Rouge, il a gravi les pentes du massif éthiopien, et est arrivé à Keren. Ensuite il a traversé le Dembelas et a gagné Godofelassi. Il est revenu à Massaoua par Halai et la vallée de l’Haddas.

Son voyage a duré du 29 janvier au 23 mai 1894. Il a eu l’occasion de faire d’intéressantes observations géographiques, notamment dans le Dembelas, cette région située entre les rivières Barca et Mareb, et que nous connaissions encore très mal (carte 7).

Toutefois le grand intérêt du mémoire 1 du Dr Schwein" furth réside moins dans des remarques de ce genre que dans ses opinions aussi originales qu’inattendues sur l’œuvre des Italiens en Erythrée.

Rarement entreprise coloniale a été aussi sévèrement jugée par l’opinion publique européenne.

On tient généralement aux Italiens ce langage : « Vos finances sont dans un état si précaire, qu’il se révèle au moins observateur des touristes par quantité de signes extérieurs : absence de l’or, rareté de l’argent,

1. G. Schweinfurth, Ueber eine lelzte Reise mit Dr Max Schœller in der italienischen Erythræa, VerhandLungen der Gesellsckaft füv Erdkwnde zu Berlin, IS94, p. 379-430.

ÉTHIOPIE

abus de la monnaie de billon et de papier. Cependant, en Italie même , d’importants travaux s’imposent. La Sicile attend toujours qu’on secoure sa détresse. L'agro romano inculte continue à être un foyer de germes fiévreux pour la Ville éternelle. Pourquoi dissiper en d’aventureuses entreprises extérieures vos ressources, alors qu’il pourrait en être fait chez vous-mêmes un si judicieux emploi? »

On ajoute encore : « Si des ambitions coloniales vous tourmentent, s’il vous en coûte d’entendre le hallali de l’Afrique barbare que sonnent les fanfares de toutes les puissances européennes, sans happer quelque morceau dans la curée, pourquoi vous établir à Massaoua, précisément l’un des points les plus chauds des rivages torrides de la mer Rouge? Pourquoi surtout tenter l’escalade de ce plateau abyssin, dont les rampes d’accès sont gardées par des défenseurs non moins aguerris que nombreux? »

LeD1' Schweinfurth ne partage pas ces opinions pessimistes. Il est revenu de son voyage en Érythrée fort satisfait de l’œuvre déjà accomplie, et confiant dans l’avenir.

Ses sentiments optimistes perçaient dans les conversations que cet hiver même, nous eûmes l’honneur d’avoir au Caire avec le célèbre explorateur. Ils se dégagent encore plus nettement de la lecture de son mémoire.

Massaoua est une véritable ville dans laquelle on a déjà fait d’importants travaux : un quai a été construit ; de beaux bâtiments administratifs, que Schweinfurth qualifie même de « palais » ( Regierungspalæste ), ont été élevés; un aqueduc amène l’eau potable de la montagne.

Une voie ferrée « en très bon état », longue de 27 kilomètres, conduit de Massaoua à Saati.

Le réseau routier se développe, et on a déjà ouvert : 1° la route de Ginda à Asmara, qui franchit un col à une altitude de 1 500 mètres;

Dehéhain. — Études sur l'Afrique.

Cautk 7. — Éthiopie orientale.

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