MEH ROUGE
'Af-Abedi
;CddeMtt5cialit^
\ -■ =garê. ^
° Uaséntet
Keren'
Zad Amba
Obok
Arbascic<5^
Amideâ?
fP te
Addi-Fanni
C Mu mat
fsaerefChelai
■CkuilaA
MÏGundet
JVei ri*Z
Az-Darc)
En^|ciol,
ColdeX>^
Axoum
Échelle.
60KLL
LA COLONISATION DE l’ÉRYTHRÉE. 137
2° La route d’Asmara à Keren par Az Teclesan, d’une longueur de 20 kilomètres;
3° La route de Keren à la vallée du Borkou, permettant de surveiller les voies d’accès du Soudan;
4° Enfin, la grande route de Saati à Keren, qui traverse la colonie de part en part (carte 7).
Cette tendance des Italiens à ouvrir des voies de communication est remarquable. Ils imitent leurs grands ancêtres, les Romains, qui traçaient des chemins d’abord qu’ils s’emparaient d’un pays, et qui ont couvert le monde méditerranéen de ce réseau routier dont les vestiges apparaissent de toutes parts sous les coups de pioche de nos archéologues.
La sécurité est complète. Schweinfurth et ses compagnons ont traversé le pays de Dembelas sans escorte militaire, et armés seulement de leurs fusils de chasse. Il y a quelques années, c’eût été commettre une grave imprudence : les brigands et les Mahdistes faisaient de constantes incursions dans ces districts orientaux de la colonie, et l’on y vivait toujours sur le pied de guerre. Les villages étaient accrochés très haut, sur le flanc des montagnes, et l’on y accédait seulement par des sentiers à se rompre le cou.
Dans une région opposée, sur les pentes orientales du plateau, les pillards Assaortas tenaient constamment le pays en alarme, étendant leurs rapines jusqu’aux portes mêmes de Massaoua. On les a mis à la raison et ils servent maintenant dans l’armée italienne en qualité d’auxiliaires.
Un tel état de sécurité est si apprécié des populations qu’elles ne font point difficulté de payer des impôts pour le conserver. Le chef du village d’Adi Tchondoq, dans le Dembelas, montra avec fierté à Schweinfurth la quittance des impositions de son village, se montant à
ETHIOPIE
quarante-trois francs. Il considérait cette feuille de papier comme un talisman contre les attaques des brigands.
Des tribunaux ont été établis à Asmara et à Keren. Ils sont présidés par le commandant militaire de la province, assisté de notables indigènes. Ils jugent d’après la coutume du pays, et, bien loin de fuir leur juridiction, les populations la recherchent.
Cette bonne renommée du gouvernement italien s’est étendue au loin. Elle a contribué à la grave résolution prise par les tribus nomades des environs de Kassala : Hadendoas, llallenqas, Beni-Amer; jusqu’alors attachées aux Mahdistes, elles ont déserté les drapeaux du khalife Abdullah pour se ranger sous ceux du roi Humbert.
Le D1 Schweinfurth estime que l’Érythrée ne sera pas pour les finances italiennes une cause permanente de déficit. Quand la paix sera solidement établie avec le négus d’Abyssinie, les impôts levés sur les populations nomades et sédentaires, les produits des douanes perçus sur les caravanes petites, mais nombreuses, qui arrivent à Ma.ssaoua, seront capables de couvrir les frais d'administration.
L’Érythrée ne sera jamais une colonie de grand peuplement. Les surfaces cultivables ne sont pas considérables, et les indigènes ne sont pas d’un caractère à se laisser aisément exproprier. Toutefois des Italiens en nombre restreint, répartis en petites colonies, ici et là, vivront et prospéreront, car l’air salubre des hauteurs africaines développe l’énergie des Européens. Bref la possession de l’Érythrée ne sera pas pour l’Italie une affaire économique aussi mauvaise qu’on se plaît à le répéter en Europe.
Juillet 1896.