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Carte 8. — Afrique orientale allemande.
nait « un peu d’eau couleur d’argile dans un lit profond et large ». Dans le second, « il inondait ses rives et était difficile à passer ». Les marais, tronçons de fleuves séparés les uns des autres et comme égrenés pendant la saison sèche, s’unissent et se transforment en véritables cours d’eau. De l’eau coule dans les gouttières habituellement desséchées.
Les lacs qu’alimentent quelques-unes de ces rivières subissent des fluctuations analogues. Lors de la sécheresse, l’Eiassi et le Manyara baissent considérablement. Réciproquement l’Eiassi inonde de grandes surfaces à l’époque des pluies.
La composition des roches formant le plateau a vraisemblablement une influence marquée sur ce régime. Ce n’est pas la règle dans les régions tropicales : l’hydrographie y est souvent indépendante de la géologie. Les plantes vivantes, les détritus de végétaux accumulés, forment une véritable couverture. Sous cette masse spongieuse qui arrête l’eau, il importe peu que les roches soient ou non perméables. Mais le plateau Massaï-Ounyamouési est, sinon complètement dénudé, au moins couvert d’une végétation assez maigre. Sur les parties élevées s’étendent de grasses prairies, et môme, par places, des lambeaux de forêts tropicales. Mais, généralement, c’est une végétation de steppe qui domine, caractérisée par des acacias à l’est et des cæsalpiniacées à l’ouest. Ici donc, la nature minéralogique du sol n’est pas indifférente.
Or le plateau Massaï-Ounyamouési est composé surtout de roches imperméables. L’eau tombe, coule vers les dépressions, s’accumule dans les cuvettes : une très petite quantité s’infiltre dans le sous-sol, et les sources sont de faible débit. Les voyageurs souffrent de leur absence : « Pendant la sécheresse, dit Baumann, l’Ounya-
mouési n'est guère plus facile à traverser que la steppe Massai. Les sources donnent de l’eau mauvaise et en petite quantité. Dans les solitudes qui s’étendent entre les villages, il faut souvent, au campement, se passer d’eau ». Rien ne vient donc atténuer pendant la saison sèche les terribles effets de l’évaporation. Ainsi s’expliquent les écarts de niveau que subissent rivières et lacs aux différentes époques de l’année.
III. — La partie de l’Afrique orientale allemande située entre la rive occidentale du lac Victoria d’une part, l’extrémité nord du Tanganika, et le lac Kivou d’autre part, est de beaucoup la moins bien connue. Les renseignements recueillis sur l’orographie et le climat de cette contrée sont peu nombreux et contradictoires. On sait cependant qu’elle est traversée par une grande rivière, la Kagéra, qui doit retenir l’attention, à cause de certaines particularités de son régime et de son rôle dans l'hydrographie générale de l’Afrique.
Les affluents de la Kagéra offrent un caractère singulier, ils forment un type hydrographique intermédiaire entre l’eau courante et le lac; ce sont, si l’on peut dire, des rivières-marais. Chaque vallée se compose d’une succession de gradins; chaque bief est occupé par un marais couvert de papyrus et séparé du précédent et du suivant par une ou plusieurs marches. L’eau suinte lentement au travers du réseau végétal, arrive au rapide, le franchit avec fracas, puis continue à s’écouler lentement dans le marais inférieur. Celte forme hydrographique paraît commune à tout le plateau « d’entre-lacs ».
La Kagéra offre encore un autre intérêt. Elle représente le Nil sous sa forme primitive. Le Nil Blanc résulte de la conjonction de trois groupes de cours d’eau : le premier formé par les rivières qui se jettent dans le lac Victoria, le second de celles qui aboutissent au lac
! Albert et dont la Semliki est de beaucoup la principale, le troisième de celles qui se réunissent dans le Bahr-el- Ghasal.
Or, la source d’aucun de ces cours d’eau n’est aussi éloignée de la Méditerranée que celle de la Ivagéra. La source du Nil se confond donc avec la sienne.
Le 19 septembre 1892, Baumann a vu le confluent de deux petits ruisseaux dont la réunion forme la Kagéra. La montagne, haute de près de 3 000 mètres, où ils prennent naissance, porte le nom de Misosi ya Mouesi, ce qui signifie Monts de la Lune. Le Nil viendrait donc bien
(des monts de la Lune. Il serait piquant que les exploraï tions modernes aient ainsi parfaitement confirmé une des hypothèses des anciens géographes.
Il ne faudrait cependant pas exagérer l’importance de cette découverte. Elle n’est pas comparable à celle de Speke. Baumann n’a pas donné la solution d’un grand | problème géographique, comme le fit Speke en 1860. Néanmoins, il est intéressant de connaître le point initial de cet immense fleuve qui se développe sur une longueur de 33 degrés et sous les formes les plus j variées : rivière marécageuse d’abord, puis fleuve tor- J rentiel dans une partie de l’ancienne province équàtoi ; riale, fleuve de plaine ensuite, et, enfin, pendant sa : traversée du désert, grandiose oued saharienne dans laquelle se mirent les bouquets de palmiers L
Juillet 1895.
■J 1. 11 a depuis été reconnu que Baumann n’avait pas découvert e| la source de la Kagéra.
OSCAR BAUMANN (18G4-1899)
II y a des hommes qui ne donnent pas, avant la matu ri té, la mesure de leur valeur. Ils grandissent lentement et forcent peu à peu l’estime de ceux qui longtemps ne les avaient que médiocrement considérés. Il en est d’autres, au contraire, qui, à peine sortis de l’adolescence, se signalent par des actions d’éclat, et sont déjà célèbres à l’heure même où d’ordinaire la plupart cherchent encore à distinguer leur voie parmi les sentiers de- la vie, multiples et entre-croisés.
L’explorateur Oscar Baumann, qui est mort à Vienne, le 12 octobre 1899, appartenait à la catégorie des précoces. Il était né dans la même ville, le 25 juin 1864; depuis un an, il avait cessé de travailler, par raison de santé; il a donc terminé sa carrière à trente-quatre ans. Il a cependant eu le temps d’accomplir en Afrique quatre grands voyages, qui tous ont fait progresser la connaissance de ce continent.
Docteur en philosophie, élève de l’Institut géographique militaire de Vienne, Baumann accompagna Oscar Lenz en 1885, quand celui-ci entreprit la traversée de l’Afrique, de l’embouchure du Congo à celle du Zambèze. Il releva avec beaucoup d’exactitude les rives
OSCAR BAUMANN.
du Congo depuis les cataractes du bas fleuve jusqu’aux Stanley-Falls. Tombé malade et contraint d’abandonner son chef, il alla se rétablir à Fernando Po, et, à son retour en Europe, composa une excellente monographie de cette île, actuellement dernier débris de l’immense empire colonial de Charles-Quint et de Philippe II.
Dorénavant, l’Afrique orientale devient le terrain d’action de Baumann. En 1887, à Leipzig, il fait la connaissance de Hans Meyer, récemment revenu du Kilima Ndjaro, et accepte de l’accompagner dans un nouveau voyage. Le succès en paraissait certain : tous deux étaient des « africanistes » expérimentés et instruits. Hans Meyer savait aussi bien se servir de la chambre noire que Baumann du sextant : ni l’équipement, ni l’approvisionnement ne laissaient rien à désirer; mais ils arrivèrent dans un pays en pleine insurrection, furent retenus prisonniers par le chef arabe Boudchin, et ne purent recouvrer la liberté que moyennant une forte rançon. Baumann réussit cependant à sauver du désastre le relevé cartographique de la région située entre l’Umba et le Pangani.
Il compléta ses observations dans un second voyage et rapporta en 1890 une carte de l’Usambara au 300 000e, accompagnée de cartes de détail relatives à la géologie, à la végétation, et à l’ethnographie de la région traversée.
En 1891, Baumann partit pour le grand voyage qui restera son principal titre de gloire. Il traversa la steppe des Massais, pasteurs pillards, qui avaient jusqu’alors inspiré beaucoup de crainte aux explorateurs européens; mais la peste bovine et la famine avaient alors réduit les Massais à la misère, et Baumann traversa leur pays sans être inquiété. Coupée de failles, parsemée de petits lacs, tels que l'Eiassi et le Manyara,
giboyeuse, très chaude le jour, et très froide la nuit, au demeurant d’une très minime valeur économique, voilà comment Baumann caractérise cette région. Ayant atteint la rive orientale du lac Victoria, il pouvait s’en tenir strictement aux instructions de son mandataire, la Société anti-esclavagiste allemande, et considérer sa ! mission comme terminée; mais il était attiré par les pays situés entre Victoria et Tanganika : Ruanda, Urundi, Uha, à peine entrevus par ses prédécesseurs. Il remonta l’étrange vallée en paliers de la Kagéra, le plus grand tributaire du lac Victoria et première forme du Nil; il crut même, mais à tort d’ailleurs, avoir découvert la source la plus lointaine de la Kagéra et, par conséquent, celle du Nil.
Nommé en 1896 consul général d’Autriche à Zanzibar, il publia trois monographies : l’une sur Zanzibar, l’autre sur l’île Mafia, la troisième sur l’île Pemba.
Ses longs séjours à la côte, ses voyages avaient fait de Baumann l’Européen le plus populaire de l’Afrique orientale. Quand, en 1891, il organisa son expédition, au lieu de confier à un recruteur indou l’enrôlement de ses porteurs et de ses soldats, comme c’est l’habitude des explorateurs, il entreprit de constituer lui-même son personnel. Non seulement il groupa aisément autour de lui une troupe de choix, mais encore il se vit rejoint en route par des individus qui avaient abandonné leur métier pour le suivre.
Parlant couramment le souahéli, la langue universelle de l’Afrique Orientale, il se plaisait dans la société des nègres et se passa, deux ans, de tout compagnon européen, sans en éprouver d'ennui. On sent dans ses livres une grande commisération pour la pauvre bète de somme africaine, le porteur noir, robuste et simple, dupé par le marchand indou de Zanzibar, retors et
OSCAR BAUMANN.
malhonnête, qui l’exploite et sait s’y prendre pour ne pas le payer.
Mais, chez Baumann, la pitié n’excluait pas l’énergie. Sa caravane avançait militairement au pas accéléré; ce n’était pas un troupeau qui se traînait sur le sentier. Un jour, sur la rive du lac Victoria, un chef indigène prétend toucher. un droit de péage : Baumann le prend de très haut, se pose en souverain, et, bien loin de payer, riposte en exigeant un tribut.
Homme d’action avant tout, il aimait cependant aussi à écrire et à dresser des cartes. Outre ses livres, il laisse quantité d’articles de revues et de journaux. Il avait dans la forme un tour humoristique fort agréable. Un jour, arrivant au milieu d’une population qui n’avait jamais vu de blancs, il comptait bien exciter la curiosité; mais il y avait un chameau dans la caravane : tout le succès alla à lui. Baumann se montra un peu vexé et jugea que ses nouveaux amis avaient bien mauvais goût.
Il publia en 1898, dans les Petermann s Geographische Mitteilungen un article ayant pour titre : Der neueste Afrika Duchquerer , « le dernier voyageur transafricain ». On supposait qu’il s’agissait d’un nouvel émule de Livingstone ou de Stanley; mais ce dernier voyageur était un humble insecte, parasite de l’homme, la chique ou pulex peneirans , qui se loge sous la peau, de préférence dans la plante des pieds, et y détermine de gros abcès. Sous ce titre humoristique Baumann suivait les étapes de la chique, qui de la côte de l’Angola, où elle avait été apportée probablement en 1872 par un navire du Brésil, avait atteint l’île de Zanzibar.
Oscar Baumann était l’un des hommes les plus remarquables du petit groupe d’Autrichiens qui ont, depuis vingt ans, apporté leur contribution à l’histoire et à la
géographie de l’Afrique. Sa jeunesse permettait d’attendre encore de lui une longue suite de travaux, et sa disparition prématurée est éminemment regrettable.
BIBLIOGRAPHIE
Ouvrages principaux d’Oscar Baumann.
Eine afrikanische Tropen-Insel. Fernanclo-Poo und die Bube, 1 vol. in-S°, Vienne, 1888.
In Deutsch-Ost- Afrika wahrend des Au/'standes, 1 vol. in-8°, Vienne, 1890.
Usambara und seine Nachbcirgebiete, 1 vol. in-8°, Berlin, 1891.
Durch Massailand zur Nilquelle, 1 vol. in-4°, Berlin, 1894.
Die kartographischen Ergebnisse der Massai Expédition des deutschen Antisklaverei Comités, Petermann’s Geographische Mitteilungen Ergiinzungsheft , n° 111, in-4°, Gotha, 1894.
Der Zansibar Archipel. 1, Die Insel Mafia, 1896. — 2, Die Insel Zanzibar und ihre kleineren Nachbarinseln, 1897. — 3, Die Insel Pemba und ihre kleineren Nachbarinseln, 1899. Wissenschaftliche Veroffentlichungen des Vereins fur Erdkunde zu Leipzig, in-8°, Leipzig.
Novembre 1899.