Ascension de Moore
Le haut massif qui s’élève entre les lacs Albert- Edouard et Albert, le Rouwenzori, continue à solliciter l’attention des explorateurs. Ils les préoccupera longtemps encore, car l’existence de champs de neige et de glaciers sous l’équateur, de phénomènes propres aux régions froides du globe dans la zone torride, constitue un contraste dont on ne cessera de s’émerveiller. Les « Montagnes de la Lune » sont encore bien plus extraordinaires que Ptolémée et les géographes arabes du Moyen Age ne se les figuraient. La réalité l’emporte de beaucoup sur les données de l’imagination. Quand le chemin de fer de Mombasa à Port-Florence sur le lac Victoria sera achevé, ce qui ne tardera pas; quand ce lac lui-même sera traversé par des lignes régulières de vapeurs, de Port-Florence à l’Ouganda, ce qui ne tardera pas davantage, le Rouwenzori, qui n’est pas situé à plus de 300 ou 400 kilomètres à l’ouest de l’Ouganda, deviendra un lieu d’excursions fréquenté; gageons que d’ici quinze à vingt ans son ascension sera devenue un exploit habituel des alpinistes européens, disposant de longs loisirs et munis de ressources pécuniaires quelque peu abondantes.
On « fera » le Rouwenzori, comme on « fait » le Rothhorn ou le Cervin.
C’est à préparer ces voies que les explorateurs travaillent présentement. Après Stanley, qui découvrit le Rouwenzori en 1888, après Stairs, Stuhlmann et Scott Elliot, voici M. Moore qui vient, en 1900, d’en tenter l’ascension. A vrai dire, M. J. E. S. Moore était parti en Afrique pour explorer, non une montagne, mais un lac, non le Rouwenzori, mais le Tanganika, sous les
auspices d’un Tanganika Exploration Committee, organisé par le professeur Ray Lankester. Mais, ayant rencontré de la part des fonctionnaires de l’Afrique orientale allemande des facilités peu communes pour explorer le lac Kivou et le Rouwenzori, il jugea opportun d’en profiter
Moore aborda le Rouwenzori, non du côté occidental, comme Stairs et Stuhlmann, mais par l'est. Des vallées qui descendent vers le lac Ruisamba, prolongement septentrional du lac Albert-Édouard, l’une, celle du Mobouko, a un long développement, et Moore pénétra dans le massif en suivant ce chemin tout tracé. Voici comment le Rouwenzori lui est apparu dans son ensemble : couvrant du nord au sud un espace de 110 à 130 kilomètres, il est constitué par trois massifs plus ou moins nettement séparés l’un de l’autre. Le massif central, Ingomouimbi, paraît être le plus élevé; quatre de ses sommets au moins sont couverts de neige. Il est limité au nord et au sud par des vallées au delà desquelles se dressent le massif septentrional, dont les sommets portent les noms de Kraepelin, Saddle, Kauyangugoué, et le massif méridional, nommé Mœbius. Entre ces trois massifs, deux cols permettraient, au dire des indigènes, de passer du versant est sur le versant ouest, par conséquent du lac Ruisamba dans la vallée de la Semliki. Moore affirme l'existence de glaciers, ce que Stuhlmann n’avait pas osé avancer.
Quant à l’altitude il estime qu’il serait hasardeux, dans l’état actuel des connaissances, d’essayer de la préciser.
Moore a éprouvé pendant son ascension un très mauvais temps, des pluies continues et des tempêtes de neige. Les termes « torrents of rain », « deluge of rain »
1. J. E. S. Moore : Tanganika and tlie country nortli of it, Geographical Journal , 1901, p. 1-37.
LE ROUWENZORI.
reviennent fréquemment sous sa plume, de même que Stuhlmann parlait de « tæglich herabstrœmenden Regen ».
D’après Stuhlmann, les Wakondjos qui habitent la vallée de la Semliki nommeraient la montagne non le Rouwenzori, mais le Rounssoro, c’est-à-dire le « gardien de la pluie », forme toponymique heureusement inspirée par un caractère physique dominant.
Janvier 1902.
CIIARLES-HENRY STORES