‹ Études sur l'AfriqueChapitre 40 sur 48 · EX-MISSIONNAIRE ET TRAITANT D’IVOIRE · texte numérisé non relu

EX-MISSIONNAIRE ET TRAITANT D’IVOIRE

Des nouvelles récemment arrivées du Congo en Europe ont fait connaître l’exécution d’un sujet britannique nommé Charles-Henry Stokes, traitant d’ivoire dans l’Afrique équatoriale. Accusé de vendre des armes et de la poudre à ces chefs arabes, auxquels les Belges de l’État Indépendant font depuis trois ans une guerre sans merci, Stokes fut arrêté sur 1 ordre de M. Lothaire, commissaire général du district de l’Arouhimi, traduit le 14 janvier 1895 devant le conseil de guerre de la zone arabe, siégeant au poste de Lindi1, et condamné a mort; le lendemain il fut pendu.

Cette exécution a suscité en Angleterre une vive émotion; on la qualifie « d’assassinat », et cette affaire menace de troubler cette union anglo-congolaise qui s’était naguère manifestée à la face du monde par le traité du J2 mai 1894.

Dépourvu de scrupules sans aucun doute, mais courageux, énergique, habile, ce Charles-llenry Stokes avait réussi, depuis quinze ans qu’il vivait dans l’Afrique

1. Le poste de Lindi est situé sur le haut cours de la rivière du même nom, qui est un affluent de droite du Congo.

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orientale, à s’y faire une situation importante et à y devenir une manière de personnage.

Il était originaire d’Irlande, et, pendant la première période de sa vie, avait été missionnaire. La Church missionnary Society, à laquelle il appartenait, l’avait envoyé en Ouganda à l’époque où les Anglais commençaient à avoir des vues politiques sur ce pays.

On sait que pendant son séjour dans l’Ouganda, en 1875, prélude de sa célèbre et vertigineuse descente du Congo, Stanley avait adressé à l’opinion publique anglaise un chaleureux appel en faveur de ce pays, encore presque entièrement païen, et plein de ressources. Il représentait qu’il y avait là beaucoup de bonnes âmes égarées à faire entrer dans le sein de l’Église anglicane, et en même temps de grands profits pécuniaires à réaliser. Cet appel fut entendu, et, en mai 1877, quatre missionnaires protestants anglais arrivèrent sur la côte méridionale du lac Victoria; mais trois y périrent et un seul, C.-T. Wilson, parvint jusque dans l’Ouganda.

Stokes y arriva à son tour en 1879, pour remplacer son collègue Wilson, qui accompagnait une ambassade envoyée par Mtésa, roi d’Ouganda, à la reine Victoria.

Mais après quelques années, Stokes .abandonna cette carrière. Il commençait à bien connaître son Afrique équatoriale. Il avait rapidement compris à quels mobiles simples et peu nombreux, obéissent les nègres, ces enfants légers et capricieux, et comment on peut s’enrichir en faisant des affaires avec eux. Il mit donc la Bible de côté, dépouilla la redingote noire et montante du clergyman et devint trafiquant. Comme de tous les commerces de l’Afrique équatoriale le plus rémunérateur est celui de l’ivoire, il se fit marchand d’ivoire.

Ses opérations s’étendirent sur un territoire immense.

AFRIQUE EQUATORIALE.

L’Ouganda et les régions limitrophes restèrent toujours son principal champ d’opérations. Il y trouvait en quantité les deux sortes d’ivoire : le « tendre » que produisent les éléphants qui parcourent les steppes de l’est; le « dur » que donnent les bêtes dont les forêts occidentales forment 1 habitat ordinaire.

Mais peu à peu les indigènes qui vivent dans des contrées très éloignées du lac Victoria, étaient devenus aussi les pourvoyeurs de Stokes. C’est ainsi qu’il recueillit beaucoup d’ivoire dans le Rouanda, une région encore très mal connue des géographes, et située entre la chaîne volcanique des Mfoumbiro et la pointe septentrionale du Tanganika. Son domaine d’action s’était enfin étendu récemment jusqu’à l’Itouri, le grand affluent de droite du Congo.

En échange de l’ivoire, Stokes donnait aux indigènes des marchandises variées. En Ouganda les vestes de forme et de coupe européennes, les bonnets rouges que nous nommons « fez», et aussi les peignoirs blancs ou de couleur, avaient la vogue. On y goûtait fort également les toutes petites perles qui servent à broder les étoffes. Mais les objets estimés par excellence et faisant prime étaient le fusil et la poudre. C’est pour s’en procurer que les nègres poursuivent sans relâche pendant des heures, à travers bois et marais, l’éléphant blessé jusqu’au moment où il tombe épuisé et devient leur proie. C’était parce qu’il était le grand dispensateur de ces objets magiques, avec lesquels on est puissant et respecté, que Stokes avait acquis sa haute situation commerciale.

Le marché se faisait soit sur la côte septentrionale du lac Victoria, soit sur la côte occidentale, à Boukoba. De là, Stokes transportait l’ivoire par bateau sur la côte méridionale.

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Il avait plusieurs postes de commerce, pareils à ceux que naguère, au Soudan égyptien, on nommait des zéribas. Il en avait deux dans l’Ounyamouézi, l’un à Oujoui, à une journée de marche au nord-est de Tabora, l’autre plus au nord, à Oussongo. Un troisième était installé à Boukome, sur les bords du golfe Emin-Pacha, à l’extrémité sud-ouest du Victoria. D’autres dont nous ne connaissons pas le nom avaient été fondés sur les rives de l’Itouri.

Ces postes différaient beaucoup de valeur entre eux. Celui d’Oujoui était confortable : au milieu de huttes servant de magasins s’élevait une belle maison entourée d’une véranda et pourvue de portes, de fenêtres et d’un mobilier à l’européenne. Cette maison appartenait autrefois à la Church missionnary Society, qui l’avait abandonnée à Stokes. Au contraire la zériba d’Oussongo était misérable. A l’intérieur de la palissade fortifiée, il y avait seulement quelques huttes de nègres et un petit tembé sans fenêtres, le tout d’aspect si peu engageant que Stuhlmann avait, en 1890, mieux aimé bivouaquer sous sa tente que de s’y installer. Quand le maître s’absentait, la garde de ces postes était confiée à des nègres qui étaient payés généreusemeut.

Les affaires de Stokes devinrent vite prospères. On sait que depuis le commencement du xixe siècle, le commerce de l’Afrique, de la côte de l’océan Indien jusqu’au Congo, est entre les mains des trafiquants arabes. Stokes réussit non seulement à vivre à côté d’eux, mais à leur faire une concurrence souvent victorieuse. C’est là une preuve non médiocre d’habileté.

Sa situation devait nécessairement lui donner occasion de jouer un rôle politique important, lorsque Allemands et Anglais cherchèrent à créer des colonies dans l’Afrique orientale, c’est-à-dire à partir de 1885. Le

commissaire général de l’Afrique orientale allemande, Wissmann, l’avait fait nommer agent de la Société commerciale, et il écrivait en 1890, à Emin, que c’était un homme à ménager. Stokes témoignait d’ailleurs sa reconnaissance des bons procédés des Allemands à son égard. En 1891 il se trouvait à la station allemande de | Boukoba, lors de la fête qu’Emin fit célébrer en l’honneur de l’anniversaire de la naissance de l’empereur Guil- ! laume II. Stokes s’y associa sans réserves. Il prit part au banquet qui réunit les Européens présents, et au dessert poussa des Hoch! avec ses hôtes. Il ne s’en tint même pas là. Le soir, des danses furent organisées par j les soldats et les indigènes. Stokes entra dans le cercle, et se trémoussa avec les autres : manifestation spontanée d’enthousiasme qui excita une allégresse générale. Ce Stokes était un habile homme, il ne négligeait pas ; les petits moyens, il savait qu’il y a des circonstances dans la vie où il est à propos de faire des pirouettes et des cabrioles en l’honneur d’un empereur allemand.

Mais ce fut surtout dans l’Ouganda, en 1892, qu’il joua un rôle politique prépondérant et efficace. Il arma le parti anglo-protestant et lui donna les moyens de triompher du parti franco-catholique. A l’époque même où la presse anglaise reprochait aigrement aux catho- j liques de l’Ouganda et à nos missionnaires leurs plus légitimes précautions, Stokes apportait en quantité armes et cartouches. Grâce à lui les protestants étaient pourvus non de ces mauvais fusils de traite, aussi dangereux pour le tireur que pour l’ennemi, mais d’excellentes armes de modèle récent et se chargeant par la culasse. Grâce à lui, ils battirent les catholiques, obligèrent le roi Mouanga à faire cause commune avec eux, et facilitèrent grandement l’établissement du protectorat anglais dans le pays.

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Cet ancien missionnaire a donc contribué pour sa part à doter l’Angleterre de cette magnifique colonie de l’Ouganda, où le climat est' sain, où les Européens peuvent s’établir sans inquiétude, où les cultures de café enrichiront certainement quantité de planteurs.

On conçoit donc que sa mort ait suscité en Angleterre de vives et d’amères récriminations. On sait que c’est une tradition constante chez nos voisins de ne pas permettre qu’en aucun point du globe un sujet britannique quelconque soit impunément lésé. Or Stokes n’était pas un sujet britannique quelconque : il avait participé au développement de l’Empire colonial. Les représentants de l'Impérialisme britannique, les partisans de la Plus- Grande-Bretagne, et le premier ministre actuel, lord Salisbury, en tête, ont donc pris fait et cause pour cet agent de l’expansion anglaise. Ils acquittent presque une dette de reconnaissance.

Quant à nous, nous ne saurions nous prononcer dans le débat qui vient de s’élever entre l’Angleterre et l’État Indépendant. Que Stokes ait fourni des armes et des munitionsaux Arabes, et en particulierau chef Kibonghé, nous le croyons aisément. Ce n’était pas un homme à s’embarrasser de vains scrupules. Étant à Boukoba l’hôte d’Emin, il avait fait sur son compte à Wissmann des récits malveillants qui ne contribuèrent pas médiocrement à aigrir les rapports entre le commissaire général et l’explorateur. Un autre jour, dans l’Ouganda, le capitaine Lugard avait absolument besoin de pièces d’étoffes : tout bon Anglais qu’il était, Stokes n’hésita pas à les lui vendre à un prix scandaleusement élevé, et à bénéficier ainsi de la détresse de son compatriote.

D’autre part, l’exécution d’un Européen en Afrique par un autre Européen est un fait grave.

On serait peut-être fondé à reprocher au commissaire

Lothaire d’avoir, après la condamnation, fait procéder sans délai à l’exécution de la sentence, et enlevé ainsi au condamné tout moyen d’interjeter appel devant la cour de Borna.

Mais n’ayant sous les yeux aucune pièce du procès, nous n’en saurions parler en connaissance de cause; nous voulions seulement esquisser la figure et la carrière originales d’un aventurier africain qui vient de disparaître.

Octobre 1 895.

Le gouvernement de l’État Indépendant du Congo désapprouva la conduite du commissaire Lothaire. Il offrit au gouvernement britannique une indemnité de 150 000 francs et la restitution de tous les biens ayant appartenu à Stokes.

Ces propositions furent agréées. Le 9 novembre 1895, l’indemnité fut versée au gouvernement britannique, qui la remit aux enfants de Stokes.

Ën outre, les porteurs composant la caravane de Stokes appartenant à l’Afrique orientale allemande, le gouvernement congolais offrit au gouvernement allemand « une somme de 100 000 francs à titre de réparation, pour les préjudices qu’auraient subis les hommes de la caravane de M. Stokes, par le fait d’avoir été privés illégalement de leur chef ». Cette proposition fut également acceptée.

Le commissaire Lothaire fut traduit devant le tribunal de Borna, mais acquitté le 27 avril 189C.

A la demande du gouvernement britannique, le substitut du procureur d’État interjeta appel de ce jugement devant le conseil supérieur de l’État Indépendant

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du Congo, siégeant comme cour d’appel, à Bruxelles. Le 6 août 1896, le commissaire Lothaire fut de nouveau acquitté. Toutefois il cessa ultérieurement d’appartenir à l’administration congolaise L

1. Sur ce qu’on a appelé « l’affaire Lothaire », voyez le Mouvement géographique cle Bruxelles des 24 novembre 1895, p. 309, 22 décembre 1895, p. 339, et 9 août 1896, p. 391.

YII

LA VILLE DE NGAOUNDÉRÉ EN ADAMAOUA

Sans rivaliser d’importance économique avec les grandes villes telles que Yola, Kouka et Ivano, Ngaoundéré est cependant une des principales agglomérations urbaines du Soudan central. Elle est placée sous la domination des Foulbés, cette race qui se distingue des nègres par la clarté du teint, et dont les tribus sont disséminées depuis l’Ouadaï jusqu’aux rivages de l’océan Atlantique. Elle représente l’une des formes de leur civilisation.

Or ces Foulbés sont musulmans, et Ngaoundéré est une colonie musulmane établie au milieu des populations païennes . C’est un des avant-postes de l’Islam vers le sud. Elle est dans la zone d’influence de l’Allemagne, depuis le traité franco-allemand du 4 février 1894, mais elle a des rapports si fi’équents avec le Congo français que nous ne pouvons pas nous en désintéresser. Si donc, au point de vue ethnographique, elle mérite une description, elle n’en est pas moins digne sous le rapport de la géographie politique.

A dire vrai, avant 1892, nous ne savions rien d’elle, sinon qu’elle existait. L’Allemand Édouard Flegel y

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avait bien pénétré en août 1882, mais, plus préoccupé de commerce que de science, il ne prenait pas le temps, dans ses lettres, de se répandre en longs récits descriptifs.

Depuis trois ans, au contraire, nos connaissances ont beaucoup augmenté. La possession de l’arrière-pays du Cameroun ayant suscité la convoitise des Français et des Allemands, on s’est efforcé, de part et d’autre, d’atteindre Ngaoundéré, qui en forme la citadelle. Des Européens y ont pénétré à plusieurs reprises. M. le lieutenant de vaisseau Mizon y a séjourné du 4 au 29 janvier 1892. M. Ponel , administrateur colonial, envoyé en 1893, par M. de Brazza, auprès du sultan Zouveiro à Yola, traversa Ngaoundéré à l’aller et au retour de son voyage. Les deux Allemands von Uechtritz et Passarge sont restés neuf jours dans le voisinage de la ville en janvier 1894. Et enfin, quelques mois après, M. Goujon, administrateur colonial, y a fait un séjour prolongé. En recueillant les témoignages de ces différents voyageurs, en les comparant, en les fondant les uns dans les autres, on peut tenter de donner une description de Ngaoundéré.

La fondation de la ville est l'un des épisodes de l’expansion des Foulbés, le plus grand événement politique et social qui se soit produit au Soudan central pendant la première moitié du xixe siècle. Les tribus foulbés, nomades et pastorales, erraient dans le Soudan; passant avec leurs bœufs de pâturage en pâturage, elles vivaient en assez bons termes avec les sédentaires, agriculteurs et commerçants, et payaient aux maîtres du pays la dîme de leurs troupeaux. Mais, au commencement de ce siècle, éclata une de ces pestes bovines comme il s’en propage parfois en Afrique. Les Foulbés perdirent leurs troupeaux et furent ruinés. Alors ils se

soulevèrent, se ruèrent sur les villages haoussas et nègres, chassèrent les chefs, et assujettirent, du moins partiellement , les populations au milieu desquelles, auparavant, ils n’étaient que tolérés. C’est ainsi que furent fondés les sultanats de Sokoto et de Mouri.

Une de ces tribus foulbés était établie sur la rive droite de la Bénoué, face à la ville actuelle de Yola. Commandée par un chef nommé Adamo, elle traversa la rivière et s’empara du grand village nègre de Gourin. A la nouvelle de cette victoire, ceux des Foulbés qui n’avaient pas encore fait fortune arrivèrent de tous côtés pour participer au pillage. Mais bientôt ils furent trop nombreux autour de Gourin. Sous l’action de l’élan qui les animait, ils se dispersèrent dans l’Adamaoua. Les uns s’établirent à l’ouest de Gourin, à Yola, d’autres à l’est, à Reï-Bouba, d’autres encore au sud-ouest, à Banyo et à Tibati. C’est par l’une de ces bandes que fut fondée Ngaoundéré, non pas en 1820, comme l’avance le Dr Passarge, mais beaucoup plus probablemement vers 1840, comme le suppose M. Mizon (carte 11).

Ngaoundéré est établie sur un plateau ondulé et caillouteux, à la surface duquel surgissent de ci, de là des chaînons granitiques ou des cratères de volcans éteints, et qui a une altitude élevée. La ville est à 1 062 mètres au-dessus du niveau de la mer, et M. Mizon a relevé, à 30 kilomètres au nord et au sud, des hauteurs de 1 200, de 1 300 et même de 1 400 mètres. Aussi le climat y est-il rigoureux pendant l’hiver, et dans ce pays, qui est situé en pleine zone équatoriale entre le septième et le huitième degré de latitude nord, on voit parfois l’eau geler. La flore et la faune y sont pauvres. « Les mimosas à gomme, les palmiers à huile, les palmiers borassus, les baobabs, si abondants dans la vallée de la Bénoué, sont inconnus. » Et l’on ne voit sur les rivières

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ni flamant, ni marabout, ni aucun des oiseaux aquatiques des régions tropicales.

Ce n'est donc pas plus la douceur du climat que les facilités de la vie matérielle qui ont exercé un attrait sur les Foulbés. Ils se sont établis dans cette contrée par nécessité stratégique.

Ngaoundéré est une place de guerre. Le mot même de Ngaoundéré signifie, d’après M. Mizon, forteresse. Telles les nombreuses Ferté, répandues sur notre territoire, et dont le nom, corruption du mot latin firmitatem, rappelle que ces villes ou ces villages, d’allure aujourd’hui bien pacifique, étaient naguère des lieux fortifiés.

Ngaoundéré a bien l’aspect d’une forteresse. Établie sur un dos d’âne, elle est entourée de trois côtés par des cours d’eau, qui forment des défenses naturelles. Elle est ceinte d’une muraille haute de 3 à 4 mètres, épaisse de i m. 50 en bas, de 50 centimètres à la partie supérieure. Ce mur, de teinte rougeâtre, a été orné par les artistes indigènes de dessins et de sentences religieuses qui se détachent en gris. Il est crénelé et percé de meurtrières. Un fossé court à l’extérieur; à l’intérieur il y a un chemin de ronde et une marche sur laquelle montent les tirailleurs. On pénètre dans la ville par deux portes, dont chacune se compose d’une maison en terre, surmontée d’un haut toit conique; deux battants très solides ferment l’entrée.

La superficie que contient cette enceinte n’est pas très étendue : 1 kilomètre de longueur sur 500 mètres de largeur. Aussi aucune parcelle de terrain n’a-t-elle été perdue. Les maisons se pressent les unes contre les autres, et il n’y a pas de jardin. Les rues sont très étroites, excepté celle qui traverse la ville de l’est à l’ouest. La résidence du gouverneur, le tata , est établie au centre; elle consiste en un groupe de maisons

entouré d’un mur de 6 mètres de hauteur. Une seule porte y donne accès.

Dans cette ville vivent côte à côte des populations d’origines très diverses. Les maîtres sont les Foulbés. Comme nous l’avons dit, la clarté du teint est l’un des traits caractéristiques de cette race africaine. On prétend même que certaines tribus ont la peau presque aussi blanche que les Européens. Mais les Foulbés de Ngaoundéré se sont fréquemment unis avec des esclaves noires, et ils participent plus du type nègre que la majorité de leurs congénères.

Les hommes sont habillés à la mode musulmane. Les femmes déploient toute l’ingéniosité de leur imagination dans des ajustements de coiffure élégants et bien seyants. Leur tête est surmontée de coussinets de cheveux, hauts comme la main, épais de deux doigts et rectangulaires. Des rubans colorés, bleus, jaunes et rouges, sont enroulés autour. Les femmes portent généralement deux de ces coussinets et parfois un seul. Le Dr Passarge a rencontré une femme qui en avait quatre sur la tête. Les tempes sont ornées de bourrelets de cheveux, gros comme le poing, ronds, parsemés de perles bleues. Les cheveux de l’occiput sont noués sur la nuque.

Les Haoussas constituent un autre groupe de la population de Ngaoundéré. Ce sont des commerçants habiles et entreprenants; mais leur avidité et leur absence de scrupules les font mépriser dans tout le Soudan. Ici, comme ailleurs, ils ont accaparé le trafic, et leur richesse leur donne une certaine puissance politique.

Ni les Foulbés, ni les Haoussas ne sont nombreux. La masse de la population est formée par les Mboums, la population autochtone, soumise il y a une cinquantaine d’années, et par les esclaves.

NGAOUNDÉRÉ.

Ceux-ci ont été amenés en nombre considérable, à la suite des guerres, comme en témoignent d’une manière tragique les milliers de squelettes et d’ossements répandus sous les murs de la ville. L’importation des esclaves continue et il s’en tient toujours à Ngaoundéré un important marché. Le Dr Passarge assista ainsi à une triste scène de moeurs africaines, dont le mur de la ville et la rivière formaient le décor; c’était un soir, des hommes assis en groupe prenaient le frais tout en causant. Des femmes et des filles venaient puiser de l’eau, puis partaient en bavardant, la cruche sur l’épaule ou sur la tête. Des enfants piaillaient et pleuraient. Au milieu de ces groupes apparut une caravane d’esclaves de guerre récemment capturés , enchaînés, maigres jusqu’aux os, épuisés, poussés en avant par leurs gardiens. Elle entra sous la porte et disparut dans la ville.

Le gouverneur porte en foulbé le titre de lamido. Il dépend absolument du sultan de Yola, qui lui confère l’investiture. La charge n’est pas héréditaire, et à la mort du dernier lamido, son fils Bello a été écarté, malgré ses importants services et ses victoires, au profit de son cousin Abbou ben Aïssa.

Le lamido lève les taxes : dîmes des produits de la terre, dîmes des troupeaux, droits de marché et de circulation accordés aux marchands; il ne se fait pas faute, quand l’occasion s’en présente, d’extorquer des cadeaux aux voyageurs européens. Après le ramadan, il envoie un important présent au sultan de Yola. « Trois fois par semaine il rend la justice, et chaque vendredi il chante lui-mème la prière à la porte de son lata. » Il est fort occupé aussi à exercer ses soldats. Pendant le séjour de M. Mizon, il y avait chaque mercredi exercice sur le Champ de Mars. Abbou ben Aïssa

faisait manœuvrer ses cavaliers et ses archers, M. Mizon, les soldats de son escorte. « Et de longues discussions s’engageaient au retour sur la valeur réciproque des soldats. »

Les Foulbés vivent, en effet, dans un état constant de mobilisation, pour maintenir leur domination sur les peuples soumis, et aussi par ambition de l’étendre. Leur autorité s’exerce maintenant au sud jusqu’au confluent de la Mambéré et de la Kadéi, et jusqu’à la limite des pays mfangs. La conquête n’a pas toujours été aisée. Ils ont rencontré de la part des Baïas, qui habitent autour de Koundé, une résistance énergique. Sous la conduite de Bello, l’armée resta cinq ans absente de Ngaoundéré. Une grande action eut lieu entre Yambaka et Mandé. M. Mizon a traversé le champ de bataille, et les centaines de squelettes qui parsèment encore la plaine témoignent du nombre comme de la valeur des combattants. Actuellement, c’est surtout vers l’est et le sud-est de Ngaoundéré que les Foulbés s’efforcent de gagner du terrain (carte 11).

Après avoir soumis les païens, ils cherchent à se les assimiler. Ils emploient deux procédés : ils placent à côté des chefs indigènes des résidents qui les conseillent, les dirigent et répandent des idées nouvelles, et ils attirent à Ngaoundéré les fils de ces chefs. Ces enfants, élevés au milieu des Foulbés, s’imprègnent de leurs coutumes, reviennent chez eux musulmans, et sont à leur tour des agents de propagande.

A un point de vue simplement humain, on ne peut pas considérer d’un mauvais œil ce progrès des musulmans. Ils pratiquent, il est vrai, la traite des esclaves. Mais dans les pays où ils exercent leurs razzias, ils n’introduisent pas une nouveauté, puisque la capture des esclaves est précisément le principal, sinon le seul

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motif des guerres incessantes que les nègres se font entre eux. Or, sous d’autres rapports, les musulmans font œuvre utile. Sous leur influence, les nègres abandonnent des ornements barbares qui les défigurent,

apprennent à se vêtir et à se draper dans des étoffes de coton, renoncent à l’anthropophagie. Les musulmans les rendent plus civilisés , moins sauvages. Ils attirent à l’intérieur de la communauté humaine de pauvres êtres qui vivent aux confins de l’humanité et de l’animalité.

BIBLIOGRAPHIE

Louis Mizon, Itinéraire de la source de la Bénoué au confluent des rivières Kadeï et Mambéré, Bulletin de la Société de Géographie de Paris, 1895, p. 342-373.

Louis Mizon, Les royaumes foulbé du Soudan central, Annales de Géographie, t. IV, p. 346-368.

Ed. Ponel, La Haute-Sangha, Annales de Géographie, t. V, p. 72-89.

Dr Passarge, Adamaua, Bericht ueber die Expédition des deutschen Kamerun-Komitees in den J ahren 1893-1894, 1 vol. in-8°, Berlin, 1895.

Novembre 1895.

LE HAUT CHARI

Ayant exploré de 1892 à janvier 1893 la contrée située entre le grand coude de l’Oubangui et la ville de Yola, sur la Bénoué, M. Casimir Maistre a notablement accru les notions géographiques que l’on possédait sur le Chari, le grand tributaire du lac Tchad.

C’est en 1824 que Denham en révéla l’existence pendant le célèbre voyage qu’il accomplit avec Clapperton et Oudney. Mais combien ses idées étaient erronées! Fidèle à une vieille tradition, il supposait que le Niger, traversant l’Afrique de l’ouest à l’est, venait déboucher sous le nom de Chari dans le lac Tchad.

Les notions rapportées par les Allemands Barth en 1832 et Nachtigal en 1872 étaient plus exactes. Ayant dépassé de beaucoup le point extrême atteint par Denham, ils démontrèrent que le Chari n’est pas un tronçon du Niger, mais un fleuve indépendant. Ils étudièrent l’état politique des pays qu’il baigne et c’est à eux qu’on doit les premiers renseignements sur le Baguirmi. Cependant, Nachtigal, qui s’était avancé beaucoup plus au sud que Barth, n’avait pas dépassé Goundi.

Depuis vingt ans, on vivait sur ces travaux.

Comme beaucoup d’autres problèmes géographiques,

la question du Chari a bénéficié de l’expansion des Européens en Afrique et des compétitions coloniales des Puissances. La France possédant une colonie sur la rive droite du Congo, les voyageurs français en ont naturellement entrepris l’exploration. M. de Brazzà et ses agents ont poussé des reconnaissances sur l’Ogooué, la Sangha, l’Alima et l’Oubangui.

Vers le Chari, les explorateurs étaient sollicités, non seulement par la curiosité géographique, mais aussi par la nécessité de prévenir les Allemands, qui, de leur colonie du Cameroun, s’efforçaient d’atteindre le lac Tchad et de nous en interdire l’accès. De là les voyages de Crampel, de M. Dybowski, et de M. Casimir Maistre.

On sait le triste sort éprouvé par le premier, et comment il tomba victime d’un guet-apens dressé par une bande de ces maraudeurs nomades, qui vivent en parasites des populations sédentaires sur les confins du Ouadaï, du Baguirmi et du Darfour.

M. Dybowski découvrit un grand cours d’eau qui forme un des bras du Chari et le traversa. Mais la région était en proie à la famine, et son expédition trop mal pourvue pour lui permettre de s’élancer dans l’inconnu qui s’ouvrait devant lui. Il revint donc sur ses pas et fonda, sur la rivière Kémo, affluent de droite de l’Oubangui, un poste, jalon de la pénétration française vers le Tchad.

C’est de là que M. Maistre partit le 29 juin 1892, à la tête d’une caravane de 181 personnes. 11 se dirige droit vers le nord, et, le 22 août, arrive sur les bords d’une grande rivière, nommée Gribingui par les indigènes, et qui, très vraisemblablement, est le Chari. 11 suit ce cours d’eau sur sa rive droite, puis sur sa rive gauche jusqu’à Mandjatezzé. Se dirigeant alors vers l’ouest, il traverse le Sara-Bara, campe à Palem, sous les mêmes palmiers

LE HAUT CHARI.

borassus qui, vingt ans auparavant, avaient abrité Nachtigal. Il franchit le Logone à Laï, et arrive, le 29 janvier 1893, à Yola (carte 11).

Voici les principales observations faites par M. Maistre sur l'hydrographie, la flore, et l’état politique de la région qu’il a traversée L

Premier caractère : étendue et abondance des marais. « Quelques-uns sont boueux et peu profonds, les autres constituent de véritables étangs, où, au milieu des nénufars aux fleurs jaunes ou blanches et d’une multitude d’autres plantes palustres, pousse souvent le riz sauvage. » Ce trait, particulier à cette région, avait déjà été relevé par Nachtigal, qui avait signalé les deux grands marais de Kindschi et de Debaba, situés à l’est de Massenia et dont le dernier s’étend sur un espace de 40 kilomètres. Il avait aussi traversé de larges prairies « qui sont rarement tout à fait sèches, et se transforment pendant une grande partie de l’année en marais et en lacs 1 2 ®. Sur la rive droite du Logone, il avait vu des villages construits sur des buttes, élevées artificiellement par les habitants pour se préserver des inondations pendant la saison des pluies.

De ce développement lacustre résulte l’extrême confusion hydrographique du réseau du Chari. Le lit des cours d’eau est souvent mal déterminé. D’une berge de la Seine ou de la Marne nous distinguons en toute sécu- I rité la terre ferme de la nappe d’eau courante. Dans le bassin du Chari, des délimitations en apparence si I simples sont malaisées. Les rivières s’épanouissent à i droite et à gauche dans les marécages, qui, à leur tour,

1. C. Maistre, De l’Oubangui à la Bénoué, à travers l’Afrique centrale, Annales de Géographie, III, p. 64. — A travers L’Afrique

! centrale du Congo au Niger, 1 vol. in-4°, Paris, Hachette, 189b.

2. G. Nachtigal, Sahara und Sudan, 2 vol. 8°, 1879-1881, II, p. 510.

s’étendent ou se restreignent selon l’abondance des pluies. Les domaines propres de l’élément liquide et de l’élément terrestre ne sont pas nettement fixés.

De là encore d’autres incertitudes : le Chari est accompagné sur la rive gauche par un grand cours d'eau, le Logone. Est-ce un bras du tleuve principal ou bien un affluent? Sur le témoignage d’indigènes, Barth et Naclitigal avaient avancé (ce dernier d’ailleurs sous toutes réserves), que le Logone n’était qu’une émanation du Chari, qu’après s’en être détaché, et l’avoir suivi, il se confondait de nouveau en lui. M. Maistre estime, au contraire, que le Logone est un cours d’eau indépendant, un affluent du Chari, dont la source serait voisine de Ngaoundéré, la grande ville de l’Adamaoua. Or, l’existence d’un grand marais entre le Logone et le Chari expliquerait, d’après lui, la confusion dans laquelle sont tombés les indigènes (carte 11).

Autre caractère physique delà région entre Oubangui et Chari : les steppes herbeuses. « Le sol, dit M. Maistre, est couvert de hautes graminées, limitant la vue, ne livrant que difficilement un passage qui se referme aussitôt. De distance en distance seulement des tamarins et quelques arbres peu élevés aux formes rabougries dépassent cette brousse continue, où restent enfouis de petits acacias rampants, dont les branches épineuses rendent la marche pénible. »

Crampel et M. Dybowski avaient également eu à se débattre au milieu de ces réseaux de grandes herbes.

Dans la région traversée par M. Maistre, Musulmans et Fétichistes vivent en contact.

La population du Baguirmi est naturellement belliqueuse. Les hommes aiment mieux vivre des hasards du pillage que de la culture régulière du sol. Mais le Baguirmi est resserré entre des États fortement cons-

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titués, contre lesquels toute entreprise guerrière serait périlleuse, Ouadaï à l’est, Bornou et Adamaoua à l’ouest. Au sud, au contraire, habitent des tribus païennes sans cohésion. L’humeur aventureuse des Baguirmiens se donna donc carrière de ce côté et la soumission des populations méridionales devint leur ambition.

Ils rencontrèrent une certaine résistance. Nachtigal assista jadis à l’une des campagnes de son hôte, le sultan Abu Sekkin. Il fut même un jour entraîné dans une débandade des troupes du Baguirmi, perdit, en fuyant, ses babouches et ses lunettes, s’embarrassa dans les plis de son burnous, et faillit périr victime de son imprudente curiosité.

Cependant, la victoire est restée au sultan dont peu à peu la domination s’est étendue vers le sud. De même que le lamido de Ngaoundéré, il assure son autorité sur les tribus de deux façons : il délègue auprès des chefs indigènes un fonctionnaire, qui les dirige et protège les commerçants musulmans; d’autre part, les fils de ces chefs sont tenus à un séjour d’une certaine durée auprès du sultan. A sa cour, ils apprennent l’arabe, se convertissent à l’islamisme et reviennent les idées transformées. Nous n’avons, comme on le voit, rien inventé : le sultan du Baguirmi connaît toutes les finesses du régime des protectorats. Il a été donné à M. Maistre d’apprécier les résultats de cette politique de conquête. Du territoire des populations indépendantes comme les Saras du sud ou les Toummoks, il passait sur celui des populations soumises, telles que les Saras du nord et les Gaberis. Il n'hésite pas à déclarer ces dernières supérieures : « Je suis revenu, dit-il, avec la conviction que, dans les régions du centre africain, où je les ai vus à l'œuvre, les musulmans exercent une action véritablement utile ».

Ces païens imitent les musulmans, se drapent dans des vêtements de coton, qu’ils superposent à leurs tabliers de cuir, et cessent de se défigurer.

Le voyage de M. Maistre a également eu des résultats politiques. Une convention délimitant les zones d’action de l’Angleterre et de l’Allemagne au sud du lac Tchad avait été signée, le 18 novembre 1893, entre les représentants de ces deux puissances. En dépit des prétentions des Français, justifiées par les travaux de leurs explorateurs, nos intérêts étaient traités dans ce document avec une désinvolture sans pareille. Comme de raison, le Gouvernement français déclara ne pas reconnaître un accord conclu sans son assentiment. Notre cause était si juste que le Gouvernement allemand consentit facilement à entrer en pourparlers. Des commissaires français 1 partirent pour Berlin.

Les négociations, engagées le 6 décembre, se terminèrent, le 4 février 1894, par la signature d’un protocole très favorable en son ensemble à nos intérêts. Extension de la zone d’influence française jusqu’au lac Tchad, possession complète du Chari sur la plus grande partie de son cours, et, de la rive droite sur la partie basse, accès au Mayo Kebbi, affluent de la Benoué, et, par conséquent, accès au Niger, tels sont, en résumé, les principaux avantages reconnus à la France par ce traité.

11 serait certainement injuste de ne pas attribuer une bonne part de ce succès à la dextérité de nos plénipotentiaires. Mais ils doivent être les premiers à reconnaître que nos voyageurs leur avaient rendu la tâche

I. M. le commandant Monteil et M. Haussmann, sous-directeur au ministère des Colonies. Les commissaires allemands étaient le Dr Kayser, directeur des Affaires coloniales au département des AlTaires étrangères, et le baron von Danckelmann, géographe.

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aisée. Tandis que les échecs répétés des expéditions parties du Cameroun mettaient les commissaires allemands dans une position délicate, la réussite des voyages de M. Mizon, de Yola à Gaza en 1892, de M. Pomel vice versa en 1893, de M. Maistre enfin, justifiait les exigences des nôtres.

Les traités que M. Maistre avait signés pendant tout son trajet avec les chefs indigènes, paraissent avoir lourdement pesé dans la balance diplomatique. La Deutsche Kolonialzeitung , dans un commentaire assez mélancolique de la convention, les déclare inattaquables L

M. Maistre a donc également servi la science et son pays. Il serait inexact d’avancer, à l’exemple d’un de ses admirateurs plus enthousiaste qu’instruit, « qu’il a comblé le dernier grand blanc de la carte d’Afrique ». Mais son voyage est assurément l’un des plus féconds en résultats accomplis par les Français en ces dernières années.

Mai 1894.

1. « Yortræge welche unanfechtbar sincl. >■ Das Ahkommen zwischen Deutschland und Frankreicli. Deutsche Kolonialzeitung n° du 31 mars 1894, p. 51.

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