La piastre égyptienne vaut 0 fr
EMIN PACHA. 27
rentrer les impôts (ivoire, bœufs, grains, et, au Latouka, plumes d’autruches).
En arrivant dans un poste, Emin inspectait les officiers et les soldats, écoutait les doléances, et contrôlait les livres de comptabilité. Junker, qui le vit dans l’exercice de ces fonctions, lui reprochait de se complaire dans les détails oiseux et d’attacher une importance excessive à la stricte observation des formes administratives; il disait qu’au contact des fonctionnaires égyptiens il s’était égypiianisé, et le définissait : « un homme de divan ».
En même temps Emin entrait en relations avec les chefs indigènes. Il évitait généralement de s’immiscer dans la politique intérieure des tribus. Néanmoins, il paraît, d’après certaines allusions, pour nous obscures, avoir, en 1883, modifié assez profondément le personnel dirigeant au Mombouttou. Ces visites aux chefs indigènes ne manquaient pas de pittoresque. Quand Emin se présenta chez Rotchamma, chef des Choulis, on le pria d’attendre qu'on eût sacrifié deux chèvres et répandu leur sang sur le chemin. Cette cérémonie protocolaire accomplie, le chef en costume de gala, c’est-àdire peint de frais en rouge, couvert d’une peau d’antilope, et orné de quelques bracelets en fer, vint à Emin, et le conduisit près d’un arbre, sous lequel on avait disposé un angareb 1 et une chaise. Devant le chef, un jeune homme, son favori, se tenait à genoux, des sentinelles l’arme au bras entouraient le groupe, que le village, hommes, femmes et enfants, dans les costumes les plus variés, regardait curieusement.
Ces tournées d’inspection profitaient parfois au trésor égyptien : en 1881, par exemple, Emin rapporta dix can-