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Un angareb est une sorte de chaise longue

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tars d’ivoire, valant environ 0 000 francs sur le marché de Kharloum *, et cinq à six livres de plumes d’autruche, dont les chefs des Choulis et du Latouka lui avaient fait cadeau.

Toutefois Emin éprouva dans l'administration de la province des difficultés, dont certaines provenaient de circonstances antérieures à son entrée en charge.

Les pays du Haut Nil étaient depuis trente ans exploités par une tourbe d’individus, originaires du Soudan musulman et qui portaient la dénomination collective de « Dongolais ».

Les uns, simples particuliers, faisaient métier de capturer des esclaves et de 'les convoyer dans le Nord. Lors d’une enquête ouverte par Emin, quelques-uns se donnèrent pour de petits marchands ( djellabs ), mais il fut impossible à la plupart de déclarer une profession avouable. D’autres, d’un passé tout aussi douteux, étaient entrés au service du gouvernement égyptien. Entre tous, d’ailleurs, il y avait ce point commun qu’ayant trouvé dans le pays du Haut Nil une existence plus large qu’à Dongola ou à Berber, ils s’y étaient établis à demeure, s’y étaient « nichés », comme disait Emin, et vivaient aux dépens de l’indigène.

Cette exploitation ne s’exerça pas partout dans la même mesure. Relativement modérée à l’est du Nil, où les Dongolais n’émigrèrent jamais en grand nombre, elle fut odieuse dans le Makraka et dans le Rohl. Les Dongolais dérobaient tout aux habitants : grains, bétail, femmes, enfants. « On vit commodément, écrivait Emin, les nègres récoltent du grain en quantité, et quand on n’a plus de viande, on déclare les Agahr ou les Atot en

1. En 1880, le canlar d’ivoire (44 kilog. 500) valait à Kharloum 3b livres égyptiennes; la livre égyptienne vaut 20 francs.

EMIN PACHA.

rébellion; une razzia est organisée, et on enlève les bœufs. On fait un beau rapport au gouvernement (il y en a de curieux dans leur genre), et le tour est joué. »

Quand Emin visita le district deRohl en 1881, il trouva dans les postes des milliers d’esclaves. « On a volé ici dans des proportions énormes, écrivait-il encore, et depuis si longtemps qu'il faut seulement s’étonner qu’il reste quelque chose. S’il y a encore des nègres, ce n’est certainement pas à la protection du gouvernement qu’on le doit. »

Emin essaya de remédiera une situation aussi déplo rable. Il libérait des esclaves, il expulsait les Dongolais sans métier avouable, mais ces tentatives de réforme n’excitaient que l’indifférence ou l’hostilité. Beaucoup de postes avaient pour chefs des Dongolais, anciens esclavagistes, qui se refusaient à sévir contre leurs camarades de la veille. Parmi les Égyptiens, fonctionnaires civils et officiers étaient en général le rebut de l’administration et de l’armée, car d’Égypte, on était envoyé dans la province équatoriale, par mesure disciplinaire, pour fautes commises dans le service. Ils ne s’intéressaient pas à cette terre d’exil; tous opposaient à Emin une résistance passive. « On dit : oui, à tout, écrivait-il, mais on ne bouge pas de Yangareb. »

Emin n’était pas mieux soutenu par ceux-là mêmes dont il voulait améliorer le sort : les indigènes. Jamais, par exemple, il ne réussit à obtenir d’eux qu’ils livrassent régulièrement chaque mois un certain nombre de bœufs. Comme il ne pouvait cependant pas priver ses soldats de viande, il fut obligé d’autoriser les razzias de bétail. Il défendit qu’on les exécutât sans sa permission, mais on ne tenait pas compte de ses ordres, et il se commettait fatalement des actes de violence dans cette levée de l’impôt à main armée. Il ne s’est rencontré ni

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un Dinka, ni un Bari pour nous (aire connaître son sentiment sur l’occupation de son pays par les Égyptiens. Elle ne coïncida cependant certainement pas avec une ère particulière de bonheur. Entre l’époque présente et celle où l’arbitraire des Dongolais sévissait sans retenue, il n’y eut d’autre changement que la présence d’un homme de bonne volonté de plus dans la province.

Ni au Caire ni à Khartoum le gouvernement ne s’intéressait à la province équatoriale. On encaissait à Khartoum la valeur de l’ivoire qui en provenait, mais on ne prenait aucune mesure pour tirer parti de ses autres ressources. Les deux petits vapeurs lancés par Gordon sur le Nil; à Lado, une locomobile et quelques brouettes en fer, voilà à quoi se réduisait tout l’oulillage. Ni routes, ni ponts : pour aller d’un lieu à un autre on suivait les sentiers sinueux des nègres, et on traversait les rivières à gué ou à la nage au risque de se noyer ou d’être happé par un crocodile. Quand Emin voit une passerelle primitive, quelques troncs d’arbres jetés d'une rive à l’autre par les indigènes, il note avec soin dans son Journal ce fait insolite. La région du Haut Nil paraissait ne pas dépendre du Soudan égyptien; ses relations avec Khartoum étaient rares; tandis que, régulièrement, Lado aurait dû être ravitaillée quatre fois par an, neuf bateaux seulement y arrivèrent de 1878 à 1884. Le Soudan fut pourvu d’un réseau télégraphique qui unissait Souakim, sur la mer Rouge, à Foga, dans le Darfour; seule la province équatoriale fut privée de ce précieux moyen de communication. Emin attendait cinq ou six mois la réponse à une question qui aurait dû être décidée sans délai. En Égypte, les hauts personnages ne s’intéressaient pas à ces possessions lointaines. Mehemet Ali visita le Soudan en 1838, et Saïd Pacha en 1857, mais jamais

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ni Ismaïl ni Tewfik ne daignèrent venir à Lado. Emin protestait contre cette indifférence. « Nous faisons pourtant toujours partie du monde civilisé, » disait-il. Il finissait par se décourager. « Pauvres provinces équatoriales! s’écriait-il, ne fera-t on donc jamais rien pour elles? »

Il souffrait de l’absence d’Européens à ses côtés. Il demanda à la mission autrichienne de Khartoum de lui envoyer des collaborateurs, mais n’en obtint pas. Il pria alors son ami Schweinfurth d’intéresser à son pays, soit Léopold II, roi des Belges, non encore Souverain de l’État indépendant du Congo, mais déjà protecteur de l’Association internationale africaine, soit le cardinal Lavigerie, archevêque de Carthage, qui « avec ses turcos et ses zouaves... est bien un homme à s’intéresser à une pareille œuvre, et qui dispose de moyens pour commencer immédiatement la besogne ».

L’avenir de la province l’inquiétait, et il exprimait sincèrement le fond de sa pensée, quand il ajoutait : « Ce que je souhaite, c’est qu’avant ma mort mon œuvre soit assurée, et mieux que par la simple perspective de voir arriver à ma place un bey, qui ne comprendra ni n’aimera ce pays et ses habitants. » (Lettre du 18 mars 1883.)

Deuxième période ( 188U-1889). — Cependant ces difficultés étaient minimes en comparaison de celles en face desquelles Emin allait se trouver, par suite du soulèvement mahdiste.

On connaît les étapes victorieuses de la carrière du Mahdi Mohammed Ahmed : sa prédication dans l’île d’Abba sur le Nil Blanc, la formation de son premier noyau de disciples, la défaite des troupes égyptiennes envoyées pour l’arrêter, la conquête d’El-Obeid le 17 janvier 1883 et, par suite, celle du Kordofan, la défaite

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d’Hicks Pacha à Chekan le 5 novembre 1883, enfin le siège et le sac de Khartoum.

Avant même d’avoir remporté ce dernier triomphe, le Mahdi avait projeté d’étendre sa domination sur les deux provinces du Haut Nil, le Bahr-el-Ghasal, alors gouverné par l’Anglais Lupton, et l’Equatoria.

Le soulèvement mahdiste prouva la fragilité de la domination égytienne au Bahr-el-Ghasal. Les Dongolais pactisèrent avec le Mahdi, leur compatriote et coreligionnaire, dès ses premiers succès. Lupton sentait la trahison régner autour de lui, et dans ses lettres à Emin décrivait les dangers de sa position. Son inquiétude n’était que trop justifiée. L’apparition d’un certain Keremallah, nommé par le Mahdi « Émir du Bahr-el Ghasal » , provoqua une débandade générale. Le chef des soldats irréguliers nègres de la province, propre frère de Keremallah, se joignit immédiatement à lui; le lieutenant-gouverneur, la plupart des fonctionnaires passèrent à l’ennemi. Lupton avait écrit à Emin, le 12 avril 1884: « L’armée du Mahdi campe à six heures de Dem Zibcr1, je combattrai jusqu’au dernier moment; si je tombe, embrassez les miens. » Il n’eut pas même l’amère satisfaction de défendre sa liberté les armes à la main; abandonné de ses officiers et de ses soldats, il se rendit le 28 avril 1884. Il fut emmené prisonnier à Omdourman, où, après avoir mene une existence misérable, il périt du typhus, le 8 mai 1888.

Après cette victoire aisée, Keremallah entra dans la province équatoriale et somma le gouverneur de se rendre à son tour. Emin reçut simultanément le 27 mai 1884 la nouvelle de la capitulation de Lupton et la mise en demeure de Keremallah. Il avait déjà appris les défaites

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