‹ Études sur l'age de bronze de la HongrieChapitre 2 sur 16 · AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS

Il n’y a pas de question, qui soit pour le moment plus discutée dans l’archéologie préhistorique, que celle de l’âge de bronze.

Ils sourdent ces bronzes énigmatiques des tumuli du haut Nord, des terramares d’Italie, des amas de ruines de la Grèce, des tourbières d’Irlande, et partout ils viennent exciter la plus grande attention, l’intérêt le plus vif des savants, étant objets de diverses hypothèses et de théories différentes.

Les uns y voient des témoignages de l’existence de toute une époque dans l’histoire du développement de la civilisation humaine, les autres n’y entrevoient que des traces des pérégrinations d'un seul peuple ; il y en a encore d’autres qui n’y voient que les produits d’une industrie bien avancée dans le traitement des métaux d’un peuple classique, qui par voie de commerce se soient répandu sur toute l’Europe parmi les peuples barbares qui s’y trouvaient.

L’hypothèse d’un âge de bronze forme, comme c’est assez connu, le vrai noyau du système des trois périodes, système, qui vient jouer un si grand rôle dans l’archéologie, combattu si forte ment de certains côtés, c’est vrai, mais dont on ne saurait, malgré tout, entièrement se débarasser et qui maintenant, pour la plupart, est reconnu par les archéologues des différents pays.

J’ai donné le titre: »Sur l’âge de bronze« à cette petite brochure et je vais profiter de l’occasion pour faire quelques remarques sur la situation actuelle de la dite question, tant disputée, tout en rendant compte de mon point de vue relativement à ce problème.

Undset: Sur l’âge de bronze.

Ce sont les archéologues du Nord qui ont en effet les premiers établi et développé la théorie de l’âge de bronze et celle du système entier des trois périodes.

Des auteurs antérieurs, depuis des poètes antiques, ont entrevu trois phases pareilles de développement dans le progrès de la culture humaine; mais cependant c’est M. Thomsen qui le premier, en 1836, donna un fondement scientifique au système. !) Ce furent les trouvailles elles-mêmes qui mena ce ramasseur soigneux, cet observateur intelligent à la reconnaissance d’un âge de bronze dans le Nord.

Il vit comment des centaines de tumuli, par tout le pays, ces bronzes ressortaient, qui par l’identité des formes, des ornements et du caractère total se laient à un groupe distinctif, et combien ces tumuli, par leur construction et par les rites funéraires, se distinguaient des groupes de tombeaux, dans lesquels on trouva des objets de pierre ou de fer.

Vis-à-vis de la supposition ordinaire de ce temps, que tous ces objets étaient romains, dispersés au loin par le commerce, il fait comprendre, comment cette espèce de bronzes se trouve justement aux pays où la communication avec les Romains fut la moindre, et comment il serait peu probable que les hommes du Nord ne se fussent pas procuré tout d’abord des armes et des instruments tranchants en fer de ce peuple, qui fut déjà depuis bien long temps en possession d’une culture de fer bien avancée. Il fait ressortir fortement ce fait, que les armes et les instruments tranchants furent formés de bronze; c’est ce qui témoigne de toute une époque où le fer était, ou entièrement, ou à peu près, inconnu. Il suppose qu’une culture antérieure, avant que le fer fût d’un usage fréquent, s’est étendue par une grande partie de l’Europe, et qu’une observation plus exacte des objets de bronze devra démontrer, que leur origine se date de loin et qu’ils sont les plus anciens dans les pays du midi. Il pense, que les bronzes du Nord se dérivent premièrement des pays plus méridionaux et qu’ils sont reproduits là; mais les relations étant depuis rompues, les hom- *) V. Leitfaden zur Norclischen Alterthumskunde , p. 59.

mes du Nord ignorèrent bien long temps les découvertes ultérieures, faites dans le midi, et parmi elles aussi celle du fer. C’est donc une observation tout à fait archéologique qui amena M. Thomsen à établir le système des trois périodes. Personne ne doit ici parler de vanité nationale.

La théorie de l’âge de bronze a depuis été développée ultérieurement dans une série de travaux des savants du Nord. Déjà en 1853 M. Worsaae indiqua, que dans l’âge de bronze en Europe on doit distinguer entre plusieurs groupes; ]) il y a un groupe septentrional, un autre occidental (en Grande-Brétagne), encore un ou plusieurs méridionaux et enfin un groupe oriental. Dans le même traité il classe une grande quantité de trouvailles (fonderies), qui prouvent, qu’au moins une grande partie des bronzes, trouvés en Danemark, y ont aussi été travaillés. On ne saurait, dit-il, vis-à-vis de l’abondance de ces fonderies, prétendre avec raison, qu’elles doivent provenir d’ouvriers en métal étrangers pendant leur séjour passager au pays. En 1859 il pose pour le Nord ime division de l’âge de bronze dans une période antérieure et une postérieure ;*) ce sont les deux manières sépulcrales, l’inhumation et l’incinération, qui le guident. Les bronzes, qui se trouvent près de squelettes non brûlés sont aussi, quant au caractère, différents de ceux que l’on trouve près des ossements brûlés. Ces derniers se montrent comme étant plus jeunes, entre autre aussi par ce qu’on les trouve bien souvent en haut des mêmes tumuli où au fond il y a un squelette inhumé. Après avoir, pendant un voyage en Russie, étudié les faits archéologiques vers l’Est, en 1872 il déclara que l’âge de bronze ne s’est guère répandu en Europe par la Russie;1 2 3) il désigne les sites des cultures antiques au fond de la Méditerranée, comme les sources les plus proches des grou-

1) Dans un mémoire inséré dans Annaler for Nordisk Oldkyndighed, 1853, p. 139.

2) Worsaae: Om en ny Inddeling af Steen- og Broncealderen , Copen-

hague 1859.

3) Worsaae: La colonisation de la Russie et du Nord Scandinave et leur

plus ancien, état de civilisation. (Mémoires de la société royale des antiquaires du Nord 1873—74).

pes européens de l’âge de bronze et il fait prévaloir la Hongrie comme une étape importante sur la voie des bronzes vers le Nord.

Dans plusieurs ouvrages sur l’âge de bronze M. Montelius a cherché à indiquer d’une manière plus distincte l’âge relatif des bronzes propres au Nord ; *) adoptant la division de l’âge de bronze qu’a proposée M. Worsaae, il s’est chargé de démontrer, quelles sont les formes caractéristiques des deux périodes et de plus il a, par des séries de développement typologiques, tâché de montrer, que le second âge de bronze s’est dérivé du premier. Aussi il s’est appliqué à séparer les bronzes étrangers, qui se trouvent dans les limites du Nord, c’est à dire les formes et pièces qu’on ne saurait supposer avoir été produites au Nord même, mais qui doivent être importé d’autres groupes de l’âge de bronze. Par des études typologiques il a aussi cherché à tracer les routes par lesquels l’âge de bronze est parvenu au Nord, tandis qu’il a essayé de trouver dans des contrées'plus méridionales les formes antérieures, d’où sortent celles du Nord. Pour les épées il a ainsi désigné les formes austro - hongroises comme les antérieures, pour les celts il a signalé les relations qui subsistent entre les types du Nord et ceux des contrées plus méridionales.

M. H. Hildebrand a, avant tous, bien mérité du progrès de la méthode typologique dans l’archéologie préhistorique.

Relativement à l’âge de bronze il arrive dans son traité célèbre 2) »Sur l’histoire de la fibule« à ce résultat que l’âge de bronze du Nord ne tire pas sa plus proche origine des groupes de l’âge de bronze, qui vers le Sud lui sont les plus rapprochés; le même résultat négatif comme pour les fibules, il a aussi maintenu pour d’autres formes archéologiques, par exemple pour les glaives.3)

1) Montelius : Bronsâlderen i Norra och Mellersta Sverige , 1872. (Antikv. Tidskrift for Sverige, III) ; Sur Vâge de bronze en Suède (Compte-rendu du congrès de Stockholm, p. 488 — 512); Sur les poignées des épées et des poignards en bronze (ibid. p. 882 — 928) ; Sur les celts en bronze (Compterendu du congrès de Buda-Pest, I, p. 304).

2) Hans Hildebrand : Bidrag till spànnets historia (Antikv. Tidskrift for

Sverige, IV).

3) Sur les rapports existant entre l'âge du bronze de la Hongrie et Vâge du bronze Scandinave (Compte-rendu du congrès de Stockholm, p. 536 — 552).

Le travail le plus important, qui ait paru jusqu’ici sur l’âge de bronze du Nord, est une étude comparative, »les périodes de l’âge de bronze^, par M. Sophus Müller de Copenhague. 1) Il dirige dans cette étude savante principalement ses recherches vers la division de l’âge de bronze et arrive au résultat, que ces deux groupes, que l’on peut parfaitement discerner dans les bronzes du Nord, ne se distinguent pas tant par égard à la chronologie, que par égard à la géographie. Le groupe premier se montre comme étant principalement celui de l’Ouest, le second se trouve principalement du côté d’Est. Sur son territoire chacun des deux groupes vient toucher et à l’âge de pierre et à l’âge de fer.

Pour chaque groupe il démontre, comment on va trouver des points de relation dans l’Europe centrale et comment on trouve là des formes, d’où sont développées celles du Nord.

Aussi dans la plupart des pays européens, où pendant la génération dernière les antiquités préhistoriques ont été l’objet des études plus énergiques, on vient de reconnaître ces bronzes anciens comme étant caractéristiques pour une époque séparée, pour laquelle on a employé la dénomination de l’âge de bronze.

En Grande-Brétagne, où l’Irlande présente en particulier une grande richesse d’objets en bronze, M. Evans a principalement dirigé son attention vers cette période ; 2) en Autriche M. le baron de Sacken et M. le docteur Much ont signalé les restes existant d’un âge de bronze;3) en Hongrie, des bronzes duquel pays je m’occuperai plus pas, MM. Pulszky et Romer les ont reconnus comme indiquant une phase distinctive dans l’histoire de la civilisation, tandis que M. Hampel pour le moment s’occupe d’un ouvrage, où les formes particulières de ce pays vont être comparées et décrites.

1) Sophus Müller : Bronzealderens Perioder (dans les Aarboger for Nordisk

Oldkyndighed og Historié , 1876); traduction Allemande: Die nordische

Bronzezeit , Jena 1878.

2) John Evans: Petit album de l'âge de bronze en Grande-Brétagne.

3) v. Sacken : Leitfaden zur Kunde des heidn. Alterthums ; Dr. Much dans

plusieurs mémoires insérés dans les Mittheilungen der anthropologischen Gesellschaft in Wien.

En Italie les découvreurs et explorateurs bien mérités des terramares, MM. Pigorini, Cbierici et Strobel, ont déjà, il y a long temps, reconnu celles-là comme datant essentiellement d’un âge de bronze. *)

En France M. Bertrand occupe une position à part vis-à-vis de l’âge de bronze. 2) Tandis qu’il admet qu’au Nord avant l’apparition du fer il s’est passé un long temps, où l’on ne connaissait que l usage seul du bronze et pendant quelle époque un vrai âge de bronze aura régné, il ne veut pas, quant aux objets de bronze, trouvés en Italie et en France, convenir qu’ils indiquent un âge particulier, une période distinctive dans le progrès de la civilisation. Ces bronzes ne sauraient, prétend-il, être séparés de l’âge le plus ancien de fer. Relativement à l’Italie il est ici contredit par les explorateurs infatigables des terramares, surtout par M. Pigorini. Parmi ses collègues français il trouve, par exemple dans M. de Mortillet et dans M. Ernest Chantre, des opposants déterminés, qui non seulement maintiennent un âge de bronze pour la France, mais qui croient aussi, dans cet âge même, pouvoir distinguer entre plusieures époques. 3)

C’est surtout le manque apparent en France de groupes sépulcraux distinctifs où l’on trouve ces bronzes, qui empêche M. Bertrand d’y reconnaître un âge de bronze. Pourtant de tels groupes ne manquent pas quoique il n’y ait pas beaucoup qui ont été examiné jusqu’à ce jour; ainsi par exemple, les recherches récentes de MM. Jaquinot et Usquin ont mis au jour toute une nécropole datant de cette période. 4)

C’est surtout en Allemagne que l’hypothèse d’un âge de bronze, proposée par les archéologues du Nord, a trouvé une opposition décidée et énergique.

x) Un résumé par M. Pigorini dans le Compte-rendu du congres de Stockholm, p. 358 — 376.

2) Alexandre Bertrand : Archéologie celtique et gauloise.

3) V. le grand ouvrage de M. Ernest Chantre. Études paléoethnologiques dans le bassin du Rhône. Age du bronze. Trois volumes in 4to avec 300 figures et 4 cartes, accompagnés d’un grand album in folio.

4) H. Jacqinot et P. Usquin : La nécropole de Pougues-les-eaux (Nièvre). (Extr. du Bulletin de la Société nivernaise des lettres, sciences et arts , 1878).

M. Lindenschmit, le directeur du musée romano-germanique de Mayence, s’est rangé au système du Nord dans le premier volume (1858) de son grand ouvrage, x) mais peu de temps après il commence pourtant à mettre en doute que les bronzes doivent être considérés comme indigènes en aucun de ces pays au nord des Alpes où on les avait trouvé. C’est un groupe spécial de vases en bronze, trouvés avec d’autre antiquités dans la vallée du Rhin, objets qu’il reconnut être d’origine étrusque, qui l’induit en doute. Déjà en 1860 il le déclare comme étant sa conviction que presque tous les bronzes, se trouvant en de ça des Alpes, sont d’origine méridionale, spécialement grecque ou étrusque, et répandus par voie de commerce entre les peuples barbares de l’Europe centrale et septentrionale. 2)

Bien des fois il a polémisé contre l'opinion, maintenue par les archéologues du Nord et notamment dans un article publié en 1876 3), à peu près en même temps que M. le docteur Hostmann publia une attaque violente contre tout le système des trois périodes. 4) Au Nord la discussion fut relevée par M. Sophus Müller. 5) De tous les deux côtés les matériaux furent mis en campagne et la question de l'âge de bronze fut spécialement traitée, plus profondément que jamais.

Un résumé de cette polémique et un référé des opinions diverses qui sont venu se heurter sur ce terrain sera la meilleure manière de faire voir la situation actuelle de la question.

Dans ses études sur l’histoire de culture de l’Europe centrale et septentrionale M. Lindenschmit prend pour point de départ les auteurs classiques avec leurs renseignements plus ou moins obscurs sur les pays et les nations au nord des Alpes. Sont point de vue

q L. Lindenschmit: Die Alterthümer unserer heidnischen Vorzeit.

*) Id .Die vaterlàndischen Alterthümer der Fiirstlieh Hohenzoller’ schen Sammlungen zu Sigmaringen.

3) Id. Zur Beurtheilung der alten Bronzefunde diesseits der Alpen und der Annahme einer nonlischen Bronzecultur (Archiv für Anthropologie, VIII, p. 161 — 175).

4) C. Hostmann : Beitrag zur Geschichte u. Kritik des Systems der drei Culturperioden (Archiv für Anthropologie, VIII, p. 281 — 314).

5) Dans le même journal : Archiv für Anthropologie, IX.

fondamentale devient donc, qu’au nord du territoire de la culture classique tout était barbarie, probablement plus épaisse et plus basse, selon qu’on s’approche au Nord. D’avance il devient alors vraisemblable, que ce, que contiennent les trouvailles archéologiques dans ces contrées de bien et artificiellement travaillé, doit y être apporté d’ailleurs. En ce qui concerne spécialement un âge de bronze au Nord, il accentue, comment une culture tellement élevé y devait manquer de toute base; les bronzes, si parfaitement travaillés, restent ici tout isolés sans rapport avec l’état vrai de civilisation de ce peuple, dans les tumuli duquel ils sont trouvés. Les vases en argile mal travaillés témoignent en quel bas état se trouvait l’habilité technique du peuple. Où ces vieux bronzes dans les trouvailles s’échappent, disparaît aussi chaque trace d’un tel technique développé dans le traitement des métaux. Seulement un peuple, qui lentement avait gravi les hauteurs d’une culture, en tous sens si avancée, a pu produire les bronzes, mais une telle culture ne se voit nulle autre part, que dans les pays classiques autour de la Méditerranée. De ces lieux, le commerce doit avoir semé les bels objets métalliques parmi les peuplades barbares au millieu et au Nord d’Europe. Quand les bronzes des différents pays montrent des variétés distinctes, il se l’explique de ce, qu’ils sont originaires de différentes parties du Midi classique et par ce que de différents fabriques allaient travailler pour de différents lieux de déstination.

Les trouvailles de fonderie, que l’on connaît de l’Europe du Nord, s’expliquent comme essentiellement provenant de la fonte de pièces cassées ; mais là où se trouvent des pièces nouvellement sorties du moule, elles ne font, selon M. Lindenschmit, qu’illustrer la grande différence qu’il existe entre les pièces excellentes, qui ont été importées, et les imitations médiocres de la population indigène. En partie les trouvailles de cette catégorie sont dûes aux commis-voyageurs qui non seulement auraient vendu ses marchandises, mais qui auraient pu acheter des fragments etc et qui jusqu’à un certain dégré auront dû pratiquer en qualité d’ouvriers en métal.

Le point de départ de M. Hostmann est essentiellement le

même que celui de M. Lindenschmit, et de plus, il le fait prévaloir comme un mérite chez les savants allemands, que dans ses études préhistoriques ils s’attachent fidèlement aux traditions historiques. *) Dans sa critique il cherche à anéantir tout le système des trois périodes. Quant à la chronologie des différentes espèces de tombeaux il s’entreprend à les entremêler: déjà le peuple qui construisit les grands dolmens, connaissait, selon lui, et le fer et le bronze. Les objets de bronze, qui au Nord sont présents en si grand nombre, y seraient tout à fait exotiques: ce ne sont que des objets de parure et de luxe, produits des civilisations plus méridionales, qui auraient été exportés aux peuplades barbares et à demi-sauvages, afin d’être troqués contre le produit si précieux et recherché de ces pays-là: l’ambre jaune. Un âge de bronze n’aurait existé, prétend M. Hostmann, nulle part ni jamais. L’emploi du fer peut être démontré par les faits historiques à une époque aussi réculée que celui du bronze, et de plus, il croit pouvoir, par des raisons métallurgiques, prouver la préexistence du fer bien avant le bronze. Les bronzes du Nord eux -mêmes, ne pouvant pas avoir été travaillés et ornementés sans des instruments excellents en acier trempé, devraient, selon lui, témoigner contre l’âge de bronze.

M. Sophus Müller, qui du côté des archéologues du Nord entre en lice, cherche, dès le commencement, à concentrer la discussion autour du point capital, s’il aurait existé au Nord un âge de bronze. Il commence par réfuter les arguments archéologiques, que M. Hostmann vient opposer à la possibilité d’un âge de bronze du Nord, en démontrant entre autres, comment les tissus, trouvés à côté des bronzes du Nord, sont la meilleure preuve de ce que les peuplades en question n’on pas dû être si incivilisées et rudes qu’on semble s’imaginer. Quant aux vases en argile, en apparence si grossiers, leur médiocrité provient de l usage du pays : c’est qu’on ne se servait point d’ustensiles pour des urnes cinéraires, mais qu’on travailla, à cet effet, des urnes en toute hâte et négligemment, pour y garder les ossements brûlés; du reste de *) Arcliiv für Anthropologie , VIII, p. 289.

meilleurs vases de formes élégantes ne manquent pas dans les trouvailles. Quand M. Hostmann prétend, que les bronzes du Nord devraient être travaillés par des instruments en acier, il se trompe complètement. Les antiquités elles - mêmes n’en montrent pas de traces. Aussi, quand M. Lindenschmit cherche à prouver, que les pièces nouvellement moulues, qui bien souvent sont déposées dans les fonderies, ne doivent être que de mauvaises imitatations, qui pâlissent totalement à côté des formes élégantes des tombeaux, il se trompe également et c’est l’effet des études, trop peu basées sur les antiquités elles - mêmes. On trouve au musée de Copenhague plusieures fonderies, contenant justement les bronzes les plus élégants, souvent encore avec leurs bavures et en état d’être sortis du moule. Enfin M. Müller indique les faits fondamentaux, sur lesquels est basée la théorie de l’âge du bronze, lesquels M. Hostmann dans sa critique n’a presque pas effleuré. Après les grands dolmens de l’âge de pierre, les bronzes dans les trouvailles du Nord paraissent avec de nouvelles rites funéraires. Partout en Europe les objets de Fâge de pierre sont remplacés par les bronzes, qui daus toutes les contrées conservent un certain caractère commun, circonstance, qui témoigne d’une cohérence d’origine, — qui sur les domaines des diverses peuplades se rapprochent en groupes distincts géographiques, dont chaque groupe, par des traits fondamentaux caractérisants, se distingue des autres. Dans l’Allemagne septentrionale et dans les pays Scandinaves les bronzes ont ainsi gardé un caractère particulier qui leur est propre et qui les sépare des autres groupes analogues. Une pièce de ce caractère spécifiquement nordique, n’est jamais trouvée en dehors des limites du Nord. A côté des objets indigènes on rencontre dans les groupes différents des objets, plus ou moins nombreux, appartenant aux autres groupes, preuves des rapports et corrélations. Dans le groupe du Nord on rencontre ainsi quelques bronzes se distinguant par tout leur caractère des pièces vraiment nordiques, et qui se retrouvent dans des groupes méridionaux. Ces bronzes de provenance étrangère vont en partie se manifester comme ayant été reproduits, comme des types originai-

res servant de points de départ pour des séries entières de développement, par lesquelles les bronzes du Nord plongent ses racines en des formes du Midi; cependant, ces chaînes de développement ne pourront encore être poursuivi plus loin, qu’à l’Europe centrale. M. Muller met finalement en évidence la différence de méthode, existant entre les archéologues du Nord et ceux d’Allemagne. Tandis que les derniers bien souvent se font guider dans leur opinions sur les restes des périodes préhistoriques par des idées préconçues, puisées des faits historiques les plus anciens, les savants du Nord tirent leurs conclusions des antiquités ellesmêmes, et n’écoutent que les témoignages exprès de celles-ci, sur la civilisation et les conditions des temps reculés, d’où datent ces antiquités; mais il semble donc bien évident, qu’eu présence de ces témoins contemporains ne pourront pas avoir aucune portée les idées obscures et les récits ténébreux des auteurs anciens sur une passée si éloignée de leur époque.

La réponse de M. Millier provoqua tout de suite de nouveaux articles de la part des savants allemands. M. Lindenschmit n’accepte cependant pas la discussion sur les faits archéologiques, mis en avant par M. Mtiller, comme devant servir de base à la doctrine d’un âge de bronze dans le Nord. Ce sont les variations bien connues sur le thème usé qu’il répète, longues discours historiques sur l’impossibilité et l’absurdité de la dite doctrine.

C’est cette fois surtout sur des raisons techniques que M. Hostmann s’appuie dans son attaque. Presque chaque pièce de ces plusieurs milles bronzes, qui se trouvent dans le Nord, est decorée, dit-il, d’ornements fins, gravés qui ne devraient être fait, que par le ciselet en acier trempé. Cette circonstance devrait toute seule suffir pour contester et réduire à l’absurde toute théorie d’un âge de bronze.

Dans un article suivant M. Müller donne la réfutation de ces objections avec leur base technique. D’abord, vis-à-vis les raisonnements, toujours répétés, de M. Lindenschmit il fait ressortir les faits archéologiques, qui constatent la théorie de l’âge de bronze au Nord, exprimés en sept thèses que voici:

1 . Les antiquités de l’âge de bronze se divisent en groupes séparés, caractérisés par des types et des ornements différents.

2. Des trouvailles d’un âge de bronze pur se rencontrent dans le Nord en quantité nombreuse.

3. Une grande série de formes ne se trouvent que dans le Nord.

4. Les bronzes importés et de provenance étrangère se distinguent des bronces indigènes par des indices déterminés.

5. Pour plusieures formes la dérivation des types du Nord des originaux étrangers est constatée.

6. Un développement des types du Nord a eu lieu dans les limites du groupe même du Nord.

7. Dans le Nord se trouvent de vraies fonderies avec des bronzes élégamment moulus.

Après avoir ainsi exigé des collègues allemands, qu’ils doivent, dans leur discussion ultérieure sur l’âge de bronze du Nord, se tenir aux points capitaux distincts et archéologiques, il procède à détailler les procédés techniques, d’où sont sortis les bronzes, ainsi que le démontre une étude approfondie des antiquités ellesmêmes. Les objets sont presque tous fondus; même les minces vases à suspension, propres au Nord, ne sont pas d’oeuvre repoussée, ce qui du côté allemand bien souvent a été soutenu, mais ils sont au contraire moulus, et cela avec une habilité à merveille. Pour polir les objets moulus, pour écarter les bavures, pour faire des trous on n’a pas eu besoin d’instruments en acier; du ciselet on ne peut non plus sur les bronzes découvrir aucune trace. Les ornements des bronzes du Nord sont, soit moulus, soit moulus et retracés par le poinçon, soit poinçonnés seulement. Des poinçons en bronze qu’on a trouvés, témoignent de leur usage à cet effet.

M. Millier vient aussi à rendre compte d’experiments intéressants techniques, faits au musée de Copenhague pour l’éclaircissement de cette question. Avec la plus grande facilité un ouvrier métallique a pu garnir une lame, d’alliage de 9 % cuivre et de 1 % d’étain, des ornements qui caractérisent les bronzes antiques, — le tout a l’aide d’un poinçon en bronze du même alliage, mais lequel, à force de martelage, a été endurci. Une déclaration de

5 techniciens d’autorité a aussi été publiée par M. Millier, dans laquelle il est constaté, que les ornements, dont sont garni les bronzes du Nord, ne sont pas gravés, mais qu’ils sont en vérité l’effet du moulage ou du poinçonnage ou de tous les deux procédés à la fois, — de plus, que des poinçons en bronze pourraient bien avoir été employés a cet égard. Cette déclaration a reçu la signature du directeur de l’école polytechnique, d’un professeur en technologie, d’un orfèvre, d’un graveur en taille-douce et d’un ciseleur.

Dans sa répliqué M. Hostmann s’entreprend de réfuter cette déclaration d’hommes du métier en citant quelques couteaux en bronze, trouvés en Danemark, ornés de la ciselure dite de trémolo, travail qui ne pourrait pas avoir été accompli qu’au moyen d’un instrument en acier. De ces couteaux il n’y a qu’un, qui ait en vérité cette espèce d’ornementation, et c’est sous ce rapport la pièce unique entre les milles objets de bronze qu’on voit au musée de Copenhague, couteaux, appartenant à l age de bronze le plus jeune, qui, d’une forme étrange, sont sans doute dans le Nord de provenance étrangère. En outre il vient citer une paire de bracelets avec des ornements gravés. Quant à ces bracelets il est à remarquer, qu’ils sont uniques et d’un type qui, parmi les bronzes du Nord, se présente en étranger. Cependant — tandis que M. Hostmann a constamment parlé des ornements gravés des bronzes, force lui est maintenant d’avouer, que »sans doute la plupart des ornements qui se trouvent sur ces objets là, ne sont pas précisément gravés.« En analysant une série de bronzes il déclare pourtant, quant à tous ces objets, que leurs ornements poinçonnés sont effectués au moyen d’instruments en acier trempé, et vient à la fin citer une déclaration de deux autorités techniques, qui sont d’avis, que des poinçons en bronze n’auraient pas pu produire des ornements d’une telle égalité et d’une telle finesse de travail, que ceux qui se voient sur les bronzes antiques en question, et qu’en tout cas les lames des épées, dans ses lignes approfondies, portent le cachet évident d’être tracées par des instruments en acier. Ainsi M. le docteur Hostmann s’imagine donc avoir pu infirmer une

déclaration, donnée par 5 techniciens, qui avaient examiné les milliers de bronzes du musée de Copenhague.

Sur ce point se termina de cette fois la discussion.

Dans des ouvrages allemands on a depuis souvent pu voir écrit, comment le système du Nord, et spécialement la théorie de l’âge de bronze, devra maintenant être totalement anéanti, comment les questions seraient résolues tout à fait conformément aux opinions émises par MM. Lindenschmit et Hostmann.

C'est la nombreuse légion des dilettants, qui vont répéter le dire des chefs, et souvent dans les petits musées allemands les conservateurs renvoient l'archéologue visitant aux trouvailles, où des bronzes romains ou ceux de date encore postérieure soat ramassés à côté des objets de fer: Bronze und Eisen zusammen ! — et d’où ils croient pouvoir puiser des preuves évidentes de l'absurdité des déductions établies par les archéologues du Nord. x)

M. F. de Hellwald a bien voulu se charger de l'édition populaire des idées nouvelles, prétendues naturgemasse und unbefangene, sur les temps préhistoriques du Nord. 2) Avec une périodopbobie inquiète il a ici entremêlé tous les monuments préhistoriques du Nord. Heureusement, dans l’archéologie scientifique on n'aura pas besoin du tenir compte d une compilation si malheureuse et si peu critique par un auteur polygraphe qui fait preuve d’être tout à fait sans études spéciales sur les antiquités elles-mêmes.

Au congrès des sociétés archéologiques et historiques allemandes à Marburg, au mois septembre 1878, la question de lage de bronze étant mise sur l'ordre du jour, c’est M. Hostmann et d’autres qui ont bien voulu constater, que le système des

*) A présent un ouvrage bien méritoire et clés plus importants se prépare en Allemagne sous les auspices de la société anthropologique, savoir l’élaboration d’une carte archéologique sur l’Allemagne. Est-ce que tous les collaborateurs sachent distinguer entre les bronzes romains et ceux de provenance antérieure , de manière que la signification des trouvailles avec »du bronze et du fer ensembles* devienne en vérité de quelque importance scientifique?

2) D’abord dans le journal Das Ausland , l’année 1879, en particulier p. 310, et depuis, dans un gros volume intitulé Der vorgeschichtliche Mensch , 2me édition.

trois périodes était terrassé et anéanti ; mais c’est à marquer, qu’en présence de cet âge de bronze lui - même on ne s’entreprit pas à discuter les faits archéologiques, et la 7me question, savoir jusqu’à quel point les séries de développement typologiques, établies par les archéologues du Nord, ont de valeur scientifique — n’a même pas été effleurée. MM. Hostmann et Beck ont bien voulu constater que l’origine indigène d’une industrie en bronze fût chose impossible dans un pays dépouillé de métaux, comme l’est, le Danemark, ce que jamais personne des archéologues du Nord a cru et moins encore prétendu. De plus, M. Hostmann savait raconter, et que les peuplades civilisées d’Amérique avaient eu connaissance de l’usage du fer, bien avant l’arrivée des Européens, et que les objets découverts par M. Schliemann à Mycènes étaient de provenance d’une industrie abondamment pourvue d’instruments en acier, — de vrais postulats pour lesquels pas d’ombre de preuve a été exhibée.

A ce congrès les idées du Nord ont été représentées par M. le docteur Montelius de Stockholm, qui a été assez aimable de vouloir bien se prêter à une examination formelle. Le référé publié *) de ses réponses ne doit pourtant pas être correct et le fait est, que M. Montelius a aussi lui-même protesté contre son exactitude. 1 2) Il faut avouer que ce sont des raisons bien autrement graves et scientifiques, qui dirigent les archéologues du Nord dans la détermination du domicile d’un type que celle de compter où I on Laura trouvé en le plus grand nombre d exemplaires.

Cependant aussi en Allemagne plusieures voix se sont élevées contre l’outrance à qui M. Hostmann persiste dans sa négation de toute systématisation. Ces protestations sont en partie exprimées par des hommes de la plus grande autorité. Ainsi à Berlin M. Virchow a maintenu, qu’on ne doit pas du tout abandonner la dénomination «l’âge de bronze«, quoique ne voulant pas y compren-

1) Correspondentz - Blcitt des Gesammtvereins der deutschen Geschichts- und Alterthumsvereine, 1879 No. 3 & 4, p. 19.

2) Kongl. Vitterhets Historié och Antiquitets Akademiens Manadsblad, 1879, p. 149.

dre autant que certains archéologues du Nord.1) M. Friedel, le directeur du musée provincial de la Marche à Berlin, se sert de l’expression »l’âge du bronze« pour désigner la période qui suit immédiatement celle dite de pierre, pendant laquel le bronze, comme les trovailles le démontrent, a été le métal usuel. 2) M. Hartmann, l’un des gérants du journal Zeitschrift fur Ethnologie, a déclaré qu’il se range aux archéologues qui soutiennent ces trois périodes du développement humain.3) Aux discussions intéressantes qui en 1877 eurent lieu sur ces questions dans la société anthropologique à Münich, le président M. Zittel put, comme résultat définitif, constater que tous les assistants avaient convenu de ce, qu’en Europe au moins la pierre, le bronze et le fer paraissent Fun à la suite de l’autre. 4) Quand MM. Hostmann et Lindenschmit vont soutenir, que les bronzes dans les pays au de ça des Alpes ne sont que des produits de l’industrie métallique développée des périodes assez récentes chez les peuplades de civilisation classique, particulièrement de provenance italienne (étrusque), on puisera la meilleure preuve de ce qu’une telle assertion a d’insoutenable en Italie elle - même. Ce n’est pas avec les trouvailles des époques plus développées de la civilisation italienne qu’il faut de préférence classer les bronzes antiques de Europe centrale et du Nord, c’est dans les terramares, qui, quant au temps, sont bien en arrière d’une époque florissante de la civilisation étrusque, que nous allons trouver en Italie un âge de bronze, se présentant comme enchaîné dans la série de groupes de l âge de bronze par toute l’Europe qui a son écoulement le plus récent au Nord. Que nous sommes ici en présence d’un vrai âge du bronze, où le fer fait défaut, nous l’apprenons, et par les recherches soigneuses des explorateurs italiens, et par un ouvrage des plus importants d’un savant distingué allemand, qui vient de paraître. 5)

*) Zeitschrift für Ethnologie , Verhandlungen, 1876, p. 175, 1877, p. 207.

2) E. Friedel : DieStein- Bronze- u. Eisen-Zeit in der Mark Brandenburg , p. 10.

3) Robert Hartmann : Die Nigritier, I, p 142, cf. Zeitschrift für Ethnologie , II, p. 11 sqq. Cf. Bastian: Die Bronzesehwerter . . zu Berlin , p. ITI sqq.

4) Beitrage zur Anthropologie und Urgeschichte Bayerns , I, p. 308 — 330, spécialement p. 327.

6) Wolfgang Helbig : Die Italïker in der Poebene. Leipzig 1879.

Comme déjà par M. Sophus Millier mis en lumière, la raison la plus profonde de cette manière différente de juger les faits préhistoriques, des archéologues du Nord et de quelques collègues allemands, doit être cherché dans une différence essentielle de méthode.

Les opposants tirent leurs déductions relativement aux faits préhistoriques de l’Europe du Nord des relations obscures et des idées sans doute encore plus obscures que nous trouvons chez les auteurs classiques, à l’égard de ces peuplades si lointaines. De même que les auteurs des anciens appelaient barbare tout ce qui existait en dehors de leur propre monde de civilisation, de même les archéologues, appartenant à l’école historique, ne peuvent non plus que très difficilement s’imaginer, que tout ce qui existait au delà des Alpes n’eût pas été barbare, dans le sens moderne de ce mot. De ce point de vue on fait des raisonnements sur ce qui doit être naturel et en accord avec les faits historiques; de ce point de départ on peut faire valoir comme argument décisif contre la doctrine d’un âge de bronze, période partout préhistorique, qu’elle n’a pas d’appui dans les traditions historiques; d’après cette méthode on parvient bien souvent à tirer d’un passage indifférent chez un auteur classique, un renseignement déterminé des faits dont l’écrivain lui même ne se soit même pas douté.

Tout le monde qui se soit occupé des auteurs classiques, qui donnent des renseignements sur des peuplades et des! faits dans l’Europe centrale et du Nord, sait bien, jusqu’à quel point leurs relations sont souvent défectueuses, obscures et contradictoires, même quand ils traitent leur propre temps. Comment se pourrait-il donc, que ces relations puissent servir de sources àfla connaissance exacte de peuplades si lointaines, d’une passée à des siècles de distance antérieure à eux-mêmes? Le docteur Much vient, dans un traité intéressant, de démontrer,1) comment cette image de civilisation des Germains à l’époque, où ils entrèrentjen relations

x) TJeber den Ackerbau der Germanen dans les Mittheil. der anthropolog- Gresellschaft in Wien, VIII No. 7 — 9.

Undset: Sur l’âge de bronze. 2

avec les Romains, qu’on a voulu se dépeindre d’après les récits des anciens auteurs et qu’on a voulu opposer aux résultats, gagnés par la science archéologique, — ne peut pas être vraie. Le peuple germanique n’était pas un peuple de chasseurs et de pâtres, c’était au contraire un peuple déjà bien avancé, un peuple d’agriculteurs.

Les archéologues de cette méthode ne s’occupent pas beaucoup du matériel lui-même; à leurs yeux les antiquités ne seront, pour la plupart, que de pures illustrations à l’histoire écrite; c’est pourquoi on cherchera envain chez eux des avis détaillés sur les traits caractéristiques des groupes d’antiquités dont ils s’occupent, et l’on est souvent surpris de rencontrer des fantaisies sur une idendité qui devait exister entre les groupes nordiques et ceux d’Italie. Pour ne pas citer qu’une exemple: au moment où la grande trouvaille de S. Francesco, près Bologne, était parvenu à la connaissance publique, on entendit tout de suite de plusieurs coins hautement proclamer, qu’on pouvait à présent y voir des séries entières de bronzes dites du Nord. Le fait est cependant, qu’entre tous les objets de cette trouvaille, qui s élève à plus de 14,000 pièces, il n’y a pas un seul d’un caractère spécifiquement nordique. 0

A côté des résultats, ainsi tirés des recherches historiques, ce sont de ces derniers temps surtout des assertions, basées sur des raisons technologiques et métallurgiques, qui ont été mises en avant contre les résultats des archéologues du Nord. On s’est appliqué à prouver l’impossibilité et l’absurdité de ce qu’une industrie métallique aurait pu pousser du sol des pays du Nord, qui ne pouvaient pas produire les métaux eux-mêmes, - opinion qu’aucun érudit du Nord n’a jamais conçu, pas même M. Thomsen, le fonda-

l) Voir p. exemple »Ein Rückblick auf die Marburger Versammlung « dans le Corresp.-Blatt des Gesammtvereins d. deutsch. Gescliichts- u. Alterthumsvereine, 1879, No. 9; » Bas Ausland «, 1879, p. 271; Correspondent Blatt der deutschen anthropologischen Gesellschaft, 1879, p. 43. La description dernièrement citée de la trouvaille de S. Francesco a cependant sur ce point été refusé par Mlle J. Mestorf, savante conservatrice du musée archéologique de Kiel.

teur de la théorie de l’âge de bronze. On a avancé que le fer aurait dû être le premier métal connu et d’usage commun, puisqu’il se fait exploiter le plus facilement. Les antiquités ne peuvent pas toujours être mis en accord avec ces conclusions, tirées des régions des autres sciences. C’est très fâcheux de voir, comment le fer vient si souvent tout à fait disparaître des couches de culture les plus profondes, sans vouloir laisser même de traces d’oxyde: — ainsi dans les terramares d’Italie, dans les tumulus du Nord de cette époque des vieux bronzes, sous les ruines de Hissarlik et dans les tombeaux de Mycènes. Mais, selon M. Hostmann, ab non esse ad fuisse valet consequentia !

Par contre, et en opposition à une telle méthode, qui range les antiquités sous des résultats, gagnés par d’autres voies, les archéologues du Nord marchent, sans opinions préconçues, directement sur les antiquités elles-mêmes et cherchent à tirer des objets antiques eux-mêmes la connaissance des temps, d où ils proviennent. On traite le matériel sous un rapport tout à fait empirique, on s’applique à employer une méthode inductive et de science naturelle. En cas qu’une étude approfondie des objets d’antiquité, témoins contemporains, mènent à la reconnaissance d’une civilisation avancée dans le temps préhistorique sur un lieu, où les auteurs classiques ne savent pas raconter d’aucune semblable, un tel résultat archéologique ne se laisse guère renverser par des citations d’un auteur classique quiconque, qui s’imagine que tout sur cet endroit fût la pure barbarie, — aussi peu, qu’une vérité, gagnée par des explorations géologiques, pourra être anéanti par une citation du livre de Genèse.

L’archéologie préhistorique doit pourtant maintenant avoir revendiqué le droit incontestable de représenter une science particulière, cherchant la vérité d’après sa propre méthode, et on ne pourra nullement ainsi sans façon repousser les conclusions qu’elle tire, en alléguant des faits qu’on croit pouvoir puiser d’une autre science. Les conclusions, sont elles fausses et réfutables, on doit en chercher la raison dans une faute de méthode ou dans

la manière de l’appliquer, et l’opposition aura donc à indiquer ce

fait; en tout cas les erreurs se corrigeront en route sous le développement de la science. En général, la besogne pour le moment la plus urgente de l'archéologie préhistorique, sera d’élaborer et de corriger sa méthode.

La différence entre la méthode encore toujours employée en partie en Allemagne et la méthode, dont se servent les archéologues du Nord, résulte essentiellement de ce fait, qu’auparavant en Allemagne les études préhistoriques ont été exercées par la quantité s'y trouvant de sociétés locales historiques,1) et de ce que le matériel archéologique par ce fait a été dispersé en une quantité de musées en miniature. La conséquence naturelle en fut en effet, que pour la plupart ce ne fut que des dilettants, qui s’occupaient des antiquités préhistoriques et qu'on étudia moins les objets eux-mêmes, dont on n’avait qu'un nombre restreint à sa disposition, qu'on ne les jugea d'un point de vue historique. De ces derniers temps cependant les sociétés nombreuses anthropologiques ont mis énergiquement la main à l’oeuvre. Le matériel se ramasse avec zèle et on s'applique à en gagner un aperçu. Le gouvernement commence aussi à donner son appui aux études préhistoriques: des musées provinciaux sont organisés, on va nommer des conservateurs qui pourront faire une profession de cette science nouvelle, des contributions sont fournies par les chambres provinciales pour des recherches et aux fouilles. Sans aucun doute, il ne se passera pas bien long temps, avant que les confrères d Allemagne et ceux du Nord aillent se rencontrer dans le travail de développement de la méthode vraie archéologique, suivant laquelle le matériel préhistorique doit être traité, et ils ne tarderont pas à tomber d'accord sur ce point, que des résultats archéologiques ne seront pas à gagner, que par des études spéciales archéologiques.

Les bronzes sont encore, dans leur apparition par toute l'Europe, bien mystérieux. On n’a fait que de mettre la main aux recherches approfondies, chacunes dans son groupe, dont les résul-

l) Cf. M. Virchow dans son discours d’ouverture à la réunion ordinaire de la société anthropologique d’Allemagne à Munich en 1875.

tats peuvent seulement donner un matériel à la solution de la question dans son général. Toutes les hypothèses et les théories, qui se sont données 1 air d’apporter la solution du problème, ont été autant précipitées, que manquées: ainsi les théories de M. Nilsson et de M. de Rougemont concernant les Phéniciens et les Sémites,1) celles de M. Bataillard et de M. le Baron Kurck, touchant les Tsiganes comme propagateurs des métaux et spécialement du bronze en Europe.2 3) Une théorie comme celle, avancée par M. Unger, que l’industrie du bronze aurait été introduit en Europe comme une faculté commune des peuples Indo-germaniques, qui en Asie l’auraient appris par les Mongoles, est aussi prise en l’air. !) Meme aux hypothèses plus étendues, qui semblent être appuyées sur des études purement archéologiques, on ne peut pas encore attribuer un trop grand poids. L’idée si belle de M. Worsaae sur les Indes-Orientales comme le lieu, où premièrement le bronze d’étain a été découvert, et d’où son usage commun aura émané, comprend, il faut l’avouer, des étendues immenses, qui sont encore à peu près inconnues sous le rapport archéologique.4) La théorie, émise par M. Bertrand, sur le Caucase comme le foyer de rayonnement, d’où l’âge de bronze, par des voies différentes, se soit répandu sur l’Europe, souffre aussi de cette circonstance, qu’on ne connaît presque pas des objets de bronze antiques de ces contrées orientales.5) Il faut encore, en un mot, bien long temps renoncer à l’espoir de

1) F. de Rougemont: L'âge du bronze ou les Sémites en Occident , Paris 1868. SvenNiesson: Das Bronzealter. Haraburg 1865 et 1866.

2) Compte-rendu du congrès de Budapest en 1876, p 321.

3) F. W. Unger: Ueber den TJrsprung der Kenntniss und Bearbeitung des Erzes oder der Bronze in Europa (Mittheilungen aus dem Gôttinger an thropologischen Verein. Heft 1. Heidelberg 1875).

4) Worsaae : Die Vorgeschichte des Nordens. Hamburg 1878. 8.

5) Bertrand: Archéologie celtique et gauloise, préface p. XVIII: cf. p. 193. Cet auteur n'a pas Poeil tout ouvert sur les particularités des bronzes du Nord, puisque à deux endroits de son ouvrage (p. XVI et 198), il nous met sous les yeux, comme représentant de l’âge de bronze du Nord, le dessin d’une épée, trouvée en Suède, mais qui se montre d’y être d’une forme inusitée et de provenance étrangère, importée d’un groupe de bronze méridional — preuve évidente de ce, qu’il sera encore de trop bonne heure de traiter la question de l’âge de bronze, prise en toute sa totalité.

pouvoir jeter la pleine lumière de l’intelligence sur cette remarquable époque préhistorique en sa totalité.

Évidemment un archéologue du Nord peut aussi bien que son confrère d’Allemagne sentir ce qu’aura d’étonnant et de mystérieux, qu’un âge de bronze dans les contrées de la mer baltique, qu’une industrie, basée sur un matériel, importé de zones lointaines. Mais par voie historique nous ne savons absolument rien de sûr, quant à ces régions boréales en ces temps reculés; la silence des anciens auteurs ne prouve rien à cet égard: on doit chercher à revendiquer les témoignages, qu’on puisse tirer des antiquités contemporaines, et elles ont beaucoup a nous raconter, pour peu qu’on comprenne leur langage. D’écouter leur langage taciturne, c’est ce que font les archéologues du Nord, c’est ce qu’ils ont essayé et qu’ils essayeront toujours. Loin de moi de ne pas reconnaître, que bien de malentendus auraient pu s’introduire pendant ces efforts pour conquérir la vérité. A mesure que le matériel s’entasse, ils se corrigeront pourtant, et ainsi que je l’ai dit: la méthode sera toujours à perfectionner.

J’admets que les objections de la part des érudits d’Allemagne n’ont pas manqué d’exercer une influence salubre et je crois que cette influence eût été encore plus remarquable, si l’opposition allemande n’eût pas souvent tenu une langage, qui n’est pas celle d’une discussion scientifique, si elle n’eût pas constamment voulu imputer les adversairs ce qu’elle veut bien qualifier du nom de Nationaleitelkeit etc, comme étant la cause essentielle de ce qu’ils veulent soutenir leur système archéologique, — tactique qui pourtant ne soit pas digne à la science allemande. — Par une discussion les manières de voir vont se préciser, leurs bases fondamentales sont sujet à une examination réitérée, la critique jette de fortes lumières sur les points faibles dans la série des conclusions, de nouvelles explications des phénomènes paraissent et sont mises à l’épreuve. (Test, tout compris, seulement au moyen de la discussion et de la critique que l’or soit extrait du résidu des résultats scientifiques. Mais jusqu’ici la discussion a si peu, de la part des Allemands, été basée sur le matériel, tandis que l’explication de la

nombreusité des bronzes, qui a été offerte par les opposants, ne peut pas en vérité valoir.

J’ai eu bien plus scrupules, en admettant un âge de bronze que bien d’autres, mais à la manière que le matériel se présente maintenant, je ne puis pas faire autrement pour le Nord. Que dans les trouvailles du Nord le fer ne paraît qu’après le bronze, c’est là une chose, dont chacun peut bien venir se persuader par ses propres yeux. Je viens encore une fois rappeler à l’attention du monde scientifique les 7 thèses, dans lesquelles M. Sophus Mliller a compris les raisons, sur lesquelles l'admission d’un âge de bronze du Nord est fondée et qui au-dessus ont été référées à la page 12. J'ajouterai quelques remarques sur quelques-unes de ces propositions.

Quant à la deuxième thèse, le fait est, que dans des milliers de tumuli du Nord on ne trouve que ces bronzes antiques ; mais presque point de trace de fer. l) Ces tumuli ne se distinguent pas seulement, quant au contenu et sous le rapport de rites funéraires, mais déjà par toute leur apparence de ceux qui appartiennent à l’âge de pierre précédant et à l’âge de fer suivant. Mais, objecte M. Hostmann, nous n’avons pas besoin de fer dans les trouvailles, les bronzes témoignent eux-mêmes par leurs ornementations que des instruments d’acier ont été employés en les travaillant. La déclaration, donnée des autorités techniques de Copenhague, il croit avoir invalidé par des remarques, faites sur les quelques bronzes qu’il a eu sous la main et dont il prétend que les ornements ont été tracés au moyen de poinçons en acier, point en bronze, assertion, dans lequel deux hommes du métier de Hanovre viennent le soutenir. 2)

*) Des traces de fer ont été trouvées peut-être dans une de 500 trouvailles — voir Müller : Archiv IX, 128.

*) A ces observations de M. le docteur Hostmann je remarquerai seulement que ce qu’il avance sur les diadèmes, est tout-à-fait inexacte et ne démontre que sa connaissance peu approfondie des bronzes du Nord, — et qu’entre les bronzes, par lui examinés, se trouvent certainement plusieurs qui témoignent d’acier, par exemple les 4 poignards, mais, bien à remarquer, ils n’appartiennent point au groupe nordique discuté. On peut bien comprendre, que quelques pièces, qui portent le cachet évident d’être travaillées par

Le jugement de ces Messieurs aurait peut-être été un autre, s’ils eussent eu l’avantage de l’accès à la quantité du matériel, qu’offre le musée de Copenhague à cet égard. — Voyons le résultat, auquel est parvenu un compatriote de M. Hostmann qui s’est rendu à Copenhague afin d'examiner par ses propres yeux les pièces d’appui!

M. Tischler, directeur du musée archéologique de la société physicale de Koenigsberg, est venu, apportant à l’enquête l’oeil exercé d’un naturaliste. Eh bien! après avoir étudié avec soin les ornementations d’une masse de bronzes du musée, relativement au technique, et après avoir fait répéter devant lui une série des expériments techniques, dont M. Sophus Millier nous a donné la description, M. Tischler déclare qu'il a trouvé, que par ce procédé les idées émises par M. Hostmann ont été complètement démenties.

Une examination exacte, dit M. Tischler,1) constate que les ornements poinçonnés ne peuvent pas avoir été fait par des poinçons en acier, mais par des poinçons en bronze En suivant les lignes du régard, on voit comment le poinçon s’est émoussé et puis a été aiguisé; et en général, les ornements ne sont pas aussi fortement coupés que M. Hostmann le prétend. M. Tischler continue ainsi: «Tandis qu’il a été ainsi expérimentalement constaté, que ces ornements peuvent très facilement être tracés au moyen de poinçons en bronze, et une examination des ornementations originelles ayant démontré, qu'on s’est servi d’un outil, qui est venu s’émousser à force d’usage, mon dernier doute s’est enfin évanoui, quand j’ai assisté à un autre essai.« C'est que les mêmes ornementations, ciselées au moyen de poinçons en acier, ont montré une telle dureté et précision dans la coupure et ont été différentes d’une manière si frappante des originaux, indistinctement et mollement tracés, que le dernier doute touchant cette partie de la technique des bronzes devait se dissiper.

des instruments en acier, peuvent avoir influé sur le jugement d’autres ornementations, où doute il y aura.

v) Schriften der physikalisch-okonomischen G-esellschaft zu Konigsberg , 18. Jahrg. 1877. Verhandl. p. 33 sq.

A côté des bronzes sans nombre, décorés de cette manière, M. Tischler ne put trouver que deux objets de bronze, qui avaient été gravés, au moyen d’un poinçon en acier, savoir les bracelets dont on a parlé ci-haut — page 13 — , trouvés près Aarup et ensuite l’un des couteaux, mentionnés en même endroit, qui en effet a été poinçonné à la trémolo. Un autre couteau de précisément la même forme a été ornementé à la vieille manière; voir, quant à cela, ce que j’ai prononcé concernant ces bronzes ici audessus page 13. 1)

A) Je me bornerai içi à mentionner le principal de ce qui touche directement à la discussion dernière de Page de bronze au Nord et à la situation actuelle de la question. Ce n’est nullement mon dessin de donner ici un aperçu de tout ce qui a paru dans la littérature par rapport au problème, ' 1 âge de "bronze*. Il aurait été lieu de citer ici les civilisations anciennes de l’Amérique qui, pour peu que le matériel soit accessible, ne connaissaient point de fer, mais toutefois le bronze, avant l’arrivée des Européens. Je citerai pourtant, à cette occasion, aussi les essais techniques bien intéressants et instructifs, faits par M. le comte de Wurmbrand, et par lesquels il a démontré comment des ornements très fins puissent être fondus, aussi dans un moule de sable. Quand néanmoins il conclue, que des instruments en acier auraient été nécessaires dans une industrie de bronze antique, il semble ici quitter sa propre méthode stricte et expérimentale. Il fait ressortir dans son discours que les anciens savaient donner une telle dureté à ses bronzes, qu’il a pu au moyen d’une épée de bronze couper de grands éclats du bronze à canon. L’assertion qu’on a du employer l’acier, n’est motivée que par les mots suivants : L’action de retracer et de repasser est seulement possible au moyen d’acier (nur mit Stahl gut moglich ) puisque ce bronze par alliage de nickel avait déjà obtenu la dureté du bronze aciéreux. ( Corresp.-Blatt der deutschen anthropologischen Gesellschaft , 1877, p. 153). — M. Hostmann et les deux techniciens de Hanovre sont d’avis que les lignes, dont sont ornées les lames des épées, ont été tracées au moyen des outils en acier; mais les épées nordiques n’en exhibent pas de preuves évidentes. J’admets, que plusieures épées en bronze, datant du midi et du sud-ouest de l’Europe, en ses lignes approfondies et fortement coupées, semblent porter le cachet d’être travaillées au moyen d’instruments en acier; mais juxtaposées à des épées nordiques, celles-ci ne font que laisser ressortir la différence, quant à la technique. Sur les lames nordiques pas de coupure aiguë et profonde: les lignes se présentent ici en relief et leurs intervalles sont plats et peu approfondis. Au reste, sur ce point je ne peux pas, comme n’étant pas technicien, rendre un jugement précisé, et ici dans le musée de Christiania je n’ai que l’accès à un matériel de bronzes très restreint. Parmi nos bronzes, datant sans aucun doute de la fin de l’époque de bronze, il y a pourtant une lame de poignard, de type nordique, qui a des lignes si différen-

M. Hostmann ne se trouvera-t-il pas porté à aller à Copenhague, y étudier la technique des ornementations du bronze? Il trouvera, j’en suis convaincu, chez ses confrères danois toute l’obligeance et tout l’appui possible.

Comme le quatrième thèse M. Müller soutient, que les pièces de provenance étrangère se signaient par des indices caractéristiques et distincts, des bronzes indigènes. De la part des Allemands on a essayé de faire valoir ce que, l’importation de quelques objets de bronze ayant été admise, on pourra aisément supposer la même chose de toutes les formes de bronze, trouvés au de ça des Alpes, bien qu’on ne puisse pas encore indiquer au Midi des objets identiques a tous ces bronzes en question. Mais c’est une assertion qui ne peut pas être mise en avant, que par qui manque des connaissances approfondies à l’empreinte de ces bronzes eux-mêmes.

C’est parmi les objets de provenance étrangère justement ceux, dont l’origine de 1 industrie italienne (étrusque) est mise en évidence, qui viennent dans le Nord jeter des lumières d’autant plus vives sur les bronzes de provenance particulièrement nordique et qui le rendent hors de doute, que ceux-ci ne peuvent pas être émanés de la même source. On ne parle pas ici de la différence de détails et de formes qui pourrait exister, mais il s’agit du caractère total, du traitement entier du matériel, des procédés techniques, de la totalité de style: tout nous porte à sentir la provenance essentiellement différente.

La 5ième et la 6ième thèse, relativement à la dérivation des formes nordiques de celles du Midi et à leur développement ultérieur aux pays du Nord, ont été passées sous silence par la partie opposante. D’un seul côté on vient d’entendre des paroles comme «phrases vides (ScMagworterJ à timbre scientifique» etc. Je ne pense pas que tout ce qui, sous ce rapport, a été établi du côté du Nord soit incontestable; tout au contraire, il y a

tes de celles de tous les autres objets, et d’une coupure tellement aiguë qu’il me semble hors de doute, qu’elles sont tracées par le burin en acier. Mais d’un seul ou de quelques objets, datant de la fin de l’époque, on ne saurait guère tirer des conclusions qui peuvent valoir pour toute la période.

sur ce point toute occasion de discussion archéologique. Mais pour pouvoir lever une telle discussion il faut toutefois être mieux armé d’études détaillées d’un matériel étendu, que n’en aient, jusqu’ici, les opposants donné des épreuves. Dans cette petite brochure je vais aussi contribuer à ces études et plus bas je trouverai l’occasion de faire sous ce rapport pîusieures remarques.

Quant à la 7i5mc thèse, relativement aux trouvailles de fonderie, M. Muller a déjà vis-à-vis de M. Lindenschmit soutenu (voir au dessus p. 10) que ces trouvailles ne sauraient pas être caractérisées comme ne contenant que des imitations médiocres: bien au contraire, les formes les plus élégantes et les plus richement ornementées s’y trouvent bien souvent. Ainsi, serait-il vraisemblable, que des celts à manche (paalstavs) et des têtes de lance, de formes élégantes, soient importés au Nord dans l’état même, où ils sortaient du moule, avec leurs bavures encore y restant? Croira-t-on par exemple, qu’un des vases à suspension caractéristiques du Nord, encore rempli du noyeau en potée, qui faisait la partie intérieure du moule, et lequel vase n’avait ainsi pas encore reçu ses ornements poinçonnés, croira-t-on qu’une telle pièce soit expediée de la fabrique étrusque pour le Nord, encore restant dans le moule, où elle a été coulée? Mais si l’on doit admettre comme prouvé, que quelques-uns des bronzes les plus élégants de caractère nordique sont travaillés dans le Nord, ne doit-on donc pas aussi avouer la justesse de cette conclusion, que tous ces bronzes, formant un groupe nettement distingué, avec un caractère achevé et particulier, et ne se trouvant en dehors du Nord, soient aussi travaillés dans le Nord — au moins jusqu’à ce que quelque trace de preuve archéologique soit prêtée pour l’assertion contraire.

En cas qu'on ne puisse pas nier le fait, qu'il a été dans le Nord une période, qui a laissé de vestiges dans des milliers de trouvailles, ne contenant que des objets en bronze qui se montrent être travaillés sans moyen d’acier ou fer, on doit bien admettre, qu’il y a une raison suffisante d’employer pour cette époque la dénomination de l’âge de bronze. Mais quand, en partant

de ce point, donné par les trouvailles elles-mêmes, on doit ensuite pénétrer plus avant dans la période, quand on doit se clarifier sa situation sous rapport de l’histoire de la civilisation, quand il s’agit de mettre le doigt sur sa propre vie de culture nationale, quand on cherche à parvenir à un aperçu sur le commencement, le développement et la fin de cet âge — j’aperçois une série de difficultés et d’énigmes. l) Il faut encore travailler beaucoup, avant qu’on puisse parvenir à jeter la pleine lumière sur toutes ces questions. — Je ne veux pas ici retenir quelques remarques sur plusieurs points et je vais faire entrevoir le point de vue provisoire, duquel, en attendant des résultats plus définitifs, je regarde les faits archéologiques, quant à l’époque des bronzes anciens.

Le fond, sur lequel les bronzes dans les trouvailles du Nord viennent subitement se détacher, est la civilisation du second âge de pierre. Tout démontre, que cela a dû constituer une civilisation, assez avancée; la construction des grands sépultures à galerie suppose un ensemble de travaille d’une quantité d’hommes qui se trouvaient déjà sous un commencement d’ordre sociale. Il est bien constaté, qu’on avait déjà les animaux domestiques les plus importants, et il est bien probable que l’agriculture était déjà commencée. Les antiquités en silex témoignent d’une habilité étonnante dans le traitement de ce matériel, les vases en argile, leurs formes et ornementations sont des preuves certaines d’un goût assez prononcé pour les contours agréables et d’une faculté de décoration assez élégante.

Comment ce peuple a-t-il obtenu les bronzes?

De l’Europe centrale les premiers bronzes sont parvenu au Nord, c’est un fait, dont les antiquités elles-mêmes portent le cachet évident. Bien vite les types importés sont remplacés par

*) Vis-à-vis la tactique souvent employé du côté allemand, de faire tous les collègues du Nord solidairement engagés quant aux opinions émises, il faut que j’accentue ici, que de même que dans mes études je cherche à tracer ma propre route, je ne parle ici que dans mon propre nom, — que peut-être plusieurs de mes confrères du Nord ne seront point d’accord avec moi dans toutes mes réflexions et qu’on ne doit donc pas ainsi sans façon transporter aux autres toutes mes opinions et doutes.

de nouveaux, qui se voient d’être des reproductions et des développements de ceux-là, et qui ne se retrouvent point en dehors de la région du Nord. Or, peut on s’imaginer que les peuples de l’âge de pierre ainsi sans façon sont passés maîtres en traitement du nouvel matériel, en fonte des bronzes? Je ne saurai m’expliquer ce fait autrement, qu’en supposant que les bronzes soient introduits avec une invasion des nouveaux éléments de population, qui, étant en possession des facultés de ce nouveau technique, devinrent les instructeurs des peuplades anciennes, sans doute bien douées. Vu le rapport entier, existant entre les sépulcres de l’âge de bronze et ceux de l’âge de pierre, on est porté à tirer la conclusion, que l’immigration n’a pas été si complète.1) Le gros du peuple est resté le même, mais le nouveau élément a exercé une influence tellement prononcée, que de nouvelles rites funéraires ont entièrement pénétré dans les pays du Nord.

L’habilité technique, dont témoignent les bronzes du Nord, est certainement étonnante, mais c’est une exagération et un erreur, quand M. Hostmann dit,2) que les bronzes du Nord, quant à la perfection technique, l’importent sur tous les autres, que leur alliage, moulage, toreutique, sculpture et ciselure témoignent d’une industrie, à la disposition ae laquelle étaient les meilleurs outils, que connaît un ouvrier en métal. J’ai déjà ici au-dessus mentionné, que, dans les bronzes du Nord, il ne s’agit que de moulage, de poinçonnement et en partie de martelage. Quant à l’alliage je dois présumer qu’il fût en général présent dans le matériel importé. 3) Dans un autre article je me suis réservé contre l assertion, que les bronzes du Nord témoigneraient d’une industrie qui en somme occuperait, sous rapport de la technique, une posi-

1) L’immigration doit avoir pénétré plus profondément dans le groupe occi dental que dans celui d’Est, voir pour le dernier le traité de M. Zinck dans les Aarb0ger de 1871.

2) Archiv für Anthropologie , IX, 202.

3) Le vase en bois, figuré chez M. Madsen: Antiquités danoises. Age du bronze, II pl. 8, qui est orné de séries de clous en étain, est donc un témoin évident de ce qu’aussi l’étain en état pur se fraya un chemin vers le Nord pendant l’âge de bronze. Quelques autres trouvailles d’étain pour ront aussi être démontrées.

tion si éminente.1) Ils montrent bien une virtuosité étonnante, quant à la moulage, mais ils font aussi voir, comment on était maladroit vis-à-vis de son matériel, quand on ne l'avait en état de fonte dans un creuset et ne pouvait le verser dans le moule. Au-dessus, page 24, j’ai déjà mentionné comment dans les travaux poinçonnés, exécutés en général avec une telle habilité, on peut évidemment s’apercevoir les difficultés, occasionnées par les instruments mous en bronze.

L’histoire générale de la civilisation humaine offre assez d’exemples de ce qu’un peuple, même sur un dégré assez bas de culture, peut développer une faculté spéciale jusqu’à une virtuosité vraiment extraordinaire. Quant à la moulage en bronze spécialement, un parallèle se trouvera aux Indes-Orientales.2) Les aborigènes de Singhbum, qui se trouvent sur un échelon bien bas de civilisation, procèdent assez primitivement en fait de moulage de bronze, mais obtiennent toutefois, par le coulage en cire perdue, les formes les plus élégantes.

*) Letterstedfske Nordisk Tidsskrift, 1878 p. 389: »La considération de la technique des bronzes dn Nord me semble du reste montrer d’une manière frappante, combien la civilisation de bronze fut et resta dépendante dans le Nord et comment ce sera peu fondé, sous rapport de l’histoire de la civilisation, de prétendre que la culture de bronze soit ici parvenue à un développement plus grand, qu’ailleurs. Au Nord on n’apprit jamais de traiter le métal autrement, que par moulage (et par écrouissage) et quoique en cette spécialité on atteignît une faculté à merveille, on ne devint jamais maître de son matériel, de sorte qu’on sût le traiter librement et sans gène, au moyen de martelage ou d’autres procédés. Cette imperfection technique ressort là où l’on se met à reproduire des bronzes de provenance méridionale. Ce qui par exemple sur ceux-là sont des ornements repoussés à la main, devient sur ceux du Nord des ornements moulus saillants ; là, où de longs fils sont roulé* en spirales, ou des objets de parure plus larges sont composés de parties séparées, dans le Nord des lames, fondues en entier, viennent les remplacer, qui en raies et en cannelures rappellent la construction des originaux. Le plus clairement se montre la manque d’adresse en dehors de l’habilité de mouler et de modeler dans le sable et en cire, là, où il s’agit de raccommoder les objets de bronze cassés.® Par l’expression de martelage j’ai dans ce passage surtout regardé l’oeuvre repoussée.

2) Le directeur des mines M. le docteur St0hr dans Je Correspondentzblatt der deutschen anthrop. Gesellschaft, 1879, p. 37: »Die dortigen ( in Singhbum in Ostindien) auf niedrer Kulturstu fe stehenden Aborigines verfahren bei der Bronzegiesserei ebenfals primitiv genug , erzielen aber dennoch durch Giessen über ein Wachsmodell die zierlichsten Formen t

Ce qui cependant me paraît encore plus surprenant, que l’ha bilité en moulage, c’est la continuité de style, c’est comment les motifs, venus de dehors, de formes et d’ornementations sont maintenus et développés en entier dans un style bien maîtrisé et de bon goût. Je dois encore ici présumer l’immigration de quelques familles chez lesquelles l’industrie de métal fût continuée et développée et chez qui les particularités de style fussent conservées, familles qui soient devenues les instructeurs du peuple. Je ne peux nullement, relativement aux bronzes du Nord, découvrir aucune trace de décadence ou de recul, sous rapport technique, au contraire plusieurs des objets, dont la moulage artistique nous frappe le plus, appartiennent à un temps assez avancé de l’époque, ainsi, dans le groupe occidental,1) la plupart des pièces, ornées d’une espèce d’émail de la masse résineuse, qui dans le Nord fut employée si fréquemment, tant pendant l’âge de pierre précédent, que durant l’âge de fer suivant

M. Lindenschmit a plusieures fois fait valoir, comment chaque vestige de cette industrie de métal, hautement développée, disparaît dans l’âge de fer suivant aussi subitement qu’elle fut venue. Aussi devant moi ce fait se présente sous un aspect un peu embrouillé. Des travaux de fonte en bronze qui par leur caractère rappellent ceux de l’âge de bronze, se laissent pourtant apercevoir dans le premier âge de fer. J’aurai, sous peu, dans un autre ouvrage l’occasion d’aborder ce point.

Qu’est ce donc que les trouvailles nous apprennent relativement à la civilisation du Nord pendant l’âge de bronze? Préalablement je ne m’arrêterai pas aux objets de bronze; je vais d’abord citer quelques autres traits, témoignant de toute autre chose qu’un état social tellement bas et barbare, que l’opposition allemande a voulu le faire prévaloir. M. Muller a rappelé les trois costumes entières qu’on a trouvées, d’un tissus excellent, et en dehors de ceux-là on pourra, dans une multitude de trouvailles, en montrer

*) Je me joins à M. Sophus Müller dans sa vue sur les deux groupes des bronzes nordiques, dans l’assertion qu’aussi les bronzes occidentaux, qu’on a jugé les plus anciens, sur leur territoire descendent jusqu’à la fin de la période.

des fragments, témoins d’une élevage de béstiaux avancée et d’un point élevé d’industrie domestique. Un article, !) qui a paru en 1877, fait part d’un vase en bronze, sur le fond duquel on voyait des restes de céréales, témoignage ainsi d’une agriculture déjà avancée.2)

L’équipement des tombeaux nous montre l’homme avec sa costume et avec ses armes, la femme en habit, avec ses parures et ses outils, dont peut-être aussi son étui à coudre. Et, même en cas qu’on veuille présumer, que tous les bronzes eussent été importés, ne témoignent donc* pas justement leur toute-présence de ce que ces peuplades, qui se procurèrent de tels objets de bronze, lesquels de l’opposition sont déclarés d’être même les produits les plus perfectionnés d’une industrie classique dans sa plus grande floraison, et de tels bijoux que les objets en or exhumés, — que ces peuplades se trouvaient en effet sur un assez haut échelon de culture? Ou si l’on croit, que les fabriques étrusques fissent des efforts pour produire justement les objets les plus beaux, les plus achevés, afin de les aliéner dans le Nord, trouvet-on là un témoignage évident de ce que les peuplades baltiques fussent des barbares à demi-sauvages? Encore et encore on cite les vases si médiocres comme preuve tranchante de la grossièreté indigène, mais je dois encore ici me référer à la réplique de M. Millier à cet égard et je me permetterai une question. Quand sur les champs funéraires de l’Allemagne du Nord on trouve bien souvent les ossements brûlés rassemblés dans un vase d’argile, grossièrement£travaillé, sans ornements, à côté de vases élégamment travaillés et bien ornementés, doit on aussi alors présumer que ceux-ci soient importés, parcequ’ils contredisent la technique indigène barbare, se manifestante dans les urnes cinéraires?

Quant aux bronzes eux-mêmes M. Hostmann avance qu’ils ne sont en somme que des objets de faste et de vanité, - des marchan-

Rostrup : En Notits om Plantevœxten i Danmark i Broncealderen , dans les Aarb0ger 1877, p. 78.

2) Les scènes qui sont représentées dans les sculptures de rochers, peuvent donner des illustrations très intéressantes sur la vie pendant l’âge de bronze en Scandinavie, voir le Compte-rendu du congrès de Stockholm, p. 458 et 475.

dises d’étalage inutiles etc, ce qui regarde spécialement les armes de guerre, qu’on a deterré. Aussi du côté nordique on a de quelques grandes haches minces, moulues sur un noyeau de potée, prétendu qu'elles ne pouvaient guère avoir servi en qualité d’armes, mais devaient avoir été des signes d’bonneur, des pièces d'étalage.1) La même chose est probablement le cas de quelques épées, dont les poignées de la même manière sont très faiblement fondues sur un noyeau d’argile; mais de toute la grande multitude une telle hypothèse n’est pas acceptable. La plupart des épées, pour ne pas parler des haches, des têtes de lance et des celts à manche, ne laissent rien à désirer quant à l'utilité, quand on y voit principalement des armes d’estoc. Elles sont certainement bien peu conformes au but des armes de taille, car leurs lames ont très souvent la plus grande pésanteur justement en avant dans la partie élargie vers la pointe, ce qui pour une arme de taille n’est pas avantageux, tandis que qu’elles ont ordinairement leur point le plus faible précisément là où la lame se joint à la poignée. Une masse de fragments qui sont brisés justement sur ce point, sont témoins tant de ce que ces épées ont été employées, que de ce que les dits inconvénients dans la construction se sont fait sentir.

En résumé, tout témoigne d’un peuple guerrier. L’équipement constant de l’homme dans le tombeau est ses armes; les trompettes magnifiques qui, en nombre très considérable, se sont trouvées en Danemark, et dont plusieures, tirées des tourbières, sont encore si bien conservées qu’elles puissent encore aujourd’hui faire entendre leurs tons, semblent indiquer que les guerriers de ce peuple combattirent en colonnes rangées. Or, tout témoigne aussi d’un peuple qui faisait grand cas de l’apparence extérieure, de la magnificence, du grand air, et qui aimait le faste et l’éclat. C’est ce qui ressort avec évidence, tant des parures magnifiques des hommes et des femmes, que des riches ornementations qui se rencontrent sur la plupart des objets de ce temps.

Du reste, on doit constamment se rappeler que l’image de la culture que nous présente, soit le contenu des tombeaux, soit les

*) G. Stephens et C. F. Herbst dans les Aarbôger , 1866, p. 120, 124.

Undset: Sur l’âge de bronze. 3

trouvailles déposées dans les tourbières, qu’on doit également présumer avoir été enfouies avec un dessein réligieux, est très incomplète. Nous voyons le peuple déployer toute son magnificence et splendeur, afin que le décédé dans l’autre monde puisse se présenter de la même manière brillante, dont déjà dans cette vie on faisait tant de cas. C’est bien possible et c’est même assez probable que quelques-uns des objets, que nous trouvons dans les tombeaux, ne soient travaillés qu’expressément pour là être déposés, en qualité d’objets votifs ou symboliques. Même les seuls vases en bronze d’origine indigène, que les trouvailles nous ont livrées jusqu’ici, les étranges vases à suspension, semblent principalement avoir été des objets de luxe, peut-être de cassolettes, d’usage réligieux. Ils ne pourront pas avoir servi comme pots de ménage et ils ne pourront non plus avoir aisément été employés à y conserver des fluides.

Nous pouvons donc, en examinant la grande masse des trouvailles, difficilement saisir une image distincte de la vie quotidienne du peuple. De ce qui déjà a été expliqué, nous voyons que nous avons assez peu de connaissance à l’outillage et aux ustensiles dont on se servait pour les travaux et les métiers de la vie de tous les jours. Une série considérable d’outils de bronze nous est toutefois parvenue; mais cependant, l’outil le plus important je ne peux pas attraper. Où sont les haches dont se servaient les hommes de l’âge de bronze pour abattre les arbres, pour fendre les troncs et pour travailler le bois, de sorte qu’il pût servir à leurs besoins journaliers? Ce ne sont certes pas les magnifiques celts à manche si élégamment ornementés, souvent même vers le tranchant, qui auront pu servir à cet usage, voir Montelius: Antiquités suédoises no. 116. Ils ont sans aucun doute été des armes, aussi bien que les haches, comme celles réprésentées par Montelius, no. 99 et 100. Les celts à douille ne peuvent pas non plus avoir servi aux travaux grossiers. Les bâches massives en bronze (voir Montelius 130) pourront bien avoir été des instruments utiles, mais le fait, qu elles paraissent constamment ornementées tout en entier, me semble parler contre leur

usage comme ustensiles, et de plus, on ne saurait présumer que l’importation de métal ait pu si abondamment satisfaire à la recherche, car un outil comme une hache à bois, doit au moins avoir été en possession de chaque père de famille. Or, nous avons aussi des celts à manche sans ornements (voir Montelius 117, 119 etc). Je ne doute pas que ceux-ci en partie n’aient été des ustensiles; mais dès que les essais si intéressants de M. le chambellan de Sehested l) m'ont fait reconnaître, quelle est la besogne qu une hache en silex bien polie peut fournir, je n hésite plus de maintenir que les ustensiles en bronze, dont plus haut, quand il s’agit du travail dur, sont en tout point inférieures à une telle hache en silex.

Je suis donc porté à conclure que des haches et aussi probablement d autres instruments en silex ont été employés en grande oartie pour la besogne quotidienne de ménage dans la vie sociale du Nord et cela même pendant toute la période, d’où datent ces tombeaux magnifiques, garnis d objets si brillants en bronze.2) Des trouvailles à venir, par exemple des emplacements avec des débris de civilisation et des gisements de culture, vont une fois, il faut l’espérer, répandre la pleine lumière sur la vie quotidienne de l’âge de bronze et sur ce qui se rapporte aux soins de ménage de ces temps réculés.

Maintenant je vais aborder des points qui me paraissent encore plus difficiles, encore plus obscures et énigmatiques.

D’où le métal arriva-t-il à l’Europe du Nord pendant cette période, dont les trouvailles magnifiques et étranges nous ont donné ces milliers d’objets de bronze, qui nous font présumer

1 ) Dans un prospectus (dans le Corresp.-Blatt der deutsch. anthropolog . Gesellschaft, 1879 p. 30) de l’ouvrage important de M. le chambellan de Sehested j’ai donné une notice sur ces essais remarquables, que l’auteur ne cesse pas de continuer, d’après un plan bien réglé, essais sur lesquels il prépare une publication.

2) Dans le Letterstedtske Nordisk Tidsskrift , 1878, p. 388, j’ai déjà proféré mon opinion sur la vraisemblance d’un usage assez étendu d’instruments en silex pendant l’âge de bronze. Il m’est connu que M. le docteur Henry- Petersen, du musée de Copenhague, dans un discours, tenu dans La Société Royale des Antiquaires du Nord, a professé les mêmes idées.

qu’ils ont été fabriqués dans les régions mêmes du Nord? Quelles furent ces relations commerciales d où provenait un abord si abondant et si régulier de métaux, et qu’est-ce que les contrées Baltiques auront pu offrir en échange du bronze précieux, qu’elles recevaient?

C’est assurément avec raison qu’on a vu dans l’ambre jaune le moyen d’échange, pour lequel le Nord se procura en général le bronze, et les voies par lesquelles ce commerce se faisait, doivent certainement en général avoir mené vers le Midi. Il y en a qui ont voulu prétendre que le bronze soit venu du coté d’Ouest, où Angleterre exhibe, dans ses provinces du sud, une telle richesse d’étain qui se trouve si rarement. Il y en a encore d’autres, par exemple M. Hildebrand, x) qui supposent des voies de commerce au travers de la Russie, par l’Asie jusqu’à l’ancienne Drangiana, actuellement Seistan, partie d’Afghanistan, lequel pays doit avoir livré l’étain nécessaire. Il me semble que ce soit une hypothèse osée, que celle qui suppose des rapports entre des contrées si lointaines, ayant pour résultat un abord régulier et abondant de métal aux régions de l’âge de bronze du Nord, et aussi cette hypothèse manque, au moins jusqu’ici, totalement d’appui dans les trouvailles. Par contre, il est bien prouvé que les contrées du Nord ont été en relations constantes avec les pays plus méridionaux durant toute la période que comprennent les trouvailles de bronze.

Le bronze fut-il importé au Nord en état travaillé ou en état de barres? Cela je ne sais pas décider. Une importation de produits d’industrie, qui presque sur le champ furent refondus en types nordiques, c’est une chose qui me semble insoutenable, et en outre, diverses trouvailles de bronze donnent des témoignages dans une direction distincte. 2)

x) Hans Hildebrand dans le Antiquarisk Tidskrift for Sverige, V, p. 208.

2) De l1 Allemagne du Nord je cite: la trouvaille de Putziger-Wik bei Dantzig, contenante environ 27 kilogr. de barres (v. Corresp .-Blatt d. d. anthrop, Gesellschaft 1874, p. 67); l’alliage avec du plomb renvoie pourtant ce bronze vers l’époque romaine; la trouvaille de Weissig dans la Saxe, dans laquelle il y a aussi quelques barres et culots de bronze, à côté d’une masse d’objets entiers et cassés, dont plusieurs ciseaux et poinçons en bronze, très-usés, (v. Die Preuskersche Sammlung , p. 9 sqq.)

Or, il est bien sûr, que le fer a été connu dans l’Europe centrale et qu’il a été d’usage commun ici au moins cinq-cents ans avant notre ère, tandis qu’il doit être aussi sûr que les trouvailles les plus jeunes de ces anciens bronzes dans la Scandinavie du Nord descendent jusqu’au temps du Christ environ. On doit donc présumer, que le Midi, qui se servait du fer pendant des siècles, exporta le bronze au Nord sans que le fer en fît partie! Ce qui est sûr, c’est, que diverses objets, qui, sur les territoires du Midi, appartiennent déjà à un âge de fer, au Nord se trouvent pendant l’âge, qu’on doit caractériser comme étant ici l’âge de bronze.1) J’avoue qu’ici je me trouve vis-à-vis d’un fait, que je ne puis pas encore clairement m’expliquer.

Je prévois qu’un contradicteur pourra objecter, que ces difficultés, que je viens de signaler, auront dû m’avoir conduit à rejeter la théorie d’un âge de bronze dans le Nord. Mais, ce qui a été émis dans les thèses avancées par M. Millier et plus amplement expliquées par moi, n’est pas une théorie ; ce sont des faits archéologiques que les antiquités nous exhibent, des faits qui exigent une explication laquelle bien naturellement prend la forme d’une théorie, faits, qui ne disparaissent nullement par ce que leur explication va au commencement causer des difficultés, et de ce qu’ils sont énigmatiques. La théorie, avancée par les opposants allemands, je ne peux pas accepter, parce qu’elle n’explique pas ces faits et, en somme, ne s’en occupe pas. Au commencement —, je le répète, car pour moi la question se présente en effet ainsi, que nous ne sommes qu’au commencement de notre travail avec le problème de l’âge de bronze. Ce n’est qu’a présent qu’on s’est appliqué aux études approfondies dans chaque territoire, ce qui doit en effet précéder un traitement fructueux du problème en son général. Mais ce n’est que, quand on est parvenu à s’avoir procuré un aperçu plus étendu, qu’on pourra répandre de la lumière sur les différentes énigmes que nous rencontrons dans chaque groupe.

Dans un autre ouvrage, qui paraîtra sous peu: »sur les commencements

de l’âge de fer dans l’Europe du Nord*, je vais éclaircir ce fait.

Je cherche à distinguer ce que nous savons jusqu’ici, de ce que nous ne savons pas encore, — à discerner les résultats, que nous donnent les observations spéciales des antiquités, de ce qui appartient à la théorie, tentée pour les expliquer. Une théorie subira, cela se conçoit, toujours des corrections et des modifications ultérieures, mais sa base de faits existants doit être quelquechose de durable.

C’est pourquoi, quand je parle d’un âge de bronze dans l’Europe du Nord, je ne veux pas tout d’abord donner une telle étendue au mot d 'âge que bien d’autres l’ont fait, ne prétendre quelque chose d’une telle période comprenant tout le monde, - d’autant moins que des métallurgistes paraissent avoir une connaissance si bien établie de la préexistence du fer sur notre globe! Je cherche à me tenir à ce que je sais, comme point de départ, à un territoire, dont je connais les antiquités non seulement par la littérature, mais par l’autopsie, exercée sur des voyages assez étendus.

Sans doute, je serai désigné par quelques-uns comme un systématiste. Quand on a ainsi appelé mes confrères du Nord, ce n’a pas été pour leur faire un compliment, mais je le voudrais tourner en tel. Quand on cherche à ranger la multitude troublée des observations et des faits, quand on cherche à les remettre en système, on cherche la clarté et la connaissance, c’est une tendance scientifique et vers la vérité.

Les opposants allemands, dont je reconnais du reste hautement l’érudition, avaient-ils été un peu plus des archéologues systématiques et avaient-ils travaillé un peu plus les antiquités ellesmêmes, la période des anciens bronzes en Europe du Nord ne se serait pas maintenant présenté sous un aspect si énigmatique qu’elle le fait encore toujours. C’est justement d’Allemagne du Nord, que la lumière la plus forte doit être répandue sur cette période, — c’est ici, que les bronzes s’approchent le plus aux types et aux groupes méridionaux, c’est ici, que les développements les plus importants nordiques semblent aussi s’être formés.1)

*) Il ne faudra, j’espère, prononcer, que je n’apprécie l’étude des auteurs anciens moins que les opposants, si je me suis au-dessus élevé contre une mé-

Les résolutions des métallurgistes ou des affirmations des auteurs anciens ne peuvent pas, c’est certain, décider des questions archéologiques, ou nous donner le normal, d’après lequel les faits archéologiques seront a régler. L’archéologie préhistorique est pourtant maintenant une science indépendante, qui doit conquérir ses résultats par des études, qui auront pour objets les antiquités elles mêmes.

Ce sont les trouvailles et les antiquités elles-mêmes qui doivent répandre de la clarté sur le problème de l’âge de bronze et il s’agit donc d’abord de procurer un matériel aussi grand et aussi authentique que possible. Des recherches systématiques doivent se faire avec les observations les plus soigneuses. Il faut constater enfin ce que c’est qui se trouve ensemble sous de telles circonstances qu’on doit présumer, que cela a aussi été déposé ensemble et en même temps. Ici on aura donc soigneusement à ramasser les détails sur les trouvailles, dans lesquelles le fer se rencontre avec ces bronzes anciens. Quant à moi je ne céderai devant personne, dans le zèle de notifier ces sortes de trouvailles.

Puis les savants doivent, par des études approfondies, se faire maîtres de tout le grand matériel, ensuite on doit procéder à le travailler. Les types doivent être distingués, il faut examiner, sur quelles territoires ils sout répandus, leur domiciles doivent être fixés. Ici il ne suffit pas de démontrer statistiquement, où le type se trouve en le plus grand nombre d’exemplaires ; ici il faut une examination soigneuse du caractère, du technique, de l’analogie

thode, qui cherche à ranger les faits préhistoriques sous des opinions préconçues, puissées des sources prétendues historiques. Je fais grand cas de l’érudition, qui, dans cette discussion, du côté allemand s’est manifesté sous ce rapport : pour celui qui va travailler spécialement les époques métalliques du temps préhistorique, je le crois necessaire de se plonger dans la vie historique de l’antiquité greco-romaine et de faire des études sérieuses dans l'archéologie classique, et sur ce territoire je suis le débiteur le plus reconnaissant à la science allemande. Mais il faut qu’on ne laisse pas sa vue devenir ainsi éblouie du monde des anciens, qu’on ne peut pas avec un libre aperçu reconnaître et juger les groupes de culture, qui pourraient avoir existé en dehors et des régions et des connaissances de l’antiquité classique.

avec d’autres séries de types. La prépondérance numérique d’un type dans une région peut être l’effet de circonstances accidentelles et peut à chaque moment être dementie par de nouvelles trouvailles. Pour prendre un exemple: les vases d’or en repoussé de l’âge de bronze sont jusqu’à ce moment trouvés en Danemark en plus grand nombre qu’ailleurs, mais par leur technique et par la totalité de leur caractère ils se distinguent des antiquités, qu’on doit supposer de travail indigène, et personne ne doute qu’ils ne soient de provenance étrangère. *)

Puis dans chaque groupe on doit étudier la dérivation et le développement des types. Les études typologiques sont de la plus grande importance. Mais je dois tout de suite remarquer, que la méthode typologique est une méthode très dangereuse qui peut très facilement être outrée, et où l’arbitraire peut très bien se mettre en jeu. Il faut maintenir, qu’une forme d’antiquités n’est pas un organisme en ce sens, qu’elle croît, se développe par une évolution, se fende en formes -filles etc d’après un principe intérieur vital ; elle est au contraire dans ses métamorphoses et ses variations les résultats des caprices humaines, des caprices, que je crois bien certainement limitées par de certaines lois de développement, mais qui cependant ne peuvent pas être reconnues par une forme de culture séparée. Surtout on doit dans les recherches typologiques se garder bien de prendre pour des formes-intermédiaires de développement celles qui ne sont en effet que des formes d’accomodation. Là, où dans un groupe deux types se rencontrent, qui, avec provenance différente, ont toutefois conservé cette ressemblance fondamentale qui provient de leur déstination au même usage, il résultera une série de formes d’aplanissement, — des formes-bâtards, au travers desquelles elles confluent, pour ainsi dire, l’une avec l’autre ; mais il faut bien se garder de considérer ces formes comme des chainons intermédiaires, par lesquels l’un type se soit développé de l’autre.

1) Engelhardt : Les vases d'or sacrés au musée des antiquitées du Nord à

Copenhague (Compte-rendu du Congrès de Copenhague p. 403). Je ne tiens pas compte ici des vases d’or que M. Schliemann a trouvé en si grand nombre à Mycènes.

L’examination du développement des types et de leur rapport réciproque doit s’appuyer sur une base géographique, doit se référer de plus près à observation du territoire sur lequel ils se sont répandus; et enfin il faut qu’on agisse avec précaution en généralisant les résultats qu’on pense avoir gagné relativement aux formes particulières.

Puis on doit chercher par les antiquités à se faire une image de la vie même de cette période dont les formes proviennent, se clarifier les conditions, dont les antiquités sont les résultats. On doit de plus examiner le technique des pièces, chercher à attraper par quels procédés elles ont été crées, de quels outils ils portent les marques. Dans ces observations techniques on ne doit pas procéder d’une manière prévenue en partant d’opinions préconçues, prises seulement dans les ateliers modernes; mais il faut au contraire tâcher de parvenir à comprendre l’ancien technique par ses propres produits. Puis il faut écouter les témoignages, que pourront donner les antiquités, quant à l’histoire de la civilisation. Il faut examiner à quoi les objets antiques ont pu servir et jusqu’à quel point ils étaient conformes au but. On doit considérer les trouvailles comme des totalités et relativement à ce qu’elles puissent, en cette qualité, nous découvrir, quant à la vie de civilisation, quant aux idées sociales et réligieuses etc dans la période dont elles se dérivent.

Or, en cas que le résultat de ces observations, bâties sur le matériel entier, sera que la civilisation indigène nordique dans la période discutée était rude et à demi-sauvage, que les bronzes au Nord ne furent qu’exotiques et des produits de luxe italiens, que les epées en bronze par exemple sont déposées dans les tombeaux, seulement en qualité de représentants pour les épées en acier, avec lesquelles les décédés s’étaient battus ici en monde, — et bien, alors il me sera une vraie satisfaction de reconnaître, que l’opposition allemande a eu pleinement raison. Jamais on ne verra, bien certainement, un archéologue du Nord par Nationaleitelkeit aller maintenir un système, de l’impossibilité duquel il vient d’être persuadé.

Je profite de l’occasion pour mentionner une trouvaille qui vient d’être publiée par M. le docteur Montelius, et qui au premier regard semble être un fort argument en faveur des idées allemandes.1) Dans les palafittes de Corcelettes au lac de Neufchatel on a parmi une multitude de bronzes aussi trouvé un vase à suspension et la moitié d’une fibule en forme de lunettes, tous les deux objets de formes parfaitement nordiques. De la part des Allemands bien sûr on sera persuadé, que ces deux objets ont été confectionnés en Italie pour le marché du Nord, mais que par hazard ils ne soient pas arrivés plus loin qu’en Suisse. Quoique ma manière principale de juger les faits pendant le temps préhistorique soit, que la voie, dont la civilisation et ses produits se répandent, va en tout du Midi vers le Nord, je dois pourtant me ranger au côté de M. le docteur Montelius, quand il prétend que ces objets sont venus à la Suisse des contrées plus septentrionales, d’un endroit dans les confins de l’âge de bronze de l’Europe du Nord. Dans cette trouvaille méridionale ces deux pièces se distinguent si complètement de tous les bronzes, avec lesquels ils se trouvaient ensemble, non pas seulement, quant aux formes et aux ornementations, mais aussi sous rapport de caractère total et relativement au technique, qu’on ne peut nullement croire à une origine commune. Au moment que plusieurs bronzes de Suisse sont trouvés dans le groupe nordique et qu’ils témoignent de rapports dans cette direction, il n y a rien d’invraisemblable en ce fait que quelques bronzes du Nord soient pénétrés en Suisse. La distance de ce pays jusqu’aux confins méridionaux du groupe du Nord, — les hauteurs de l’Allemagne centrale — n’est en effet pas grande. Or, dès que nous sommes arrivés au nord de ces confins, nous sentons aussi, que nous sommes venus à la patrie de ces mêmes formes. Les vases à suspension sont ainsi dans le Nord trouvés en nombre d’une centaine et demie, les fibules en forme de lunettes en nombre encore plus grand, et bien à noter: ici ces formes se trouvent parmi des

*) Montelius dans le Kongl. Vitterhets , Historié och Antiquitets-Akademiens Mânadsblad, 1879, p. 141.

milliers d’autres bronzes, avec lesquels elles sont liées au plus près quant à style, ornementation et totalité de caractère. En dehors de ces contrées la trouvaille mentionnée est tout-à-fait unique.

Je propose aux confrères allemands de vouloir bien à l’avenir porter la discussion au propre territoire des antiquités. Comme je l’ai déjà indiqué et comme j’aurai encore l’occasion de l’indiquer plus bas, le matériel, lui même, offre tant de côtés qui éveillent de doute et qui pourront être pris en sens différents, que nous trouverons ici assez de matière à des discussions fructueuses.

Mais, avant tout, lé matériel se trouve là, exigeant d’être énergiquement travaillé, d’être systématisé. Les bronzes qui par les savants du Nord sont placés dans l’âge de bronze, se laissent nulle part, où ils se rencontrent, confondre avec ceux d’une civilisation romaine ou sûrement étrusque, ou bien avec ceux qui appartiennent aux groupes de la Tène et de Hallstadt. Le meilleur connaisseur d’antiquités, que possède l’Allemagne, M. Lindenschmit, a bien souvent dans ses ouvrages discerné entre les bronzes des groupes, ici mentionnés, et les bronzes plus anciens : ces derniers il semble placer justement là, où les archéologues nordiques ont établi leur âge de bronze. Ces Messieurs, qui ne veulent pas adopter le nom si odieux âge de bronze, ne voudront-ils donc pas avoir la bonté de s’appliquer au besogne d’éclaircir d’une lumière plus forte ces anciens bronces et la période même, d’où ils se dérivent? l)

1) M Alexandre Ecker, gérant en chef du journal distingué Archiv fur Anthropologie , a proposé (v. Archiv IX, p. 97 sq.) qu’en abandonnant les trois périodes on devait adopter un système de deux périodes, qui seraient à dénommer l'époque prémétallique et l'époque métallique. J’admets bien volontiers que la dénomination prémetallique pourrait être à préférer de celle de de pierre , mais la désignation l'époque métallique , qui est trop large pour avoir valeur à dater une trouvaille, aurait donc tout de suite dü être remplacée par des subdivisions. Mais sélon le règle, cité par M. Ecker, denominatio fit a potiori, on doit alors commencer par établir la subdivision : l’époque de bronze et l’époque de fer. Car cela est incontestablement le premier trait saillant de l’époque métallique, que les trouvailles les plus anciennes se sont partout distinguées par la prépondérance des bronzes.

Ce préface est devenu un peu trop long-, mais j’ai voulu rendre compte du point de départ des études, dont dans la suite je vais faire part. Quant à cela que je me suis essentiellement ici au-dessus occupé du groupe nordique, la raison en est, que celui-ci est le groupe le mieux examiné et justement celui, qui a formé la base de la discussion référée de l’âge de bronze en entier.

Il s’ensuivera de ce qui a été dit au-dessus, que quand je me sers de la dénomination »âge de bronze«, c'est sans vouloir d’avance soutenir d’une telle période qu’elle soit une phase dans le développement général de la civilisation humaine, et je me sers ici avec une certaine réservation du mot »âge«. *)

Je passe maintenant à offrir quelques contributions au traitement du matériel présent des anciens bronzes. Je prend pour fondement le groupe le plus prononcé dans l'Europe-centrale, celui de la Hongrie, et en partant de celui-ci, je tâcherai de pénétrer dans les autres groupes, en cherchant à déterminer leurs rapports réciproques. D’abord il faut examiner en quelles relations sont les bronzes de la Hongrie à ceux du Nord, puis dans

des parties suivantes je chercherai à traiter d’autres groupes d'Europe central et du Midi. Ce qui cette fois je présente n’est qu’une examination sur les territoires, où sont répandus quelques types certains, et sur le rapport subsistant entre eux, préalablement ainsi une examination d’un seul côté de ce que nous exhibe le matériel. Plus tard je reviendrai à un traitement étendu de la présence des types dans des trouvailles reunies etc. Dans cette petite brochure je ne tirerai donc pas des conclusions précipitées, ni je ne m’occuperai de faire théorie. C’est seulement

mon dessein de présenter un premier essai, un petit travail que j’ai fait.

Je finis cet avant-propos par une citation du grand ouvrage de M. Chantre, en donnant à ses paroles la restriction que je dois les prêter en les appliquant à mon petit ouvrage. x) Voir la remarque de M. Bertrand sur ce mot dans le Compte-rendu du congrès de Stockholm p. 424. C’est cette même réservation que je garde, en me servant pas de l’expression âge du bronze, mais seulement de celle d’âge de bronze.

«J’ose espérer que les documents nombreux et positifs, réunis par moi, fourniront à l’avenir une base solide à l’étude des savants, dont les discussions ont trop souvent jusqu’ici reposé sur des hypothèses: elles ne sauraient prévaloir désormais contre la logique impitoyable des faits. «

Page 1