CHAPITRE IL
mauresque assez bien conservée , tracée naguère par Omar-Pacha, run des derniers deys de la régence, pour faciliter les communications entre Alger et Constantine. Cette route est d’une construction vicieuse à plus d’un égard , et bien mesquine si on la compare aux travaux actuels des Français. Deux cavaliers ont de la peine à y passer de front. De distance en distance on trouve des pierres placées transversalement, formant degrés, et laissant une saillie de quelques pouces au-dessus du niveau du sol. Les Algériens pratiquaient ces espèces de marches pour affaiblir la roideur des pentes, et la saillie était conservée pour prêter un point d’appui aux pieds des chevaux; car il est bon de remarquer que le chemin gravit verticalement les versants et les crêtes de rochers , bien qu’en détournant un peu sa direction , il eût été facile d’éviter en partie un pareil inconvénient. Généralement il présente de grandes difficultés : creusé en sillons tortueux, semés eux-mémes de roches raboteuses , placé sur la croupe des collines, qui quelquefois le coupent à pic à cinquante pieds de profondeur, il serait totalement impraticable à l’époque des gelées ou des grandes pluies.
A droite et à gauche on découvre des hameaux kabyles. Les cabanes , construites en branchages , sont situées ou par groupe dans les plis du terrain , ou isolément sous l’abri des rameaux d’un arbre à haute tige, dans les enfoncements ou sur le sommet des coteaux ; mais toutes dans les positions les plus pittoresques.
\’IS1TE A ABD-EL-KADER
De temps en temps nous apercevions de nombreux troupeaux de moutons et de chèvres , d’après lesquels nous étions en droit de supposer que ces montagnards sont plus aisés que ne le feraient croire les mauvais haillons dont ils sont couverts.
On ne trouve aucune vallée dans cette partie de l’Atlas , mais une multitude de ravins à bords escarpés et anguleux. A partir de la Métidja, les collines se superposent graduellement jusqu’au mont Amal puis, s’élevant encore par derrière cette chaîne, elles forment plusieurs chaînons parallèles, dont le dernier va se terminer en pente rapide sur la vallée de Tisser. Les roches qu’on y trouve le plus généralement sont le schiste, le calcaire, le granit; les végétaux sont le lentisque en immense majorité, puis l’olivier, le caroubier, quelques chênes-verts et quelques lièges; dans les has-fonds, Typreau et le saule ; sur les sommités, le palmier nain et le genêt épineux.
De la crête du dernier chaînon , on découvre devant soi la vallée de Tisser. Elle commence au confluent de TOued-Zeïtoun , et se projette de l’ouest à Test, dans une étendue de 12 à 15 lieues. Rétrécie à ses deux extrémités, s’élargissant à sa partie moyenne , elle offre la forme d’un bassin allongé : elle est limitée d’un côté par une chaîne qui, partant du Jurjura, vient en quart de cercle, et presque sans interruption, s’appuyer aux chaînons collatéraux de TAmal, et de l’autre par une série de collines irrégulières, s’étendant depuis ces chaînons jusqu’à Hamza. Ce vallon est formé d’un terrain d’alluvions très-ac-