‹ Études sur l'Algérie et l'AfriqueChapitre 11 sur 135 · CHAPITRE H · texte numérisé non relu

CHAPITRE H

cidenté. Une terre inarno-argileuse , propre à la fabrication du pisé, ainsi que de profondes couches d’humus , en recouvrent la surface.

La végétation y est des plus vigoureuses. Depuis Alger, c’est ce que nous avons trouvé de mieux et pour la culture du sol, et pour la construction des habitations. De chaque gorge , de chaque repli des versants, on voit s’élever des colonnes de fumée annonçant un village ou quelques cabanes. La propriété y est aussi mieux déterminée : des clôtures en bois mort et quelques haies vives servent de lignes de démarcation. Ces terres fertiles sont arrosées par les eaux de Tisser, qui prend sa source dans le Jurjura, rase la chaîne dont nous avons parié tout à l’heure, et, tantôt s’étendant en nappe, tantôt se serrant entre deux rives, d’autres fois se divisant en plusieurs ruisseaux, parcourt la vallée d’un bout à l’autre. Son lit est encombré de galets, et ses bords s’ombragent de nombreux tamarisques et de magnifiques oliviers.

Au sortir de la vallée , notre petite caravane se dirigea vers le sud-est, puis, escaladant de nouvelles collines , elle fit son entrée dans THamza. C’était le troisième jour du voyage.

L’Hamza, que quelques personnes croient une plaine fertile , et que certains écrivains ont récemment encore décorée du titre de province, n’est qu’un plateau de médiocre étendue. A vue d’œil, on peut lui accorder tout au plus sept lieues de long sur huit de large. Il est borné au nord par le Jurjura , à Test par les Bi- •bans, au sud par la forêt de Ouan-Noura, et à l’ouest

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par les collines formant un des côtés de la vallée des Issers.

Dans la partie voisine du Jurjura on trouve grand nombre de silos , ce qui ferait croire qu’à une époque plus heureuse les habitants obtenaient d’abondantes récoltes Ce canton d’Hamza est actuellement habité par les Aribs , tribu arabe , originaire du Sahara, lesquels n’ont pas encore su , jusqu’à ce jour, lui rendre son ancienne fertilité. C’est d’ailleurs le seul point digne de quelque culture , le reste du plateau n’en vaudrait pas la peine ; car en s’avançant vers le sud on ne découvre plus qu’un terrain siliceux et dégarni de terre végétale. La nature du sol, les végétaux qui y croissent, font de cette partie un anneau de transition, unissant Hamza à la forêt de Ouan-Noura.

Üuan-Noura est une forêt de plusieurs lieues d’étendue. Elle est plantée d’arbres verts , dont les espèces les plus nombreuses sont : le pin-sylvestre, le thuya, le lentisque, le caroubier, le cyprès et le chêne-vert. Ces arbres sont généralement à l’état de broussailles et de baliveaux. Les pins seuls forment futaie, .et sont assez forts pour servir aux grandes constructions. On y rencontre aussi quelques noyers, quelques hêtres ; les oliviers y sont assez nombreux.

Au sud de Ouan-Noura est un vallon entouré de

* Les silos arabes sont des fosses creusées sous terre : leur ouverture est rétrécie et pratiquée perpendiculairement à la base ; leurs flancs évasés leur donnent l’air d’une vaste amphore enfouie sous le sol. Au besoin , les indigènes en ferment hermétiquement l’entrée pour y cacher leur grain. Le blé soustrait à l’action de l’air et de l’humidité se conserve un temps considérable dans ces silos.

CHAPITRI-: II.

monticules et baigné par un ruisseau appelé l’Oued- Hammam : c’est en ce lieu que nous fîmes rencontre du camp d’Abd-el-Kader ; il y avait quatre jours que nous avions quitté Alger.

Je désire que les quelques lignes qui précèdent servent à donner une première notion de cet Atlas si peu connu et si curieux. Sans doute, un jour, à l’ombre de la paix, on pourra continuer des explorations que la protection seule d’Abd-el-Kader a permis de commencer : et alors les provinces inhospitalières de l’Algérie n’auront plus pour nous aucun mystère.

Voici en peu de mots notre itinéraire. Le 28 décembre, couchée à Kracliena ; le 29, à Beni-Eni, tribu kabyle, établie à l’entrée de la vallée des Issers; le 30 à Hamza, chez les Aribs ; le 31 , au camp d’Abdel-Kader, à quarante lieues d’Alger, sur les limites de la province de Constantine ; passé là toute la journée du janvier. Le 2 janvier, nous partons avec l’armée de l’émir pour revenir sur nos pas camper à Hamza. 3, 4 et 5 janvier, retour à Alger.

Pendant cette course de neuf jours, au milieu des montagnes, nous avons été assez favorisés pour n’avoir ni pluie, ni froid trop vif; sans cela nous aurions beaucoup souffert, n’ayant pour abri que des cabanes ouvertes à tout vent, et pour couchette que la terre nue ou couverte d’une simple natte de jonc. Les indigènes nous ont reçus tantôt comme des amis, tantôt comme des hôtes incommodes.

Nos plus proches voisins, les habitants de Krachena, nous ont ùnt un accueil rempli de cordialité.

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A peine arrivés, on nous ouvrit le caravansérail, espèce de hangar destiné, dans chaque trihu, au logement des étrangers. En attendant le repas du soir, on nous offrit des galettes et des raisins. A sept heures, le kaïd nous fit apporter un agneau mis en ragoût, du laitage, du couscoussou, des galettes au heurre et une sorte de potage fort appétissant préparé avec du miel, du sucre et des raisins. A notre retour, traversant la même trihu , nous y avons trouvé une hospitalité aussi hienveillante, et ces braves gens eussent été mortifiés si nous leur avions offert la moindre chose en échange de leurs bons procédés et des frais que durent leur occasionner notre nourriture et celle de nos chevaux. En vrai patriarche, le maître du logis voulut nous servir lui-même à table, et refusa de rien prendre avant que nous eussions fini de manger.

Le lendemain, les choses changèrent de face. Chez les Beni-Eni, notre arrivée souleva un mécontentement général, et nous pûmes juger, par f accueil qu’ils nous firent, de la haine qu’ils portent au nom chrétien. Ils nous considéraient comme un objet d’horreur, évitaient notre approche, et se seraient crus souillés d’abord de respirer le même air que nous. De gens aussi mal disposés nous ne pûmes obtenir aucunes provisions, même à prix d’argent ; à peine s’ils consentirent à nous laisser nous installer au caravansérail, et à nous fournir de feau et quelque peu de bois. Quelques heures après notre arrivée cependant, ils se montrèrent un peu moins farouches ; quelques-uns même se hasardèrent à ve-

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