CHAPITRE I III
les chants de ses troubadours , les arguties de ses théologiens et légistes, cherchait, par un élan général, à briser cette unité.
Dans les siècles voisins de nous , quand la France proclama le catholicisme religion de l’État , le Midi se fit calviniste. Quand elle fut monarchie absolue , il se déclara république fédérative ayant pour centre La Rochelle et Montauban. Quand elle s’attachait par des efforts sublimes à obtenir funifieation , à rester une et indivisible, le Alidi voulut le morcellement et la fédération. Enfin, quand elle fut républicaine , puis impérialiste^ le Midi devint royaliste.
C’est pourquoi , à nos yeux. Aquitains alliés des Romains et des Arabes contre les Gaulois et les Francs , Ariens , Albigeois contre, l’autorité des papes et l’unité de l’Église , Calvinistes contre l’Eglise catholique , république fédérative contre la monarchie absolue , puis Vendéens, Girondins, royalistes contre le pouvoir unitaire de la République et de l’Empire; aujourd’hui légitimistes , franchises provinciales , décentralisation contre la souveraineté populaire , contre la centralisation des pouvoirs ,
Tous, ce sont les fils du même père, ce sont des manifestations du caractère ibérien ; haine de l’unité, esprit provincial , tendance à l’isolement et à l’immobilité , génie de la résistance , etc. , etc.
Si, de prime abord, il y avait eu croisement des races brune et blonde , là où la variété ibéiaenne a toujours été en immense majorité; par exemple, dans la Provence, le Languedoc , la Guyenne , le Réarn , l’Agénois, le Limousin, la Saintonge, l’Auvergne et
DES RACES PRIMITIVES DE L’ELROPE
le Poitou, etc., etc. , sans contredit la France se serait fondue bien plus promptement en un corps national.
Ces guerres séculaires en idées et en faits, entre les blonds qui voulaient funité et l’indivisibilité de la France, et les bruns qui voulaient l’isolement et le parcellement , physiologiquement s’expliquent par les aptitudes génériques des deux races. Ces aptitudes étaient le véritable point de départ du combat; les motifs mis en avant, soit la religion , soit la politique , étaient des formes par lesquelles elles se montraient à l’extérieur.
Les croisements bien dirigés feront faire à l’iiumanilé plus de progrès que les meilleures institutions ; ils effaceront, mieux que tous autres procédés, b s instincts des peuples primitifs les uns contre les. autres , et , en diminuant les démarcations originelles , ils atténueront d’autant les chances de guerres civiles.
Les blonds et les bruns sont réciproquement antipathiques : eli bien, si vous voulez le progrès, la cessation des haines éternelles, croisez-les entre eux, vous obtiendrez des châtains qui seront le terme moyen de deux termes opposés.
Ne croyez pas que les caractères des races disparaissent parce quelles sont soumises au même gouvernement et à des institutions identiques.
En effet , la blonde en guerre préfère la cavalerie , la brune l’infanterie'.
Je veux parler de la grosse cavalerie ; car, de tout temps , la cavalerie
CHAPITUK VIII.
ISV
Or nos provinces de l’Est et du Nord, oii la blonde domine, nous fournissent encore notre meilleure cavalerie; celles du Sud et du Sud-ouest, où domine la brune, notre meilleure infanterie. Cela a été de tout temps, sous les Romains, pendant les croisades, comme de nos jours.
Prenez la poésie. Le barde poète de la race blonde est mélancolique et cbaste; s’il chante l’amour, c’est l’amour dévoué, le sentimental, le platonique plutôt que le charnel. Le troubadour, au contraire, poète de la race brune, est jovial, satirique, libertin. Dans l’amour , il préfère la possession au sentiment , son héros n’est plus comme celui du barde , le défenseur de l’opprimé; c’est plutôt le vert-galant, qui, à travers tous les obstacles, prend possession de sa belle.
D’où vient cette différence? De ce que, par organisation typique, l’ime est portée au sentiment, l’autre est portée vers l’amour physique.
S’agit-il de critique ou de réforme sociales? chacune révèle son génie particulier. L’une vous produit Erasme , l’autre Rabelais et Brantôme. La première adopte le luthéranisme' parce que les doctrines de cette religion favorisent les institutions aristocratiques, féodales, patriciennes : la seconde adopte le calvinisme, qui se trouve plus en harmonie avec les
légère a excellé chez les peuples à peau brune , ainsi autrefois les Parllics, les Arabes , les Mongols , les Tartares , etc.
Les cavaliers de la race blonde, ainsi les lîataves, les Gaulois, les Germains , qui formaient dans les armées romaines la cavalerie de ligne , étaient les plus estimés du monde. Ils ont décidé , par leurs charges à fond , le gain de plusieurs grandes batailles, entre autres la victoire de César contre Taimée de fecours des Gaulois au siège d’ Alise et celle de Pbarsale.
DES RACES PRLMITIVES DE L’ELROPE.
instiUltions démocratiques, fédérales, provinciales et numicipales.
Voiltà pourquoi le nord de la France et même de l’Europe fut luthérien et le midi calviniste.
Appliquez ces données à l’histoire et au gouvernement, et il en jaillira de vives clartés et d’importantes améliorations.
Comparez les grands hommes de l’une aux grands hommes de l’autre , vous reconnaîtrez par un court parallèle combien le cachet de l’origine est indélébile.
Soit par exemple leurs peintres, leurs poètes, guerriers et législateurs.
Les peintres de l’école flamande, lesTéniers, Rembrandt, Rubens, se caractérisent par l’imitation de la nature, la naïveté des scènes, la vigueur, mais aussi par un manque total de goût, par des tons obscurs et l’incorrection du dessin.
Les peintres des écoles italiennes , le Titien , Paul V éronèse , Raphaël , Michel-Ange , se caractérisent par un goût exquis, un admirable emploi des couleurs et la correction du dessin. Il y a de la suavité, de l’élégance, mais point d’imitation de la nature; le beau idéal , mais non pas la réalité. Les vierges de Raphaël ont-elles jamais existé ailleurs que dans l’imagination de l’artiste, et les créations de la nature ont-elles la brillante coloration des tableaux du Titien ?
Sbakspeare, le grand ])oè(e de la race blonde, est sublime parfois, mais souvent trivial et bouffon, ayant de l’inspiration, mais de l’inspiration déréglée; du reste, négligé, incorrect, sans goût, sans entente de