‹ Études sur l'Algérie et l'AfriqueChapitre 110 sur 135 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

l’Italie tremblent au bruit de cette avalanche qui se rue vers l’Occident. Quel arrêt de développement pour la civilisation si Attila eût conquis la Gaule! Il revenait sur ses pas , et d’un souille renversait les empires vermoulus de Rome et de Constantinople. Mais au centre de cette Gaule qu’il aborde avec cinq à sept cent mille soldats , il rencontre une nation chargée du salut de l’Europe. Sous les murs d’Orléans, le Jléau de Dieu éprouve un échec et doute de lui-même ; puis bientôt après dans les plaines de Châlons , la hache de Mérovée , l’épée d’Aétius et la lance de Théodoric , lui tuant 200,000 combattants en un seul jour, le réduisent au désespoir et l’obligent à la retraite.

Au huitième siècle , déborde sur l’Europe le grand flot musulman. Non , jamais à une autre époque le christianisme ne fut exposé à un pareil danger. Les barbares qui avaient détruit l’empire romain étaient sortis neufs de leurs forêts. Sans impressions reçues , sans doctrines inculquées , destructeurs des choses , ils étaient eux-mêmes conquis par les idées romaines. Les Huns, les plus grossiers et les plus brutaux d’eux tous, eux qui avaient à un plus haut degré la haine du sauvage contre la civilisation , s’attaquaient àu monde matériel , aux hommes , aux villes, aux plantes, aux moissons; cependant , ignorants et sans intelligence, ils n’avaient point prise sur le monde intellectuel et moral. S’ils avaient réussi dans la conquête de la Gaule, ils auraient d’abord retardé le -développement de la civilisation, ensuite peu à peu l’élément chrétien aurait

DES RACES PRIMITIVES DE L’EUROPE

fini par les absorber, car leur conquête ne touchait point aux principes. Or, l’idée est plus forte que le fait, quand elle n’est pas altérée.

Mais il n’en était pas ainsi des Arabes. Intelligents et déjà civilisés , associant le fait à l’idée, ils conquéraient pour propager leur religion ; ils déblayaient le terrain moins pour faire table rase et pour détruire que pour élever plus aisément leur édifice social. Ils s’en prenaient à la fois au monde physique et au monde moral, et altéraient ainsi le présent, le passé et l’avenir.

Vous figurez-vous ce que seraient devenues les nations chrétiennes de l’Europe, sur lesquelles, répétonsle, reposait l’avenir du genre humain; ce quelles seraient devenues si l’islamisme eût asservi la Gaule?

Le dieu de Mahomet serait adoré là ou nous adorons le Dieu des chrétiens ; le dogme de la fatalité serait proclamé là où l’on proclame le libre arbitre ; notre mariage serait la polygamie orientale , nos églises des mosquées; nos prêtres enseigneraient le Coran , et le stupide derviche ou l’imbécile faquir auraient foulé la terre où vécurent nos chartreux et nos bénédictins. Rome, Paris, Vienne et Londres seraient des cités musulmanes, comme Damas, Alexandrie, Tunis et Constantinople. Où se seraient réfugiés les arts et les sciences? quels principes pousseraient riiumanité dans la voie du progrès, si le quiétisme mabométan eût remplacé dans les esprits cette ardente appellation de l’âme vers un monde meilleur, cette foi vive dans les destinées de l’humanité, comme cela est inculqué par l’Evangile?

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