‹ Études sur l'Algérie et l'AfriqueChapitre 112 sur 135 · CHAPITRE ITII · texte numérisé non relu

CHAPITRE ITII

siècles elle conservera le souvenir de sa défaite , elle retirera peu à peu ceux quelle avait étendus sur la Sicile et l’Espagne , jusqu’à ce que la France d’une autre époque vienne la frapper au cœur, après lui avoir coupé les autres bras en Egypte, en Algérie et dans le Maroc.

Au neuvième siècle, l’Europe chrétienne était à chaque instant menacée par un double torrent de barbares. Au nord étaient les Saxons païens, à l’est étaient les Slaves, les Bohèmes, les Silésiens , les Moraviens, les Abares, cherchant tous à se ruer sur l’Europe civilisée. Or , les migrations des peuples sont comme celles des oiseaux; qu’une bande de corneilles, d’étourneaux, d’hirondelles, etc., arrive dans une contrée , peu après vous en voyez survenir de nouvelles , et cela se continuera pendant des années et des siècles, jusqu’à ce qu’une cause énergique ait détourné le cours de ces migrations.

La France jugea le péril que courait la civilisation , si les païens et les Slaves errants pénétraient dans l’Europe civilisée. La route une fois ouverte, à ces nouveaux-venus en succédaient d’autres; des Slaves, le branle se communiquait aux Tartares, auxMogols et à ces nations pastorales qui erraient de la mer Noire aux murailles de la Chine. Alors l’irruption d’Attila était probablement renouvelée. La tâche de sauver encore une autre fois le monde chrétien fut confiée à l’épée de Charlemagne, et ce grand prince, après quarante années de combats , détourna le double torrent d’envahisseurs. Les Saxons furent civilisés , ou en partie détruits, les Slaves errants furent re-

DES RACES PRIMITIVES DE L’EUROPE

poussés sur les Huiis , ceux-ci sur les Tartares, et ce reflux (le l’ouest à l’est apprit aux émigrants futurs (les plateaux de l’Asie (]u’il n’y avait plus pour eux aucune place en Europe.

Au treizième siècle, nouvelle invasion de l’Europe par les nomades de l’Asie, les Mogols et les Tartares, (jui, sous Gengis-Khan,avaientconquisla Chine, l’Inde, la Perse et les deux tiers du monde connu, du détroit d’Archangel à l’îndus et des monts Carpatlies à la mer orientale de la Chine. Après avoir hrûlé Moscou, Luhiin et Cracovie, après avoir dévasté l’Europe du Nord et de l’Est et lancé la terreur jus(jue dans la Suède, eux (jiii disaient : «Nous sommes revêtus du pouvoir de Dieu et de Gengis-Khan pour exterminer les nations, 55 rentrèrent dans leurs steppes à ces mots : les Français arrivent Ils avaient conservé le souvenir de la hache de Mérovée, du marteau de Charles-Martel et de la longue épée de Charlemagne.

Ils savaient (jue les Barbares pouvaient abattre l’Europe à leurs pieds , que les autres nations européennes pourraient se soumettre au joug de la barbarie, toutes, hormis la France.

Aux 5'-, 8% 9" et 13" siècles, la France fut donc le bouclier et le rempart de la civilisation chrétienne. Suivons-la, nous la verrons en être jusqu’à nos jours l’épée et le drapeau.

A la voix d’un pauvre ermite en guenilles qui lui raconte la douleur et l’oppression des chrétiens en Palestine, elle verse sur l’Orient des flots de combattants, elle donne à- ses coreligionnaires de l’Asie la liberté de conscience.

CHAPlTKfc: VJII.

Plus lard elle prend la rérorinatioii de Luther sous sa protection, et cela donne au monde la liberté d’exaincn , premier pas de l’ère nouvelle.

Pendant quatre siècles, elle lutte contre la i'éodallté anti-chrétienne, les Anglais et autres ennemis de l’égalité évangélique.

Elle civilise le Canada , la Louisiane, aide la jeune Amérique à monter sur le char de la liberté, donne rindépendancc à Saint-Domingue, appelle à la lumière rantique terre des Pharaons, elle élève au rang des nations européennes la Grèce asservie, et force rinnnohile Afrique d’entrer dans la voie du progrès.

France emhryonaire, France féodale, monarchie absolue, république, empire, monarchie conslitutionnclle par légitimité , ou constitutionnelle par droit du j)cuple; à toutes les époques, quelles qu’aient été les formes de son gouvernement, on la voit travailler aux progrès de la civilisation, soit comme bouclier, soit comme glaive. Sur les quatre coins du monde , (die a semé les os de ses enfants, tantcU ardents

croisés, tantôt fervents missionnaires, ici intrépides marins, là courageux soldats. Sur la grande route du progrès , elle a buriné ses étapes , Châlons , Poitiers, Xarhonne, Charlemagne, les croisades, l’Amérique, la Convention, les Pyramides, Héliopolis, Staouely et Constantine , voilà des phares que regarderont pendant longtemps encore les générations entraînées par le torrent des âges. Partout elle s’est montrée généreuse et désintéressée, obéissant à son génie national, à sa mission de dévouement. On ne l’a pas

DES RAGES PRIMITIIES DE L’EUROPE

vue apportant d’une main l’idée qui civilise, et de raiitre forçant d’acheter ses bibles, son opium et autres produits de son industrie ; elle a toujours agi sans arrière-pensée d’intérêt matériel. C’est là le signe d’un véritable apostolat.

Aussi, fille de r Eglise, sois toujours France, tant qu’il y aura une idée généreuse à promulguer , une nation à émanciper , des opprimés à secourir! Marche toujours dans le chemin que t’a tracé le doigt de Dieu. En semant les bienfaits, tu récolteras l’ingratitude; mais cela est la destinée de tous les bienfaiteurs. Les mères n’ont-elles pas des fils ingrats? La main des élèves ne s’est-elle jamais levée contre le maître? et les missionnaires ne sont-ils pas immolés par les hommes qu’ils venaient instruire? Un jour^ qui n’est pas loin, la haine et l’envie amoncelleront sur ta tête des nuages gros de tempête : marche encore , marche sans faiblir vers ton noble but. En face des ligues et des coalitions, fais un appel à la plume de tes écrivains et à l’épée des guerriers ; évoque les souvenirs de ton histoire et songe alors à llouvines, à Fornovo, à Cerisola, à Denain , à Fontcnoy, à Zurich, à Valmy et à Austerlitz!

Page 1