‹ Études sur l'Algérie et l'AfriqueChapitre 124 sur 135 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

DISPAUTTIOX DES AILSIJLMAXS SOUMIS AU POUVOIR ET AU CONTACT DES CHRÉTIENS.

Je laisse de coté les Musulmans de race inférieure , car leur infériorilé relative explique naturellemeiil leur disparition : je pj*cnds ceux qui appartiennent aux races le mieux organisées; soit, les Arabes et leurs métis, ainsi les Maures d’Espagne; les Turcs el leurs métis, ainsi les Turcomans de la Russie méridionale.

Au commencement du quinzième siècle, deux millions de Musulmans liabitaicnt le territoire de la Péninsule ibérique. En l’espace de deux cents ans tous disparurent.

Voici ce qui était arrivé :

Lorsque les cbrétiens s’emparaient d’un territoire, la portion aisée ou fanatique de la population quittait ses foyers : elle allait en Afrique, en Turquie ou en Egypte, préférant l’exil à la soumission. La portion pauvre ou moins fanatique capitulait; mais sa soumission n’était qu’apparente. Obéissant aux préceptes impérieux du Koran, elle s’insurgeait quand l’occasion était favorable. Elle compromit plusieurs fois l’avenir de la monarebie espagnole.

C’est pourquoi les cbrétiens, voyant en elle des en-

DISPAIUTIOX DES MLSILAIAXS.

iioDiis iriTConciliablcs , des sujets en conspiration permanente, lui firent une guerre d’extermination, lui rendirent haine pour haine, et finirent par décréter son expulsion générale.

Or, cette conduite fut d’une indispensahle nécessité. Les Musulmans devenaient une épine plantée au cœur de l’Espagne. Constamment ils étaient une cause de trouble, et toujours prêts à provoquer une invasion des Moghréhins sur l’Europe. Donc, le peuple et les meilleurs politi([ues espagnols, Ferdinand-le- Catholique, le cardinal Ximenès, Charles-le-Quint et Philippe II durent employer tous leurs efforts à s’en débarrasser.

Ils eurent raison de dire : «Faites-vous franchement chrétiens ou sortez du pays. En effet, au nom de la morale, l’Espagne dut rejeter les sérails; au nom de la politi(pie et de sa ])ropre conservation, elle dut rejeter une pierre d’achoppement.

Au dix-huitième siècle, les Musulmans de l’Europe orientale s’élevaient à quinze cent mille âmes. Sous le nom de Tatars, ils s’étendaient des rives du Danube à celles du Don. Une seule de leurs tribus mettait sur pied quatre-vingt mille hommes; réunies, elles pouvaient lever quatre cent mille soldats. Souvent ils firent trembler Moscou et Varsovie. La Pologne, sous Sohieski, les combattit durant quarante ans avec des alternatives de succès et de revers. La petite Tatarie, gouvernée par les khans de la Crimée, était alors une nation puissante.

La Crimée , la Bessarabie étaient couvertes de villes et de bourgades. Les plaines du Danube, du Dnié-

CHAPITUI*: X.

per, du Doji , regorgeaient (riiabilants. (le peuple vivait de commerce, d’industrie, d’agriculture. Son commerce était l’im des plus impbj tants de l’Europe. Par ses exportations en blé, en bestiaux, en laines, en résines et en dillérents produits de l’Asie orientale, il rappelait la splendeur du commerce génois sur la mer Noire.

En 1730, une armée moscovite compiiert les provinces de la mer d’Azol* et du Pont-Euxin. Dès cet instant commence l’alFaissement de la population. Une partie émigre au Caucase , en Turcpiie, en Arménie, aux steppes de la mer (Caspienne. Lue autre périt dans les combats contre les envahisseurs. La division et la guerre éclatent entre les tribus. Les terres ne sont plus cultivées; le commerce ne lait plus d’échanges; la famine et les épidémies exercent leurs ravages.

En 1783, à l’autorité des kbans succède celle des czars. La petite Tatarie est convertie, par décret, en provinces russes.

Depuis cette dernière époque, la domination moscovite a été paisible. Le gouvernement a vainemeni cherché à s’assimiler ses nouveaux sujels. D’année en année le dépeuplement fait des progrès; les tribus se corrompent de plus en plus; la variole, l’ivrognerie, le mal vénérien, la disette de vivres, fruit de l’oisiveté, y pratiquent de larges brèches. Aujourd’hui la population musulmane est réduite à cent mille âmes.

La Ilussie n’a cependant point voulu les christianiser. Le désir de la vengeance, l’expulsion, les proscriptions contre eux ne sont point entrés dans sa

ÜISPAKITIOX DES lAIUSLLMAiXS.

politique ; elle leur a laissé leurs mœurs, leur religion, leur organisation sociale. Néanmoins, l’anéantissenient progressif suit son cours.

V^oici maintenant ce qui arrive en Algérie :

En paix. Dans les villes , aussitôt notre arrivée , les fanatiques, par haine innée, à rencontre des chrétiens, SC retirent avec leur famille à Maroc, à Tunis, en Egypte, en Turquie ou en quelques points de rintérieur. (œux qui restent, par suite de notre présence, éprouvent de nouveaux besoins. La cherté de la vie augmente, et leurs ressources deviennent insuffisantes. 'Alors ils vendent leurs maisons, puis en consomment le prix en déhanches ou, oisifs, vivent en puisant chaque année au capital. Bientôt les privations, la misère les atteignent: d’où les maladies et les décès. J’ai vu à Alger, Blida, Coléa, etc., etc., des indigènes, riches autrefois, aimant mieux se nourrir, pendant plusieurs jours, de mauves et d’orties honillies plutôt que de travailler.

D’autres, adoptant la mauvaise part de notre civilisation, se livrent sans mesure à l’usage des boissons alcooliques, et meurent victimes de leurs excès.

D’autres encore, se faisant voleurs, sont envoyés aux prisons de la métropole.

Les Mauresques n’apprennent point de métier de femme; elles ne veulent pas se placer en qualité de domestiques. Celles qui n’ont pas de patrimoine sont forcées, pour subsister, de recourir à la prostitution.

Quand elles deviennent enceintes , ce qui est rare, cai’ la proslilulion amène la stérilité, ou bien elles se font avorter, afin de ne pas perdre les bénéfices de

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