‹ Études sur l'Algérie et l'AfriqueChapitre 133 sur 135 · DE LA MENDICITÉ ET DI' MONACHISME · texte numérisé non relu

DE LA MENDICITÉ ET DI' MONACHISME

.Jadis nous avons proclamé un admirable principe de jurisprudence nationale : Tout esclave qui met le pied sur le sol de la France est libre !

I^roclamons ici cet autre principe, conséijuence du premier : Tout homme qui mettra le pied sur le sol alfférien trouvera un travail capable de le faire vivre!

A cette tin, que le gouvernement fonde une caisse de réserve destinée à payer des travaux publics extraordinaires, tels que routes, canaux, digues, etc., quand le travail ordinaire viendra à manquer, de façon que chacun puisse vivre ici en travaillant.

Mais, aussi, rien pour rien. Pas meme un morceau de pain à ces êtres parasites qui , semblables aux bourdons delà ruche travailleuse, prétendent vivre sans rien faire et aux dépens d’autrui.

L’oisif occiqie au banquet de la vie une place qu’un producteur occuperait utilement. Or, les places d’un banquet sont nécessairement bornées : donc, celui qui en tient une sans rien produire est un ennemi de la société. En dioit, on peut le traiter comme ennemi ; car ce qu’il absorbe servirait à nourrir un individu utile ; car, ici, le travail est la première condition de la civilisation.

Ne tolérons pas l’aumône individuelle. N’admettons que l’aumône légale, c’est-à-dire celle qui sera réglementée par la loi ou l’ordonnance, el encore lestreignons-en l’action.

En effet :

COXSl^lLS A PLlSIiaRS.

Les secours donnés aux indigents, loin d’en diminuer le nombre, raugmenlent de plus en plus. La taxe des pauvres en Angleterre vous le prouve.

(ielui qui fait l’aumône individuelle agit souvent par orgueil, souvent aussi afin de se créer une clientèle de protégés, afin d’avoir des gens sur lesquels il exercera de l’infiiience.

Celui qui la reçoit s’habitue à se prostituer à la volonté d’un homme et finit par perdre le sentiment de sa dignité.

La main du travailleur est toujours pure; celle qui reçoit l’aumône, lorsqu’elle peut s’employer autrement, est impure, quelle quelle soit.

L’aumône individuelle, en termes généraux, devient servage de la part de l’objet , et aristocralie de la part du sujet. Or, cette alternative de bas et de haut amène la démoralisation de la société.

Considérez les populations parmi lesquelles l’aumône individuelle est devenue une habitude, par exemple, les transtevérins et les lazzaronis, cette boue humaine des rues de Rome et de Naples; ils prélèrent un morceau de pain ou de macaroni obtenu par l’aumône à une honorable subsistance gagnée |)ar le travail. Aussi quel était leur état social il y a peu d’années ? Moyennant quelques pièces de monnaie, ils vous rendaient un faux témoignage ou vous assassinaient un homme. Ils croyaient moins à Dieu qu’aux œuvres d’une mythologie chrétienne que les moines allaient leur débitant chaque jour.

.L'tez les yeux sur l’bistoii’e romaine des anciens temps; comparez le passé au présent, vous retrou-

CHAIMTIU«: XII.

verez cctto iiitMiio populace qui , vivant autrefois des dépouilles de l’univers, passait sa vie sur les places publiques, se prosternait aux pieds des augures, et s’écriait: a Du pain sans travail, les gladiateurs! mort aux vaincus! les prisonniers aux lions! 57 ([ui applaudissait aux cruautés de Caligula et de Néron et aux infamies d’Héliogabalc; qui se plaisait à voir se perpétuer les actes de tyrannie et d’immoralité.

Craignons, en Algérie, de tomber dans celte dégradation. Nous y tomberons infailliblemenC si nous laissons le peuple y vivre sans ti*availler; cai* l’oisiveté est la source de tous les vices.

Le monacbisme est un autre fléau que nous devons éviter. La plupart des couvents, en notre société moderne, sont des lieux où des fainéants prient pour nous, SC flagellent pour nous, sous la condition que nous les nourrirons bel et bien.

Respect et protection aux ordres religieux qui, à l’instar des Trappistes, s’appliquent à un travail modificateur de la nature physique; qui, à l’instar des Chartreux ou des Rénédictins, s’appli([uent à l’étude des sciences, à la recherebe et à la vulgarisation des vérités morales; qui, à l’instar des sœurs de charité, s’appliquent aux soins des malheureux, à l’éducation morale, religieuse et industrielle des jeunes enfants.

liais |)oint ici de flâneurs en la divinité^ oisifs courtiers qui se placent entre nous et le ciel.

Défricher, |)lanter, construii’c , valent mieux que

COVSKILS A PLLSIEl RS.

iiiariiîoüer des oraisons et chanter des cantiques du matin au soir. Le climat d’Afrique porte à la fainéanlise et au (|uiétisme. Roidissons-nous contre cette lendance.

En vérité, si nous parvenons à modifier ce sol ana- Ihémalisé depuis tant de siècles, ce sol père de la paresse ; si nous parvenons à y faire vivre quelques millions d’Européens , nous aurons mieux appliqué les préceptes de l’Evangile que si nous avions fait des milliards de prières et administré quelques millions de bénédictions, à l’aide de quelques milliers de moines.

La prière la plus agréable à Dieu, c’est le travail. Il nous en a fourni les preuves par la révélation; il nous en a donné un exemple en travaillant à l’édifice de ce monde.

Le monacbisme engendre le prolétariat, le vagabondage et la misère. Les pays catholiques où il s’est développé sur une grande échelle contiennent bien plus de pauvres que les pays où il y a moins de couvents. On peut établir en principe que là où les couvents sont nombreux, là se rencontre la dégradation morale du peuple.

Voyez l’Angleterre.

La prospérité des Iles Rritanniques a commencé à l’époque où Henri VIII confisqua les biens des couvents. Cette mesure en effet mit en culture une notable quantité de terres que les moines de différents ordres tenaient incultes. Elle ferma fasile à une foule de fainéants, qui se faisaient héberger ici par un monastère, là par un autre, et vivaient de dons et d’au-

Page 1