CHAPITRE III
Vf
nanti des documents laissés par ses prédécesseurs, Hannon , Polybe , Strabon , son quasi contemporain, l’Espagnol Poinponius Mêla, et une foule d’autres qui ont parlé de l’Afrique septentrionale , dit en son traité de la géographie :
Les alentours de Sala sont infestés par des bandes 55 d’éléphants. 55 Quelques lignes plus bas, en décrivant la Mauritanie Tingitane : « Cette province nour- 55 rit des éléphants en sa partie qui est i^ers l’orient. 55 II y en a également sur le mont Abyla et sur la 55 montagne appelée les Scpt-Fréres , à cause de 55 sept de ses sommets d’une égale hauteur. 5)
Suétonius Paulinus, consul de Rome la soixanteunième année après Jésus-Christ « est le premier 55 des Romains, ajoute-t-il , qui franchit l’Atlas : étant 55 chargé d’un commandement en Mauritanie, il s’a- 55 vanea de quelques milles au delà, à travers un pays 55 brûlé par le soleil, jusqu’au fleuve Ger. Les forets 55 voisines sont remplies d’éléphants , d’animaux sau- 55 vages et de toute sorte de serpents, et habitées 55 par des gens nommés Canariens, vu qu’ils ont la 55 coutume de manger les chiens. 5)
Sans savoir précisément quelle est la portion de l’Atlas franchie par les aigles romaines, il y a lieu de croire que c’est la chaîne qui sépare les provinces de Maroc et de Fez des provinces de Tafilet et de Sigelmesse. Les Canariens doivent être les ancêtres de ces indigènes désignés sous le nom récent de Schellouhs, et le Ger doit être cette rivière appelée Ghir par Léon l’Africain, etZiz par d’Anville et Bruée.
* Suétonius , le meme qui soumit les Bretons.
Les villes Sala et Lixus étaient les stations les plus méridionales occupées par les Romains en Mauritanie. Suétonius, en partant de Tun ou l’autre de ces points extrêmes, en vingt ou trente journées de marche, a donc pu traverser l’Atlas, et arriver sur les rives du Ger. D’après les notions les plus récentes , l’Atlas , en cette partie , est habituellement couvert de neige. De son versant méridional descend la rivière précitée, laquelle va se perdre dans les sables en passant par le territoire de Sigelmesse.
Au huitième livre de ses œuvres , Pline écrit : cc L’Afrique produit des éléphants au delà des déserts des Sortes et en Mauritanie. Selon les auteurs, ils 55 descendent par troupeaux des forêts de la Mauri- 55 tanie, à l’apparition de la nouvelle lune, se ren- 55 dent vers le fleuve Amilus, là se purifient par des 55 ablutions solennelles, puis retournent dans les bois 55 après avoir rendu hommage à l’astre naissant. 55 Tout en rejetant ce qu’il y a de fabuleux dans ce fait, il n’en reste pas moins évident, d’après les historiens géographes et voyageurs de cette époque , qu alors le pays abondait en éléphants. L’endroit où ils étaient en plus grande quantité était la Mauritanie Tingitane (empire de Maroc), et principalement la portion occidentale correspondant au territoire de Mequinez, el-Arraïs, Taroudant et Salé. A l’horizon sud-est de ces villes , se trouve la chaîne la plus élevée de l’Atlas, celle qui a donné lieu à la fable de ce demi-dieu soutenant le ciel de ses épaules. Son versant occidento- boréal est présentement encore couvert de forêts; à plus forte raison l’était-il alors.