CHAPITRE III
VO
(jéiules^ et (jii’eii notre opinion personnelle nous eroyons être les Touarikcs actuels, à vrai dire , pénétraient dès lors dans le pays des nègres.
Mais l’état social des uns et des autres s’opposait à des relations commerciales un peu suivies.
Or des relations fréquentes étaient nécessaires pour approvisionner les Carthaginois d'autant d'éléphants.
D’ailleurs, les noirs de cette zone ont-ils jamais su les apprivoiser? au contraire, de temps immémorial, ils les tuent sans jamais chercher à les rendre domestiques. Ainsi devaient-ils hiire à ces âges lointains., alors qu’aucune modification progressive ne leur avait été imprimée par le contact d’hommes plus civilisés.
Dans le cas où des caravanes de Nasamons, de Garaniantes, de Mélano—Gétules , eussent communiqué de la partie centrale avec les côtes méditerranéennes, on juge racilement qu’elles ne pouvaient en amener. Rappelons-nous que feau, l’omhrage et une température humide sont indispensables à ces animaux. Comment donc aurait-on pu leur faire parcourir un espace de quelques centaines de lieues, à travers des sahles arides et torréfiés, lorsque de nos jours les caravanes qui possèdent les meilleures conditions d’un transport rapide sont dévorées par le désert ?
Quelles que fussent les coninumications du centre aveclescôtes septentrionales et les routes suivies parles Africains de cet âge; qu’alors elles aient été établies, eoiiime aux siècles de notre ère, par le Fezzan, pays des Garamantes ; par Tripoli, pays des Nasamons; par Tafllet, pays des Mélano-Gétides; toujours est-il qu’il
UKS ÉLÉPHAXTS DAVS L’AFUIQLE SEPTEXTRIOXALE.
fallait franchir un océan de sables, et c’est là un obstacle insurmontable à des bandes d’élépbants.
Les Carthaginois les auraient-ils importés par mer des contrées formant la bordure océani({ue , par delà le Sahara, par exemple, de la Sénégambie, de la Guinée, de la côte d’Or? Rien ne peut le faire supposer.
D’abord , parce qu’ils n’ont pas eu de relations permanentes avec ces contrées et que, pour avoir un si grand nombre d’élépbants, des relations permanentes étaient nécessaires. Ensuite, parce que la longueur de la navigation de Carthage à ces régions intra-tropicales, et vice versa, l’état social des indigènes, qui ne savent pas apprivoiser l’éléphant, la difficulté du transport , auraient été encore un obstacle quasi insurmontable. Les Carthaginois employaient leurs ressources maritimes à transporter ce pachyderme des côtes de l’Afrique aux points correspondants de l’Europe : ils ne pouvaient guère, en un faible laps de temps , en transporter des centaines de la Guinée ou de la côte d’Or.
Métellus et Annibal ont été vantés par tous les historiens pour avoir fait passer, l’un le détroit de Sicile, l’autre le Rhône à leurs éléphants. On a décrit les procédés par eux mis en usage. Or , il en eût été de même, si les Carthaginois eussent exporté cette quantité des pays ci-dessus nommés. D’Afrique en Espagne ou en Sicile, il suffisait de quelques jours et même de quelques heures d’une navigation heureuse : or cette chance n’était pas possible , quand il s’agissait d’une navigation au delà du détroit et au delà du tropique.