CHAPITRE IV
comprennent que le sol est pour eux une mère comme celle d’Antée : a A vous, nous disent-ils, la mer et ses rivages; à nous la terre, avec ses montagnes, ses plaines et ses déserts à la vague mobile!
Cependant, Hercule finit par tuerie brigand, épouse sa veuve, marie ses compagnons avec les femmes et les filles des sujets d’Antée, exterminés avec leur chef, élève une ville et fonde une colonie.
Ainsi firent, en créant des établissements sur les côtes barbaresques, les Phéniciens, les Carthaginois, les Grecs de la Cyrénaïque, les Romains, les Vandales, les Turcs : ils tuaient ou chassaient les hommes, puis épousaient les femmes. Ainsi, peut-être, seronsnous forcés de faire lorsque nous voudrons coloniser sérieusement.
Le demi-dieu enlève les pommes d’or du jardin des Hespérides, malgré le dragon et les autres monstres qui en défendaient l’approche et malgré leurs horribles sifflements.
Ainsi, les différents peuples qui ont conquis la Mauritanie en ont enlevé les richesses, se sont emparés des terres les plus fertiles, malgré le courage farouche des premiers occupants , malgré les cris qu’ils poussaient en allant au combat.
Quelle valeur doit avoir pour nous le mythe des Gorgones?
Ces monstres, filles de la Nuit, étaient des femmes horribles à voir et d’une cruauté extrême. Elles habitaient, non loin du jardin des Hespérides, dans les cavernes et les forêts.
A-t-on voulu dire, comme le pensent quelques per-
MVTHKS ET EKKELHS SLR L’ AFRIQUE SEPTEXTRIOXALE. 09
sonnes, que cette partie de l’Atlas était infestée de singes semblables à ceux que le Carthaginois Hannon rapporta de son voyage autour de l’Afrique; ou plutôt, que les femmes sont ici tellement laides et disgraciées de la nature , qu’on ne peut les regarder sans horreur, et que leur cruauté surpasse tout ce qu’on pourrait imaginer ?
Cbacun peut, à sa guise, choisir l’une ou l’autre de ces opinions : pour nous , nous adoptons exclusivement la dernière, nous basant sur ce que nous avons vunous-méme durant nos excursions à travers l’Atlas, et nous appuyant sur le dire des voyageurs, entre autres de Léon l’Africain. En parlant d’une certaine contrée de la Mauritanie occidentale, il dit :
«Les hommes y sont traîtres, larrons et voleurs, et tueraient volontiers leur père pour un oignon.
55 Tout individu qui vient à passer chez eux est égorgé 55 ou dévalisé indignement. Les femmes, en difformité 55 et laideur, pourraient égaler les plus hideux fan- 55 tomes, harpies ou gorgones : entourées de tels ha- 55 hits qu’on les prendrait pour les plus piteux esprits 55 sortant du profond des enfers. Tout ce monde-là se 55 tient très-négligemment : de façon que la chair leur 55 apparaît nue en plusieurs endroits. Ils logent en des 55 cavernes humides, et jettent une odeur puante et 55 mauvaise autant que houe et chèvre. 55
Certes , ce portrait tracé par Hassani est d’une grande vérité, et; si nous en jugeons d’après les échantillons de beauté féminine que nous avons l’occasion de rencontrer en Algérie, nous devons croire qu’il y a encore chez quelques peuplades indigènes des