‹ Études sur l'Algérie et l'AfriqueChapitre 37 sur 135 · MYTHES ET ERREURS SUR L’AFRIQUE SEPTENTRIONALE · texte numérisé non relu

MYTHES ET ERREURS SUR L’AFRIQUE SEPTENTRIONALE

Los auteurs latins suivirent cet exemple.

Pompon ius Mêla croit à l’existence des satyres et (les églpam vivant à l’état de tribus errantes dans les déserts de l’Afrique; à celle des gampliasantes , qui ont coutume de fuir tout individu qu’ils rencontrent s’il ne parle pas leur langue , et s’il est étranger à leur peuplade; à celle des atlantes, dont le culte consiste à hurler des imprécations contre le soleil; enfin à celle des nations sans langue et sans bouche; à celle des nations muettes, bien (pi’ayant une langue et une bouche.

Pline , 80 ans après Jésus-Christ, écrit :

a Au pays des Troglodites , sont les monocoles, conformés d’ailleurs comme les autres hommes; ils en diffèrent en ce qu’ils n’ont qu’une seule jambe, et cependant sont doués d’une vitesse surprenante.

Au désert de Syrta habitent les Psylles, dont la salive est un remède contre la morsure des serpents, qui les craignent et les respectent. Aus^i les maris, j)our juger la fidélité de leurs épouses , ont coutume d’exposer les nouveau-nés aux lieux fréquentés par ces reptiles. Si l’enfant est pur sang psyllien, l’odeur seule le fait épargner; si par malheur il est le fruit de l’adultère, alors il est dévoré sans miséricorde.

En Ethiopie, on trouve les himantopodes , dont les pieds se terminent en lanières, et qui pour cela s(' meuvent en rampant à la hiçon des serpents.

» L’Afrique, ajoute-t-il, est la terre des monstres et des prodiges , car la i*areté de l’eau y contraint les hét('s féroces à s’assembler auprès d’un petit nombre de sources : là, les mâles, de gré ou de force, s’ac-

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couplent avec les femelles de race dilférente, et de cette façon produisent des êtres à formes toujours nouvelles. ’’

Sous l’influence de cette idée, il croit ingénument à ces animaux fabuleux créés par les poètes et les voyageurs. C’est, par exemple, la léocrocote, quadrupède d’une légèreté incroyable : on lui donnait les jambes du cerf, la queue , le cou et la poitrine du lion, la tête du blaireau, une bouche fendue jus- (pi’aux oreilles, et, en guise de dents, un seul os remplissait les arcades dentaires sans laisser d’intervalle.

Méale, la manticorc, les péejases et le redoutable catohlepas, qui tue à l’instant même tout individu sur lequel tombe ses regards ; ou le basilic, dont l’baleine fait périr les arbres, dessèche les herbes et brise les pierres ; ou bien encore \ Atlas servant de rendezvous amoureux aux satyres et aux égipans.

Pour les païens, ee fut principalement en Afrique qu’eurent lieu les combats des Titans contre les divinités de l’Olympe : pour les chrétiens des premiers siècles, ce fut également là que furent livrés les plus rudes assauts des démons contrôles saints anachorètes.

Si, foreéspar le manque de documents historiques, nous laissons de côté ce qu’il y eut d’écrit sur l’Afrique durant les ténèbres du moyen âge , et nous jetons ensuite un coup d’œil sur les relations des voyageurs modernes , entre autres de Léon l’Africain , de Marmol et du docteur Sebaw, nous retrouverons eneore chez eux cette disposition à considérer ce continent comme le pays des monstres et des merveilles.

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Combien de fables des navigateurs portugais du seizième siècle n’ont-ils pas débitées sur la domina- (ion et le royaume du Prêtre-Jean , roi des terres élbiopiennes

Léon , quoique bien supérieur à son siècle , ne se dépouilla pas cependant des erreurs populaires touchant les animaux de l’Afrique.

D’après lui , l’existence du dragon ne peut être mise en doute : ^ Il demeure dans les plus noires cavernes de l’Atlas. Pour traits caractéristiques , il porte le bec , la tête et les ailes d’un oiseau, la queue du serpent , les pattes du loup , et une peau marquetée de plusieurs couleurs. Si quelqu’un en est mordu, les cbairs , à l’instant même , deviennent molles comme le savon. «

La superstition d’alors le faisait naître de l’aigle male et de la louve. Lorsque, par l’elfet du hasard, une louve avait été fécondée par cet oiseau, son ventre devenait si gros qu’il se crevait ; alors , de ses entrailles sortait un dragon redoutable ; il n’avait pas de paupières, voilà pourquoi, disait-on, il se tenait dans l’obscurité , le grand jour lui faisant mal aux yeux.

^ Le Preste , ou Prêtre , ou Prête-Jean, est célèbre dans Thistoire ecclésiastique. Pendant les croisades, on répandit le bruit en Europe qu’il venait au secours des chrétiens de la Palestine avec une armée innombrable. Ce roi et son peuple , qu’on supposait alors vivre dans l’Asie centrale , n’a probablement jamais existé. On admettait son existence pour réchauffer le zèle des croisés. Il est à croire que quelque prince nestorien, qui aura maintenu son indépendance en Asie contre les musulmans , a donné lieu à cette fable.

Les Portugais , au seizième siècle , crurent l’avoir trouvé dans la personne des souverains de l’Abyssinie.

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