‹ Études sur l'Allemagne, ancienne et moderneChapitre 10 sur 55 · DU GËNU 1» LA LANGUE · texte numérisé non relu

DU GËNU 1» LA LANGUE

Les paroles dont se sert le sincère Jet savant phi>ol(4;ue offrent un corienx «xemple de cette richesse allemande» qui pousse la magnificence jusqu'à la prodigalité ; à peine ce passage si remarquable et dont la sévérité paraîtra extrême peut-il être traduit en anglais ou en français, tant la marche des périodes est complexe et la multiplicité des nuances embarrassante.

L'allemand malgré cette richesse^ qui semble lui assurer une supériorité prodigieuse a donc ses désavantages ; en émondant son luxe et en soumettant sa liberté à Tordre, la langue anglaise a pris le dessus. .

Voici un mot exprimant un seul sentiment, .eounu de tous les honunes, familier à toutes les nations^ Vqgnouri^ — il nous servira d'exemple. Le mot samskrit est lubh, qui exprime l'agrément d'un objet et le mouvement de préférence qu'il inspire. Sans nous arrêter au grec lipio et au latin libeo^ qui contiennent la même idée, nous trouvons le gothique leibia. Là se trouve la souche teutonique ; cherch(His les transformations que lui a imposées le génie des races.

L'allemand moderne en fait d'abord lieben^ aimer; puis liebeln.Mte l'amour; lieb^ agréable; Hebchen, diminutif;

fûhrte* Ja, die Engliscke Spracke, von dernickt umsenst <mch der grœsste und uberiegenste Dichter der neuen Zeit im gegensatt zur classisehen alten Poésie, ieh kann naiûrlieh nur Skakspeare meinen, geteugt und getragen worden ist, siedarfmit vollem, recht eine Weltspracht heisêen, und schein glleieh dent EnglUchen Wolke ausersehen kûnftig noch in hœherem Masse und allen enden\ der Erde zu voalten. Denn an Reichthum, Vernunft und gedrangter Fûge lœsst sick keine aller noch lebenden Sprachen ihr an die seiie setien', auch unsere Deutsche nicht, die zerrissen ist, voie wir selbst zerrissen sind, und erst manche gebreehen von sich absckûtteln mUstte, ehe sie kunn mit die laufbahn trate*

liebe^ amour ; Uebeki^ amourette; lieber^ plus Tolontiers; lieblichj aimable; lieblichkeit, caractère aimable ; liehling^ fiivori; liehlos, sans amour; Uehloskeiu caractère sans amour; liehreich^ riche en amour ; liebschaft, situation de Tamoureux; liebste^ le plus aimé, le préféré, Tépoux; liehœugeln^ faire Famour par \gA yeux ; liehhaber, celui qui a de l'amour; 2tV&A;ojeR, causer d*amour; Uebenswûrdig^ià:ffke d'amour, etc. Ce n'est pas tout; — au moyen de la préfixe be^ qui indique une action prolongée, étendue sur tout un objet, ce riche et souple idi(Hne crée : belieben^ étendre son amour, désirer ; belieben^ plaisir ; belicht^ qui est entouré d'amour, recherché; beliebig^ qui est digne qu'on le recherche ; — au moyen de la syllabe ver, qui exprime l'etcès, l'oubli de soi-même, verlieben sich^ devenir amoureux ; verliebt^ amoureux; par la préfixe ge qui indique la réunion, geliebt^ aimé; — au moyen de vor^ qui signifie la préférence, varliebe^ prédilection, etc.

Cette multitude de nuances, cette formation régulière et continue, ces affixes dont la délicate finesse est distincte,^ signalent particulièrement la langue allemande. "Voyons ce que les Anglais ont fait du même mot Uebe s'est changé en lave^ métamorphose naturelle. To love, aimer ; lave, amour ; lovely, aimable; {ove/me5j, caractère masàAeihveless, sans amour, peu aimable; lover, amant; love-gift, love^talk, love-letter. Ils ont perdu loveship, loveworthy, lovelier (pour rathér) ; ils ont gardé le composé beloved, et formé pour leur usage personnel lovingly; quant à beforelove et forelove, ces mots sont tout-à-fait bannis de l'anglais.

L'anglais n'est qu'un allemand mutilé; la construction des vocables se maintient; les racines n'oiiit pas changé; on a supprimé les rameaux exubérants. Un génie positif a détruit une multitude de demi-teintes composées. Contmuons.

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Les mots liehe et l<me eiq[>riiii6Dt surtout une prMéreiice iûstinctiTe. Gomment rendra*t-on cet antre attachement du devoir, cette sainte <:mitfire« fille de la parole donnée, mainteoue et animée par le serment! De la racine gothique freien^ demander en mariage, on a fait frijands^ lié d'amitié; puis freund, en anglais friend (ami); de là fretmdlich tt friendlffi cordial, doux, amical; freundlichknt (alle^ mand) et /rtVndliittfM (anglais), cordialité; freundschaft et friendsiùpt amitié; befreunden et to befriend, traiter en ami. Les Allemands, toujours plus riches que leurs nereux les Anglais, se sont réservé freundinn^ amie; befreundet, allié, etc, et beaucoup d'autres. L'identité des formations est partout évideote ; ce sont les mêmes désinences ( Uice et /icA, less et les; shafî et ship) ; les mêmes préfixes, le même mode de composition ; c'est une seule lai^e ; — à cette exception près, que l'opulence allemande nous étonne par ses ressources, tandis qiie la précision anglaise s^nble pauvre à force d'économie»

Gomment ceUe-ei a^-elle regagié le terrain perdu T Par l'ordre ; en plaçant pour ainsi dire à intérêt, selon leur époque, et les vocables de son patrimoine et eeux qu'elle empruntait aux langues savantes oïl étrangères. Possédant déjà friend, f ttoii 9 et tous ses dérivés, lave^ «amour » ei toute sa famille ; l'anglais n'a repoussé ni le mot normand ou latin amour, ni le mot germanique like, likinç, t préférence ». On leur a donné les moindres places. Le dernier rang, le plus cbétif et le plus réprouvé appartient au mot ktin-nor* mand. An amour signifie une liaison passagère; paramour implique le blâme; amormis, amiable, ont Que signification ou faible ou purement sensuelle. On peut très-bien dire an amiable dotard, « un aimable idiot ; » il est impossible de dire : t A lovtfty émarà. « L'idée BMMrale^ et oellede d«-

V9ir nmti ont été itxptixaée» par frimdthipf Tidie depladnr et de préférence, par love; Vidée tnlgaire et condamnée» par atnout. Rjestaient la préférence on le geât pour un objet: c'est tolike^ préférer. Il n'est paseiaet detfreqtt'fl y ait eu alliance et f usicm i alliance trop inégale ; fanon qni n*a rien confondo. L'élaboration des élément» teiitoniques» dominés par le génie positif d« la langue anglaise s'est mâée à un accessoire étranger, fort par le nombre des mots qu'il introduisait, peu considérable par la réalité de sa yaleur, impoissant à cbvQger Forganiame 0iœitif.

On YCMt Comment s'expliquent les caraetêreê différents de la langue allemande et de la langue anglaise»

Les nuances allemandes sont des dérivés qui modifient le sens. Les nuances angiaises sont des synonymes et des variations qui expriment force ou faiblesse» -^ moralité ou vice, — profondeur ou surfoce. Tout oe qui est force, moralité, profondeur, c'est la racine teutonique qui le fournit. Ce qui est affaiblissement, adoucissement, ornement et frivolité, on l'emprunte à la langue nouvelle. Les mots métaphysiques, lès termes d'art, les expressions nées d'une civilisation avancée, appartiennent à Tidiome néo-latin; les termes de droit, de chirurgie, de chimie, de physique, d'astronomie s'y joignent et composent un total énorme^ Ces mots étrangers que lé progrès social rendait nécessaires se sont toujours sQumii fc la ccmstltution primitive du vieux langaga

Ainsi dett Uiomes opposéa de earactère ont jailli d'une Bource identique^ Les préfiieS) les affixes, les dérînences anglaises sont Aé l'allemand r <AireA (en anglais through) ; thm (en anglais dom);kinter {waAer)i ober (over); iiiJ# (ness); lick (like); ikip (sbaft) ; los (le«); heit (hpod), régnent sur la langue anglaise^ dispetent des au-

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très Tocabies, goayenient ces vassaux et ne ieor permettent pas de suifre la règle latine on normande.

La terminaison hood, si fréquente en anglais {widowkood, livély-kood , brother^hood)^ dérive d*un mot gothique que les Allemands eux-mêmes n'emploient plus. Dans le vieil allemand le motAeît {hbd, en anglo-saxon) signifie « posonne ». La version métrique du Credo^ publiée par Hickes» contient ces paroles : t Ne the hodes ok inengande « ( « Neither the persans aught confounding, » « necpersûnas ntlum in DX)dum pecpniscendo »)• Le dialecte de la Bavière a seul conservé hait dans le sens de c( situation ». Le paysan t>avarois vous parle du bon iitu (gute hait) ou du mauvais état (schlechte hait) de sa famille et de ses affaires. L'Allemand vulgaire n'emploie plus heit que comme désinence dans la composition des mots, et lui prête la signification exacte que les Latins donnent à leur terminaison tas (Ubertas) ; en français, liber-té; en grec» tes.

Heit signifiant donc l'état d^une chose^ les Allemands se servent de mensch-, homme, pour faire mensch-heit^ « état de» hommes, humanité »; avec /au/, paresseux, ils font faul-heiti « état du paresseux, paresse » ; et mille mots semblables Ce mode de iimnation a passé des Germains aux Anglais. Ces derniers ont changé heit en head et en hood,* de là god^head (divinité, en idlcmand gottheit) ; -^ ntaîden-hood; — priest-hood^ prêtrise; — man-hood (vfrilité, en allemand mensch-heit) ; — hardy-hood, hardiesse, mot plus singulier encore parce qu'il est hybride et se compose du mot normand hardy^ et du mot teuton hoad. En face de ces mots germaniques se placent des synonymes, qui empruntés au latin offrent une équivalence affaiblie et comme une nuance plus ornée et pâlissante ; prèsde jum^*

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head on voit t divinity » {dininitas) ; près de maidenheod^ ' « vii^nity è {yvrginitas) ; près de priesthoodf $ sacerdoce t {sacerdatium) ; près de man&ood, « humanity » (Atiinanitas). Des deux nuancés, Tune gothique, i*autre latine, la nuance gothique a l'énergie et la rudesse; du côté de l'expression latine sont la. finesse métaphysique et la subtilité civilisée. Tout Anglais qui entend prononcer le mot godhead en reconnidt la puissance ; Divinity est une expression lucide, effacée et sans pouvoir; le doetar of divinity^ est un docteur en théologie^ rien de plus. Aiftuinity indique ou la masse du genre humain, prise pour un être collectif, ou h sympadiie de Fhomme pour les hommes ; mot philosophique, d'une froideur didactique et cicéronienne. Manhood indique l'âme virile dans un corps viril, l'âme opposant sa force aux violences du destin. Des gens crueb et énergiques pourraient très-bien dire à un homme doux et faible : — We hâve enough ofyaur humanity; recall ^our manhood i « nous en avons assez de votre humanité; rappelez la partie virile de votre âme (manhood). » Le mot vtniiry, autre synonyme, existe en anglais ë côté des deux expressions humanity et man-^ hood; il indique plus spécialement la différence des sexes, et se pbce entre l'une et l'autre.

Telles sont les fortes nuances de la langue anglaise; nuances caractéristiques, positives, propres à la vie pratique d*nne race politique et commerçante. Si elle a perdu la complexité composite, le luxe et la beauté synthétiques de l'alleisand ; si, ébranchant pour ainsi dire et émondant de toutes parts sa luxuriante fécondité , imposant des bornes à sa facidté reproductive, l'anglais est devenu impuissant aujourd'hui à réunir dans un Seul vocable ces reflets poétiques et les divers jeux de l'imagination que l'allemand y

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