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Le cusô 0^ Calemberg et le ouvé Pierre Lew« * - .
Voici deux npuveaui exonpies de la verve boufioune, arme posnère de l'Allemagne eontre la hié«^e ^
pesait à la liberté germanique ; ironie dont on pent disoemer des traces nombreuses dans les œuvres d*Ulrich de Hotten et de Luther lui-même. Ces deux personnages ptcar^5^e5 offrent des traits fort siguliers. Gomme Sanclio et Panurge ce ne sont pas des héros, ni même d'honnêtes gens ; osais on ne les déteste pas. Le mépris tombe plutôt sur leur situation que sur eux-mêmes. Ils sont populaires, peu riches» peu puissants; on leur pardonne ; les cardinaux, les évêques et Rome, voilà les objets réels de la haine germanique. Avant de raconter les hauts faits du curé de Calemberg et de Pierre Lew, surnommé le Second-Galemberg, gens qui avec autant d*esprit qne leur confrère et une exploitation non moins heureuse de la sotdse universelle, avaient peut-être reçu le don d*une invention plus comique, signalons d'abonl le rôle démocratique joué ici par le clergé. On les traite comme FËspagne traita ses barbiers et la France ses clercs de la basoche ; on leur attribue toutes les railleries et toutes les gausseries qui voltigent dans Tatmoiq>hère. Ils sont du peuple, ils plaisent au peuple ; un peu escrocs, un peu faussaires, passablement immoraux, ils se font accepter par leurs vices mêmes, comme le héros du curé de Meudon. Malgré leur haine pour les ménestrels et les bouffons, depui» longtemps les membrçs inférieurs du sacerdoce s'étaient confondus avec cette dernière classe de mauvais plaisants plus aimée que respectée; les statuts de Téglise de Cahors prouvent d'une manière incontestable la crainte inspirée aux plus prudents par cette bizarre confusion. « Nous défendons, disent ces statuts, aux prêtres de àe\eniv jongleurs, gaillards et bouffons ; et nous déclarons que ceux qui persisteront à exercer cet art infâme seront privés de tout droit ecclésiastique , ou même punis tenvoreUçment d'une manière solennelle. (Item prse-
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dicimns, qdod Clerici non sint joculatares^ f/oliardi^ jeu bufonesy déclarantes, quodsiper omnem artem iUam diffamatoriam exereuerint, omni prinlegio ecclesiasticosuntnudati, et etiam temporalitergraviori pœoâ, ai non destiterint. ^StatutaEcch Cadurcapud Marten,, Tom lY, Anecd. CoL 727). •
La révolution française nous a démontré Tinfluence de cette position populaire du bas clei^, et ce qu'il y a d'in* time dans Falliance contractée par les paysans et les bourgeois avec les curés et les vicaires. Un grand nombre de ces pauvres hommes d'Église s'attachèrent au parti de la révolution, comme on avait vu les membres de la même classe, au commencement du seizième siècle, passer du côté de la réforme. Ce débris de la grande guare entre les vilains et les nobles n'a pas été sans action sur l'établissement du calvinisme, dont une des principales doctrines est la destruction de la hiérarchie religieuse. Le catholicisme luimême était plein de fiel contre la hiérarchie des évégots et cardîngaux dont le curé de Meudon donne une description si maligne : M^lin-Coccaie les crible de traits satiriques. Les vices que l'on attribuait au bas clergé étaient de ces bons gros vices que le peuple ne déteste pas : gourmandise, iyrogner^, tours de passe-passe, farces mêlées d'é** goîsme et de friponnerie. La sympathie. pour Panurge a toujours été réelle, et je ne sais si le matériel Sancbo ne s'est pas fait plus d'amis que le spiritualiste Don Quichotte. Tout au contraire, les crimes dont on gratifiait les évêques fix^issaient l'amour-piopre et l'égoisme publics ; on pouvait mépriser les uns ; on abhprrait les autres.
Le plus célèbre de ces deux prêtres, le curé de Galeiaberg, est un homme historique, et les annales de la Germanie le présentent comme l'un des meilleurs conseillers du
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M LES BM»ItftUd àlXllÂlIDS
dnc 0iiim*^h'j9y9U»i dont Tàotre miidsti^ iVMfkaft FV^ili a 6té eMDplétèiiieiit Mipsé par sofl ritàl^ NcniHsetdeitiem fiebeliusv Maoliiu^ Rauscher et Dionyriiu Metemler, Mte le grand Lnther, daas son eommeiiuire de rrieeiéâijMtei ont Accordé à cè héroe de la plaiaa&terie lea honiièQrft de la citation. Son véritable nom, Weigand ¥on Thebeài âbsef bé par ion prénodi eoeMsiaatiqiie) e^ àbseot de ioutea le^ biographies : an petit volnme rare, imprimé peu de témpa aprda ^ mort, a cooaer?é mn jovial amiventn
n moraliaait qnelqbeftiia, eonime ce pattvfe ToHèlÈ< Un jonf on hii reprocha d'avohr manqué è aa pMmeaae de ftjre tth bean aemon mr la diversité des oplni<Mia httmàlnes. a À demam^ répondil^il; von» ne aercsi pas mécontents de mon aerraoni qui aéra un drame et un symbole. « Une petite oôIUne s'élevait auprèi dti village de Galemberg i filtre curé remplit un panier de erânca dioisis dans le eiiiietière^ puis montant an sommet de la cblUne^ et laissatlt rouler sur ses déoUvités tous les crâbei à la Cote r « Ghers frères, s*écria-t4U ^ adressant la parole mx villageois às^sembléa au pied du odteau, vooa m*avei demandé lib beau aermoil sur la variété ii^nie des opinions des hôtnmes, vo]ro2 ons pauvres erànes qui n*ont plus le soiifflê vital 1 comme ils roulent I comme ils se dispersent f «somm^iftacun prend ssa paniec suit sa voie. Ge aérait bien ^s^ mes diers frêrfes, è'ili étaient vivants^ si le pddi de Imtë intérêts, de kmi préjugés et de leur» éépriMi te^ éfifpoHidt dans des rdutéa différeméë ! » Apologue m pëtt «TosHër, asse» pnDfond de sena^ eâ Ton ven«K vcdontters te type de ces étranges sermoml^ que Jean*Pi|uU dans aèa thOUiëtlia de ftcétiè miaanthropique, a prêtés H de» curé» ImagiflaiFès et I dea vicaires cUmériques (l)«
(i) V. plus bàd JEAK-PÀUt-FaiDÉBIC felCHXBR.
AU tn* SIÈCLE. 95
Le premier trait d'esprit qui le flt connaftre était à là fois an tour d'audace et un rapide élan vers la fortune, l^aurre garçon, sans passé, sans avenir, sans amis, Wdgand Voti Theben est en service ehez un bourgeois de Tienne. Il suit son maître au marché. Le peuple s'attroupe autour d'un énorme poisson que le pêcheur veut vehdtè uh prix exorbitant t Parbleu, s'écrie le valet, je Vais l'acheter pour le dtkc notre maître ! et il prie le bourgeois de lui prêter l'argent nécessaire. Le bourgeois, dans sa profonde vénération pour le suzerain, ne repoussé pas la demande de son serviteur, et Wetgand coUri joyeux au palais d'Othort. Le garde de la porte qui le Vit se présenter àteé ce panier et ce poisson lui barra rudement le pâlfôâge et foi'ça Weîgand de marchàndet l'entrée du palais. & Que me donnerez*votis enfin T demande le concierge. — tartei, faites votiiB prit* mais je ne possède rien dans ce tooihent, attendes que le duc m'ait récompensé. — Soit ; convehotts que la liloitié du présent quel qu*il puisse être m*appai*tiendrâ. — C'est convenu. »
Le valet, introduit en présence d'Othon-le-Joyeut , voit son poîssôti gigafitesque accueilli aveé reconnaissance.
« -^ Que veùî-tu que je te donne*? demande le duc*
— Pas grand'cbose, altesse; un centaine de coups de fbtiet bien appliqués.
— Pourquoi? dit le dtic édatant de rire, et qàeHe étrange fantaisie !
Welgand lui coilta l'histoire du conciei^, et lé dut fit exécuter ponctuellement la convention conclue entre des denx personnages, à cette seule exception près, que la flagellation de l'un serait plus solennelle et plus sérlettse qtie ôelle de i*atltrè. Égayé par les fac&ies de Weigand, Othdn
le prend à gré. Un yieux curé du Toisinage vient à mourir, c'est Weigand qui hérite de la cure. Il a le même succès auprès de ses ouaiUes qu'auprès du seigneur suzerain ; tout le monde aime ce bon curé qui fait rire les chrétiens.
Notre homme ne négligeait pas ses affaires. La première fois qu'il mit le pied dans l'église, il en trouva la toiture endommagée. ^ « Arrangeons-nous, dit-il aux paroissiens; vous vous chargerez d'une partie des réparations, et moi de l'autre. La pluie tombe sur la nef et sur les bas-côtés, l'autel n'est pas moins exposé aux injures de l'air. Partageons ce différend en deux. £st*ce le dessus de l'autel, ou la voûte de la nef que je dois réparer? de quelle partie vous chargez-vous ?
a — Nous allons réparer le dessus de l'autel *, répondirent les paroissiens qui, dans leur pensée avare , venaient de comparer la dépense de ces deux réparations. Le curé de Calemberg les laissa faire; quand la voûte qui protégeait l'autel et l'officiant se trouva bien couverte et réparée, il se tint parfaitement tranquille et laissa dormir dans l'oubli les réparations du reste de l'église. Sorti vainqueur decette petite bataille avec ses paroissiens, il ne cessa de leur jouer des tours dont le meilleur nous semble digne d'être rapporté; nous altérons à peine le vieux style de la légende :
« Or il est bon que vous sachiez que le curé de Galem- » berg avait dans son celliçr du vin détestable qui s'était » gâté avec le temps, et dont il ne savait comment se dé- » faire. Il s'advisa d'une merveilleuse invention qui lui » réussit II fit proclamer à son de trompe, dans les vil- » lages environnants, que le curé de Calemberg avait trou- » vé le moyen de voler; que Dieu aidant, il avait fabriqué » à cet effet une belle paire d'ailes; et que le prochain di-
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manche, il prendrait son essor du sommet du clocher, traverserait la rivière et irait se poser sur le faîte du clocher d'un autre village, situé à quelques milles de ïk, » AfHTès quoi il fit fabriqua deux grandes ailes couvertes de plumes de paon, et af^rter dans le chœur de T^ise les tonneaux remplis de son mauvais vIq. Le bedeau reçut Tordre de vendre ce vin aussi cher que possible aux paroissiais, pour leur faire attendre de meilleure grâce le moment où le curé prendrait son essor. Le moment arrive, et l'on accourt de toutes parts pour voir s'accomplir le miracle; debout sur son clocher et essayant ses ailes, l'ange de nouvelle espèce semble prêt à partir, mais ne part pas encore. Toutes ces figures populaires, nez en l'air et bouche béante, se tournent du côté du clocher ; le soleil les brûle, h soif les prend ; le bon prêtre ne vole pas encore. — « Attendez-moi, chers amis, criait-il du haut du clocher, le moment approche et vous verrez avec surprise ce qu*il en adviendra. — Cependant la soif augmentait avec la chaleur, et l'on était heureux de trouver dans le chœur de l'église les rafraîchissements nécessaires. Ce détestable vin paraissant très-bon pour la circonstance, tout fut épuisé en quelques minutes; on vit une émeute prête à éclater lorsque le dernier tonneau se
trouva vide. Le bedeau ennuyé de n'avoir rien à répondre à des gens furieux qui lui criaient : à boire! à boire! monte au clocher et demande au curé :
» — Que faut-il £dre 7 tout votre vin est v^du.
» — Bien veadu î .
» — Très-bien.
»— Et payé?
» — Bien payé.
» — A la bonne heure.
m LES ES1>IÈISLBS AttEttàNDS
é Lëri deut liilësad |irètfë s*i^tèrëm tiVètnënt^ et é'i^ if t)rochaiit sût le bbtâ dé la bâlùstràflë qtii èntétii^ilit te ëlo^
• bhërï
>) ^ fidimès ^s, crià'^t-il kn pédt^Ië; ^1 ë«l celai I d^entre vbùj^ ^bi a tti uà hdmiiié VoKi^ f
» — t^ërikmne, i;Jét^ttne f
i — Ëh biëii! perMile ne lé véiïà: âllëifi ffli^é 1 1^ i fetutnéb, TOUS tous, fils de boUiiës itièrè§, Spi ^étii tëflet
• a'ttchètèr le vin dfa curé de Càtembérgi tmà fttt plus i^ ëhër 4ti*tt lie Idi i jâmatt ëddte, Tds «itië Mhl bbai,* tos » ictié iforit trëS'boii^; Je tië inë plàiilâ p flë vbtiâ 1 Et Mnik 8ôil^,mekàtilis{
» Vllaifiè et î^âysaii^ iiiërVâUètisëUent «cH^nMâéi ISe^ » iiàéfil^ni flé letif téfigeaiicë te ctifé mpm qui êê tÉSifOi i d^éttx, et trilikfdt'ma ëfi bdii tiâ les ^ée§ ê^if^t et À d'd^ ^uè Idi hTâiëiit vàldës m idâdVaises t^mm. *
des espiêglërieè ëttifèfëht ràttehtibn de revende ^i Iftitildt Séfir. Le euré S*arfadgea de mdiiière 1 6é ^é ses |)atoMëdè Sdrprissent ihddséigtieàr dâiiâ (inë situilfioh tellënletit é(jt(hbqtié 6ti pour mieux diÉ-e^ si ^eù é^tiifdqtie; que toutes \^ liitlëHes tdtnbëreat sur le sdj[)éHëdJh. MMigr€ tét échec, rétê^tte eit|oigiiit àd cdré de iiè pa§ dhdiâlif' de sëiirante qdi n*ëflt c[uarante àh^; %èigadd éti M ^îttè fMxf pay^f detii Settautôs ddnt ehacuhè était ft^edë Vldgt ^; éë qui â'kpttà m éfikul é^K MM^ffîHit la même chose.
Ces fdcétied ont édura rËtiit)t)é. lî est It feiffi^oer ^e les peuples du Nord ont spécialement ^flê lë §Mivenif de ces curés gaudisseurs ; les plaisanteries dé fliiÉcr et de l'Espagne portent un cachet différent
Pierre Lew, natif de Hall, et qui portait M hdthtBS dans sa main étendue, tant il était vigotii-éux, né Éë cÙsftt|(liait
AU xw si$cp,' .\ : : : • • - • -.^ :
^8 ps^r me 4é)icatei^ ^m raQoéi» g^e ses confrères P;?-^ ' \m Spipgjsl ^t li^eigand. Prêtre c/oam^ \^ ifi^^^X ^ <^ Mfp^» fipr^ ayoir s^rvi eqp^iQ^ artiU^Uf , ^ mettait sqq )magip;^tipi^ lav^i^^ye %]\ fierviçe ^^ ses fac^li^ g^tf onomiques ; il tordait le cou aux cogs e( fiu3R pqii}es qi^'il f epT contrait, et }e§ plongeant ensuite dau^ le ruisscfiu, les faisait passer pouf UQyées, a||p d*en dégoûter les gens du village. Les miracles que Dieu qpérait efi sa faveur,, ^^m\ tQus la piêa^Q tendapç^ 4e sengu^t^. Il C8|cbait d'^xc^^nt§g^t^a^i^ sou^lau^pp^ 4er«mteli ui^ syphon p)aç^ ^aps ^ c^\^^ aboutissfipt ^ 1^ ç^ie ^mWi absEurb^t la liqueur que contoBaieiit les tcm^e^nx 6( les pip§s 4b voir sia.
Ç'^^\ lejopr^e la SaipM^§i?rtft» «r^lMe fête pqflr }ea\ pay^aQ« d'A))eii^gpe, babitR^s ^ pliiQ)^ l^}m o^ep ^e jcipr-i b, et |i çb^iper la fête du bieoh^ureiu: pi|r de kifigues rar sade§, ^ ^Is. du b^d^q vint trov(Y«r Piefrfi Lew, et tqurr n^i\ nm chfipe^u 4ans i^s pf^ii^s:
« r-r !^Qi) pi^re ii;*^voie \ (a YÎIJe, ]ui ^it-p». PQ^ ache-! t^r du paîn, d» YÎQ ^t des tà^m ; ^^s plaltril que par la ïï\m^ opcasipn j^ fasse vos eniplet^es?
» — l^ftp, Ipi répondit h^m f ; pt l$l jeiwe b^igme j^\ùt
4f aqt qu'il eût terpiin^ §ei| achats, le $|oJeil ^^^t djspanu ^^ soGQipet d'iiA9 ^oWAet i|iMr la r(uit# qqi conduit j)|[ yil-lilge, se tvmmt m vieil artoe dflnt le tr^c po^çri $iy{4| été abattu par ^ b^iehe e\ dont le^i dél]p§ t^^ go fqrme de piédeiitiil épient dpsttpés W»r l?» YiUageois ^ recevoir riiûîigfj d'un ft^t Çp f«t {|i qup fti^re Çfiçl^sifiÉjtiase s'acr^ croupit, jitteadant; le Pf|«pg^ dn j^uiàe villageois et se fiw^W^ttW 4fl M mm^ WP tery^iiF sm^f. prqfw^e poHP
i^M^i; R»li;rftdfi ki ciPpyMrifiiA f%it43 k te fil(e& ïet^t jirriYç
:iOO;\ \\l': L^ ESPIÈGLES ALtEM^NDS
comme le désire notre curé ; le jeune homme épouvanté par Tapparition , s'enfuit et laisse épars sur le sol brocs, paniers et bouteilles. Non-seulement Lew les recueille, mais il a soin de jet^ sur le chemin les bouteilles yides et les paniers veufs de leurs trésors.
Ce désastre contrista singulièrement le bedeau et son fils. L'un et l'autre n'eurent rien de i^us pressé que de venir consulter Lew et de lui demander conseil pour l'avenir. « Apaisez, leur dit-il, la colère de l'esprit malin qui vous en veut; un ou deux présents que vous me ferez vous vaudront d'excellentes messes et je vous en tiendrai quittes à bon marché. » Les pauvres gens obéirent.
Tels sont les matériaux du Narrenbuch, dans lequel un éditeur moderne a fait entrer non-seulement ces beaux prêtres dont j'ai donné l'histoire, mais le célèbre Marcolph^ le grand Schitnpf^ l'illustre Claus Ifarr^ et surtout le roi de cet empire comique, Till Uylen SpiegeL Je veux laisser quelques études à faire à mes lecteurs ; ils admireront surtout cet Uyleii Spiegel, symbole ou réalité jadis vivante, les érudits ne sont pas d'accord sur ce point Non-^ulement le petit livre contenant sa vie et ses aventures , originairement réd^é en bas-allemand, a été traduit en haut-allemand, en anglais, en vers latins, en prose latine, en hollandais, en polonais, en français; mais on a vu paraître pendant la grande lutte de la réforme deux versions différentes de cet Évangile des escrocs; l'une à l'usage des catholiques, l'autre à l'usage des luthériens. L'étranger qui visite Zeitlingen, est conduit parles habitants du lieu, près de la maison qui, disent-ils (et nous ne croyons guère à ces reliques), a l'honneur de renfermer le berceau d'Uylen Spiegel ; on montre même pour de l'argent les habits que cet intéressant personnage a portés. Son prétendu tombeau,
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que le petit ?31age de Meulen consenre avec vénératioD, est aussi un but de pèlerinage. Un hibou (I7yl«n) et un miroir {Spiegel) y sont gravés en creux. Si, comme les savants l'affirment, ce personnage célèbre n*a jamais existé, rien n*est plus curieux et plus caractéristique que cette plaisanterie symbolique perpétuée à travers les générations et gravée dans la pierre.
S IV
Les Schildboorgeois. — > Symbote comique des aaMmUées populaires. — Le village des sots.
Ce n'était pas seulement à la hiérarchie ecclésiastique et aux vices prétendus ou réels du clergé que la raillerie du peuple s'attaquaity mais à toutes choses; le résumé définitif de cet esprit goguenard se trouve dans la célèbre Iliade du Renard (Reynard the Fox) dont nous avons parlé ailleurs (1) et qui, née sur les limites de la France et de la Germanie, ne s'acclimata définitivement que parmi les races du Nord. C'est le Gode de la ruse triomphante , l'épopée moqueuse de toutes les sociétés humaines.
Une autre invention burlesque, qui n'a point pénétré chez les peuples du Midi et qui appartient tout entière à V humeur germanique, s'élève peut-être sous le rapport de rinvéntion et de la philosophie au-dessus du roman du Renard. Les nations teutoniques avaient depuis longtemps, et même au sein des forêts sauvages où Tacite nous montre leurs tribus domiciliées, ébauché l'expérience de cette asso-
(1) V. nos ÉTOMS sua lb MOTiir-Aai.
ciatiMi lilm» dd c«s dAîMr^tioiia cwnmime», i^. ^ ^W bléM iwpiilaiiiai^ que te Yfitten^gemQt chez les A^gf^ &a»Wf te Burlement angl^ivi, te Siortbiag 4ei» ScapdUi^Tçs «nt rejpixMtuitea et léguhris^Qs swi^ ^. iorm^ divers* U Q^eft ppial de V^^h^^i^ dee iaiptiiutions bumines, mécoe ks plaa fken^^ ei let plus poiaKipte», de se dévdoRper autrement qu'avec leurs excès, leurs ^bw et teur4 f ice$* {^s railleurs du xv* et du xvi* siècle s'aperçurent bientôt que dans toute réunion d'hommes, si la raison et le bien public sont le but général qn*oj\ se propose, la sottise et le bi^bil peuvent souvent triompher ; que les divagations de la parole, ki ambages de la discussîen, Taveiigîe confiance, Taveugle fureur peuvent ^arer les esprits émus; — et qu'une assemblée de sages peut s'arrêter aux résolutions les |itlu3 folles.
Pans un cç^tain bourg d' Allemagne, ^ Schiida, s'établit une cplçnie dont les fondateurs eurent pour pères les sept sages de la Grèce. Ils se montrèrent dignes de leurs auteurs. L'éclat 4e leur capacité se répandit au loin, dit la chro^^e, et fit taut de ^ruit, que les conseils des princes et les sénats des républiqiies se les disputèrent i Tenvi ; on eu\çyait un Schildbourgeois comme on enlève uq trésor inestimable ; on payait sa présence au pQÎds de l'or. Cette valeur extraordinaire qu'ils aya^ent acquit dans le commerce des peuples livra leur pays ^ la détre^^. Les fcmiuçs relataient seule^ avec les vieillards et les eufants; dès qu'un Scluld^urgepis atteignait l'^e de raison, des cavaliers apojstés rçuleys^ent pour leyeiidre \ quelq^e n^narque {^traqger* Que firent nos gens d'esprit? Ils simulèrent l'idiqti^Uie ; seul n^oyeu d'échapper ^ cette coufisc^ition de Schildbourgeois. A.forcede porter un masque stupide, ils en conservèrent l'empreinte, et restèrent parfaitement idiots.
1,'emfm^m d'Allemagne qui e|itepdpar)eir de \^n^ <ait« et gestes Uoav# la c|i09a ip^triwsanto et bizarre i ilor^q^ qn'one d^idmtiqn de œs meMieurs lui soit adressée et ad? ipi|% [^ perlectigp de nullité qui les disti|igiie.Il leur con-; fère un diplôme d^ M^tt^e er^é de spa sceau et 4^ sa signature, et lea eneouFase à centumer eeuime ils ont epomif nc& Ils usent de la permission et se bannissent euxroiêines I perpétiiîié de leurpayasalaL ia i^eedea «m est par là deveou0 féconde, leAiutaUe, umu^pfésente : pM de coin. d«^ b terre qui m mm oSle camme éobantillon quelque de»? cendaat de la r^ce sQhilcBMwrgewe,
Ces ittventiuBs satiriqeea ne aanquenl ai de verve ni d'originalité. U faut suivre les SchUdbeurgeois ï travers ctf le créatioa «scelleqte et plus que comique » qui reitferme un élément de poésie et rappelle les contes de la Grèce sur ta pepnlation Abdéritaine. Tout ce qui se fait de ridicule, de feu et d'absurde en Gennanie, on l'attribue aux Sdûldbeurgeoia.
Schilda mérite-t-il sa renommée ? Je l'ignore. La Gbam? pagne en France, Gotbam en Angleterre, Turcoing dans la Flandre française, sont, biea à tort, le but des mêmes railleries que la Grèce n'a pas épargnées à ses Abdéritains, et l'HindousUm aux habitants de Sivry-Kissar.
Oa conserve parmi les pianuscrits de la bibliothèque de Cambridge un poème satirique du moyen-âge, qui attribue aux Gotbamites toutes les niaiseries imaginables. Ce sopt les Gotbamites qui, dit la légende, vont tous les jours à b foûre ; de peur de nuire à la santé de leurs juments, ils portent sur leurs épaules leurs sacs de grains. A pràe arrivés, les voici qui siègent à la taverne pour y boire, et boire encore ; ivres, ils essaient de remonter sur leurs bêtes; incapables de cet eftirt, ib s'écrient : « Attoos
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donc, béte maudite ! soutiens-moi jusqu'à ce que je sois en selle ; puissent mille diables t*emporter, puisses -tu ne jamais revenir à la maison ! » Enfin ils arrivent chez eux, se mettent à table : on frappe, ils ne veulent point qu'on les dérange : « Je ne suis pas chez moi, crie te maître, je suis à Tauberge; allez m'y cherdier, ou revenez demain. »
Ces Gothamites, qui sont simplement des fous, ne valent point les habitants de Schilda, les arrière- petits -fite des sept sages de la Grèce. Ces braves sénateurs, pleilis de prudence et de gravité, veulent construire un beau palais pour leurs séances délibératives ; et comme leur tempérament est délicat, que l'intempérie nuit à la santé et compromet la vie, ils n'y pratiquent point de fenêtres, tant le vent et la ploie leur font peur. Des ténèbres profondes s'emparent de leur salie et régnent dans l'intérieur de l'édifice ; ils s'épouvantent ; et, comme dit Fauteur du récit, ils voient qu'on n'y voit goutte. Chacun des dépotés allume alors une torche, en décore son bonnet, et rassemblée lumineuse procède à ses travaux. La discussion est vive et longue ; d'où ces ténèbres peuvent-elles venir ? Discours et dissertations; hypothèses et citations; métaphysique et rhétorique. Quelques érudits décomposent les rayons du soleil. Certains poètes adressent des dithyrambes à la lumière; après huit jours de discussion, lorsqu'on a débattu le pour et le contre, il demeure prouvé que le jour manque et qu'il faut l'introduire. Chaque député se met en devoir d'exposer au grand soleil ses tonneaux, ses paniers, ses baquets, afin de récolter autant de rayons lumineux que possible ; on referme ensuite hermétiquement chacun de ces instruments de transport. Quand vient le moment de les rouvrir dans la salle des séan-
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ces, pas un rayon solaire D*a voulu se conserver intact Un voyageur qui passe de ce côté entend leurs lamentatioDs ; cet homme, né sur les limites de Schilda, ne descendait pas des sept sages de la Grèce. « Si vous enleviez la toiture, » cria-t^il ^ux députés ! Le moyen jngé excellent fut mis aussitôt à exécution ; le voyageur chargé de présents et festoyé par la population, retourna chea lai. Tant que dura rèté, c'était bien ; vinrent les temps de pluie, et nos députés, trempés jusqu'aux (fs, ne trouv^ent plus Tinvention bonne. Une première délibération les conduisit à ce résultat : qu'il fallait remettre le toit à sa place primitive ; une seconde eut pour corollaire la déclaration poiiitive et una*nime, que personne n'y voyait clair; et la troisième fut suivie d'un arrêté qui ordonnait à tout député de ne se présenter qu'avec une chandelle. On institua huit comités d'enquête qui travaillèrent assidûment pendant quatre années, pour savoir au juste le motif qui empêchait la lumière d'arriver jusqu'aux honorables. Les travaux de ces grands hommes, imprimés en (wixante-dix volumes, petittexte ^ font encore l'admiration de la^ postérité et servent de modèles aux débats parlementâmes des nations les plus célèbres et les plus civilisées (1). Les résultats furent longs ; enfin tant de patience, de persévérance et de talent fut récompensé par le succès; une crevasse ayant livré passage au soleil à travers le mur de la chambre, qui n'était pas bien bâtie, un député homme d'esprit proposa comme sousamendement à la dernière loi qui venait d'être votée l'élargissement facultatif de la crevasse. Le plaisir que cet événement causa aux Schildbourgeois fit adopter, sans
(1) Ce passage a été imprimé en i%Zà, dans un ouvrage périodique.
loi LES ESFI&^tES ▲f.L^llANDS
examen, aae addilioQ Misî^^able d'impôts dont la cqnroone chaniiea wm budget $t fit More uu des plijs ))e^ux Bioiiceattit d-élpqueace dpnt les années parlemeutaif es fa»se»t meoUoD* Pnuique tqutes les jouées foieat d*2iiU^^ se représenter la ^^dme qtiestipp 8o«|s d^ fprmes trèsdiverses» et cette crevassa trans|6nnée en (eq^tre, ^opr-àtour polygone, octogoiifi, tQRJoars |rrégalière, ^ servi de twlQ à quelqae^hVli^ d^s p)^s )>ril)4nts efforts qui «(ient re- 0«»miidé k Vadmiraiion des peuples représentai les avoeats députa d^ SclH^^^t
Cette «Yent^rfi sufigi^^t poup assufer la répuU|tipa des âcbildbofirgeaf* 4*^Û¥)eia con^tr^ctiqp de ^ur moulin. Il leur fftUfdt mp m^K gn'i^ ^^bnqu^renl; labprfeuseiQent au soa)a)et d*une çoUi^; j'ppéfatipn tenp^é^ , ili) songèrept au tmtspprt, (i^ pleire ét^|t lourde ; || fo^cç de brfis ils Tinrent ^ bQ^t de ^Kf (oeuvr^ Quand |)s Tinrent acpqpiplîe, ili QpeM mf^, r#e^Qn n<^ture)le, c'est gu'i{$ gyr^nt pq la tel^^ ç«mlfiF dp haut d« i? coUing jflsq«'en J^s j sur qqpj, le rf^noï^d^ lefi epfipant, ih.^iqpigjèrefli de$ effor^ ponsidémbles PQur r«pprter. ^ m^\si d'uA epp y^?^^ ^% 4^ Ift l|is|9r f^H^f ^(^^iffit ^n^^lôée pjir son prqprfi poids.
Wii«i8M»d8 v^m» mp }^^^ m\m»^ • ?i cette ppre
roulipiQ § bnnpii) d'HP Snidg » P? tout ^n {uoins d*u{i ScbildhmiiWP» m Wi^ 9)^.tte au courait de la directi<^ qm'f Ite W^f^ K«vie. f Un ^rave{:itQyçn se d^vqus), passa Si| t^te isfi^ le {roi^ 4e la îqeule, roula courageusement ^vfsç el)â, et #1 se pefdre et s'engioutiç dan^ un marais. U cbjifnlN^ s>sse|^bl;i d^ i^ouyeau, et après ime prçdigieuse d^pçnsis d^ ^^^t^ patriotiques et d*^loqv^ence de circonstance, le Shéridan de la commune fit décréter qii*qpepfa(i|aq}9tiQja rédigée p^ les fprtçs têtes de Schilda, serait lue dans les villages environnants» à Teffet de réçla-
AU XYI* SIÈCLE. i07
mer Textradition d'un habitant Schildboargeois, qui s'était déloyalement enjfai, emportant une meule de moulin pendue à son cou.
Je pourrais raconter encore de quelle manière un chat s'y pdt pour détruire par l'incendie les principales maisons de la ville, la grande guerre des Scbildbourgeois contre ce matou, les divers traités diplomatiques auxquels cette camps^e dmma lieu; en un mot, tonte cette Iliade facétieuse, dont je prive à regret mes lecteurs. Elle récrée l'enfantine intelligence de la plupart des Allemands, Qu'on aille la chercher, ri l'on veut, dans leNarmnbuch; et que l'on ne sourie pas de voir tant de puéifttés recueillies par de graves et honorables savants. Ces joyeux enfantillages méritent une place dans l'histoire du génie des races et de leurs tendances ; on peut discerner encore dans ces diverses facéties, non-seulement la vieille opposition germanique armée contre Rome au xvr siècle, mais le sillon indélébile de^ Vhumour teutonique, gaité sans gaîté , philosophie sans doctrine, libre effusion de l'esprit individuel, rêvant comme Hamlet en face de la comédie du monde, et se jouant avec un triste sourire, de la vie, de la mort, du génie national et des institutions, même les plus fécondes, qui naissent du fonds de ce génie.
DEIHLIÈfflE ÉPOQUE.