TENDANCES AVANT LUTHER
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Le Pédaatiiint et le style didactique. -^ Artisans. ^ Chanteun. -^ P^no(}e liQUYgeoise.
Aa mouTement sensaaliste dont nous partion» tont'^i- Theure se rattache toute une série de faits littéraires, Tenyahissement du style didactique, la muse détenue bourgeoise, railleuse ou pédantesque, et la controverse affiliée à la poésie. Dès le règne de Rodolphe de Hapsbourg ta poème allemande, sans abandonner ses propres traditions, apparaît sous une forme didactique. La pauvreté de Tinspiralioii redouMe d'efforts pour se couvrir de l'appareil de la raison. A la fin du xii* siècle, Conrad de IVurtzbourg, le dernier astre de la ^grande pléiade des Minnesingersy déplore la mort de la poésie et celle des mœurs chevaleresques qui ravaient escortée. Son poème de la Guerre de Troie, inférieur aux Nibeîungen, est néanmoins en contraste marqué avec ce mode doctrinal et pédantesque qu'on appela ensuite poésie ; il est écrit en petits vers sans strophes, d'un mouvement heureux, d'une couleur briDante. Il a la légèreté et la témérité de Marot, mais non sa licence.
Le règne des Maitres-chanteurs vint justifier les plaintes de Conrad de Wurtzbourg. Maîtres Regenhog, Rumsiand, Susskind, soumettant la muse à des lois burlesqueflMnt
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sévères et à une discipline mécanique, gardaient encore quelque verve, comme tous ceux qui ouvrent une voie bonne ou mauvaise. Le plus célèbre d'entre eux, Henri de Meissen, docteur en théologie à Mayence, a reçu le nom de chantre des femmes, parce qu'il les fait apparaître dans toutes ses œuvres ; ce qui n'ôtait rien à la dignité du prêtre. Depuis longtemps l'amour était placé si haut que ia pensée ne croyait pas descendre en s'occupant de lui, après avoir honoré Dieu. Du reste la froideur de ses vers nous rassure et la nullité de sa poésie pourrait s'expliquer par sa naïve vertu.
Pendant cette période, Hans Hadloub de Zurich est auteur de quelques poésies dignes des ménestrels souabes : il chante l'amour avec une grâce, une vérité parfaites. Le sentiment de l'harmonie règne à un haut d^ré dans ses œuvres.
Rudigerqui n'a rien écrit, que l'on sache, a rassemblé les poésies contemporaines dans une collection où l'on voit s'ouvrir les deux routes du genre inspiré et du genre didactique. Le manuscrit de cette collection est orné avec tout l'art des copistes du temps ; ceux-ci ont prodigué dans leur œuvre les peintures gracieuses et les arabesques ingénieux. Quoique les poésies des deux écoles n'y soient pas distinctes, la confusion des deux genres en laisse deviner le contraste.
Le genre didactique avait quelquefois son prix; il était sincère. Hugo de Trymberg (1), pédagogue qui écrivait en latin et en allemand, a publié une satire intitulée le Coureur; amas de jugements et de portraits qui ne manquent souvent ni d'agrément ni de finesse; il y a
(1) y. D06 Études sur le Moyen-Age. Les Tths du Motbh-
fit SES T£!(DÂNCES AVANT LUTHER. IIS
même là des morceaux touchants et forts. Dans cette revue Hugo peint l'ignorance et la dureté des contemporains, et se pkânt ingénument de son abandon et de sa misère. Le Coureur^ ou si Ton veut le Vagabond, espèce dldler ou de Tatler (1) rude et grossier, offre de curieux détails sur les dialectes de rAllemagne. On ût beaucoup d'autres satires et poëmes pédagogiques*, dont les titres seuls nous restent ou qui sont encore en manuscrit On cite parmi ces derniers un poëme sur les échecs ^ d'autres sur la cluisse et Vamaur, La fin du xu* siècle produisit enfin quelques essais dramatiques très-informes.
Au XV» siècle, les Maîtres-chanteurs jouent un véritable rôle. La critique cherche encore l'époque précise où les artisans succédèrent dans la poésie aux seigneurs et aux chevaliers. Une tradition incertaine fait remonter leurs écoles de chant au règne d'Othon , dans le x* siècle. L'institut des Maîtres-chanteurs n'avait point un caractère politique ni même académique : c'était une Vaste famille qui se vouait à la garde de la même commune, de la poésie nationale. Tailleurs, cordonniers, forgerons de Strasbourg, de Mayence et de Nuremberg, fournissaient un grand nombre d'esprits cultivés ou plutôt aspirant à la culture intellectuelle et essayant de s'élever à la poésie.
Les Maîtres-chanteurs, libres artisans de poésie, ne se laissaient pas confondre avec les Spruchsprechem , bouffons payés pour égayer les réunions publiques ; c'étaient d'ailleurs de graves personnages que ces gens de métier. Charles lY leur concéda un blason semblable à celui des chevaliers, en remplacement de celui qu'ils disaient tenir
(1) Dû sait quelle place Samuel Johnson, SteeU, AddUon, Hawkenoorth i>ccupent dans la littérature anglaise.
Hk VèSPIMT GBRMAlItQtJB .
d*Othoû. La personne des Mattres-chanteurs vahit ooieilx que leurs ters ; ils restaient artisans dans leurs compositions, où tout était machinal et poéril. Ils apprenaient le rhythme et la rime , l'image et la pensée, la stance et le refrain au moyen de leur tabulature oiî méthode écrite, & peu près comme ils apprenaient les trataux de leor état Cette institution, si ridicule dans sa persuasion d'avoir relevé la poésie, ne le fut pourtant pa0 quant à la dignité intellectuelle qu'elle conféra aux ouvriers. Elle les prépara de loin à goûter les inspirations véritables, quand elles vi^draient à se manifester.
Les Spruchprechern, plus incorrects mais plus naturels que les Maîtres-chanteurs, — obligés de plaire pour vivre, — avaient quelques chances poétiques de plus : nul d'entre eux ne s'est fait un nom jusqu'au xvi* siècle^ ^)oque où Guillaume Weber, fils lui-même d'un improvisateur, effaça tout ce qui l'avait précédé et laissa les seuls écrits de ce genre qui ne soient pas oubliés, une élégie entre autres. On remarque dans son recueil deux pièces railleuses assez vives : l'une, dirigée contre les habitants de Nuremberg, qui avaient jeté le poëte à l'eau ; l'autre, à propos de la réception de Weber parmi les docteurs d'Altdorf. Ce petit poëme fit les délices des contemporains, et l'on peut encore le lire en souriant.
Outre les chants des Maîtres et des Spruchsprecliern^ l'Allemagne retentissait de Iteder populaires tirés, à ce que Ton croit, de chroniques et de manuscrits d'une origine reculée. Les vieilles traditions respiraient encore; on y sentait même des traces vives de l'époque chevaleresque, si propre à charmer longten^ l'humble et forte imagination du peuple i la science toute humaine et la pcriitique
ET SES tEltDAlfCfift ATAltr LtTTHEIl. 116
toute tefrestre s'y mâant formaient un ensemble dénué de vérité comme d'unité.
Les chants dé guerre de cette époqtie sont moins à dédaigner ; un accent naïf et sincère les sauve. Les plus célèbres, ceux de la Suisse , prirent naissance à l'occasion de la confédération des cantons, aux xiv* et xv* siècles; poésie digne des temps et des lieux. Au milieu et au-dessus des horreurs de la guerre, quelque chose de doux et d'imposant s*y fait sentir, qui semble réunir les gracieuses délicatesses et les accablantes beautés de la nature alpestre. L'inspiration énergique en est tempérée par la confiance en Dieu, par une sorte de bonheur à part qui naît, comme de lui-même, dans les hautes et sérieuses régions de la terre. Quand les Suisses confédérés humiliaient Gharles-le-Téméraire et faisaient l'admiration du inonde, l'écho de leurs vallées et de leurs glaciers répétait tout-à-coup des chants mélodieux, dignes de concourir à ces grandes choses ; précieuses et rustiques Messéniennes qui nous ont été conservées par Diebald Schilling, témoin oculaire de ces doubles conquêtes. Un seul de ces poètes nous a laissé son nom : c'est Weit-Weber, que la Suisse vénère encore. Le plus beau de ses hymnes rustiques est son chant sur la bataille de Morat, livrée en l/i76. Rien n'égale l'emportement avec lequel il peint la déroute et le carnage des Bourguignons. Les chants de guerre, composés depuis en Allemagne et dans un siècle le plus cultivé, ne sauraient tenir contre ces poésies sans art, pleines de candeur et de mouvement.
La poésie nationale allemande inspira aussi, pendant cette période, les chants des montagnards et des mineurs du Palatinat. La vieille ballade germanique se teignit d'une couleur noQtelie. L'Espagne, l'Angleterre et f Ecosse, où le IM
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et la baUade étaient très-populaires, ne connaissaient que
des chants de guerre, de galanterie et des récits pathétiques. La baUade allemande devint ou rondement bourgeoise ou tout amoureuse; elle se mit à raconter Thistoriette gaie semée ou d*imperceptîbles souvenii^ d*idéalisme ou de trop épaisses leçons de bon sens. La chronique nmée eut du succès et s'accorda assez bien, par sa double prétention à la poésie et à la familiarité, avec les mœurs nouvelles, qui mêlaient à un affaiblissement progressif de Timagination et du cœur des retours fantasques vers les sources d'inspirations du passé. L'esprit critique avait encore besoin de s'aider de quelque chose, et les formes ambitieuses ne lui faisaient pas faute. Parmi ces bizarres productions, on cite l'histoire de la Guerre entre la ville de Wurtzbourg et son évêque. L'auteur, partisan de l'évêque, chante et gâte la victoire du maître^ autant par son em- {diase que par son insolence. Ses injures contre les bourgeois font supposer qu'il ne s'est point battu; de son engouement pour l'évêque on conduirait volontiers qu'il ne crcHt guère en Dieu. Une autre chronique en vers roule sur la victoire que la ville de Nuremberg remporta à l'aide des Suisses, à Sempach, en 1450, sur la noblesse voisine. Quiconque lit ces pages simples a comme l'auteur la prière sur les lèvres, pour remercier Pieu et les Suisses aux longues piques d'avoir assuré le succès do la bonne cause.
Le^'jpoëmes didactiques surabondent; un certain Henri en a laissé beaucoup qui ont quelque mérite philosophique. Conrad de Magdebourg écrit le Livre de la na- Jure, sorte de paraphrase de l'œuvre du grand Albert Un prêtre d'Eisenach rédige en vers un Traité de la chasteté. Ces livres, et beaucoup d'autres, ennuyeux ou ridicules aujourd'hui, aussi supérieurs à leur temps qu'au-dessous du