‹ Études sur l'Allemagne, ancienne et moderneChapitre 23 sur 55 · ET SES TENDANCES AVANT JLUTHER · texte numérisé non relu

ET SES TENDANCES AVANT JLUTHER

nôtre, devaient édiapper aa mépris des bons esprits contemporains.

Vers )a fin du xv* siècle,' lorsque TÂllemagne se familiarisait un peu avec de l'antiquité, Sébastien Brandt (1), docteur en droit, écrivit une satire en vers naïfs et bizarres intitulée le Vaisseau des fous et fut un moment en Allemagne ce que Rabelais devint en France. On ne jurait que par ce moraliste qui de son vivant obtint les mêmes honneurs que Rabelais après sa mort ; un de ses admirateurs, docteur à Kaisersberg, fit dans la chaire théologale des lectures publiques du Vaisseau des fous \ hardiesse surprenante pour qui songe que cette satire n'omet aucun des vices ou des travers du temps, pas même ceux du clergé. C'est un de ces livres d'à-propos, dont le sort est d'être toujours mal jugés, et par les contemporains qui les admirent et par la postérité qui les méprise. Le célèbre roman satirique du Renard ou du Reinecks le renard, d'origine semi-germanique ou belge, conviendrait mieux à diverses époques. L'auteur parait en avoir pris l'idée dans une vieille tradition française, et l'on assure que dès le temps de Gharlemagne, certain duc Régnier ou Reinecke de Lorraine, passait pour jouer le rôle du renard, pendant que certain comte d'Autriche jouait celui du loup ( Ysengrin ). Ce long apologue, où la ruse l'emporte sur le bon droit, exprime (2) avec une cruauté, ingénue le cours ordinaire des choses de ce monde; les traits comiques semés sur tout le récit n'ont rien perdu de leur force. Goethe en imitant ce roman*apologue, a sacrifié la bonhomie à l'art qui cesse d'être lui-même quand il eublie de se voiler.

(1) V« nos Étuubs sub le Moybn-Agi. Sébastien Brandt

(2) V. plus haut, p. 101.

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Sn.

LeseidèM ifècto» — LtitlMr» -*• La poMe déelMit» ^ Naitf^ sauce de la prose.

A l'ottyertore do tfv siècle, la poésie allemande refoulée dans les classes inférieures n'a phis qtie Hans Sachs le cor* donnier à opposer à TÂrioste, an Tasse, h Cervsmtes qui v<mt naître. Hans Sachs a de la naïveté et de la force et ses corntemporains l'apprécient peu. Le doctenr de théologie Mel« cfaior Pfinnin^ antenr de la rapsodie dn Teuerdank et se* crétaire de Temperenr, s'empare de la gloire. Maximi-* lien I*', qui régnait alors, passe ponr être l'autenr du Teuerdank, et son prête-nom n'en a que plus d'importance. Cette froide allégorie, dans le genre du Roman de ia Rose, ne rappelle en rien la grâce leste et l'abondance trop facile de notre Guillaume de Loris.

Hans Sachs mérite un soutenir plein d'estime ; dans ses innombraUes productions, presque aussi volumineuses que celles de Lope de Tega , on trouve un sentiment réel et vif des homme» , des choses, de la nature , tels qu'il pouvait les saisir du point de vue de sa destinée. H se prit pour Luther d'un enthousiasme égal à celui de Hélanchton, et se rendit célèbre par un chant intitulé te Rossignol de fFïttemberg. Hans Sachs en composa beaoooup dans ce genre ; on distingue dans le nomlM'e une élégie sur la moirt du grand réformateur. La plupart des poésies lyri^ ques du cordonnier sont oubliées ou perdues; un de ses chants religieux a obtenu une grande célébrité parmi les protestants : Pourquoi s' affligerait mon crnur? Bans Sachs a laissé des écrits dramatiques, inférieurs aux ph» gros*

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sières tragédies ou comètes espagnoles, anglaises etfraft^ çaises du xy* siècle.

On ne peut parler de la poésie lyrique allemande sans noouner Luther, dont Fimagination forte , si généreusement et si justement appréciée par Bossuet, emprui^a naturellement la forme poétique pour ébranler la multitude et la pousser avec violence comme un seul homme contre Rome et soq Église. Ces chants ne sont pas poétiques, à prendre le mot dans sa valeur ordinaire ; mais la puissance en est extrême et Ténergie irrésistible. On y trouve l'empreinte du caractère de Luther, qui ne voyait en tout que son véritable but; cette poésie respire d'ailleurs une tristesse aecrète, mélancolie profonde et virile, qui trahit le trouble d'une âme audacieuse, réduite à continuer une œuvre dont le secret se perd dans le sein de Dieu, dont les suites sont incalculables et dont le commencement l'épouvante.

Au XV* siède, Thomas Murner, moine franciscain, se fit an nom dans la satire, ne ménageant ni catholiques, ni protestants et restant fidèle à sa communion. On a aussi nne Conjuration des fous, qui rappelle Sébastien Brandt. Ulrich de Hutten écrivit en latin des dialogues satiriques et un discours en aliemand contre le pape. Il travailla ardemment à étendre la réforme et à mettre en honneur la littérature de l'antiquité. Parmi leà nombreuses fables de la même époque, on ne peut guère citer que celles de Luther, qui en fit pour répandre ses idées, et de Burkhart- Waldès qui retrouva le charme et la naïveté des anciens Sonabes. Fischart, écrivain du même temps, d'un esprit original et fécond que l'on ne sait comment définir, a imité tibrement Rabelais dans une pemture des désordres du ^^i ; le maître est décent et classique auprès du disciple.

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Ses autres oarrages prouveat une rare et bouilbnte sève dUmagiHation.

La décadence progressive de la poésie allemande servit la prose, qui n'avait pas encore trouvé de formes arrêtées. Dès le XIV* siècle il avait paru des livres où Ton traitait de la «colasiique en allemand La théologie mystique employa aussi ['idiome national, et à force de conviction et d'élan religieux elle osa se mesurer avec les pensées les plus métaphysiques, avec les idées les plus déliées. Jean Tauler, dominkatn lionoré dans son ordre , débuta par des discours latins, se fit ensuite prédicateur du peuple et brilla comme précurseur des grands maîtres de la langue nationale. An XV* siècle, Albert d'Eybe composa son livre du Mariage ; il était docteur en droit et chanoine à Bamberg. Son étrange ouvrage, sévère, jovial et touchant, mérite d'être compté parmi ceux qui annoncèrent et préparèrent la formation d'une langue commune à toute FÂllemagne. Citons encore Albert Durer et son introduction à la géométrie, à Fart du dessin et à celui de la fortification. Le Bavarois Jean Thurumayer d'Âbensberg traduisit en allemand sa grande chronique de la Bavière, qu'il avait d'abord écrite en latin. Alalgré la crédulité inouïe qui la dépare, on y reconnaît un esprit vigoureux et droit, dont la virilité germanique ne plie pas tout-à-fait sous l'antiquité romaine et grecque que ses études l'avaient mis en état de comprendre. Sébastien Franck égale presque Thurnmayer; sa Chronique du monde ou Histoire universelle est le premier ouvrage de ce genre dans la littérature allemande. Quand sa colère contre la papauté et la hiérarchie catholique ne l'emporte et ne l'aveugle pas, c'est un excellent éciîvain ; il y a peu d'inslilulions qu'il n'ait jugées supérieurement. Il trace une peinture vive et ferme des siècles écoulés, et passe

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