‹ Études sur l'Allemagne, ancienne et moderneChapitre 24 sur 55 · ET SES TENDANCES AVANT LUTHEB · texte numérisé non relu

ET SES TENDANCES AVANT LUTHEB

en revue les sectes philosophiques et religieuses avec une impartialité mâle qui ne se dément jamais que sur un seul point

La chaire, au xv« siècle , ne répond guère à ces progrès littéraires. Les sermons y tournent à la farce, et Jean Gei- 1ers, l'un des grands prédicateurs du temps, y prend pour texte de cent dix sermons consécutifs le Vaisseau des fous de son ami Brandt Au xvr, les prédicateurs protestants luttèrent de mauvais goût avec les catholiques, et la fureur de l'esprit de secte se mêla chez eux, comme chez Luther leur fougueux modèle, à une trivialité comique qui ne manque pas toujours son eiïet.

Cette période, considérée en masse, transforme la poésie en prose et en controverse. Tout paraît s'eiïacer à la fois devant un immense développement de droits nouveaux t de lumières inattendues, de bien-$tre physique ; nul des éléments antérieurs n'est cependant absorbé ou anéanti. L'homme qui résume le plus puissamment toutes ces influences, — raison terrestre, mysticisme inné, controverse ardente, penchants payens, raillerie violente ou brutale, courage dans la lutte, sentiment de Tavenir; — c'est Luther.

Avec lui TinteUigence germanique trouve son point d'arrêt fatal et sa nationalité distincte. Une époque s'achève; une autre commence. Rome, cette Rome toujours exécrée des Saxons, cette Rome au nom de laquelle Charlemagne les a écrasés et étouffés dans leur sang, est abjurée par eux. Ils ont enfm une prose, celle de Luther, qui jusqu'à nous est restée la vraie prose nationale : vigueur, souplesse, énergie, pureté, mâle abondance la distinguent à jamais, t Luther, dit un Allemand moderne, peut être considéré » comme le restaurateur de la langue allemande. Sa traduc-

122 L*ESPIlIt ÔËRM, ET ÔES TEND. AVAHt LtJtfiEft.

» tion de la Bible est encore pour Ytxi^lgs wAgtntt Ift » meiOeure et là ph»i facâe h eooipreftdre. H adapta l'Mtoine » national à presque tous les genres de littérature; êeê tf cafiti^es, ses poé»es, ses sermoAs pleins de foreé, êes » lettres familières, ses œuvres de controterse» ses écrftsi » sur les arts et leurs rapports avec la religpon, sont d'une » clarté et d'une pureté d'expression qu'on ne retrouve ') plus dans les écrits des auteurs du xvn* siècle. »

En effet, après ce grand effort, on voit l'Allemagne re-« tomber sur elle-même. Dominée d*abord par la dispute religieuse, puis déchirée par la féodalité qtri se débat, envahie ensuite et pressée par des civilisations plus avancées et plus brillantes que la sienne, elle admet dans son sein des influences nouvelles qui produisent une nouvelle fer^ mentation. Sout( d'autres formes, le phénomène confus, grandiose et fécond qu'elle a offert déjà revient se mani*fest^ encore. Il faut quHin siècle et demi se passe avant que Goethe apparaisse.

TROISIÈME CPIHIIJE.

Page 1