‹ Études sur l'Allemagne, ancienne et moderneChapitre 26 sur 55 · PA6N0LE ET FRANÇAISE · texte numérisé non relu

PA6N0LE ET FRANÇAISE

descriptions ; il peint sans cesse les rives délicieuses dîi Khin et ses belles campagnes qui s'étendent au loin. Ses tableaux sont toujours animés d'un sentiment religieux dont rien n'égale la candeur et la grâce; il rappelle souvent la manière brillante et variée des poètes espagnols ; ses cantiques, et particulièrement celui de saint François-Xavier, offrent au plus haut degré la suave beauté des ballades populaires de FEspagne. Ce qui lui manque , c'est la natiolité, sans laquelle nul talent, tel gracieux ou élevé qu'il soit, ne devient populaire et ne prend une place définitive et assurée dans rhistoire des peuples.

La poésie allemande, soumise à tant d'influences diverses, semblait tourner sans s'avancer, quand Opitz se présenta ; c'est le plus grand nom de cette époque. Son père, bon bourgeois de la petite ville de Burglow en Silésie, le fit élever au le gymnase de Breslaw. Le mal poétique l'atteignant de bonne heure le dégoûta de tonte chose; il courut le monde et ne prit guère de repos que pour écrire des vers. Ses amis s'efforçaient de le fixer, en lui offrant de nobles et commodes emplois auxquels il eût pu joindre la faveur des princes ; son humeur aventureuse et le culte de la muse lui suffisaient et rentraînaient II s'attacha enfin au comte de Dhona, l'un des savants, des guerriers et des hommes d'État les plus honorés de son temps. Ennobli par lettres impériales, devenu seigneur de Robertsfeld, heureux enfin quoique tranquille, il fut enlevé à Dantzig, en 1639, par la peste qui ravageait le nord de l'Europe.

Opitz n'était pas un homme de génie, mais un esprit juste, m cœur honnête, un talent rare , souvent exquis. L'Allemagne > comme nous l'avons vu, capable de tout comprendre et contenant sans les accorder les éléments les plus

laO l*AUSlfAGNB ITALIENNIS,

vigoqrem; et Iç» pins coatmdictoires, ne s'était pas reconnue ette-même, Opitz qui aiait étudié les anciens dont U aimait la justesse «t la dignité, — homme de goût, grammairien consommé, — étonna des intelligences accoutumées à l'irrégularité et )i la confusion. Son bumeur douce et grave fut pour beaucoup dans son succès, et Testiiue et l'amitié qu'on lui portait passèrent inévitablement jusqu'à ses écrits. I^ idées d'Opitz et ses sentiments brillent par la justesse, sa griice a de 1 élévation ; la profondeur 9t l'enthousiasme lui font défaut Blessé des allures désordonnées de la poésie contemporaine, ayant sous les yeux les grands modèles de Tantiquité et de l'Italie» U se préoccupa spécialement de la forme, et son triomphe devint un malheur pour l'art; il accoutuma ses élèves à prendre la rhétorique pour l'inspinitioQ et l'aisance pour la fécondité.

Au premier rang des disciples d'Opitz^ se présente Pan! Flemming; poôte médecin, d'une imagination vive, qui se modéra et s'affaiblit sous l'imitatiop du mattre. Les plus belles poésies de Flemming sont quelquefois altérées par les confetti de l'Italie et le cultisme de l'Espagne, dont Marini et Achillini avaient répandu la contagion (1).

Il faut nommer aussi André Gryph ou Andréa Gryphius» ppete silésien, qui s*adonna surtout au genre dramatique; ses ouvrages, à peine connus aujourd'hui, écrits pour la plupart eu vers lyriques et mêlés de chœurs à la manière antique* offrent des situations pleines d'mtérêt, de feu et d'action, Gryphius copiait tour à tour les auteurs de tous les pays étrangers. Son imitation du Songe <fune nuit (tété de Shala^re* étiucelante d'une verve gaie et facile, se distingue p^r cette liberté originale rare pour l'époque. Grypbitts qui a produit des poésies lyriques et didactiques, des

(i) V. nos ÉffODnsuE l'Esmons, U iUrii¥h

WfMJHÇm ET màMÇAJSB. iSl

aoBoets 6t des élégies» Tarie toiyoïin son ttyk et garde n yenre aveiitiirease.

FMdéric de Logaa, d'une antre noble famille de Silésie, eooqraea près de trois mille épigrammea, « toutes, dit-il, de son invention, • Qnelqnea^unes ont de la grftee on de la vîgneor. Le style de Logau décale nn disciple fidèle d'Opiti.

La sQinree me de rinapiration nationale n'avait pas encore jailli sons le& mines conÂises et le chaos biaarre qui étouffaient la vie sociale du paya Guittaume Zin^^rs/d'Heidelberg écrivit avec oorrection ses Ap0phi€gwm àUemands; Zaehari0$ iMndêt de son pvqm aveu» copia les meilleurs poètes français et hollandais; Hartsdoerfer ti Khy (ondérent la société des Bergers de la P^egnitz. Deux hommes se distinguent alors dans la satire didactique : l^aurenlferg

Le premier» écrivain vigoureux et poète sans [nroiondeur, se range, par sa galté de bon aloi et son allure dégagée, parmi les plus agréables rimeurs de son temps. L'une de ses satives, intitulée des façons et manières actuelles des kommesy oAb nn tableau animé dea manies de toutes les dasses et se fait remarquer par nn sentiment vrai de nationalité Massée. L'ascendant vainqueur de la France commençdt à dominer l'Europe et à éblouir les nations germaniques, qui se modelaient sur l'éUrsoger avec une aervilîté souvent bnriesqne. Laurenberg ne tarit pas en sareasmes contre la ^alfomaitis conlemporaitte. Jùoehim Raeheh plus grave dans la satire, prit pour modèle Perse et Juvéoal, dont il a toute la dureté. Imitateur, souvent traducteur, i^ ns rsooBfa pas à sa natare allemande) de tempa iantra il

s'insurge avecftireur contre cette gallomanie dont Laarenberg se contentait de sourire.

Pendant que les bergers de la Pa^;nitz transformaient Téglogue et Tidylle en une chose sans nom, la Jérusalem délivrée et le Rolland furieux étmeùt traduits en alleoiand par Didier de Werder ; ces traductions sont fort supérieures à la plupart des écrits allemands de la même période. Une élévation vraiment poétique y respire. Au milieu des événements tumultueux et misérables qui écrasaient partout l'imagination, "Werdér profitait pour développer la sienne d'une grande dignité personnelle et d'heureux loisirs. ÉleTé à la cour de Hesse, après des voyagefs en France et en Italie il servit le roi de Suède comme diplomate et comme guerrier, et se retira enfin dans ses terres pour s'y livrer aux lettres.

Plus l'Allemagne se sentait pressée et dépassée par ces vieilles sociétés du Midi, élevées à l'école des Grecs et rayonnantes de lumière, plus elle aspirait vivement à une culture intellectuelle qui la plaçât au même niveau. La guerre de trente ans vit surgir de nombreux théâtres. Klay s'efforça d'opérer une réforme dramatique; telle était l'incertitude rudimentaire de ses idées, que dans ses comédies il se ménagea un rôle sous le nom du poète, pour venir de temps à autre expliquer l'afiGaire aux q[)ectateurs. Au style près, tout est monstrueux dans les pièces de Klay dont les chefs-d'œuvre sont le combat des anges et des dragons et Hérode Végorgeur d'enfants. A travers des bizarreries et des absurdités sans nombre, ces essais informes présentent quelques traits remarquables ; il est à regretter que Klay n'ait pas vécu dans un autre temps. Ses pièces furent jouées à Nuremberg, qui passait alors pour être en pessessûm de la suiHrématie du goût L'eathousiasme qu'elles

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excitèrent peat faire deviner l'étal littéraire de T Alleoiagne. Quelques poètes introduisirent sur la scène des dialogues lyriques, dans le genre des opéra , nouveauté italienne inconnue aux Tentons. Simon Dach, Tundes élèves d'Opitz, donna une forme harmonieuse à ses comédies : Cléamède, Sarhuisa méritent une mention; — deux ouvrages allégoriques où les divers royaumes de l'Europe sont représentés sons des figures de nymphes ou de satyres, selon l'idée de noblesse ou de grossièreté que le poète attachait à chacun d'eux. Dans les pièces de Simon Dach et de Klay, dans les bouffonneries à la manière des Bei^amasques , qui furent aussi jouées et admirées alors, on ne remarque plus la moindre teinte de Tart antique ; c'est l'Espagne, c'est l'Italie et quelquefois la France qui dominent, ou plutôt c'est la parodie grossière à la fois et affectée du goût étranger. Ces poètes n'expriment jamais la physionomie de leur époque, ses idées , ses goûts , sçs travers. Un nommé Jean-Georges Schach a voulu peindre les mœurs des étudiants des universités ; caricature vague , pesante et sans a(>plication.

Parlons pins sérieusement des tragédies de Lohenstein, qui témoignent d'une véritable vocation dramatique. A l'âge de quinze ans il compose sa tragédie d'ifrra^tm Bassa, qu'A jugea plus tard indigne dé lui et qui fut publiée sur les copies qu'en avaient prises ses camarades de cdlége. Ibrahim est un personnage bien conçu, noble et tragique; le développement de l'action est, à tout prendre, intéressant et animé. Lohenstein dit dans sa préface qu'il se modèle sur Gryphius; en effet, comme son maître, il confond la noblesse et la grossièreté du langage et des idées, exagérant encore plus que ce dernier l'horrible et le dégoûtant. Il se livre, dans sa tragédie d'Agrippine, à une liberté de pein-

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tares, dont le théâtre ii*a pas d'autres exemples; Agrippine sollicite Néron et Fexcite à Finceste dans des termes et avec des circonstances que nulle langue littéraire ne peut rappeler. Épicharis, tragédie où Néron figure encore, dépasse Agrippine; la débauche et la cruauté ne s'y font faute dQ rien ; c'est à fatiguer Fâme du spectateur le plnatlMruti, Malgré ces énormes vices, les pièces de Lohenstitol^omportant sur celles de ses rivaux; ses chceurs qui tomlieQt souvent dans la déclamation, présentent d'incontestables beautés. Son drame saisit par moments l'attention, et il arrive h ses personnages de parler avec force; d'ailleurs on ne le supporte guère à moins d'être accoutumé au tour d*esprit de ce siècle. Quand on scmgeà l'immense succès d'ouvrages aussi effrénés, on s'étonne d'approcher rapidement de Theurc où l'Allemagne, se détachant complètement de l'Italie et de r£spagDe pour se modeler sur la France, croira qu'une bonne tragédie doit être calquée sur Gomeilie et sur Racine.

L'art dramatique en Allemagne s'était d'abord empreint d'un christianisme fervent, mêlé à une verve extravagante et aux saillies d'une imagination que la culture eût ennoblies. Il faut citer Michel Rumgold, surnommé Prucenio, qui fit quelques opéra ; Constantin Dedekind, qui imita les anciens mystères; Wise, auteur du Marchand villageois; Michel Johannsen, prôtre, qui ûl jouer à Hamboqi^ la Mort ttAbel, pièce ou figurent les anges et les diables. La grossièreté de ces ouvrages appartient moins aux auteurs qu'au public ; on conçoit que la traduction allemande du Cid de Corneille n'ait produit aucune impression sur l'Allemagne de cette époque, et que les ouvrages de Molière, représentés aussi dans le Nord, n'aient pas même ins{»ré l'idée de les imiter, jusqu'au moment où la

espagholb et WBjMÇàmL W

gloire foQdmyante de Louis XIY ianooia rimitadon de qo« écrivains à l'Europe subjuguée.

Les prosateure aUemaud) du xyîV âècle se montraient encore ^m IrréguKer» que les poètes. On u'eitMÎmait les idées les plos communes que sous les formes et l'appareii de Féodle ; tout Uvre se surchargeait de citations des anciens auteurs ; c'était k qui apporterait, pour se montrer bon chrétien, le plus de passages tkés de la Bible^ à qui entasserait le plus d'aUuaions à l'Histoire sainte» De rares écrivains cédôrent qudque peu à leur génie propre ou s'attachèrent à de longues et sévères études. Michel Moscherosch, connu aussi sous le nom de Philandre, publia une imitation des rêres de l'espagnol Quévédo et ajouta ses réflexions à celles de l'auteur castillan ; queiques-'unes ont un véritable prix. MoseherosCh avoue dans sa préface que le style lai paraît chose fort secondaire, vieille opinion allemande (i), et l'on s'en aperçoit à la rudesse et à l'incorrectkm du sien; cqiendant il a des pages remarquables ; par exemple le taMeau de la licmce et de la brutalité incroyables de la soldatesque allemande, vers la fin de la guerre de trente ans. Le savant Hartsdœrfer laissa après lui huit vor lûmes de prose, sous le titre de Conversations récréatives, etc. Cette mosaïque, mâange rude et aifecté de morceaux et d'idées empruntés à un grand nombre d'écrivains, n'a point la valeur littéraire des apophegmes allemands de Zinkgret Zinkgref radiète soA vorbiage et sa barbarie par un patriotlnne édairé qui s'élève quelquefois jusqu'à l'enthèusiasme. Il dhrige l'esprit de ses compatriotes vers les antiquités gennaÉnes qu'il remet en honneur par des anecdotes souvent curieuses et nobles ; ces apophtegmes allemande rappellent, par la forme et par l'espritt les re-

(1) Y. plus haut, p. ao.

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cherches d*Étienae Pasquier sar la Fnmce andeime. L'époque vit aussi paraître une foule innombrable de fictions calquées sur les cheb-d'œuvre de La Ga^renède et de mademoiselle de Scudéry; romans pleins de merveilleuses folies, dont l'influence sans pareille nuisait à la direction déjà si incertaine des esprits. Quelques auteurs, ramenés au yrai par la vue du faux, se tournèrent timidement yers la ¥ie réelle; la loi de l'imitation, si humblement acceptée par l'intelligence germanique, les poursuivit encore. Ils s'attachèrent à des auteurs anglais et ne produisirent rien d'heureux ; Daniel de Foê venait de publier en Angleterre son Robinson Crusoë, dont la célébrité était européenne; TAUemagne fut inondée de pâles Robinsons. D'ailleurs toutes les nations eurent part au plagiat, et, de 1722 à 1769, on publia en différentes langues quarante diverses histoires de ces quarante fils du matelot Crusoë (1).

Si l'Allemagne n'enfantait rien de puissant en poésie ou en prose, ce n'était pas faute de théories littéraires. Jamais on n'en vit éclore un plus grand nombre; il ne faut que citer la Prosodia germanica d'Opitz, ouvrage qui contient quelques préceptes passables, . et même certaines concessions faites à l'endiousiasme, mais qui eut le malheur d'ouvrir une série de traités rhétoriques, mortels au génie des poètes. Le Guide du poète de Buchner, encore plus étroit que la Prosodia germanica, n'est pas aussi absolu. Le succès de ces ouvrages en fit naître mille autres, chacun plus pédantesque que son devancier, impossibles à suivre dans leur série, et qui cependant indiquent le besoin de la règle, l'ennui du désordre, la fatigue

(1) V. dans nos Étodbs sub L'ANGLmiRB au vnxn^ sticut, t. h Daniel de Foë*

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