CONTEMPORAINS
DOOllIilTS BIBLIOtUPfliaUES.
Grùber. — Biographie de Wieland.
Gœtlie. — Poésie et vérité (1).
(1) Dichtung und WahreiU Le sens réel de ce titre donné par Gœthe à ses mémoires biographiques serait bien plutôt : La vérité doM lapoéêie; ou « Tidéal dans le réA. »
SI
Quatrième période. — Réveil de Tesprit germanique. — Les Gottschedistes. -» L'esprit germanique représenté par Bodmer.
La quatrième période des lettres aHemandes, qui cûpimence au milieu du xviii* siècle» est pour TAUema^e un temps de réveil et de seconde jeunesse. De toutes paris jaillissent des talents souples et forts qui préparent la grandeur définitiTe de Tart allemand.
Le conflit des éléments contradictoires et des influences étrangères ne pouvait s*apaiser de sitôt. Les éléments se classèrent pour ainsi dire et s'organisèrent. Cette grande supériorité de la civilisation française sous Louis XIV, après avoir imposé à tous les esprits sa bi souveraine, apparut enfin comme une servitude et se fit détester comme un joug. La protestation de Tempire teutonique contre Timpulsion méridionale et contre la France trouva uq appui dans les événements. Les secours donnés par Louis XY à Marie-Thérèse pendant la guerre de la Prusse contre TAutricbe ranimèrent la haine nationale. On vit la critique attaquer l'intervention française dans les lettres, comme Frédéric II l'attaquait sur le territoire. Le dédain de ce prince pour la langue allemande ne put rien contre cette levée de boucliers. Les relations de la Prusse et de l'Angleterre secondèrent Hnoculation inteUectudile des idé^ anglaises.
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Les bous esprits comprirent que le génie anglais était primitivement et esseutieUemeatteutouique* Ija vieille poésie longtemps endormie ou étouffée, redevint pour rAllemagne un langage nécessaire^ tandis que sa candeur religieuse, qui s'était conservée intacte et fervente au milieu des disputes et des imitations, lui rendait sa force et sa grandeur originelles. Quant aux souverains allemands, ils ne prenaient pas grand souci de rintelligence ; sans la générosité d*un prince étranger, de Frédéric , roi de Danemark, le chantre àa Messie KJopstock n'eût pas trouvé Taisance qui lui permit de terminer son chef-d'œuvre.
Le premier moteor de cette grande révolutioa fut on critique doué d'àrudition et aaême de goût, sans finesse el sans flexibilité, dénvé de Unit sentiment poétique» esprit didactique et exclusif, Gotisi^ed; comme la ptaipart des initiateurs, il n'a laissé qu'un nom équivoquer Ble»é de l'alliage impur qui déshonorait alors ia langue allemande, honteux des termes et des locations exoticpies dont on la surchargeait» fatigué des «nprunts que ses contemporains faisaient mus dioix «ox pires, comme aux meilleurs écrivains français^ Gottsched s'éprit des classiques anciens, de la correction et de la pureté* Ce fut le d'Aubîgnac de son pays et H eut le même tort* La nullité de ses créations de poète, jointe à l'orgoeil et souvent à la juMsse de ses sea* tences orkJqaes, fcvnie le f^s étrange contraste. De Kœnisgberg en Prusse, il s'était réfugié en Saxe pour échapper au service militaire et compléter ses études à Lepzig» Le chaos de la littérature nationale lui parut insupportable et il se passionna pour les anciens. Bientôt dans les lectures publiques de ses théories littéraires il ramena tout il cet ordre de chefs-d'cBuvre* Son érudition et sa bonne foi i^laîent I l'effet de ses dodrines : des disci-
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pies nombreux et déTOués jetèrent de Tédat sar set principes. Quand il voulut prêcher d'exemple, il échoua. Ses poésies méritent l'oubli où elles sont tombées ; odes, épîtres et élégies, ne se recommandent qne par une froide et mesquine pureté. Quant à ses tragédies, ce sont dei copies sans aucun mérite de Sopliode» de GomelBe et de Racine. Le tout paraissait mervellbux aux disciples de Gottscbed, qui recrutèrent des milliers d'autres disciples.
Gottsdied avait, par ses efforts même, réveillé le sens critique du pays. GaUomanes et Teutons rattM|uèreat de deux côtés. En vain les puristes de Leipzig elBiyèrent de le défendre. Contre lui s'élevèrent et le philologue Breitinger, et le Suisse Bodmer, fils des montagnes suisses , né aux environs de Zurich. Ce dernier avait Timagination trop vive et trop nncère pour ne pas entrer dans une voie nationale. Ce furent les livres anglais qui l'inspirèrent et déterminèrent sa vocation. Charmé de la lecture du Spectateur^ enthousiaste de la littérature anglaise, il l'étudia ardemment; de concert avec son ami Breitinger et queues autres Suisses , il publia un écrit périodique dans le goftt d'Addison , et qui avait pour titre le Peintre des tnœurs. Bodmer attaqua Gottsched; la guerre fut vive et ne finit qu'à la mort de celui-ci, c'est-à-dire au bout de vingt ans. Bodmer ralliait autour de lui les esprits d'élite , capables de sentir la haute poésie de Milton; le Paradis perdu traduit par Bodmer, en gûise de manifeste contre l'éoole de Gottsched, fut critiqué par ce dernier avec un dédain aussi furieux que ridicule.
Les principaux partisans de Bodmer étaient Haller, dont les idées vastes et la science étonnaient la Saisie, sa patrie; Klopstock, génie ardent et riche , qui s'accommodait de la conviction belliqueuse du vieillard de Zurich; etlK^eland ,
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talent singulier, cherctiant le sérieux, ne ie troDvant pas, et dont la vivacité raisonneuse acceptait un guide, mais non un maître. Gottsched de son côté rangeait sous sa bannière des rimeurs obscurs à qui n'appartenaient ni Favenir ni le présent Bodmer, déjà fort âgé, respecté de TAllemagne entière, et d'atttant plus responsable'de ses écrits qu'il s'était distingué par des critiques, osa publier un poème qui remettait sa renommée en question. On eut des égards pour la vieillesse de Bodmer, qui mourut sans que la voix puisque pût l'instruire combien sa Noachide était dépourvue d'iflipiration et de nouveauté* Inférieur à Gottsched , quant au style et à la versification , ses œuvres sont incorrectes et souvent fausses ; elles se rachètent par la franchise et l'élévationi Bodmer, passionné comme il l'était, servait par ses défauts même la cause germanique. Bien que son édition des poésies des Minnesingers soit dénuée de critique et d'exactitude, elle o&it un grand secours à la poésie renaissante.
Haller et Hagedom entrèrent les premiers dans la route ouverte par Bodmer. Il y avait chez Haller l'étoffe de plusieurs hommes de talent : il joignait l'inspiration poétique à l'étude générale des sdences exactes et naturelles : médecin, botaniste, anatomiste, mathématicien, il trouvait le temps d'écrire des pastorales, des tragédies, des romans politiques et d'innombrables poésies lyriques, didactiques, pleines d'énergie et d'éclat, surtout quand il s'élève contre les mœurs de son siècle. Hagedorn avait l'imi^nation douce et gracieuse; ses chansons et ses fables rappellent de loin le ton facile et cordial des poésies d'Horace, qu'il nommait son maître et son compagnon.
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