DU GÉNIE LYRIQUE
SI
Pourquoi le Lyrisme est indigène en Allemagne. — La Mère et le Fils. — Commencement d^une Vie de Saint. — Identité du Lyrisme et du Germanisme* — Chant de Louis III.
Wieland, représentant ingénieux de la culture étrangère, assimilée autant que cela pouvait être au génie germanique, n'avait point touché le cœur de la nation. Il hii manquait la note sensible, Taccent fondamental, celui qui ré*sonne dans les chants énergiques de Luther, souvent même dans ceux d'Opitz et de Flemming ; ce cri populaire et simple qui vibre dans les Eddas et qui de siècle en siècle n*a point fait défaut à la poésie allemande.
Remontez aux origines scandinates, aux sources obscures et païennes du génie teutonique ; dès lors sentiments et idées se transforment, non en ironie vive ou en règles di^ dactiques, mais en lyrisme, — seul mot que nous puissions employer ici, — en chants ingénus qui sont Témotion même jaillissant des profondeurs de l'humanité. Souvent la réflexion et la passion s'y confondent ' Tel est cet admirable dialogue Scandinave, dans lequel un fils, inquiet sur sa propre destinée, épouvanté des
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incertitades da la. vie; humaine» ¥a c^QSinlte]^ sa m^ne^ ensevelie qu'il évoque du tombeau. L'âme de la mère revit pour conseiller et emseîgiifir j^Qvfii^. /fil. Eichboff a donné la traduction fidèle et sentie de ce dialogue que nous reproduisons tout entier :
LE FILS
Réveille-toi, ô Groa, réveille-toi, tendre mère, ton fils t'appelle aux portes du sépulcre ; enseigne-lui la route de la vie.
LA MÈRE
Que veux-tu de moi, ô mon unique enftnit? Quelle peine t'accable pour m'évoquer ainsi du sein de la poussière où je dors oubliée?
LE FILS
jPro94Wce pQur.,mGii un mot maciquç.; %)i]sç 4^mw pèi;ç« fs^ connaître |i tipn fils ce que personne n'apprend avant l'heure de la mort.
LA MÈRE
.^Hgpe serA.ta 4'oute,, lopgii,e? sputiçR peijjies des hpmmes; il se peut que tes souhaitsi s'accomplissent, mais la destinée est obscure.
LE FILS
Chante-moi des chants secourableâ, ma mère! Protège ton fils; je crains de m'égarer dans les sentiers de la vie, car mon âge est faible et sans défense.
LA MÈRE.. .,., ..^ .. , ,
Je te donne pour premier 'oonseil- celnique R«» reçut de Rinda : T^wt fardeau qui te sera trop lourd, rejette-le, et sache t'aider toi-même.
ET DB SON mPLUBllCB. 109
Void mon second vœu ^ Qnaad ta 8iii?ras tristement ta route, que le pouvoir d*Urda t'enYironne^ qae son aspect
réjouisse tes regards. ......... ,, . ^ .
Voici mon troisième vœu : Quand les toitents menace ront t»" yie, quand gonflés et bouillonnants, ils rouleront Yen Fabîme, qu*ils< s'arrêtent sans force devMit toi I — ^ •
Toici mon quatrième vceu : «Qnand des ennemis^ caehéa dans les forêts, seront prêts à s'âancer sur toi^ que leur lîireur s'apaise à ta Yue, que leur haine se change en amitié. ■ • '
Yoîci mon cinquième vœu : Quand. tes mainS' seront chargées de chaînes, qu'un feu secourable entoure tou» tes membres, que les fers dissous se détachent et tombent de tes mains et de tes pieds. .....
Voici mon sixième vœu: Quand tu vogueras sur la mer lurieuse, que les vents et les flots s*apaisent devant ta barque et t'assurent une heureuse traversée. —
Voici mon septième Yoéu : Quand la neige t'entourera au sommet des montagnes, que le froid glacial ne saisisse pas tes membres, que ton corps résiste à ses atteintes.
Voici mon huitième vœu : Quand la nuit te surprendra sur une route ténébreuse, que la chrétienne funeste ne te jette ppint.le.sftrt.. . , , , j,,,,, . ,„ ,„ ,,. ,, . ,
Vpiçi ipop neuyi^e yoep ,;. Ç^aîi4 tu discuteras ayep ui^Jote ^mé)^,qued9 $ein,de Alimer lui-même te soient doBuéep^4ppps^ro^es4esagess^. ^ ;..*.. ,
Poursuis lx)n çheq^iji ^ sani^.praindi^e .aiicuu^ . désastre ; le Djalheur.pe peut.glui.t'al^ejajjre; ç^ ç'çst appuyée sur le toehçr.4es ^ge$ que je^,t'ai cçnsajcré ce? yjoeuiç. . , .^;,
Va maintenant , ô mon fils ! Que les paroles de ta mère restent gravées an fond de ton cœur ; si tu y penses toujours, ta vie sera heureuse. »
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Cet élitt de l'âme est naturel aux peuples « voiâns de » rorigine dea choses , • comme le dit Sénèque. Simplicité et sincérité de mouvement, libre expansion des forces sympathiques de l'humanité ; — ce lyrisme apparaît mêlé de symbolisme oi iental dans les débris qui nous cestent des chants Bardiques et Druidiques, dans quelques sauvages hymnes de la malheureuse Irlande, ainsi que dans toutes les vieilles ballades gothiques, suédoises, écossaises , danoises. Ce souffle lyrique fait défaut aux souvenirs lettrés de la Provincia Romanaei aux premiers efforts tittéraires des Gaulois Sidoine et Salvien.
Sous la rouille et la barbarie de Jomandès et de Paul Wamefried on sent palpiter le libre esprit des races primitives, rinvoiontaire frémissement de leurs âmes , qui prête aux poètes christiano-germaniques, aux auteurs de VHeliand et du Panégyrique de saint Annon^ une couleur vive, intéressante et animée. On ne peut lire le commencement du panégyrique de saint Anuon sans y reconnaître la secrète et profonde flamme dont cette œuvre didactique s'échauffe et rayonne (1) :
« Souvent on nous redit les événements du passé, luttes des guerriers, prise des forteresses, alliances saintes qui se sont brisées, rois puissants tombés du pouvoir. Il est temps que nous pensions au terme de notre propre vie. Christ, notre bon Sauveur, nous avertit par tant de miracles I Il vient de le faire à Siegebei^;, par cet homme vénérable le saint évêque Annon , révélateur de sa volonté di-
(1) y* plus haut, Premier ekapitre^ De la Ungae allemande.
vine. Veillons donc sur nous-même jusqu'au momoit où de cette Yie d'exil nous passerons à la vie qui dure étemellement
Au comoiencement du monde, quand la parole fit jaillir la lumière, quand la main puissante du Créateur produisit tant d*œuvres merveilleuses, elle les divisa toutes en deux parts, le monde visible, le monde invisible. Filles de la sagesse divine qui disposait d'elles, ces deux parts réunies formèrent Thomme, ainsi que nous le dit l'Évangile; selon TexpressioB des Grecs, l'homme est un troisième monde. Gloire immense qu'Adam a négligée, parce qu'il n'a pas veiOé sur lui-même.
HL
Quand Lucifer se livra au mal, quand Adam viola les commandements divins , Dieu se courrouça d'autant plus qu'il voyait régner l'ordre dans toutes ses autres œuvres. I^ lune et le soleil versaient leur lumière avec joie ; les astres, fidèles à leur course, faisaient naître le froid et la chaleur, le feu montait vers les régions hautes, la foudre et le vent couraient dans les cieux; les nuages portaient la pluie féconde, les eaux s'écoulaient sur les pentes, les fleurs brillaient dans les campagnes, le feuillage ombrageait les bois, les animaux suivaient leur marche prescrite; le ramage des oiseaux était doux à entendre; chaque créature marchait dans la loi du Seigneur. Les deux seules Créatures qu'il créa les meilleures se détournèrent de lui dans leur folie, première source d'une multitude de maux.
On sait comment le Démon séduisit l'homme ; il voulut