‹ Études sur l'Allemagne, ancienne et moderneChapitre 38 sur 55 · D0 GÉNIE LYRIQUE EN ALLEMAGNE · texte numérisé non relu

D0 GÉNIE LYRIQUE EN ALLEMAGNE

— Je voudrais (|ae toi et toutes tes vieilles JBetnmes rouiS ne fissiez qu'on avec h meilleure de vos vachel^ ; couimé je vous envierrais tons avec Joie et tout droit dans le royâtiiné des deux t

» — HaUoh ! compagnons, sur lui, autour de liii t Hîo& ! ho I houssassah t » jPas un des chi'énâ qui toe se jette farieut sur ce qu*ii rencontre. Lé bei^er tombe dans soii sang, au milieu des bêtes massacrées I

L'animal échappe avec pane au carnage ; sa course se ralentit de plus en plus. Dégôùttâût de sueur et de sang, couvert d'écume, il s'enfonce dans la nuit des bols, se cache dans les taillis les plus épaià, trouve enfin là celluïe d'Un ermite et y cherche asile.

Kliff , klaff ! horridah ! houssai^h ! au son du cor, là troupe sauvage poursuit te cerf dans sod d'etnier repaire. L'ermite quitte sa cellute et panatt deVànt elle, la douce prière aux lèvres.

•—Cesse, dit-il au côtiile, de pourstiiVre cet animai; ne viole pas l'asile divin. La créature de Dieu pousse dés sanglots vers le ciel et demande ii Dieii ton châtiment. Permets un dernier conseil, ou le hialhéitr est là et ses filets t'enlaceront I »

Le cavalier dé droite pique des deux et à'itîvé en toute hâté pour donner au comte de bonï avis dé sa douce voix. Le cavalier de gauche le polisse à là fùreû'r. llélas ) les conseils du cavalier dé droite sont inutiles; il se laissé séduire par celui qui est à sa gauche.

« -^ Malheur à droite, malheur ^ gauche I s'écrie le comté, rîeû ne m'eiïràye. Là bété ffit-éllé an troî^me ciel, fé n'eu tiendrais pas pTûà côihpté que d'une chauvesouris. En dépit de t)iéû et de toi, idiot I je ferai selon mon plaËirI »

ET DE SON IUrLUENGE. 223

U agite son fouet, embouche son cor : « Hallôhl com- (MgnoDSf à lui, autour de lui ! »

Ah! voilà que l'aniite et sa grotte ont disparu ; devant lui, derrière lui» hommes et ohevaur » claquements de fouets, chants et cris de chasse ; plus rien ; tout est dévoré par le calme de la mort

Le comte jette autour de M des regards épouvantés; il embouche son cor, ii n'en sort aucun son ; il crie et n'entend rien ; il agite son fouet, pas le moindre bruit; il pique des deux^ son cheval n'avance ni ne recule.

L'ohecnrité qui i'envhonne s'épaissit; c'est la nuit du tombeau. Il entend un bruit sourd, pareil au mugissement d'une mer loiîitaine. Du haut des airs, une voix de tonnerre, furieuse comme l'ouragan, fait résonner cette sentence terriUei

« — Monstre infernal, race de Satan, téméraire contre Dieu, contre l'homme et la bétef Les gémissements du faible, les cris d'angoissé de la créature ont demandé ton jugement et là-haut brille la vengeance.

> Va ! monstre*, fuis, sois à ton tour la béte poursuivie ! Deviens pour l'éternité le gibier de l'enfer. Sois la terreur des princes de tout temps, qui, pour assouvir leur furie, braveront le Créateur et la créature. »

Alors un éclair jaune éclaire le feuillage. Un frisson d'effroi perce ses os jusqu'à la moelle ; tout lui devient pesant, sourd et silencieux. Un sonfiie glacé frappe son visage, un sifflement d'orage le suit partout

L'horreur souffle, la tempête siffle. Du fond de b terre... heuh I... s'élance un^ main noire, main gigantesque qui s'ouvre at qui se reforme dans des étreintes convolsives... Heuhl... Elle veut le saisir, elle veut atteindre le col du mécréant; elle reste attachée à son dos qui pantéle.

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La flamme brille et Fenviroane d'étincelles jaillissantes, vertes, rouges, bleues ; Une mer de feu bouillonne autour de lui ; cette mer fourmille id'iuie population diabolique. Soudain du fond de Tabime sortent en aboyant mille chiens d'enfer I

Il hurle lui-même et se précipite à travers forêts et plaines. Il fuit. La meute infernale le poursuit le jour dans les entrailles ténébreuses de la terre, à minuit au haut des airs.

La main terrible reste attachée à son dos, sa fuite précipitée ne peut Fen défaire ; il est forcé de voir les monstres qu'excite à grands cris le génie maudit, forcé de voir les dents grinçantes des gueules convulsives et béantes qui brûlent de le déchirer.

€'est la chasse de la meute effrénée qui durera jusqu'au jour du jugement, et qui souvent, durant la nuit, passe à côté du solitaire et répouvante. Maint chasseur pourrait certifier que cela est vrai, — la peur l'empêche de le dire. »

Le même souvenir amer et violent des âmes populaires a dicté la singulière ballade que voici, moitié burlesque, moitié fantastique, — quelque chose d'Hoffmann en chansons, — un dithyrambe grotesque contre l'antique brigandage des chefs militaires :

Ls comte pillard.

« Non loin d*ici, dans un pays que j'ai parcouru, s*élève au, bord de la route et perché au sommet d'un roc, un vieux château dont te postillon me montra les vieilles pierres.

« Monsieur, me dit en commençant Matz avec mystère,

» si je possédais le trésor qui est là-haut, je ne serais » pas votre'postilloQ en ce moment. Sur mon âme, j'irais

• dire au roi : Monsieur^ f achète votre royaume ; qu'en 9 demandez-vous?

» C'est qu'il y a fièrement d*ai^ent Ik-haut, monsieur I » Plus d'un en eut Teau à la bouche et plus d'un fut berné ! » car, monsieur, que Dieu vous soit en aide! un chien » garde ce bel argent, un gros chien noir, aux dents bril- » lantes, aux yeux de feu, larges comme une assiette.

« Tous les sept ans seulement, on voit poindre une pe- 9 tite flamme sur le rocher. C'est le moment. On pourrait

• prendre la somme; mais pour cela il faudrait trouver un » bouc noir comme du charbon ! Il faudrait aller le cher-

• cher à minuit, dans la nuit des Walpurgis, et l'amener au » monstre!

» Mais diable! ce ne serait pas commode ! Remarquez la » ruse de l'esprit malin ! Si notre bouc avait un seul poil » blanc . tout serait dit I adieu, bonsoir ! On n'a pas songé » à cela ! On s'y est trompé! On y a perdu corps, âme et » biens I

» Pour ma part je n'aimerais pas à me mêler aux puis- » sants de ce monde ou de l'autre ! Diable ! quand on mange » des cerises avec eux, ils vous jettent tout bonnement » queues et noyaux à la tête !

» On ne doit faire de pacte avec qui que ce soit. C'est » le conseil qu'il faut que tu suives, cher chrétien à qui je » m'adresse. Entends-tu? Pas de traité! Une fois la signa- » ture au bas du contrat, on te brisera bras et jambes. Tu » auras beau faire, tu y seras pris; on te mettra des x là s où il y avait des m.

» Vouloir s'enrichir, se tuer sur les fourneaux, faire de » l'or, mettre à la loterie, courir, après une femme riche,

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» fouiller la terre, y chercher les trésors enfouis, — ma foi, » tout cela ne vaut rien. ^Ia devise est : Fie-toi à Dieu , » travaille bien et vis sobrement,

» Il y avait donc une fois un vieux comte (ainsi continue n Matz, toujours dans son beau style) qui avait un trésor, » lequel il ensevelit dans sa cave. Ce comte, monsieur, » s'appelait le comte de ïlips ; Rips ! le beau légume I > comme qui dirait du pain et du fromage !

• Il avait des voitures, des gens d'armes et des chevaux! y £t il battait le pays, prenant, volant, dérobant, piltant, » mais à cœur joie. £t Wips ! et Rips se sauvait I Tout » était dit I II entassait cela dans son castel)

n Une fois caché dans son repaire , ce beau comte de 9 Rips! il se moquait de tout le monde, bel et bien. On le » poursuivait? Il se mettait à la fenêtre et criait : Schnips ! » Son maudit nid de rocher était aussi solide que kings- » tein. Ce fut ainsi qu'il ut longtemps mainte escapade. » Il tombait à l'improviste dans les cours, les écuries et les » maisons dés voisins. Mais, dit le proverbe, tant va là crù- 9 che à l'eau qu'à la fin elle se brise.

» Ce brigandage ennuyait les magistrats de la ville voisine ; » aussi cherchèrent-ils longtempjs un remède salutaire; ils » délibérèrent, délibérèrent, que sais-je? Ces beaux mes- » sieurs délibérèrent à devenir fous.

» Il arriva un beau matin que, pour ses diableries , une » sorcière maudite fut saisie au cou et garrottée. Déjà maître n Urian aiguisait ses dents; il avait faim de ce rôti.

» La sorcière dit :« Donnez-moi la liberté et je vous l'a- » mène. » Soit, dit un noble conseiller qui lui donna par- 9 dessus le marché un passe-port de sorcière.

9 Marché de fous et d'imbéciles I Mais comiàe le royaume » de Satan n'est pas uni, il se détruit lui-nâêihe : cette fois

Tf seidement la met dn diable joua honnêtement son rôie.

» Changée en crapaud, notre drôlesse grimpa dans le cas- » tel d'an pas sonmois et furtif ; puis elle prit la forme du I ebevai <pê inoiilait ordinaireiHait Aips, et dès que le coq » dn cMUMm «ut tbmtéf le ecNnfe la sella et la monta.

* fille le pwti V ffli^ré le fouet et répereM, malgré ses t (jonps^ flMîiis et de pieds, k traders les troncs d'arbres,

• leift prairies et léi ronces, tout droit y ers la vâle. An matin,

• dès roavertnre des portes, notre sorcière entra dans la 9 cité.

» Tout le monde s'approcha de lui le sourire sur les lé-

• Très, avec force courbettes et révérences : Que votre excel- » lence soit la bien-venue; votre logement est prêt. Tu nous » as frottés assez longtemps; on te frottera, drôle!

» On fit à notre gredin son procès comme il faut, et » quand on Teut condamné, on le mit en cage. Ce beau » ftips fut logé et nourri comme une marmotte. |

» Quand il avait faim, le bourreau lui coupait un membre » puis un autre, avec des tourments d'enfer, et lui en faisait » 'un bon rôti. Lorsqu'il eut dévoré tous ses membres, on » lui rôtit âon propre estomac,

» De cette maniè^-ç, il se mangea lui-même jusqu'au der- » nier morceau, et quand il cessa de vivre tous les voisins » applaudirent La cage de fer où il fut logé a été conser- » vée jusqu'à nos jours.

'> Monsieur, quand je songe à la cage, je me dis souvent : » On pourrait bien encore s'en servir, et monsieur sail-il

• pourquoi ? Pour ces pillards que l'on a fait venir pour nous » rançonner et nous charger d'impôts. »

« Quand Matz eut cessé de pérorer, un cheval arriva au grand trpt, en travers de la route. U était monté par un cavalier sans-façon qui arrêta la voiture et visita tous les

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paquets, pour voir s*il ii*y avait pas de tabac de contrebande. »

Après cette bizarre fantaisie, citons un petit chef-d*œavre de pathétique, compositicm naïve où toutes les teintes sensuelles sont effacées. 11 semble que Famour terrestre et Tauiour divin s*y touchent et s'y confondent comme le ciel et rOcéan mêlent à l'horizon leurs teintes adoucies ; — divin accord, dont nulle poésie italienne ou espagnde n'offre de traces :

Adeline.

« C'est la fête du Seigneur ; elle traverse la nef, se dirige vers le chœur et va partager le festin céleste, rcéil plein de respect et de désirs divins. Je la vois hélas ! et je ne vois en elle que la fiancée du Seigneur. Toute confiance me quitte ; l'amour s'enfuit

Mais elle revient au foyer maternel ; et libre et joyeuse et naïve, vierge chaste, aimable enfant, sérieuse et gaie, toujours belle et pure, elle fait envie à tous; je rei»*ends courage et les hardiesses rentrent dans mon cœur ; — ^ Famour reparaît! »

Rien ne serait plus facile que de railler l'ingénuité extrême de plus d'un lied analogue Cette raillerie prouverait l'incapacité de comprendre le sentiment non dans son développement artificiel, mais dans son éclosion spontanée. Jean -Paul-Frédéric Richter dit excellemment que « l'épopée développe avec magnificence le passé ; — que le » drame s'élance et s'épanouit par l'action vers l'avenir ; — » et que le génie lyrique fait jaillir le sentiment enfermé

» dans le préseut. » C'est ici un accent involontaire, tendre ou sauvage, toujours actuel; — c'est le son de la lyre. Les Espagnols et les Grecs, comprenant l'art dramatique de points de vue différente, mais avec une vive profondeur d'instinct, se sont complu à ralentir l'action précipitée du drame, à la fixer dans l'émotion présente, à l'ennoblir en mêlant l'ode et le chant lyrique à la trame de leurs œuvres. Réduire le drame à la violence des faits qui se heurtent et s'accumulent, c'est le priver de sa beauté pathétique, c'est le précipiter vers la brutale et grossière sensation, vers une curiosité sans noblesse et sans grandeur.

Ce que le raisonnement et la parole didactique n'expriment pas, appartient au lyrisme. Dans les deux chansons suivantes vous trouvez le désir de l'inconnu, l'amour du hasard, le besoin de l'imprévu ; — puis l'indépendance sauvage et la fière joie qu'inspire à tout mmtagnard l'élévation isolée de ses domaines :

Voyage.

« En marche! » Voilà ce que semble crier le soleil; il s'avance plein d'éclat, il arpente les champs immenses.

Le torrent reste-t-il immobile? il se précipite bruyant et joyeux. En tends- tu la brise qui s'élance avec lui, et ce souffle vif et gaillard qui l'accompagne et qui murmure ?

La lune est une vagabonde ; le uoleil est un voyageur qui règle sa maiclic. L'infatigable soleil I on le voit briller sur la haute montagne et bientôt se perdre dans l'Océan.

Et toi, homme I tu restes au logis, et ta ne désires pas l'horizon lointain? Allons ! En marche I Sois dispos! Entre dans les vieilles forêts, visite les terres étrangères !

230 DU Gims miQUE m Allemagne

Qui sait où brillera ton bonheur? Va I Cherche I Le soir vient bientôt, le matin fuît vite ! Marche avec tûi!

Lalwe les ^ucis et les inqfniétudes 1 Le ciel h*est-!l pas bien? La joîe let la pdue ne se balancent-elles pîô tènjôui^t En avant ! Et Be-toi an sort î »

Le petit Berger.

« Je suis le petit berger de la montagne. Là-bas, tout au fond, je vois briller les châteaux. Les premiers rayons du soleil tombent sur moi; c*est sur moi qu'ils s'arrêtent plus longtemps. Je suis le petit berger de la montagne I

Voici l'endroit où naît le torrent Cette source est sa mère; et je la bois fraîche au sortir des rochers; toutà-l'heure il va gronder et courir furieux. Moi, je le prends dans ma main. Je suis le petit berger de la montagne !

La montagne est mon domaine; les tempêtes roulent autour d'elle. Du nord au midi elles grondent ; et moi, je suis au-dessus d'elles et ma "cTianson retentit plus haut qu'elles ne grondent. Je suis le petit berger de la montagne!

Éclairs et tonnerres sont à mes pieds, tant je suis haut dans le bleu du ciel. Je les connais et je leur crie : « Laissez en paix ma maison paternelle. Je suis le petit berger de la montagne I »

£t quand le tocsin se fait entendre» mille feux ondoient sur les cimes ; alors je descends, alors je me range parmi les soldats, je brandis mon épée et je répète ma chanson : « Je suis le petit berger de la montagne ! »

La plus naïve de ces compositions est certainement ce chant de berceuse :

ET Dk SON INFIÙENCfi. 231

La Berceuse^

« Dors, petit enfant, dors ! Le père garde les moutons ; la mère casse les brancLes du petit arbuste voisin; et de ses feuillages tombe un rêve qui te berce. Dors, petit enfant, dors!

Dors, petit enfant, dors! dans le ciel estéparsela troupe des nuages : les petites étoiles sont les agnelets, la lune en est le berger. Dors, petit enfant, dors !

Dors, petit enfant, dors ! Je te donnerai une brebis avec une belle clochette d^or pur et vous jouerez ensemble. Dors, petit enfant, dors!

Dors, petit enfant, dors! Ne crie pas, mon agneau chéri; le chien du berger viendrait et mon méchant petit enfant serait mordu. Dors, petit enfant, dors !

Dors, petit enfant, dors! —Toi, gardiepdes b|*ebis, petit chien noir, va-t-en, n'éveille pas mon petit agneau ! Dors» petit enfant, dors ! >>

Les chants bachiques les plus variés et les plus vifs se sont joints, bien entendu, à toutes les variétés de Témotion lyrique dont nous avons vu les Allemands si amoureux. Citons deux pièces de ce genre, d'autant plus curieuses que Témdition , Thistoire et le paysage, les souvenirs de Gharlemagne et des Romains viennent s'y confondre :

Le grand Char les.

« Voilà le roi dés vins, mes frères ! Mais dites-nous? qui doit être le roi de nos chants allemands?

Cesttiharles, l'empereur Charles 1 le ^raïi'd Charries est

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