‹ Études sur l'Allemagne, ancienne et moderneChapitre 40 sur 55 · S&O DU GÉNIE LTRIQOB EN ALLEMAGNE · texte numérisé non relu

S&O DU GÉNIE LTRIQOB EN ALLEMAGNE

Sv.

R6l6 da Lyriflme dans la gaeire de iSiO. — Arndt, Kœraer, etc. -^ Schiller et son école combattant Napoléon.

Le génie français, ressaisissant sar les cliamps de bataille entre 1795 et 1805 Téciatante réalité de rhéro!sme dont il avait soif et éoùi les imitations pédantesques et les folles tliéories l'avaient élmgné, offre Tun des plus soblioies spectacles de l'histoire. C'est aussi une grande et pathétique chose, ne l'oublions pas, que le génie allemand qui après la paix de Tilsitt se ranime contre nous avec sa lenteur et sa profondeur accoutumée, et s'éveille pour lutter contre le monde romain. Ces deux passions étaient réelles; elles embrassaient des espaces et des masses immenses. Quel drame ! L'Angleterre défend sa vie, l'Allemagne sa race, la France l'ancienne Europe. Bataille de géants ; ee sont des « vérités » qui luttent; tout est en jeu.

L'histoire des temps modernes n*oBre rien de plus étrange que le rôle actif joué dans cette lutte terrible de 1810 par l'élément lyrique allemand. La gloire de nos armes et l'édat de nos conquêtes ne doivent pas nous empêcher de nous souvenir que la défense du ^1 et de la famille ne peut être imputée à crime à aucun peuple. L'impersonnalité mystique, l'idéalisme de Schiller, le Moi de Fichte sont alors devenus des adversaires redoutables. Des milliers de cœurs ont répété l'appel de Kœmer :

LappeL

« Allons, mon peuple, la fumée annonce la flamme, la

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himière de la liberté commence à poindre dans le nord ; tu dois plonger I*acier dans les cœurs emiemis. Allons , mon peuple! la fumée annonce la flamme, la moisson est mûre; faucheurs, n*hésitez phisl Le salut n'est que dans le glaive ; que les lances ennemies frappent ton cœur fidèle, et frayent une route à la liberté ! Lave la terre, purifie avec ton sang le sol de l'Allemagne !

Ce n'est point une guerre dans l'intérêt des couronnes, c'est une croisade, une guerre sacrée ; droits, mœurs, vertus, foi et conscience, sauve-les par ton sang versé : Les vieillards te crient eii gémissant : réveille-toi ! Les ruines des chaumières appellent ton bras. Le sanctuaire profané crie vengeance; tes fils morts demandent du sang !

Brise les socs! laisse tomber le burin ; laisse la lyre en silence et la navette en repos! Abandonne tes palais et tes portiques : que tes étendards se déploient devant Dieu ; il veut voir son peuple sous les armes ! Un vaste autel consacré à l'indépendance doit s'élever sous tes mains et taillé avec ton glaive ; les fondements du temple reposeront sur la cendre des héros !

Filles, que pleurez -vous? Pourquoi gémissez -vous, femmes ? Vous regrettez sans doute la volupté des combats ? Vous pouvez avec joie vous approcher des autels de Dieu ! Il vous a douées d'une tendre sollicitude et d'un cœur charitable pour soigner les blessures. Triomphez et priez, victorieuses par la piété sainte !

Priez donc, afin que l'antique force se réveille et que nous soyons encore l'ancien peuple de la victoire. Évoquez les martyrs de la sainte cause allemande ; — esprits venvengeurs; — anges protecteurs de cette juste guerre ; vous toutes, ombres héroïques des morts, suivez l'essor de nos étendards I

thi DU GiSIS LYVIQUS fiN ALIBUAGNE

Le dd nous aide, l*enfer doit iioiis céder! Àlkmst P6U{4^ vailUatl alloos, rindépendance t'appelle ; alloos, toa cceor palpite av^ force; 1^ <^êne$ crpissept et s*élèyent Qq^ t'inquittea-to dea collines qui couvrent tes cadavres ?. .....

Arbore Tétendard aacrél.*. Mais, mqopeqple, lor^qoçla fortune t'aiira couronné de cette auréole tcin^npMe qui èriliait sur tes ancêtres, n'oublie pas le9 bpiifp qui feront lombes 9t d^pro «ussi pos annçs d'une çourqqne de chénçl 9

On remplirait dix yolumes ^es cbants d^ cçtte e$pèce. Yoici Tun ^^ plus (;çrm^iiiqne9 ^ç, tous par |ç sentiment et le caractèrç ;

Pourgwi^ prend-il Iç^ cormes?

« Je prends les armes pqur ma foi, pour le plus précieux des biens; Tennemi a juré par le démon de nous ravir Tautel du Sauveur.

Je prends les armes pour la vie éternelle, pour la liberté de nos antiques droits ; t'bomme trop longtemps esclave doit se relever plein d'une force nouvelle!

Je prends les arpies pour des biens célestes et non pour la ^oire d'un autre et le salaire d'un prince ; l'homme est né gardien de toute chose saint^.

Je prends les armes pour la gloire de l'Allemagne, l'ancien monde héroïque ; que les chants et l'amou^ se montrent de nouveau sous l'ombre de nos chênes I

Je prends les armes avec des paysans libres et de braves amis; si l'ange de la mort me fait signe, je suis prêt. Me yoici. Seigneur I je prends les armes fl) ! »

(i) Max. Le Sclieiikendor£

ET BE son IHFLtJEIlGE. 24S

Les plus beaux de ces chants ni nqaenrs sont les chaiitt de Kœmer, qui loi-m^me a payé sa double gloire de son sang versé.

Le Glatit.

« Gîaivé suspendu à ma gaucfie, que me veîit réclatdont ttt rayonnes et le sourire de ton joyeUx éclair î Hurrah! hurrah ! hurrah !

« — Mon joyeux sourit-e dit assez qu'un brave cavalier me porte. Se suis là défense de Thomme libre : voilà pourquoi le glaive est joyeux ! o Hurrah !

Bonne épée , je suis libre et je te chéris de toute nion âme, côihme si tu ih*élais promise pour épouse. Hurrah !

— Ô Guerrier I itii es à moi ! Je suis à toi ! Je t'ai dévoué ma brillante vie \ soyons amis! Ouand prendràs-tù ton épouse? Hurrah !

Déjà là trompette sonné ; voici la màtiiàée qui annonce la nuit des noces. Lorsque le canon grondera, je saisirai ma bien-aithée. Murrah t

O délicieux embrassements que j'attends avec désir ! O Guerrier, le moment de l'hymen approche I Viens, prendsmoi, cher ^tix, tùA cbùrohné est à toi. fi[uri*ahî

Pourquoi frémis-tti impatiente datts le ifourreauT Êile est brtiyante, ta joie, et les farouches conibàts te bhatinetit ! MoA épée, qtie veux-tùî Hurrah!

Je m'agite dans le fourreau , je soupire pour le combat où étincelle ma jbîé farouche. 'Cavalier, voilà pourquoi je frémis. Hurrah !

feeste pourtant dans ton étroite demeure. (Jue veux-tu ici, ma bién-almée? hes'te encore tranquille dans ta prison, reste, bientôt je te saisirai Hurrah I

Ne me fais pas attendre longtemps !. . . l)èaû jai^ d'à-

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mour, rouge de sang, rempli de roses ardentes et d'ivresses saintes! Hurrah!

Sors donc du fourreau, toi qui réjouis l'œil du cavalier. Sors, mon épée, sors I que je te conduise à la maison paternelle. Hurrah !

Ah ! qu4i est beau d'être en liberté au milieu de cette pompe nuptiale ! Semblable à une épousée, l'ader resplendit aux rayons du soleil. Hurrah!

Allons, braves guerriers, allons, cavaliers allemands, votre cœur ne s'allume-t-il pas? Saisissez tous l'épée, la bien-aimée. Hurrah!

Qu'elle brille d'abord secrètement à la gauche; mais qu'à la droite Dieu bénisse ostensiblement la fiancée. Hurrah !

Maintenant pressez contre votre bouche les lèvres acérées de l'épouse chérie. Maudit soit qui l'abandonne ! Hurrah!

Que la bien-aimée chante avec joie ! Que de brillantes étincelles jaillissent ! La matinée des noces commence à poindre. Hurrah I voici l'épée sainte , voici la fiancée ! hurrah! »

On vient de voir le lyrisme germanique atteindre l'extrême mysticité orientale ; et ce que nous admirons surtout c'est l'accent de l'ardeur guerrière sans mélange d'amertume et de haine. Voici deux autres hymnes du même Kœmer :

Chant des chasseurs noirs.

« Aux armes, aux armes! cela est juste et nécessaire; allons, peuple allemand , h la guerre! aux armes! aux armes ! Nos drapeaux s'élèvent et flottent , ils nous conduisent à la victoire.

£T DE SON INFLUENCE. îkS

La troape est petite, grande est sa confiance dans le IMeu juste ! Là où ses anges élèvent des forteresses, tout Tartifice de Tenfer est vain.

Point de pardon I mains généreuses, levez le glaive ! Tirezle sans crainte ; vendons cher le dernier souffle de nos vies ! La mort rend libre.

Nos habits sombres portent le deuil des morts ; si Ton vous demande ce que signifient nos rouges ornements? G*est le sang de Tesclave 1

Enfin, avec Taide de Dieu, l'étoile de la paix s*élèvera sur les cadavres ; alors sur les rives affranchies du Rhin nous planterons le drapeau blanc de la victoure. »

Prière pendant le combat.

« Père, je t'invoque ; Tartillerie rugissante m'enveloppe de ftimée, devant moi passent les éclairs qu'elle vomit; conducteur des combats, je t'invoque; Père, guide-moi!

Père, guide-moi I k la victoire ou à la mort; Seigneur, je me soumets à tes ordres ; Seigneur, conduis-md selon ^ ta volonté ; Dieu I je te reconnais 1 ^,

Dieu, je te reconnais dans le doux bruissement des feuilles d'automne comme dans la tempête des combats; source de miséricorde, je te reconnais I Père, bénis-moi 1

Père, bénis-moi! je remets ma vie entre tes mains; tu peux la reprendre , tu l'as donnée ; pour la vie ou pour la mort, bénis-moi ; Père, je t'honore !

Père, je t'honore ! Ce n'est point ici un combat pour les biens de la terre ; ce qu'il y a de plus saint, nous le défendons avec le glaive; mort ou triomphe, je t'honore ; Dieu, je m'abandonne à toi I

2&6 DU GÉNIE LtRIQUE EN ALLEMAGNE

DieQ, }e' m'abandonne à toi ! La mort peut me saluer et Ttenît av^c le tonnerre ; mes veines ouvertes peuvent laisser couler mon sang ! A à toi, mon Dieu, à toi je m'abandonne ! Père, je l'invoque ! »

Kœmer, ce noble enoemi que nous devons honorer, est mort sur le champ de bataille, le lendemain du jour où ce dernier chant fut composé par lui.

Ce fut certes tme étrange époque 4'ue celle où les théories de Fîchte, le moi et le non-moi, l'impératif catégorique, la critique de la raiàon pure de Kant et la négadoh de l'apparence {négation des Sclieins), spectres philosophiques, marchèrent en batailla contre Napoléon Bonaparte. Cette armée toute alleoifUide, qui sortait des bancs des écoles, qui surgissait des profondeurs des tavernes leipsi^ ckoises et berihiolses, qui dï-es^ait ta tête du fond des boutiques des PhiKstins de Stuttgard, cette armée de faitômes pâles prit un corps redoutable, et, transformant ses abstractions en coups d'épée, teirâssa le géant 4ùe Moscou et l'hiver avaient abattu.

Voici ce qu'écrivait à Uréodôre Kœmer, son ami Frédéric Foerster, îWldat enthousiaste de la liberté allemande, et l'un des fameux « chasseurs noirs » qui luttèrent si souvent contre nos braves; on Verra dans c^ette lettre curieuse combien l'esprit allemand, isotis le tonnerre du canon qui gtondtf t, denï^uràit fidèle à sa transformation fantastique et répugnait à la réalité :

Drtêd^, ce ik éUembrt i8iS.

« H portais d'un conteit donne par l'un Âb mes amis. Il » était une heure; la neige tombait S '^l'os tfôeohs %t le

ET DE SON INFLUENCE. 2i7

» vent soufflait avec violence. Je me dirigeais vers mon do- » mîcîle, qui, comme vous le savez, est situé dans le News- » tadt, lorsque j'entendis là t'rotape d^un postillon retentir » avec un bruit Infernal, comme s'il eût voulu mettre sur » pied la ville entière. A ces accents terribîeis se joignait » ûné volée de rapides imprécations françaises mêlées de » quelques bons gros jurons allemands. Là scèâe ^ passait » devant la porte du docteur Seghertis.

» A une fenêtre supérîéùré j'aperçus là bonne figure du » docteur lui-même, surmontée d'un bonnet dé nmt et eû- » veloppée d'une robe dé cbambre.

« — Xè hé suis pas M. de Serra, criait en mâùVàfs ïrân- » çds cette têle épanouie et mécontente ; je suis M. Se- » gherts! »

« Puis, continuant en bon allemand :

« — Allez à tous les diables, taissez-môî tranquille, et » n'imaginez pas que je vais me mettre en c^ôurse piôur vous » la nuit par vingt-cinq degrés de froid. »

« La fenêtre violemment fermée sur le docteur lit dîspa- » paraître à la fois la figure, le bonnet de nuit et la bougie. » Et moi^ qui me trouvais là comme spectateur, grelottant » sous mon manteau, les dents serrées, sous la lïéigé et la » bise, je lùc trouvai le premier en butte aux interrogations » des Voyageurs. Le docteur, en nommant M. de Serra, » Tambassadettr de France, m'avait instruit de là méprise; » c'était lui qu'ils cherchaient et non M. iSeghérts.

« Voi|B demandez, leur dis-je, l'adresse de M. de Serra, » ambassadeur dé t'raàce, suivez-moi. »

t £n effet leur traîneau que j e dirigeai ne tarda pas à s'ar- » rêter en face du palais de Loo, habité par l'ambassadeur. » La partie inférîeui'e du traîneau é'iàït enveloppée de fourru- » res^i, ^développant toùl-à-coup, livrèi'eût passage à un

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