Ift tniSilB DAMS iE ftOllMf
tema» me suivit chus mon char magique et lointain, mais que du moina la terre fleurie et le ciel étoile oe fussent pa» mueta pour ette; qu'elle vit dana Tunivers autre chose que la cuiaine« la chambre des enfants et h, salle de bal; qiie son coeur pieux et tendre, sa sensibilité vive et éclairée, améliorassent Thomme auquel sa destinée serait unie. Yoilà ce que l'auteur de cette histoire désure ; et rien de plus. »
Simple et admirable roman, dont toièi qttetqoeiS pages. Flrmin désespéré s*abftiidoniiè à une m^tiCGié Ircfmqae. Cette ironie éclate surtout ddm une scène éé cimetière, aussi éloquente qu'étrange.
« Ils sortirent, te ciel était sans nuage. Au-dessus des étroites ruelles de la petite ville, oii voyait S'ati-ondlr et s'étendre réther bled de là cité divine, illuminée pàt* tous les soleils semés dans le nocturne amphithéâtre; routes lundineuses, mosaïques d'étôîtes, caractères tnystêrieut qtii traçaient le nom du Très-Ëaut sur la voûté du grand tetnple. Oui, toutes les fêtes devraient se terminef (Kir une viàitè aux champs nocturnes, couronnés par ce sarjctitaif'e. C'est Ik qu'après les plaisirs terrestres îl faudrait allèt rafraîchir Son âme en présence de Dieu, y puiser le càltbè, et boire avec délices le vent de là nuit.
» Us errèrent à travers là campagne ; la brise d'automne, ce souffle qui ressemble au vent frais du printemps, les animait et leu^ donnait une vigueur nouvelle. Toute la nature promettait un hiver tempéré, un de ces légers hivers bénis du pauvre qui peut alors^ sans frissonner de froi^, subir toute la saison des neigest maudits par les riches , que la clémence de la nature prive de leuri^ parties de traîneaux et de leurs sorbets pour Tété.
1» IM éteux hmmm commeneèMiii de gravai diBCoorsi
UMmftMBUfMbiRtO RIQlIrEil. 259
liis|)iréft pÊt l'aspect sa Witié âe la dttit Leâette s« taisait et pefiSÉill^'U faisait froid;
» Yoy^ lihiMs, dit Firtiiîâ, ces tlllages entassés; qû'ib semMeot ciiôtlfli à ittis^altoi 1 Ainsi est notre globe atrit yoQX d'in ti JUg mcc i phis élevées I une balte que des enfants se r0aY<rii«ati une bille dont as se jouent. Le maître fait tourner la baUe entre ses âbi^ et la letti- explique. Pour ntnwi ce petit giobe^ c'esl im monde. H ons tnettons autant de temps li voyager d*nB04Nmrgëde à l'autre qn'nné mite à vof ag«* stir la carte.
» — Peat-être, interrompit l'ami, d'autres mondes sontite «icwe phiS petits. Le nôtre ne saurait être safis importance : ^ëmi éét nwti pùur tut I
9 Getl6 remarqtie fit conter dans te cœui* d« Lenette tine naïve consolation. Firmin répondit seulement :
à — ^ CkHt^ eÉt nnfrt pour les babitatits de là terre, non pour U terre^ et qtiiconqae a Sotiffert pour les hommes s'eÉit associé an Rédefmpteur. U les prend par la main et teur dit : Yiëhs ( iâi aussi tu as souffert sous Pilate. »
« Leiîette tràignit que son niàri fût tin athée , ou tout au moins un philosophe. Firmin les conduisit tous deux, à travers des senties tortueux, jusqu'au cimetière; mais à la petf-te il S'afrêta, tout ^ûer à ses rêveries philosophiques, è^leS ^ewL inoulHés de pkdrs.
« Oui (s'éeflà-i-il, donnant un Hbre coiiiiil k ses fhéditattons), oui, ié nuit est bonne; eif partageant nôtre existence, elte ttëftis etlipêehe de sttccotnber à l'ardehr de nos petfdêèaf. L'iioinme est coînme tine horloge; fl se briserait sons ta main violente qui voddrait exagérer son action, qcMnd tédtë là dbaîne s'est enroulée autodr dé Taxé. Cette mort qti'on nomme sommeil nous firotégê sente contre l'édat toujours croissant d'une setde idée, eontre la fièvre de
260 ts lyhisme dans le bomai^.
nos désirs, contre l'afflux véhément de nos pensées. Elle place entre nos journées brûlantes le même inteiralle obscur qui sépare les planètes. L'éternité nous accablerait; la continuité nous tuerait; nous avons la mort pour nous consoler de la vie, pour nous aider à recommencer une vie nouvelle; nous avons la nuit pour jouir du repos, au sein de cette vie même que suivra un autre sommeil. »
« Il ouvrit la petite porte de la haie, qui cria en lui livrant passage s des versets pieuXf souvenirs de morts, y étaient inscrits. Ils se dirigèrent du côté des .grands tombeaux, qui environnent l'église comme un rempart : là plus d'une pierre sépulcrale se tenait debout sur les cadavres. Plus loin, de simples dalles étaient étendues sur les restes du pauvre, trappes qui conduisaient au royaume des morts.
» Firmin ramassa uu crâne par terre, et regardant à travers les deux ouvertures qui lui avaient servi d'yeux, il se plut à observer l'intérieur du crâne, palais ruiné, habitation de l'esprit disparu. L'église était ouverte; il y entra, et montant dans la chaire vide, sur laquelle il déposa ses débris humains :
« Voilà, dit-il» ce qu'à minuit sonnant un prédicateur devrait apporter ici, au lieu de la BiUe et du sablier. Voilà ce qui devrait lui servir de texte. L'identité de cette tête nue avec les têtes qui ne sont point encore dépouillées de leur parure les instruirait assez; — que l'on détache mon crâne après ma mort, j'y consens. Qu'on en fasse le chapiteau funèbre d'un des piliers de l'église. Les hommes lèveront les yeux vers ce menmrandum redoutable : « Voilà, leur diraTt'il, comment nous sommes, durant cette vie, suspendus entre le ciel et le tombeau ! »
« Lenette s'épouvantait de ces paroles; elle tremblait de
JEAN-PAUL-FBÊDÊRIG RIGHTER. 261
cette ironie, près des tombes, près du dooiaiae des esprits. . « — Ah! s'écria-t-il tout-à-coup, quelque diose audessus de nous s'étend , s*élève et nous r^arde I » . « Ge n*était riea». un nuage chassé par le vent, et suspendu dans le ciel sous la forme d'une bière. Le centre en était )>lanc ; vous eussiez dit un corps étendu dans son premier lit; au centre brillait une étoile, comme une fleur blanche sur le sein de la ûancée »
Une promenade dans les caveaux d'une église gothique mérite d'être dtée.
« Le grand Organiste me conduisait à travers la cathédrale gothique. Les vieilles dalles étaient jonchées de roses fanées, de feuilles sèches, de bouquets flétris, débris que les paysans y avaient laissés en venant à vêpres, le dimanche au soir. Je croyais voir l'emblème de la belle saison qui se flétrit comme ces fleurs, et des joies humaines qui finissent de même. Je pejtsais à ces jeunes villageoises, plus fraîches que leurs roses. J'eusse volontiers ramassé ces cadarres de fleurs pour essayer de les ranimer. L'Organiste me regardait d'un air ennuyé; il prit un balai, et repoussa tout cela bien loin de nous. »
« Nous descendîmes dans les caveaux, et nous foulâmes aux pieds, comme si nous eussions été la Mort, chevaliers et barons, ensevelis dans leur corselet d'acier, côte à Côte avec leurs damoiselles en prières. Alors je me mis à penser profondément, et non sans tristesse, aux vieux temps du catholicisme, dont cet endroit avait été la tribune et le théâtre. Une église catholique où le service est célébré m'oppresse ; ûvage trop vivante des sombres années du moyen-âge. Dans une église solitaire , le souvenir lointain de ces mœurs me plaît. Je deviens indulgent, j'aime à me re-
préMfiler edmèien ie Murs pitlfitaial» de Taiéem* de b fièfn-e 80iitt temifi ie rafr a lAl r ki« que de 8o«|Ars âocères, que de prières ê*«Aïëèt%iJ^ mtsê ces ▼odtès. I« peiise îf eei pMitres Mres fautf*!» eÉUcrt^UsoM le. espme ùêl morne. Saitt èotkié ih m eontemplèretit' pditt, ito ne «NuntFeBt pas là térîfé étêtÉëfkf, éctettrtite; ite Feufretiretit AUts sm rëHelt, Xffatèrs rodntofëépaiM. Bfe bhsn,^ e'esiëmaèë(fà^ que chose. N*aiinez-toa9 pit» nrieut ceni Mr titre iMvb^ h bmttie obsctire de là Mpferstitftyti tpié êitiÊ ëèflë- Mnfospfaère raréfiée par un scepticisme qui de^HêcÉe* foui? lÀ ofl fle respiré ()inà, on «tpfrcj et, dan» ses cOttf^Mfe^ inquiétu'ctè», rftme s'irgké e» ttfiff pMr m^^TÉ^e» h vie. «
« Qu'a fait ncrtr é i^ècfe Y II à cvitàqpié dé» errefUrâF,- ^tm eu détruira les causés indtdikSi 6etfx qM âotis oui Wî su- Iilr Topéfatiett de la eatÉra^éj air ieu é'ela^yf^ h reie qui c<mttifit ift)» yeut, ite Mft tomêÊféê de M ^efîwisser sans l'extirper. »
Miettt que Sterne le Ittieriin, JèafihPàul 2t étudié kl caractère et la destinée des femffie»; è&HMèé étfàige et mystérieuse! si faibles et si puissantes! si brillantes et si frêles l à ^ayoïmadtëÉi de parafât i de grâce, de g^ftt, et si miséraMes l
« Toiss toye2 sourire une fermne, dtrt Jean^Paul ; ne tous fiez pasf à ce sourire ; il vous trompe. Elle a pleuré toute la nuit; Souveflft ées Crémures tèiidre» Itttguissenf ttfueftes; elles cachent le désespoir sous 1» gattê ; èilës is^ flétrissent en i$e jouant. L'œil éfincelle (te joie^ le bon mot est sur les lèvres; et elles fuienft dans quelque corn, oh elfes peuvetf enfin, seules, livrer pstssage aux larmes qui les étouflent O jours de ftffies payéëy par des nuits de san^ots ! emoùt
JBiâm^PAUL-irRiaÉRlC MGIITEB« 263
«ni Toit sôccéder des torrents dcf pkiieà uft jour de sérénité sns égalé, {)résageoefftaiii de Torageqiii se formait! »
Le Hênie senÉBMit de coimaîsération |N»r les feflaines r^mémB mnMwm (^los touchanl encore. L'aatenr BOcompagM damsa ronie «le jewiéiatitée cpû va trouver k ksaâi»êtma,mêà,
« Nous partiales à Finsfint i^ine, et |e m'assis en face d'elles JBfenièri Bmvs'ékfaiâil lesTeréoyantes mov^tâgnes im ealântt d'isràB^^ef devant nous la terre très-aimée de Bstreolb et ses deux plsiaes. Moi et le soleil nous regarétoas: la jensè itte; wÉàs prejjetifMBS sur ^elle des rayons ëbwès âe krÉlôna dbrifur^ Celle jeune figure paisible me éausailde9;énBâ>nitfÈrt«Ë. PouMpioiJ
9 G'astqittje ^^éeUssosà cette loterie matrinvoniale oè les jeunes Mes ehoisissettt un mailare« à une époque où I«ir cœur s plus éé semiÉaent qae km* eqprit n'a de l«i* nJèrax iMms le vidé de kmr âme brille tme ftanmie sam olijet, comiÉer danir k» teàiplës des Yestader brûlait h flatome du isacriâèe, si!» image de divinité. L'idole faisait «n signe/ aossitèt on approchait l'avirl,' et le sacrifice s'accuniptissait^ Jt peiiisais «pie^ comme ses sœurs» elle serait pnasée^ arraitbée, f^trio ptr fea main des hommes, comme 0m M)les grâns qœ l'on froisse entre les doigts; Je sour geais a« peu de beaux jours et de fleurs qu'elle trouverait dms ce ^iMempd de sa Vie féininifie. Je la comparais, cite oc k pk^part das tancées, à^ cei^ enfants que le Garofalo aime à pfaN^r dans ses tableau», fis sont endormis; siur lenr têier nn mge siii^nd une couronne d'épine^, c'est le marii^ : dè$ qu'elles s'éveillent, l'ange laisse tomber la couronne^ et lenr front se déchire. J'avais toutes ces pen^ s^^ el ee n'éttAmi pas éltes qui causaient mon attendrissem^t^ loMes hMrfels qne mon re^rd se fixait sûr cette
26ft LE LYRISME DANS LE ROMàN.
figure blanche et rose, si douce, si gracieuse, si aimable, j'étais tenté intérieurement de m*écrier : « — Oh I ne sois pas si gaie, malheureuse victime, ce cœur tendre que ton sein renferme a besoin (et tu Tignores) de jouissances délicates et pures ; il lui faut mieux que du sang, et cette tête charmante réclame des rêves plus gracieux et plus heureux que ceux qui naissent sur Toreiller domestique.
» Tu ignores, aimable fille, que cette fleur de la jeunesse odorante va devenir un grossier calice, où Thomme ira se désaltérer. Bientôt il ne te demandera ni une âme sensible ni une tête forte et lucide; il n'estimera chez toi que le travail de tes doigts, la- sueur de ton front, l'activité de tes pas; et si ta langue paralysée, le laisse en repos, il bénira son sort dette voûte immense et étefnelle, cette éloquente arche de l'empyrée, cet univers sublime se rétréciront à tes yeux, et ne seront plus qu'une pauvre maison, un économique réduit : tu n'y verras pins que des cordes de bois, des morceaux de lard, des métiers à filer, et quelquefois dans les beaux jours un salon de visite. Pour toi, le soleil ne sera (dus qu'une énorme balle suspendue sur ta tête, en guise de poêle pour échauffer le monde. La lune se transformera en un de ces gbbes de cristal dont le cordonnier se sert la nuit, et que les nuages porteront comme leur chandelier. Le Rhin superbe ne t'offrira pour image pittoresque que quelques endroits agréables où tu iras laver ton linge. Bon Dieu! le Rhin transformé en un chaudron de lessive ! L'Océan lui-même ne se présentera à ta pensée que comme un réservoir dv,* harengs s^aurs. . Dans l'immense foule des écrits germaniques, tu t'en tiendras à ua seul ouvrage, ÏAlmanach pour la présente année; et, grâce à la position que tu occupes dans l'échelle des êtres, le journal te fournira à peine un seul objet de curio-
JEAN-PACL-FBÊOÉRIG RiCHTËR. 265
site, excepté peut-être la liste ^es étrangers qui^ sont venus, k passe-port en main, loger à l'hôtel voisin. Enfin, si si tu penses au Génie universel qui régit le monde, tu te le représenteras £(ai|s doute comme un peu plus 99%e que monsieur ton mari, et voilà tout. Ainsi le veut ton état de femme, comme ledisrat les philosophes, ton nexm cosmologique,
» Ta étais née pour quelque chose de mieux; mais comment pourrais-tu l'obtenir? Ton pauvre époux n'est pas en état de te donner un autre sort : la société ne lui permet pas de te traiter autrement La mort viendra te surprendre quand les années auront feuille à feuille détruit ta sensibilité; et les geimes que la nature avait mis en toi ne seront pas éclos, quand tu seras enfin transportée sous un ciel pbis favorable.
» Yous vous étonnez de ma tristesse! Ne voi^e pas toutes les semaines comment on sacrifie les âmes, dès qu'elles viennent habiter un corps féminin? »
C'est une ode charmante est triste sur le sort de la femme. Continuons :
« Je prenais des notes : j'écrivais, j'écrivais toujours, et mes r^ards s'obscurcissaient ; le soleil, dans sa profondeur lumineuse, me frappait par derrière, et mes yeux mouillés de larmes ne pouvaient {dus rien distinguer. Bonne fille I tu ne savais pas d'où venaient mes larmes, et tu pleurais de me voir pleurer.
» Nous descendions des hauteurs escarpées de Blindloch, et à mesure que nous nous plongions dans cette profondeur, elle nous dérobait l'éclat joyeux dont palpitait le soleîL Bientôt sept heures sonnèrent, et la lumière argentée dont te vaste ciel rayonnait disparut, comme, dans les
tentes paMiques ie LunemlKmrg etde Brème* le marte»! eu Tèfidétif éteM h Harière ifoaifd tient te moment AitM.
é Le motfide refiONult/ Sur Itr moniagne ayspMossaût k hme, setilHable à la coo^ ^nà Ms <|al ne. 9'ett pw encore épanoui; J'arais acheté é'écrire* N<m$ étiens an bas de h montagne; je dis à la fiancée que j'allais descendre de la toHui'e,- et que je lui liraM quelque chose si êik toulait ta*tfccomyâgner, car te bruit dei^ roues mm ^s â fi mûk M àk de i^ rotilement àjonotodé*
» Ifons i&Mes pied II terre non loin d'caie tie^er mlonne, auprès de laqueHeje n'ai jamais passéM» soufttèr. C'est ntië ookmife érigée à M Mort Devant eHe je p^sOse à éètte desâfeée qui rions saisit et <ioés entra^kie, ptifi?pes termisseaux humains, qui nous secoué el nous ifiecn-trit ëekntie K jÉein dés fèiÉt» Hêcëlrait G^MIter. M me semble qc(e ceMe^ c^nn^ ëàt tm lÊ^tm^ ântiqcte , une statue de Mnémosyne, placée H par fe sorï lui-même, Hfe de réveil^ ter danâ le tœttt oublièut dèf f iiOâime un soutedir de la puissance du hasard. Pauline ne se doutait pas que ce lUG^ nument existât
lir 3^Yi cottdlfi^s , et le hii môn^ani d» doigt f je loi etfAiqfïaii ieii figures qui iMf troiF^i^nt detllj^téés' siM* le |^ lastré. Oà voyait une ro^oe de chariot pafeér sur le corps d'iine jétitie fiUê, au visligè dont et clrartnant, naaJBS tetfCe meffrtile par la *oue humaine. Toîei l'histoire :
» Les gens du village voisin racontent qii*un }^ùr une i^is&é fiancée , qtfi ditteît chereHer son fiancé , se trouvant dsms ht diligence ^MiqUe , fut entraînée pur les chevaux eflbroil&h^s dans lé précipice de BliffcUodi, et que, sous les yottx de son maiieureux amant , âlo fefidit Fâme ; cette âHie pleine d'espérances et û erocAêmeift #^ I
a les tUpeurs an mit obâcmrdsdaient déjH lé {Hsqne de ht hmti «t Pfltilflié «Vfflt pêidè k dSnômiét' lès KUSk de èetle séâlpMrèctonMMâhfie tftt nMlheW éPtfëtrdbil; MM «M cœm* tenât^ef (« fét frappé, !« sfnrilKiide'de sa* pti^f^ se yàffÊtai ft «t tottcfettft setffefiif; tMtéoûnti tttte kîrine k eette sœuf uieoimeé que le deètno^ataît brisée (SA ce lien. Bêpl les QfeKse&ieiits de ht jèerfte fiantiée éMent deveMi» (Mmssière: Le cafice de» flefaf» renA^Malt tffte purtsè de^ eè» eéndrtisÉ tiMflfeffnéeff en pblteft ofddrsfet; éSsMéP pHWiÉBîNW^tft nous etttireifiiait , ce^ ossements detesus eendres, tftakttft perdtf lettrfcniieatafit qpte rftme ^ A^ attM fttfHÉééf liK^ du niiBeâ de sofi ▼«^age Vers rétendfé, jeté wf éeriter re^" gard sur le corps, son dernier asile. Ce fat là, près de ee tto&tfitMSit é» ffbtÊMtàéeUi sons ta T«rAte imttieii^dtt ciel ifocturne, que je tels U P^MiRte Me poétique ébatfËhé; je l^aêresse k fotftes se» ^mtè) et 'fi TbAre àf t&nt fttxie,
MjTâA^f^ «t somut lyrique , tonjottrë éma r -^ ^ t»'éygalsm pm» iMm seâas;— Jemt-PINiift-a pofnt d'iftisem-' Ml; rufiMé, h lâaiQrité M maiiquetft^ trlférieur ebtnme artiste à Shakspeare, à Cervantes, c'est une harpe de sylphe éénéiii qui réHoftiié SM^ la briMt
Le fragmentsf^tant r^ftlerme tome h pensée de Siébenhm$4i Le nuâi-pQ^ë^, la» de Sir rnénagète succdttibe sOus le poids de œtle union sdns accord.
V Une mort intefleetuellé saisit le jeune homme; il s'assit Aans le tîeUx fauteuil et cotrti^it ses yeux de ses mams. Il Tit se seittlever cette vapeur qtd nous caché fatenir ; à ses regards se révéla stf vie future, vaste espace aride , couvert de cendres ef dest débris de feux éteftrts ; perspective désolée , jOncÉé^ de feuillages jaunis , de rameàût desséchés et
d'ossements qai blanchissent sur le sable. Il reconnut que Tablme entre son cœur et celui de Lenette irait toujours se creusant ; il le reconnut avec un désespoir profond , avec une netteté désolante. Jamais tu ne peux revenir, ancien amour, amour si pur et si beau I Lenette ne quittera jamais son obstination , sa froide réserve , ses habitudes étroites. Son cœui* est à jamais frappé de mort, sa tête est fermée à toute pensée ; elle est destinée à ne le comprendre jamais , à ne jamais Taimer. La froideur du jeune homme pour elle devenait de jour en jour plus amère; il jetait un regard sans e^ir sur cette série interminable de silencieuses journées, remplies de soupirs étouffés et de muettes accusations.
» Lenelte était assise et continuait de travailler sans rien dire. Son cœur blessé reculait devant les regards et les paroles, comme on se garantirait de l'atteinte des vents froids et glacés. La nuit tombait ; elle n*alla point chercher de lu* mière, elle aimait mieux Tobscurité.
» Alors on entendit tout-à-coup un musicien errant s'accompagner avec la harpe pendant que son enfant jouait de la flûte. Ce concert avait lieu soiis la fenêtre de nos amis.
» Leurs cœurs étaient pleins ^t serrés ; l'harmonie vint les frapper comme, de mille piqûres. Jamais notre âme ne parle plus haut que lorsque la mqaque l'éveille ; rossignol, tu ne chantes jamais mieux qu'auprès d'un écho sonore. Ah ! que d'anciennes espérances surgirent tout-à-coup ! combien de souvenirs il retrouva quand les arpèges de la harpe rappelèrent les temps chers à sa mémoire! Il se croyait jeune, plein de désirs , confiant en l'avenir, cherchant un cœur fait pour l'aimer, un esprit fait pour le comprendre. Il ressemblait au voyageur qui, du sommet de la
JfiAN-PÂUL-FIIÊDÉRIG RIGHTER. 269
monugne aride, jette les yeux ^nr TArcadie oodin^e, profonde , verdoyante , c(u'il a quittée pour n*y phis revenir. Joies pwdoes! promesses menteuses! désappointements amers ! Où ^ celle qui' devait lui pay^r son amour par du bonheur?
» Je ne Cai point trouvée ! Ces mots retentissaient comme une dissonance au mâieude la mélodie. Ses parents bien-aimés, les bocages de la maison maitemelle reparaissaient à ses yeux; la musique les évoquait , ainsi que les amis et les affections de son premier âge... Et maintenant pas une âme pour Tentendre, pas un être qui l'aime ! Son courage fut vaincu; il tomba étendu sur 1^ terre comme s'il eût voulu y descendre et s'y perdre. Rien ne pouvait soulager sa douleur.
» Les musidens se turent Cette pause solennelle augmenta son émotion ; il s'approcha de Lenette» et d'une voix tremblante il lui dit : Allez , donnez cela aux musiciens. A peine les derniers mots furent intelligibles. La clarté des bougies de la maison située en face frappait le visage de Lenette ; elle avait , à son approche , affecté d'essuyer , la vitre que son haleine avait ternie. Il s'aperçut que des torrents de larmes^ muettes s'échappaient de ses yeux.
» Lenette^iâiUû plus àoucemenl^ je vous en prie^portezleur cela^ Us vont s'en, aller.
» Elle prit la pièce de monnaie ; leurs regards se rencontrèrent» mais ceux de sa femme étaient déjà secs, tant leur âme était devenue étrangère l'une à l'autre I ils étaient parvenus à cet état déplorable , où. une émotion commune n'échauffe et ne réconcilie pas. Le besoin d'affections partagées inondait son être, mais le cœurde Lenette n'était plus à lui II aurait voulu l'aimer, il en seauit l'impossibilité dé-
STO LB LYAlSttft fiàM LE WHàNi
ehkantts il eonnëlitait ôettt lUÉiira boDiie laab commme; il s'aasit dans l'cpibnisitfe de la ffMtre; av hiqaalle ilappaya son front brûlant Lenatte y avait placé par haalo'd ami mowMr trempé d« seà la^nies; ëfcr la mathéorenie créatare, après une journée de contrainte , avait beaaéonp pleiiréï
a de niOucèoir bomide frippa le jeuw hemme ^ comme un roBwrda. Les musioiais recommenoèrént i
tt Les morts sont morts, c'en est fait pour toujours ! ». .
» \më (iiigMsèé itouTëlte le saiUI tbinm nh lin($è«I de glacé. II pressa le ÈOoii^rlMîit' ^r tsea yeui hitiAîdès,- et répéta en sâtiglotant :
« Oui, oui, c*en est fait pour toujours ! »
« La (lienslée du trépas se présenta k M; té ht oAe espérance ; it Itd sembla ^tté les iriùsiciéns , en mstrquant la mesttre, sondaieùt les dernièreii heures de sa vie ; M se tit descendre dans le tombeau, et respira.
» Bientôt il entendit Lenette éiitrer et aHùolKer tfflc? eban^ délie. Il alla yers eDe et ItH donna le niOucbctir; 1$ âésoK, si bavré, si abattu, il iyéit besoîtf dé àe ràttafthef* I un être hUitiaiil qtfël qn*it fût. lènetté ti'était (dus h feomié de aoË choix ; mais elle souffrait , mais elle avait pleuré. Lenliéiiieùt, sans se baisser, sans pronoiicér tin mot, il Pehléçade ses bras et Tattira; mais elle détoufilà la tèié froideinent, avec dégoût , se dérobant à Son baiser. 11 en ressentit tine peine aiguë; « Suis-je ddtic plus heufeût tj[ttét(rt1' « dit-iK « Puis, laissant tomber sa ttte sur célte de Ledettë , il Iii pressa sur son àêin. tâiri^ emibra^mentâ ! Alon^ dés ppcH fondeurs de sdti âAe mîHe vdix jaïUrem et tëpëOstm i « C'en est fsiit pour toujours ! »
XI»AII*l»âU(*FBÉOARIG RIOHTBIli 271
Quelle ode «ir te mort de rasQ^ur yasl c^es pageB de prose f
Bfottâ t«ritms lo«t*ihrh«iire qtte la cwaBééia esA lyrique eh«^ <ëto-PÉul ocHBine son nfinan el mi élégie.
Voyage, àrentùres périlîôtlseà , exjJloits et Jours d'angoissé d*un aumônier de régimeiit, avec àoe apologie de sa yàkfd^ et une narration de sei hatttô fattt, «Mmtefitfe dans nœ é|>ltÉ'e fft&égyri** que et caléchétiquei
Yolu ne coamiiBez ^ le bon Attila SchmeUe : e'est une de ces eréatMi» tjrpiqvetf nées do^ cerrean da poêle t fantastiques comme un l'êre^ Traies comdte la fie rédfe^ et qai^ dès que tous les avez eatroTues , se représentent sans cesse devant fOQs, se ffÈieht dans votre mémoii'et s*y iBxeiii , TMi poiffsuiTatt k la TiUe et à h cançlgtie» iont reteatk leilr vote ii votre oreille émue ^ comme mi thème muidcal dont toos ne ponvea vous débarrusser. îam im^ mortalité est tk| celle de t^MMu^e et de mon oncle toby ; ceHe de Faittaff et de Fl^ro. £k^bniehto a comme eux sa date i sa nàtioiiaUté, son caraeil^e ktefiaçable : il est àlhh maûd^
Jeaii-Fatil Richter l'a fait sertie de ses langes vers ¥m* née 1803. C'eist m pefaMiiage bieâ pim cdmplexe^ mm phyirïonoixi^ Inéli |^ diffldld h saisir qiie celle des MfM que nous venons de fiofiomer ; ufi être coinfMMô de immoM bieii plus délicates | k produit d'une civilisation Méaleet sdeatiAque; un hoiïittlé ^ à pèï» de lout parée qu'fi veut lb«l épftomêk^ m a^ÉKkâer d0 i^imeât qtti d'esi fak
une théorie esthétique dn courage, comme Fidite tfea^ fût une théorie du stoïcisme.
Au premier coup d'œil , vous prendriez l^ltpnHids' pinir remblème de la poltronnerie , pour le type de la fiiiMease morale , pour la peur incamée. Regardez-y de pins près : cette faiblesse est scientiGque et esthétique; c*est l'incapacité d'action née de Tabus de l'analyse. Schmeizle a d'excellentes raisons pour tout craindre ; il est dialectique , rêveur, philosophe , métaphysicien , algébriste , chimiste, analyste, plongé dans les vapeurs de l'existence idéale ; et dès qu'il approche de la vie positive, dès qu'il lui faut mettre à fln un petit voyage de trois lieues, sur une belle route, en diligence , au milieu du jour, par un beau temps, oh ! le pauvre homme! sa tête se perd, les périls l'environnent; son iinagination encyclopédique l'obsède; — calamités possibles, probables, imnânentes l'environnent.
Suivons avec Jean-Paul ce brave et honorable professeur, lyrique personnification de l'Allemagne lyrique. Toute sa force est dans la rêverie, Il est courageux en songe et féroce en idée; comme on est guerrier fantastique, pythagoricien, brahmane ou théosophe dans ces heureuses omtrées où une vie de sonmambulisme intellectuel absorbe la vie d'action. Pour Schmeizle toutes les vertus sont dans la faculté de les imaginer* Songer qu'on est un héros , c'est être un héros. Homme de la pensée, il n'agit que d'après de profondes combinaisons. Il écrirait volontiers un traité des corps gras et de l'élasticité des substances animales pour se déterminer à porter des bottes ou des souliers, un jour de pluie. Sa philosophie spéculatrice , appliquée aux actes les plus communs de la vie privée, l'entraîne à des bi^aireries aussi étranges que celle dont le héros d'Hudibras et le chevalier de la Triste-Figure nous ont donné le spectacle. Au fait, il
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est le DOto Qoîchotte de la sagesse esthétique; la nature Ta doué d'une valeur de paladin, et il possède aussi la prévisim et la prudence méticuleuses d*un mathématicien et d*iia savunt Vous le connaîtrez mieux quand tous saurez de celles précautions il s*arme contre le tonnerre, qu'il ne eraint pas, mais qu*ii repousse et éloigne scientiiî* qp^OMOit
« — Le vulgaire me trouve ridicule, dit Schmelzle, quand, sous im ciel sans nuage, il me voit me promener, un parapluie de toile cirée sur la tête. Ignorant vulgaire! il n*a pas lu comme moi les chroniques du moyeuTâge , où tant d'exemptes prouvent que la voûte azurée du ciel peut dans ses moments de cabne et de paix lancer ses traits dévo* rants sur une tête scientifique. Mon parapluie, le seul pa* rapluie rationnel, est un paratonnerre, messieurs ; au bout d'une canne de voyage est étendue ma toile cirée; une chaîne en galon d'or est attachée au sommet et traîne jusqu'à terre. Tombe ensuite la foudre; elle ne m'atteindra pas, je la brave ; le conducteur que je viens de décrire l'écartera de mon occiput, et la forcera de ramper sur la terre, aux pieds triomphants de l'aumônier Schmelzle. .
» C'est très-bieu contre la foudre. Mais les aérolithesl Depuis ^elques années la lune s'amuse à nous bombarder cruellement : petit satellite imperceptible, mauvaise femme de chambre de notre globe, qui nous jette des pierres énormes, très-capables d'écraser un honnête homme dans leur chute. Nous sommes en un temps de irévolution et de rd)ellion universelles : une planète qui brille d'un éclat emprunté se révplter ainsi contre sa mère I Comment nous garantir de ses atteintei»? c'est à quoi je pense souvent, au clair de la lune, loiBque ma femme ronfle et que mes livres d'algèbre sont ouverts devant moi. Juste ciel I. plus ie
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monde vieHUt, plos le CBunge est une Terti} ftéeesuire. Les dangers nous environnent. O tristes habitants de cette bonle terraqnée, armez-fons comme moi d^nne force d*âne à toute épreuve. A peine Franklin a*t41 inventé le paratonnerre, k peine le grand Reimaras a-t-41 donné TMée d6 ce paratonnerre, k la peine lui aiije empruntée i «- voîei la lune séditieuse qui nous attaque de ses liatteries, vekÀ ^ue de non? eHes comètes k queue llamtioyaBtd traversent l*éther^menaçant. » *
Le vtt^aire dont notre ami 8cbmelzle se plaint ai amèrement, n'a pas manqué de se moquer de lui i on a pris cette profondeur de prévisions ponr une poltronnerie enracinée. Écoutez notre professeur essayer son apologie i
n Oui, med ami», vous pouvez Tattester; m'aceoserde feiblesse, est une calomnie épouvantable. N'ai-je pas constamment chéri la société des braves, celle des sabreurs, des soldats, des ferrailleurs, pourvu qu'ils ne crient pas trop fort à mes oreilles ! !Mon beau-frère le dragon, par exemple, la fleur des duellistes, n'est-il pas Tobjet de ma vénérati(m T Je Tavoue , j'ai trop de penchant pour les idées de meurtre, de carnage et de combat ) c^est là mon faible. Une mêlée de Rugendas avec son champ de bataille couvert de morts, la bataille de Prague sur le piano (ie pi^ste con violenza)j la prise de Toulon sur la harpe I Ô ravissement ! 6 bonheur ! je les achète, je les admire, je les écoute, je les contemple. Heureusement ma fortune est bornée, cela seul m'empêche de me livrer tout entier à mes goûts martiaux, et de faire beaucoup, mais beaucoup de folies. Mon courage, calomniateurs ! mon courage î Vous verrez si j*en ai, quand vous entendrez mes leçons catéchétiques, mes paroles de fer, mes discours d^acier, mon cours adressé à mes élèves, que je veux, par la seule puis-
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satttt é€ mt iMide, fi!>i]|er en brmize et trliuform^ difétieii8.
• Mes ireqveq es foreur ^e cette TaiUance qu'oa me re? foae sont nMilNreiisee. Par eiemple si j'aperçois dv sommet d*'BB8 coUine une troape de baigneurs qui nagent dans^ leienre. Je me sanve à toutes jambes : pourquoi ? Je prérpis> dans le cas on i'on des nageurs se noierait, que mon emnv emportant ma tête, et ma tâte «mpoftant mes jambes, rae prédpiteruept infoUiblement dans quelque gouffre maudit^ où je périr^ en vpuiant arracher une Tidime à la' mort Cent fois je vous ai raconté mes rêves, ebevs apis. £t qn<est-ci^ qW'un songe, sinon le reflet de la We éreiU iéef César, AleiandM, Attila mon patron n*ontpMrêré plus courageusement que moi. J^ai pris Rome d'assaut ; j*ai jeté le pape et le sacré-eollége par les fenêtres ; f ai mjs le fatican en pendras; j-ai été enlever, à Alx-la- Gbapelie, la perruque de Gbariemàgne; à Berlin, le chapeau de Frédéric-le-6rand; Je me suis battu contre tout un consîsteire, j*ai encloué vingt batteries de canon, etc. »
Rêve toujours, mon bon Schmelzle I rêve que tu es un hépos ; mais ne sors pas de ton cabinet d'études, et ne lance pas dans le monde positif le fragile esquif de tes théories. Lorsque par exemple tu as accepté par imprudence la plao d'aumênier d'un régiment, et que dès le t5t*emier jour de bataille le bruit du canon t'a mis en fuite, au grand défriment des âmes soldatesques enlevées par la mitraille, et privées de leur médecin spirituel, toute l'armée s'est récriée sur ta prétendue lâcheté. On n'a pas voulu comprendre tes^ distinctions métaphysiques. En vain tu as fait valoir comme preuves indubitables de valeur ce créancier auquel lu as fermé ta porte l'autre jour et surtout tes goûts earnîvores, penchant que tous les philosophes consi-
dèrent comme un indice de brayoare, vmre même de fètocité ! Pauvre Schmelzle, le Tulgaire que les apparences trompent et qui ne comprend par Tesdiétique, s'est obstiné à te regarder comme un poltron. £iiferme-toi donc dans ta cellule, et rêve ; c*est ce que tu as de mieux à faire. Ces esprits grossiers sont-ils faits pour te comprendre ? Surtout ne t'avise jamais de foire le cavalier, comme tu l'as tenté à Vienne, certain jour funeste, dont le souvenir est resté empreint dans ta mémoire, et dont ton autobiographie a immortalisé le souvenir. Cet exploit équestre mérite bien que je te laisse le soin de le raconter.
' « Un jour, ma mauvaise étoile voulut que je montasse, à Yiome, un cheval de louage, jolie béte, de poil bai^lair, mais déjà vieille, et la bouche dure comme celle de Satan. A peine fUs-je en selle, je me sentis emporté par cet animal maudit... il allait au p<is. £n vain je tirais la bride, je l'amenais le mors, je tourmentais la bouche de ma monture. Impossible de l'arrêter ; le malheureux cheval allait toujours. Alors, je fis des signaux de détresse , et je m'éciiai : — Mes bons amis, mcm cheval m'emporte; arrêtezle, pour l'amour de Dieu ! Ils riaient, et voyant mon coursier s'avancer aussi lentement qu'un procès devant la cour aolique, ils ne faisaient pas un mouvement pour me tirer de peine. — Insensibles 1 leur dis-je , ne voyez-ious pas qu'il a pris le mors aux dents ? ne voyez-vous pas que je ne puis en venir à bout? — Eh bien ! les coquins s'amusaient de mon embarras. Le spectacle d*un cheval allant au pas sans que je pusse le forcer à faire halte les égayait sÎAgalièreinent ; et la moitié des polissons de Vienne, s'attroupant derrière md, suivit les pas de ma bêle, comme la queue d'une comète. Le prince de Kaunitz, le meilleur écuyer de son temps, passait à cheval ; il ralentit sa marche
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pour me contempler. Il fallait me voir balancé par ranimai rétif, raide comme un glaçon que l'Océan ballotte, pleurant de rage, tirant mes rênes en désespéré. Un facteur de la poste, avec son chapeau à c<)rne et son habit ronge, passait et repassait devant moi, me persécutant de son sourire sardonique, et distribuant ses lettres , à droite, à gauche, comme s*il eût voulu me narguer. L'homme chaîné de Tarrosement des rues, le Sckwanschleuderer, dirigeant un tuyau de cuir aussi long que son nom, s'amusa, le bar^ bare, à lancer sur moi et mon cheval le. feu de sa batterie réfrigérante, au risque de me donner une fluxion de poitrine ; car je me trouvais dans un état de transpiration excessive. Misérable que j'étais I J'arrivai à Malzein, faubourg de Vienne , l'esprit troublé , le corps harassé , l'âme endolorie. Il était tard ; le coup de canon du soir avait ordonné aux bourgeois de rentrer chez eux et de quitter le Prater; ma béte infernale voulait absolument se promener. Elle allait, elle allait toujours. Je crois que, grâce à elle, je me serais promené toute la nuit, si mon heureuse destinée n'avait jeté sur ma route mon beau-frère le dragon.
« ^ Ah ! ah! me dit-il en riant, vous vous exfrcex à la voltige ?
» — Mauvais plaisant, lui dis-je, la voltige demande un cheval dé bois?
!> — C'est aussi ce que je veux vous dire. »
9 Grâce au ciel je rentrai chez moi sans fracture , sans contusion, sans encombre, mais jurant bien de ne plus m(mter désormais un cheval rétif ou indompté. »
Ce fut le 22 juillet 1801 que 'notre professeur quitta sa ville natale et partit pour Flœtz, ville célèbre et imaginaire, située à peu de distance de la résidence du professeur. On avait ôté à ce courageux eccléiiAi^que sa place d'aumônier
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de rëgiineiit, nos préteite qae h vie des camps ne conve«> Bait pas à iiOQ caractère pacifique : et il allait à Flœtz rédamer aup*^ du général Miabacker contre cette destitution injuste. Avant son départ il rassemble ses domestiques et leur tient un discours dont la prudence exemplaire et la pditique prévoyance sont dignes d'être éternellement admirées, il a classé avec une r^larité et une sagacité sublimai (^ Fimitilion des catégories de Kant) les divers accidents qaf peuvent attaquer ses propriétés et blesser ses intérêts pendant huit jours d'absence : incendies, vols avec effraction , passages de troupes, émeutes, coups de tonnerre. Laissons-le parier lui-même :
« Je reeommabdai à ma femme , à ma Teutobei^a , de suspendre à ma croisée ma harpe éolienne, afin que les voleurs, s'il s-en présentait, imaginassent que je m*amusais à préluder sur cet inslruitient Je la priai de ne pas oublier de renfermer les chiens pendant le jour, et de les lâcher pendant la nuit. Je lui dis surtout de bien prendre garde aux foyers ardents que le hasard et une mauvaise fabrication établissent su milieu des vitres grossières dont les fenêtres deê écuries sont garnies ; je lui citai plus d'un exemple d'incendies causés par cette imprudence. Que plusieurs rayons de soleil, traversant ce focus dangereux , aillent tomber sur une botte de foin, voilà Fécurie, la maison, le faubourg, la ville en feu. O science ! ô expérience, salut de l'humanité ! c'est à vous que je dois l'expérience qui me distingue. Ce n'est qu'en Germanie, au sein de nos laboratoires philosophiques, que ces précautions admirables peuveiit germer.
a J'eus soin d'emporter deux médecines, soignettsement empaquetées, l'une rafraîchissante, l'autre stimulante ; mes instruments de chirurgie , mes béquilles et de la charpie,
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dans le cas M la ycntiirti f totidhiit à verser ; des cordiailt de pltjurieurg sortes ; et mi traité dés fractures et de letir rëdactioo. Ponrqfiol la nature n Vtréllé pas donné k Fbonime les podhea sensitit^ dé la sarigue T Ce serait Ibrt comtnode en fixage ; noué {lonéridtis, toùkthé Itsilès, tout avec nou$ ; BOQi ne oraindHdnspasqu*un accident Tintnotts priterdes choses les plus nécessaires ; noiis ne confierions ni nos pro- Tîaioiia ni nos kislrttnients aux poches souvent trouées d'sne diligence pnbliqne. »
Gemme sauvegarde de snrérogation, Schmelzle emmène avec lui son beau-frère le dragon et un autre de ses amis. Malgré des précautions si rassurantes , dès qu'il a jeté les yeux sur les personnages réunis dans la voiture , là terreui* le saisit. Quelles gens! quelle conversation !
« Près de moi se trouvait une femme qui , selon toute apparence^ était de moyenne vertu. Sûr son sein je remarquai un nain que sans doute elle allait montrer à là foire. En iàce de md, on gaillard aux yeux de lynx, dont la profession, à ce qu'il disait , était d'empioisonner leé rats et lès taupes, pressait do eOude nn voyageur aveugle , siiiiiftre figure, enveloppée d'un manteau ronge.
* Diable , me dls-Jë ^ ôommènt empêcher ces gens-là de me tendre des pièges? île serait-ce pas une troupe de voleurs? et si Ton me voit en pareille cotilpagnic, qui peut m'afeurer que je ne me trouverai pa» forcé de cothpslraftre devaùt quelque tribunal aniiqttef m(ri! inoi que ta prudence a toupurd empêché de m'arréter devant la porte d*tme prison de pcltir qh'uri espion de police, me voyant là, ne flïe prît pour un Collègue extérieur dès habftantir de la geôle , et ne m'accusât de tramer févasion d'un de meif amis prétendus !
# Que Ton tt'idle pas in'accnser de m'alatiner trop aisé-
280 LK LYB1SM£ DANS LE BOMÂN.
ment. Ce mousieur, Fempoisonneur de rats, Atropos masculin qui peuple de souris la région des ombres» ne nous avoua-t*il pas ingénument, qu*il avait dans sa vie transpercé Tabdomen de dix hoomies avec beaucoup de succès, tailladé une cinquantaine de bras fort régulièrement , mis en lambeaux plus de trente cœurs, et réduit en atomes imperceptibles une soixantaine de cervelles?...
» Je ne crains rien, continua le monstre; je suis invulnérable. Voyez ma tête : que l'on place sur sa sommité tons les charbons ardents qu'on voudra, je n'y ferai pas la moindre attention. »
« Aussitôt mon beau-frère le dragon tire de sa poche un briquet et de l'amadou , et place l'amadou allumé sur Toc-' ciput chauve du personnage. Vous eussiez dit le génie du feu ; l'empoisonneur de rats ne bougeait point , et nous le regardions avec surprise. Il souriait tranquillement.
A Messieurs, nous disait- il, vçus me faites plaisir, cela me réchauffe un peu, car cette partie de mon cwps a toujours été froide comme glace. »
« Le dragon passa la main sur ce crâne merveiUeux, et s'écria : « Mon Dieu, il n'est pas même chaud ! »
b Le gaillard, pour comble d'horreur, détacha la sommité de son crâne , et , tenant à la main cette calotte osseuse, partit d'un grand éclat de rire :
« Ne voyez-YOustpas, nous dit-il, que c'est le crâne d'un pendu dont je me suis fait un bonnet de surérogation pour les temps de froid ? au surplus, il est très-vrai que j'ai passé ma vie à mutiler des hommes et des femmes ; car tel que vous me voyez je suis employé comme dissecteur dans un amphithéâtre d'anatomie.
» Je n'ai pas encore parlé de mon compagnon de route
JeAIK-PAUL-FRÉOtRlG R1GHT£R« 2B1
ea manteau rouge. Hélas! il n'était ni moins effrayant ai moins dangereux que ses confrèfes. Pour oioi, je pense que c'éuit un émigré et un réfugié; car il parlait tour à tour allemand et français, et ne parlait pas mieux une de ce» tangues que Fautre.
» Il s'appelait, disait-il, Jean^Pierre, Jean^^Paul (1), ou quelque nom de cette espèce, si toutefois il avait un nom. Ce manteau rouge, ronge comme Thabit du bourreau, ne ne me causa point de terreur. Je suis philosophe et je triomphe des préjugés vulgaires; ce qui était inexplicable autant qu'effrayant , c'est le regard inquisitif du voyageur maudit, que j'avais cru aveugle et dont la paupière fermée n'eu était que plus redoutable. Teintes les fois qu'on descendait de la diligence, il arrivait k moi, sommait vouloir me pénétrer d'un coupd'œil perçant, moqueur, indéfinissable, puis tournait les talons et s'en allait. Je veux bien faire la guerre en rasecamps^ne; mais ne savoir de quel buisson vient l'escarmouche qui vous menace, c'est horrible en vérité. Ce manteau rouge me causait des spasmes d'inquiétude. Mes soupçons redoublèrent quand il ouvrit une large bouche pour me parler de philosophie, de tendresse et de philanthropie. «Dès qu'un homme >vdus tient ces beaux discours, soyez sûr qu'il veut vous escamoter votre aident ou soutirer vos secrets.
« La seusibilité ! m'écriai-je, la tendresse! la tendresse ! la douceur ! ne me parlez pas de ces vertus d'imbéciles. J'ai du lion dans l'âme, c'est mon mriheur et mon défaut. Je reviens de l'armée avec mon beau-frère le dragon, et tous les deux nous n'avons que trop de penchant pour le
(1) Ce&t Jean-Paul loi^môme qui a voulu se faire eonnaitre 80QS le costume et le nom da voyageur au manteau i^ou^e.
282 L% LTBISIIE SANS £B lOUAK.
BRurlrei rineendie, le massacre et le rarage. Lorsqu'à» smg trop ardent km» boviliotifie eau» le ceBiur, c'est on bonheur pour nom, monsieur^ é'être reyêti» de ta dignité eocMsiafticpiet é mkmmi iittt fweiftine, etr Mie pouf apiiiser la ferveur guerroyante... Cependant, me hâCli-}e d'illoifler de pear qaH ne prit «ratrtage de eet ttveu, to |Mitience a ses bornes; Faniaial k plss doox se vet^ cpiofid <;» le bksse. Je ne pens pas répmich^ de moi 4*»» lo fraisier accès ée coMfré; «FaMleiirs hmii beani-frère le dragMf est là, qù n*esteiiA pas pins nisottipie ikoi, it cpn, lorsque je sttis alta^néi se dnrge ORKoairement d'aftâsgor tes af- Mnan •
t le fiaaMeaii ronge souriant #«16 osani^ ambiguë* QHdsoarinrl U se donna pour être êmtéié ati cabinet dipbmatiqBe. Bn effist il y a^a^ du renard dans sa pbysienomie. Je coMinuai tam apologie da toorage sans |^»connade, sans fiurfarcHMiadef avec ce edne proAmd qoi ii'appatiettt qu'à l'IéretHue.
« — Je n'ai peur que d'une cbese, tel dis-je< c'est d'ar<m peor^ comme te dis Afsntaigne.
» — £t si TOUS n'aviez pas iss^ pieitr d'avoir pusur ? repviti l'homœe dipkttiÉepiOi
» — Voffli^ repH»-jë? une distinction bien subtile.... C'est de la philosophie à couper un chevett eft qtiatre pouf le disséquer... >f
Ki te grand professeur Scbmezle contmeoee une disser^ iatiflii esthétiqoe sur ta peur de la peot'^ et les nuances éits différentes espèees de peurj esceHente satire de la scdastîqoejideDiaiide etde ses distineliotts, divisions, subdivisions, sophismes, paralogismes et nuages sans nombre et sans fin. Ua orage survient, ta foudre gronde; éeoulea encore ce prévoyant lAHowqjbe;
« J'ai trop kmgteaips fnédité sur les ptmci^s dé h fhh kttbpbk Mtlotdle pmt ne m'étre pi» armé Cdtfire les atteknes éé la feudrci. Tdct comment )e me coifdiiîs dès que kl gPitfKle tok te ttMiief ré êe itàt entendre dai» les iMtages. Je tn'aaaieds sm une dnise depaHle, au ttAteii de la chambre; Tant qèê le eiel est «teiiaçant et soinbre, f y reste : dhalftes de mmilres , bovcles de soMiers « agrafa/ t<ms les^ ceadoeteiif 9 éle(>trlqties, f9à en so^ de lëè éKfig&ef de moi. Meti battrait te tamboer fdàte i'aïKiée, Je resterais dan^ cène i^itatiatt ei ne m'éisbarrasseraisr de ricfn. le Aie son mm qu'un jm»*, au milfeu du seftfce dfviâ; tfnè tempête Tenant if éclater, je laissai toute ma congrégatiôii étt suspens. J'aflai me téfugîer dani$ le cateatt morlu^ffre, et ne^ rentrai que lordqiie la iefifipéte M cdmée.
» Telle est, pour ma part, ma manière de me conduire quand II plaît aux éléments de se livrer là guerre. Mais hélas I dans celte diligence maudite, pas un de mes confrères ne eonaaissail la philosophie natareHé. Peiseaae d'entre eux n*aY»t étudié Sehelling. Q«add je i|ia les msiges sV monoefer etse dércmler en masses noires au-dessu» de notre malheoreax carrosM^ Téckàr se jèoér el serpenter comme le ver hiisaat silIoMè W giaMo, je ne pu» m'empéftfaer de *priev à ymi basse lous ne» eoHigae» Ae ééposet ao moin» dans B116 deapeehes de la Toiture leurs montrest leurs bagues et leur argart^ eendocteiirs électrique» fart redoutables. Os se moquèrent de moi; et le ^agm, oHm beau*frère, s'éhnfant sop lé sié^ du cocher, (SntaMiépée, et s*écria : « Je vais prier la forwtre dépasser à côté de Toas^ » Mortel sublime I acte de dévouement admirable !
9 Pour m*acheTer, Fenipcnsenoeur de rais et h denwiselle liHioèKiiit contre md qoelque» é{»graBimes. €ne f«k
28ft LE LYHISME DANS LE BOMAM.
reur intime mé saisit» et h foadre qui grondait dans mon cœur rivalisait de fracas avec celle qoi retentissait dans les nues. Mais je me gardais bien de soutenir une discussion qui aurait accru nos dangers. La colère est aussi un eobductenr électrique. Couverts de sueur comme nous Tétions, entassés dans cette maison de cuir et de bœs, confondant nos haleines dans celte prison incommode ; si par la chaleur de la conversation nous eussions augmenté l'effervescence de l'atmosphère qui nous environnait» c'était fait de nous : le même coup de foudre ne pouvait manquer de nous écraser k la fois. Rempli de ces idées, je parlais sans ouvrir la bouche» mettant la sourdine à toutes mes phrases» et développant avec une clarté parfaite la théorie de l'électricité ; mais surtout faisant de mon mieux pour ne pas effrayer mes auditeurs : Erxleben et Reimarus ont très-bien prouvé que la peur suflSt pour tuer un homme, et que l'excessive transpiration peut attirer la foudre.
Oui, mes amis, leur dis-je, je tremble que vous n'ayez peur, ei j'ai bien peur d'avoir peur aussi; mais faites attention à la situation ou nous sommes. Serrés comme des harengs en caque, précédés par une épée nue qui brille au sommet de notre voiture et se joue dans les nuages ; tous haletants et palpitants» quels dangers nous environnent ! il ne faut qu'un degré de peur de plus pour nous perdre. N'ayons donc pas peur, si nous ne voulons pas en deux secondes être fracassés, brisés, rompus, anéantis... O courage, courage ! magnanimité, héroïsme^ combien nous avons besoin de vous aujourd'hui !
Mes chers compagnons de route, quand vous serez descendus de voiture, vous aui^z peur tant que vous voudrez ; dès que nous aurons moins de dangers à craindre,
JEAN-PAUL-FRÊDÉRIG RIGHTEIU 285
VOUS serez poltrons à votre aise. Ici» pour ramour de (Meu, a*ayez pas pear, nous sommes trop exposés. »
» Je crois bien avoir mérité par ce discours la couronne civique, le prix accordé à ceux qui sauvent la vie de leurs semblables. Mon sermon de diligence produisit son effet, nous arrivâmes sains et saufs à Yierstœdlen sous un magnifique arc-en-ciel qui dessina sa courbe triomphale au-dessM de nos têtes. »
On repart de Yierstoedtcn ; et toute la diligence s'endort Le philosophe Schmeizle a grande envie de mesurer» selon les principes de Lavater, Tangle facial de ses corvoyageurs ; mais il craint que l'un d'entre eux, dormeur éveillé, ne trouve impertinente son expérience physiognomonique. Il est donc obligé de remettre, dans sa poche le pied-de-roi qu'il en avait tiré ppir s'amirer si la distante du menton à la bouche était égale à ta distance de la lèvre supérieure à la racine du nez et à celle qui sépare les sourcils de la sommité du front « comme l'exige la régularité scientifique dont Campe, Lavater et leurs adhérents ont posé les ppncipes étemels.
N^&vez-vous pas dans ce récit burlesque, une comi^ète philosophie de la peur 7 Le métaphysicien le plus subtil et l'auteur comique le plus naïf ne semblent-ils pas s'être réunis pour excuser la logjkpie, la poésie, les raisons secrètes, les justifications, l'enthousiasme, enfin l'anatomie entière delà poltronnerie ?- et ces pages qui ne sont en apparence qu'une débauche de gaîté, ont plus de portée encore. Sous cette grotesque caricature se cache une vive satire. Plus l'homme -«igmente sa science, plus il accumule ses teiTeur^. Schmeizle découvre dans les connaissances qu'il acquiert des sujets d'épouvantes sai)3 cesse renaissantes, De quel côté se tourner ? ix>mment vivre ? £u
LE tTKlSm DAHS &E ROUAN,
immunt émm m» Ut» il peut phcer w pied h faax; celer et se briser ta téie centre le marbre an. $omno$ la drate d*OD aèroHcbe peut fracasser « péricrlne sdeiitifique) diie sbnple fricassée de champ^wnis pe«| l'étooffer; im riiame négUeA peat le jfeterdsas le tembeaii. CeBmie il n*est JanMis ieni dé m eéDale et de ses lin\«» pswètemii lent ee iftii É'dffrek lui esipéifl, teiit se gtossit ecs*(»agtre à ses yeux terrifiés. La peur, son idole et le bourreati de sa iFle^ préflieiite \ soa iaïa^atlon un époiltàntail dienièl.
Od s*arr§le dans un petit tillage. Pendiliit que le dragoo et le postiUod bdfent d*a«taiit, SebnK^lriéi loejoiirs inélaiicolique, rêveur et poétique, Sdiinelflte qtie la beauté dd âair de hme séduit ta se promener seul ^ant Pm* berge.
« Au milieu d*un ebamp, derrière m groilpe d*arbres pîttoresquemrat gtoupéâ, j'aperçus; dit^il, une tablette Manche atec «ne itiscHpiioh en caractères noirs. Pour Fantiquaire etle cUrieiix quelle occasion \ Sans doute quelque bitUlle avait été litrée en cet oïdMt, et ce monament funèbre avait trait évidemment à une circonstance notable. Me veA donc qui m'éïnpre^ de itie dirïgêi* vers le merHahindutH higubré ; mon pied fotlle ieS bruyères fleuries et J'atteins le btit de ma cotirse. Èotreur ? surprise ! douleur I A la clarté de la taflè je déchiffre ces mots : • Prenez garde aux chausses-trappeil. » Lai mort est dont là sous mes pas. Vu ressort homicide, placé ^ deut pouces de nMfn talon , peut , si je pose lé piéà à droite ou h gadche , vomir ttt)is baHes de calibre , et me lattcer, fdsée [ferdae, dans le domaine dé Féternité, au-ddà des temps, par-delà l'existence. Les ciseattx d'Atropos sont ouverts, là hache du bourreau est stispeudue. Marché donc, SdmiéMé, marche donc, àBim ton in^Kpendance et dans u Bbefté! It filtttque
JEAIi^AUL-'FBiDÉRIC RlCHTEt. 987
ta tonches à peine le sol éa boat de ton orteils il dm ponr ébhaf^ier au trépas qui teonenace, qoe cbacnn de tes pas soit exactement semblable (dans un sens rétrograde toutefois) à ceux qui par mirade l'ont eonduk sain et sauf jnsqo'à la fatale inscription. Héias! dans l'état où je me trouvais » connent ma mémmre m'eAt<-ell» si bien servi ? Appeler? Personne ne m*efit entendu. Pas une Inmière dans le village. Mon beau-frère et le postillon buvaient 11 tasse pleine, et s'embevrassaient peu de eft qui se passait au debors.
» Cependant je rappelai ï m^ nette bravoures binée qui jamais ne m'abandonna. Je tlni de ma poehe mon agaftda , où j'inscrivis mes dernières vdontés et les adieux d'un mourant à sa chère épouse. llMaite» poussé par le désespoir, je mis toutes mes voiles dehmn, et sans regarder I mes pieds, sans prendre la précaution la plus légère , je m*élançai à travers ce cbamp de mort , attendant d'un moment à Feutre TexpioMon de la machine infernale , qui devait me dire bruyamment le dernier bonsoir, et poser Féteignoir sur la chandelle de ma vie. Eh bien! j'échappai à tout : je ne fus pas tué. Quand j'arrivai à l-anberge, deux ou trois drôles se mirent à rire comme des foos. Ils prétendirent que depuis dix ans que cette enseigne menaçante était suspendue, il n'y availen dans tous les environs ni chausses-trappes, ni pièges » ni omps de pistolet l craindre. — t La police 6it ïAea mal mm devoir, m'écriai-je; que ne nous avertit-elle de ne pas croire aux avertissemuitsT »
Le dernier relais conduit notre héros et ses compagnons de route deWiderschœna jusqu'à Flœtz,butdeson voyage. Il a passé à travers tant d'écueils qu'il ne craint plus rien. Cependant un événement inattendu vint soumettre son cou-
rage à une épreuve nouvefle. Un géant, camarade du nain et son partner futur dans les exhibitions de la foire, attend les voyageurs au passage. Imaginez l'effroi de Scbmelzle lorsqu'il voit ce Patagon haut de sept pieds, surmonté d'un bonnet d'une aune, grandi encore par une plume d'autruche , arrêter la diligence , et, faute de trouver place dans l'intérieur, se jucher sur l'impériale. Qui sait ce qu'un tel Tonfrère peut tramer, quels desseins homicides ont germé dans ce crâne démesuré l D'un seul coup de poing, le géant peut démolir la toiture du carrosse, jeter l'aumônier par la fenêtre et se mettre à sa place. Mais le géant s'endort ; il ronfle, ce qui rassure un peu ^otre héros. Nous omettc^s une description trèft«{Mét«|ue de la nuit passée en diligence ; du roulement de la v^ture se mêlant au long murmure <pii s'échappe des fosses nwales du géant, et nous arriipns^ Flœtz avec l'aurore, le cairoase et l'amônier. Ici Jean-Paul se permet une diversion fort curieuse ccmtre les écrivains amphigouriques et pittoresques de son époque et de son pays.
« Je fixais , dit Schmeizle, un regard attentif et mouillé de larn!ies sur l'aiguille pointue de la cathédrale. Un clocher est pour tout homme sensible un objet d'émotions. Là vibrent les voix pénétrantes de nos destinées, là est la grande aiguille indicative du temps, le balancier qui frappe le coup de la naissance et de la mort Soit qu'on arrive dans une ville pour en faire un port de refuge , comme le boui^^is enrichi ; un champ de bataille, comme le logicien ; ou une manufacture d'écus, comme le marchand ; ou une table d'hôte, comme le fonctionnaire public ; c'est sur le clocher de la cathédrale que Ton arrête d'abord ses regards. Peutêtre ces pensées étaient-elles un peu trop poétiques ; je ne pus m'empêcher de les communiquer à mon compagnon
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JeaQ-Panl, et je terminai aipsi ma tirade :« Oui, iiK)iidîettr, ces pics artificiels, ces sommités religieuses sont assurément les trônes où siège notre desâsée.
» — O^i, reprit dfnn ak j>ardonique le diplomate en manteau rouge. Ainsi que. sur la cime des Alpes on bat le beurre et le fromage dont se nourrîêfeent les vallées, c*est là, dans ces monuments gigantesques et sacrés, que d*honorables messieurs en aubes et en surplis battent le beurre et le.fj!omage de notre avenir. »
«I* JiersQmpçonne qu'il se moquait de moi. Qu'en penses-tu, lecteur? »
La diligence s'-arrête. C'est jour de mardié à Flœtz. Schmelzle, toujours observateur, contemple ce flot de paysans et d'acheteurs qui se coudoient dans la grande place. Il se demande combien de fripons et de coupe-jarrets se trouvent mêlés à cette affluence; il se représente ces deux classes, comme un double courant de sang et de boue, qui vient salir les vagues de l'Océan agité. Rousseau, dans ses accès de misanthropie, ne rêvait pas plus tristement que notre professeur à la fenêtre de son auberge.
Ici se révèle l'intention philosophique de Jean -Paul, li'ami Schmelzle a-t-il donc tort ? Toutes ces peurs accumulées dans le cerveau du savant seraient-elles raisonnables ? , Notre homme chancelle entre la sage$seet la folie : sa pénétration clairvoyante l'éblouit; il en.sîiit trop long. Et quel est celui d'entre «ous qui voudrait conserver la vie une année, un jour, une heure, s'il savait la vérité tout entière, s'il comptait les dangers dont le menacent et la nature et son organisme, s'il lisait dans tous les cœurs, s'il vpyaitface à face sa propre destinée et les mille fléaux toujours prêtas à l'assaiUir, et les maux sans nombre dont le germe est en lui-même 7 Pauvre Schmelzle I pauvre don Quichotte ! on
300 LB LTRI8MB DAffS ILB lOllAN.
rit de VOUS t Ne seriei^voos pa», par hasard, l'un le plâs aagaoe, Fantre le plus vertueux des hommes t
« Tonte la canaille de notre diligence, ocmtinaeSobiDelzle, descendit à Thôtel du ISçre; la demoiselle, le géast, le nain, le sarcastiqne Jean-Paul et Tempoisonneor de rata. Le géant ent sofai de soulever le nain et de le porter snr son crâne poor se grandir encore : puis, couvrant sa inropre tête de son manteau, il trompa ainsi la foule ébahie, qoi crut voir entrer dans la ville de Flœtz un monsH« de neaf I^edset demi. A l'aspect de notre hôtellerie, une queAloà de philosophie se présente à mon esprit. Comment Tauberglste du Tigre a-t-îl pu choisir cet emblàne? Le Ti^f N'est-ce pas un kmp qui s'écrie : je vais vous dév<Nrer; je suis le loup ? Non beau-frère le dragon me quitta pour aller trouver un marchand de chevaux. Il ent la déiieatesse de retenir pour sa sœur (ma Teutoberga) la chambre voialne de la mienne. Cependant je demeura) seul dans l'auberge, livré à mon intrépidité, à ma résolution et à mes seules ressources.
» Assiégé de mauvaises âmes qui peut-être tramaient quelque conjuration contre mon repo», j'eus constamment présente à ma pensée une image charmante et chérie, œlle de ma Teutoberga. Fenime forte, cœur vaillant et mâle, femme héroïque, dont la présence d'esprit eût été fort utile en mainte circonstance h nn époux moins brave que mol; femme qni eût ptt le protéger dans roccasion, au lieu d'en être protégée, -d
Le Heu deVefoge du prêtre, c'est F'égHse. Schmelzle se hâte de se diriger vers cet iisîle sacré. Que de périls 8*y trouvent cependant ! le voisin n'a-t-il pas la petite-vérole? Le pfefond ne peut-il pas se détacher, le poiâs de la congrégation enfoncer les dalles et précipiter l'assemblée dévote et
JCAN-PAUL-rRÉDÊRIC BIGHTER. 291
meurtrie dans lès catacombes ^n saint lien ? N'est-il pas prouvé que les clochefs attirent la fondre T t Mais, dit Schmelzle, il vaut mieux qu*un chrétien périsse en face de Fautel. »
« Je m'acheminai donc vers l^église et J'y entai. An milien d'un psaume, je vis avec étonnement un heyduque traverser la nef, et s'a^rocher d'un jeune homme pour le prier de ne .pas faire usage d'une lorgnette d'Opéra qu*il dirigeait obstinément sur les dames de la coun Moi-même je portais une paire de lunettes convexes, qui étaient tout bonnement des conserves. S j'eusse suivi les régies d'une stricte prudence, j'aurais Ôté mes lunettes; mais il me fut impossible de m'y résoud^ ; mes lecteurs me prendront pour une mauvaise tête. Je bravai la cour et les heyduques, et je ne cessai pas de tenir mes regards fixés sur mon livre de Psaumes. Pendant que la cour défilait devant moi, j'eus bien soin de ne pas lever un instant les yeux. C'était comme si j'avais dit : « Ne craignez rien ; mes verres sont convexes! »
« Du reste, le sermon n'était pas mauvais pour un sermon de cour. Le prédicateur mettait ses ouaflies en garde contre une multitude de péchés. Il lui eût été plus facile encore de parler des vertus nécessaires que des vices à éviter; ce qui eût été tout aussi moral et beaucoup pins prudent Pendant l'heure da service j'eus soin de prouver à tout le monde par ma tenue décente et convenable, mon profond respect, non-sealement pour la majesté divine , mais pour la majesté temporelle du prince illustre qui nous gouverne. J'avais mes raisons particulières. La cour fourmille de mauvaises langues qui tirent parti de tout, et j'avais besoin de repousser d'avance les calomnies aux* quelles ont dû donner lieu mes deux dernières et témé-
292 LE LYRISME DiNS LE R0M4N.
raires publications. Personne n'ignore que dans le journal hebdomadaire de Flœtzj'ai publié une virulente satire contre l'empereur Néron, ouvrage hardi, où j'ai parlé de ce tyran comme un libre Germain doit le faire. Un ennemi pourrait aisément se servir contre moi de cet acte d'im^ prudence et me présenter aux yeux de la cour comme un libelliste effréné. Dans les temps où nous vivons, impossible, ô mes amis, d'écrire un almanach, sans gue quelque diable de l'enfer vienne y découvrir et y dénoncer le portrait caractéristique de quelque ange couronné ! »
Le service achevé, Schmelzle se tient à distance, pendant que le prince et ses courtisans montent dans leurs voitures; il se détourne avec soin, de peur que l'on ne remarque sur sa physionomie une expression de mépris, d'ironie ou d'orgueil. Le moment du dîner venu , suivonsle à l'auberge.
« Après avoir affronté d'aussi grands périls, je bravai ceux qui m'attendaient à la table d'hôte ; car jamais, messieurs, figure d'homme ne m'a fait peur. Me voici donc assis à la table du Tigre. Au second service on me passe une assiette d'argent sur le dos de laquelle (ô surprise I ) deux vers satiriques, dirigés contre le commandant de la ville de Flœlz, étaient gravés avec la pointe d'un couteau. Je vis d'un coup d'œil dans quel piège j'étais tombé; avec ce sang-froid étonnant dont m'a doué la nature, je me levai, et présentant l'assiette à la compagnie :
« iMessieurs, dis-je aux convives, soyez témoins que je n'ai pas touché à mon couteau, et que ces vers impertinents ne sont pas mon ouvrage I »
« Un ofiScier échangea son assiette contre la mienne. Pendant le cours du repas, j'admirai la profonde ignorance de mes convives en médecine et en chimie. Un lièvre dans
JBAN-PAUL-FRÉDÉRIC RiCHTER. 295
le ventre duquel on découvrit einq on six grains de plomb fut mangé tout entier, sans que personne fît attention au danger que courait la compagnie, sans que Ton remarquât que le plomb dont on se sert pour la chasse est toujours mêlé d'arsenic
» Le dessert fut apporté ; on parla des coutumes de la ville. Unç d'entre elles, qui devint l'objet de leurs comnientaires, me frappa d'épouvante. Dès qu'une jeune fille, de bonnes ou de mauvaises mœurs, jure que vous êtes le père de son enfant, les tribunaux la croient sur parole^ et votre paternité reste démontrée.
« — Est-ce bien sûr? dis-je à un convive.
» — Très-sûr. .
» — Horrible I m'écriai-je. Mes cheveux se dressent sur ma tête. Quoi, continuai-je, un honnête ecclésiastique, un aumônier de régiment, avec femme, enfants, et une réputation de sagesse bien établie n'aura qu'à rencontrer dans une auberge, à l'auberge du Ti^e, par exemple, quelque servante de mœurs faciles ; et quand même il n'aurait fait qu'entrevoir ladite servante, fe balai à la main, dans le cours de ses occupations domestiques, le ministre de l'autel sera déshonoré par le serment d'une fille parjure I O abomination I
» — Allons, allons, interrompit l'ofiBcier, ne croyez pas qu'une fille voulût par un faux serment se donner ainsi à tous les diables.
» — Quelle l(^que I Ah I mon Dieu, que de dangers !.. Et supposé que je monte en diligence ; mon compagnon de route porte des habits d'homme, je ne crains rien, je suis tranquille. Arrivé à Flœtz, mon homme change de sexe et va déposer chez le magistrat que je suis père de son enfant* Gela ne s'est-il pas vu? Un serrurier de Vienne n'est- il
2M LE LTEISME DANS LE ROMAIT.
pas récemment accouché de deux jumeaux? Et la die^alière d'Ëoa ? Miséricorde ! nul homme doué de quelque sentiment de pudeur n*o$era plus s'embarquer en dili^ gence. Pour moi je déclare que si cela m'arrive, je ne manquerai pas d'interroger du regard le menton de tous mes voisins. Diable I quand ¥Ous êtes eptré dans l'auberge, voir votre compagnon de route ôter ses bottes, chausser des mules de femme, vous montrer une jambe fine et vous rendre père en dépit de vous I . » — > L'orateur est éloquent, reprit un membre de Tas* semblée; mais à l'entendre parler si chaudement, on dirait que lui-même est à cet égard d'une doctrine un peu relâdiée. »
t Le rouge me monta au visage ; je ne savais plus ce que je mangeais ni ce que je faisais. Pour m'achever, je découvris qu'à l'autre bout de la table on parlait de la guerre. On attribuait à l'armée française je ne sais quelle défaite, sans doute supposée. Moi qui venais de lire, au coin de la rue, une proclamation qui déclarait coupables et susceptibles d'être jugés par la cour martiale ceux qui entendraient ou propageraient des bruits relatifs à la marche des troupes I... Je déposai fiirtivement ma serviette,. je pris mon chapeau et je m'esquivai en homme prudent. »
Cependant il fallait se préparer à l'entrevue que Schmelzle allait avoir avec le général Shabacker. Un barbier était né* cessaire à notre héros, dont le menton se hérissât d'une barbe épaisse qui indiquait ses dispositions martiales*
« On introduisit près de moi le barbier de l'hôtel. C'était un visage polygone^ une face en zig-2ag, évidemment prédestinée à la folie. Oh I je déteste incroyablement les fous. Jamais on n'a pu obtemr de moi que je visitasse une
JEÂN-PAUL-FR£DÊRI€ richter. 295
maidon de fous. Le premier maniaque venu peut vous saisir enti^ ses griffes maudites et tous réduire en poudre. La folie n*est-elle pas contagieuse, et ttné t^ervelle sensée est* elle bien sûre de sortir de \k aussi saine qu'elle y est entrée? Quand on me rase, je me sers d'une précaution très-pru-» dente; j'ai soin de fixer mes regards sur le barbier; mes deut mains sont libres et prêtes à agî^; d^ mouvement le plus léger de inon bourreau, dès qu'un sigfie équivoque m'inspire le moindre soupçon, je m'élance sur lui, je le prends par le milieu du corps et le renverse comme un capacin de carte.
» Je ne sais pas trop comment cela est arrivé. J'étudiais curieusement les angles hétéroclites et saillants dont se composait le visage baroque de mon bomme. n me sembla que son arme redoutable appuyait sur mon menton ; mon poing fermé, exécutant un mouvement rapide, violent, spontané, attaqua si rudement sa région abdominale, que le pauvre diable, perdant l'équilibre et tombant sur le parquet» fut sur le point de se couper la jugulaire.
> Je m'armai d'une double cravate , contre mes princi* pes et mes halntudes, et je cachai sous cetempart de iM)ie k barbe noire dont mon homme n'avait pas détruit toute l'étendue. »
Ainsi équipé, notre héros se rend chez le général et remet à Un valet de chambre la pétition qu'il avait préparée.
« te laquais ne se fit pas longtemps attendre; il vint me rapporter ft l'instant la réponse presque grossière du général Shabacker. J'espère que meéi amis (par égard pour ce général) ne la divulgueront pas. « SI ce Schmeltle (me > faisait dire Shabaoker) est l'Àttila Schmelde, ancien àu^ » mdnier de tnott réj^ment, qu'il décampe tite avec armes ^
» et bagages, comme il Ta fait à la dernière bataille, et » qu'il s*eo aille à tous les diables. » Un autre que moi aurait été stupéfait en entendant ces paroles : eh bien! je loisai le valet du haut en bas, et je lui répondis bravement:
t — J'irai au diable! »
• Rentré chez moi, je me demandai si ce n'était pas Teau-de-vie de Cognac qui avait ^rlé.à ma place.
» MaisconmieL'cau-de-vie de Cognac n'examine jamais, il est clair que c*cst mon courage qui a répondu.
» Après tout, me dis-je, le patrimoine de mon excellente feoune ne vaut-il pas mieux que vingt places 4'aumônier de régiment? I<^ 'est-ce pas elle qui a relié en maroquin rouge, avec fermoir d'or et d'argent, le livre de ma vie? Et qu'ai-je besoin d'y ajouter des titres et des armoiries? Allons, je prends mon vol, je bats des ailes, et je ris de l'avenir.
» Ces pensées m'exaltèrent, mon imagination était allumée. Je devins démocrate, réformateur, républicain, Spartiate, puritain. Hampden, Caton et Brutus n'étaient rien près de .moi. Heureux temps où un grand homme pouvait recevoir la bastonnade et s'écrier noblement : Frappe, mais écoute I temps où j'aurais dû naître I Aujourd'hui un soufflet, une parole, un regard, se paient lâchement d'un coup d'épée. Que d'images éclatantes se pressèrent alors dans ma pensée, que de trônes je renversai pour me faire de leurs débris une échelle vers l'immortalité qui m'est due I Les hommes étaient devenus à mes yeux des pygmées, les rois des propriétaires de marionnettes, les peuples des acteurs de bois et de carton. Mon héroïsme républicain grandissait de moment en moment, s'enivrait de ses propres rêveries (l'eau-de-vie de Cognac n'y était pour rien), et je finis par
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me pnmiener à grands pas dans la chambre en gesticulant et me disant :
t Seras-to chien de cour, carlin de prince, animal àxH mestique» Tinulile instrument d*un instrument mutile, le joujou d'un joujou, le rien d*un rien? — Non. »
O grand démocrate ! ô noble et sublime Schmelzle l il est heureux que la place d'aumônier lui ait été enlevée. Ces sentiments sublimes n^eussent pas germé dans son âme. Nous regrettons bien de ne pouvoir le suivre dans la longue et terrible bataille nocturne qu'il eut à livrer ensuite aux démons et aux farfadets, c'est-à-dire à son beau-frère le dragon, qui s'amuse à l'épouvanter. Le bruit haletant d'un soufflet de cuisine, la danse lugubre de tous les ustensiles de ménage qu'une ficelle réunit et fait mouvoir ; la t^alse surnaturelle d'un pot de bière et d'une soucoupe que le dragon met en branle, mériteraient que nous donnassions aux lecteurs un tableau exact de cette infernale mêlée, qui occupe, hélas ! une dizaine de pages dans l'original. Hâlons-nous d'arriver à une scène non moins burlesque, mais d'un plus vrai comique, et où l'une des faiblesses de la vanité féminine est agréablement saisie, teutoberga, femme du professeur, est venue retrouver son mari à Flœtz. Il s'agit de lui communiquer le refus du général Shabacker.
t Je ne voulais pas que ma pauvre femme subît toute la cruauté des paroles de Shabacker; c'était un fardeau qu'un homme seul pouvait porter. Je résolus donc de lui en cacher une partie, et d'épargner à son cœur naïf et joyeux une pénible révélation. Je commençai en ces termes :
• Chère amie, mon affaire prend une autre tournure, il est vraî; mais^le diable de général (qui n'a jamais eu le sens
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cMDimiii ) ne veut fns entendre rabcm. C'est un homme qu'il faut emporter de vive force, et je remporterai, ans» ▼ml qpie mon bonnet de eoton est actoellemeat aur ma tite.
» — Ainsi, foBs n*ôiea rioa, mon marit
• — Pour le moment, mon amie.
» «^ Ce sera donc pour samedi sœr?
» — Pas encore ce jour-lft.
» *— Ah ! mon Dieu ! que Cela me ftit peine ! Je sauterais par h croisée/ »
« Et, cachant sa figure rose de ses deux mains, entre lesquelles des larmes s'échappaient, elle resta longtemps en silence; puis, d'une voix tremblante et émue :
t Que Dieu me protège dimanche {prochain ; quand je serai à l'église de Neusattel, et que toutes les grandes dames de l'endroit me regarderont avec dédain, j'en mourrai dé honte... »
« J'étais au lit, un mouvement sympathique me précipita vers elle; je la vis, cette chère Teutobwga, les joues couvertes de larmes brûlantes. Je m'écriai :
9 Ame d'ange ! ne me torture pas ! Je veux mourir, si, môme dans la canicule, dans ces jours étouffants, je ne deviens pas tout ce que tu peux désirer. Parle î Quelle place te faufil? à quelle division veux'^tn appartenir? €iaii« seillère du cabinet? conseillère du commerce? conseiBère des mines? conseillère des bâtiments ? conseillère de législaticm ? conseillère du diable, de sa iemmeet dé ses descen-danis? Je te ferai tout ce que tu voudras; dia J'achèterai tous les conseillers et toutes leurs places. Demain j'envoie des courriers en Saxe, en Hessè, en Finlande, en Prusse, en Russie, à Katzenellennenllenbc^nen, et je fais acheter mes patentes. Je vais fini Mn : je veux toutes les places k
JEAKr-PÀUL*FftÈDÉRIC MCHTER. 299
la fois. Tu ailras un inart conseiller aùlîque à Flachsenfingen, conseille!^ des douanes à Scheerail, conseiller des beaui-^fts à tjâarhaar (1), conseiller de Ik châtubré à P6S-: titz. N*kvons-ilOM pas rargeiit nécessaire t Ainsi, ttl(H, possesseur d'aa seul oatfnu et d'un mjApodex, je pourrai, sur mes deux jambes^ former à moi seul uû congrès à» coBs^H^s d'État, une légion d'honneur oii dhonneurst ce qui ne s'est jamais t%
» — Ohl maintenant tti es ud ange» dit^elle; ttdes pleurs de joie ruisselaient de ses yeux. Mais tu m'aj^preiH dras quels sont parmi ces conseillers, les plus beaux conseillers. Nous choisirons, n'est-ce pas?
» — Non, continuai-je entraîné par l'ardeur du mo-* ment, cela n'est pas sufiBsant Je veux que tu puisses dire à la femme du vicaire : Je sui$ conseillère des affaires ecclésiastiques; à la femme du bourguemestre : Je suis con^ seillère de ta cour; à la femme de l'ingénieur : Je suis conseillère des ponts- et-châusséet. 3é veux que tu puisses changer de litres comme de robes.
* — O mon ami , mon bien-aimé , Hion cher Schmelzlef
• — Et je serai correspondant de toutes les académies, et associé de tous les athénées, et inscrit sur toutes les listes, et membre (membre honoraire, il est vrai) de toutes les sociétés savantes ; et tu seras membre avec moi (membre honoraire) de toutes les académies, etc, etc, etc. »
Il faut voir ensuite Schmelzlc faire parade de soft courage à rhôtel du Tigre, gronder les valets devant sa femm'^, parce que les femmes aiment la bravoure; la conduire ^ U ménagerie, à la parade, passer avec elle devafft les canons et les baïonnettes du riment Teutobérga donne un souf*
(1) Noms gapposés*
300 LE LTBISME DANS LE BOMAN.
flet au garde de nait, qoi veut arrêter le mari et la femme dans une de leurs excursions sentimentales. « lionne ! s*écrie le mari, je voudrais à mon tour qu'un grand péril vint t'assaillir ; tu connaîtrais alors le lion ton époux t »
« Nous continuâmes notre routp tranquillement et de bonne amitié. Nous rentrâmes; ma femme se coucha, et j'aurais pu être heureux cette nuit, si le hasard n'avait fait tomber mes regards sur la page 201 du volume IX des ceuvres du professeur lichtemberg; j'y lus avec effroi ces pardes :
« )1 n'est pas impossible qu'à une époque plus on moins » rapprochée, les chimistes ne découvrent le secret d'une » substance décomposante, qui dissoudrait notre atmo- > sphère et la réduirait en eau , par le moyen d'une es- » pèce de ferment Le monde périrait alors! »
« Gela n'est que trop vrai I m'écriai-je , puisque la boule de notre terre est enveloppée d'une grande bulle d'air qu'on appelle air atmosphérique : il ne faut qu'un mauvais drôle de chimiste, habitant quelque vilaine ile (du côté de la ^'ouvelle- Hollande par exemple) , pour inventer la substance décomposante, et nous anéantir tous. A peine le ferment fatal s'introduira-t-il dans l'atmosphère : une étincçlle qui frappe un caisson rempli de poudre ne cause pas une éruption plus soudaine. Voici venir l'immense orage qui dévore le monde : en deux secondes il atteint la ville de Flœtz. La toile tombe ; la grande scène est jouée, Thumanité fait la révérence; le globe n'est plus qu'un échafaud dont ce chimiste, que Dieu damne , est le bourreau involontaire. — Grande souricière, piège immense, où les hommes et les hôtes viennent expirer à la fois ! Saint-Barthélémy universelle, dont le diable seul recueillera les fruits !
JEAN^PÂUL-FRÉDÉRIG RIGHTER. 301
9 A rheure convenue, qous Femoniâmes en diligence; tout le monde était gai, content, excepté moi. La destruction du globe, an moyen d*un ferment chimique, fermentait encore dans le globe de mon cerveau ! ce qui prouve bien que nos terreurs nocturnes n'avaient pas désoi^anisé mon intelligence, puisque je jouissais encore de toute ma faculté de réflexion. Le voyageur à manteau rouge monta aussi; il me regarda comme auparavant d'un œil effrayant; mais je n'avais plus peur de lui.
9 Toutes les terreurs devenaient pour moi une mauvaise plaisanterie, une misère, dans ce moment où je n'étais oc-^ cupé que de la destruction générale des mondes. Que m'eût importé alors le sujet de craintes terrestres le plus naturel et le mieux fondé? Tous mes compagnons de route auraient lancé dans mon avenir et dans mon présent les brandons de la terreur la plus dévorante , je n'y eusse pas fait la moindre attention. Cherche-t-on à se délivrer du bourdonnement des guêpes lorsque le canon tonne autour de nous? Sent-on les battements de son cœur lorsqu'un chirurgien est occupé à vous couper la jambe? J'avais oublié tous mes compagnons de route et ne pensais qu'à ce ferment qui pouvait, pendant que je faisais route de Flœtz à Neusattel, sortir des mains innocentes d'un savant d'Europe ou d'Amérique, allumer l'atmosphère qui nous entoure, et faire sortir du fond d'un alambic le trépas de l'univers. Chimistes! assassins futurs du monde qui vous a donné Têtre, arrêtez- vous ! Et vous, potentats delà terre dont les sujets peuvent avec leurs cornues confondre si aisément planètes, gaz et corps solides, hâtez-vous de rendre un édit qui leur défende de tenter d'autres expériences que celles qu'ils ont déjà faites !
Cette triste méditation dura jusqu'à la fm du voyage;
SOS LE tTAtSME DAIVS LE ftOMAN.
je n*avals pas cessé de tenir mes yeux fixés sur ma femme, dans Tespotr de mourir au moins en la regardant, lorsque le délnge universel viendrait nous balayer dans réteriilté, et m'enlever , ainsi qu'elle , à cette Tic de terrenr, et de douleurs, où la science elle-même sert à si peu de chose I i
Résumé.
telle est cette étrange plaisanterie , cette puérile narration, que Jèan-TPaul Richter a intitulée Voyage de Schemelzîe à Flœtz. On y trouve empreint, avec plus de naïveté que dans le fragment sublime traduit infidèlement par madame de Sta^, le génie caractéristique de Jean-Paul. Sans parler de cette bouffonnerie originale, qui s'élève quelquefois, comme dans le dialogue nocturne du mari et de la femme, jusqu'à un très-bon comique, C'est une idée naïve et forte que celle de l'auraônief qui déborde de science , qui connaît tout, sait tout, approfondit tout, et en définitive reste le plus niais des mortels I cet homme qui rêve l'héroïsme et n'ose pas monter en diligence ; ce républi-. cain forcené que le regard d'un heyduque fait rentrer eii terre; cet enthousiaste de la valeur en peinture, du courage mis en musique et du patriotisme rédigé en dithyrambe! Et la prudence humaine qu'il déploie, et sa commisération pour le monde qui va périr, et son sentimentahsme poétique, et ses grands motâ à propos d'un
JBAn^FAUIHmiDiRIG RIGHTBlé S08
Clocher de Cathédrale^ et son tian misaathropiqDe 1 O Kot* leboes 1 O Bacnlards, parieurs de vertn, prédicateurs d- utopies , grands bomiues de l'emphase ! la même ironie TOUS atteint, vous et toute civilisation factice; sentimentale sans passion réelle, savante et pédantesque sans résultats, rêveuse sans imagination , matérielle sans utilité, vaniteuse sans énergie, fanfaronne sans courage; toute société perdue dans les mots et enivrée de phrases!
Bichter avait bien apprécié le ridicule de son temps ; il a créé Sckmelzle. Mais pour connaître dans toute sa folie ce bal masqué du lyrisme, ce travestissement puéril et gigantesque ; cette imagination qui se moque de tout et mêle les instruments du ménage à la danse des planètes; qui plonge son regard dans les abîmes de l'être et revient esquisser une caricature enfantine, il faut lire Titan, Levana, et dix autres ouvrages do même Jean-Paul. Vous diriez un colosse enfant qui se joue , tant ses mouvements sont pe« sants et caprldeux« Il parcourt sans transition, par élans irréguUers, l'écheHe entière des idées les pins disparates. A [Hnopos d'ut! aumônier en voyage, voici la lune qui bombarde la terre* Dans un autre de ses romans Mars devient prédicateur et tient aux autres mondes un disccmrs faétéro^ clite. Entre les ihains de Rieht^ l'univers est un jouet frivole dont il brise et réunit tour à tour les fragments } ses idée^ méuphysiques revêtent un costume bouffon ; il prête une marotte au temps et à l'espace. Débauche in-*^ noceote et incroyable, anarchie sans frein, atelier magique, forge eydopéenne. An milieu des vapeurs et de la fumée, vous voyez apparaître de petites caricatures humaines inement esqoissées , tellei que œlle de Schmeble ramndirier; puis des formes vagues, sombres, ioootes, taa-'
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tôt édauntes, tantôt lugubres ; puis ces traits de sensibilité ingénue qui distîogaent Siebenkase, l'histoire déchirante d'un pauvre étudiant qui s'est marié par amour.
Jean-Paut ressemblerait à Rabelais, si la naïveté enfantine, la simplicité idyllique, la primitive et douce puissance d'émotion, la tendre sympathie de Fauteur allemand ne manquaient au grand cynique du xvi* siècle, au Pantagruel des bouffons. Richler est un enfant sensible à la beauté, à la grâce, à Tharmonie, frappé de la laideur morale et matérielle, accessible à l'ironie comme le sont les enfants. Une tendresse de cœur intime l'associe à toutes les mélodies de la nature. Il s'intéresse à la poltronnerie de Schmelzle, à la vanité de sa femme Teutoberga, et il en rit.
. Son histoire de l'aumônier esthétique est une moquerie évidente de tout son pays, de tant de travaux qui n'aboutissent à rien, de tant de rêveries scientifiques, républicaines, teutoniques. On ne peut comparer cette fraîche et naïve ironie à celle de Swift et de Voltaire ; m l'on suivait ju.squ'au bout la chaîne k^ue des idées , si l'on croyait aveuglément à Voltaire et. à Swift qui nous présentent le monde comme une prison remplie d'esclaves qui s'entretuent, on n'aurait qu'un parti à prendre : quitter bien vite cette caverne de brigands. Richter ne nous désespère pas ainsi. Dans son lyrisme spontané, enfantin et pour ainsi dire halluciné , il voit l'homme multiple : ange et démon, néant et génie, ver de terre et intelligence, objet de compassion et de risée, le voilà ; pleurez , raillez, plaignez-le, méprisez-le , pardonnez-lui. Sous ce rapport , Richter se rapproche de Cervantes ; chez eux point de mépris, point
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de haine, ib ont un sourire et des larmes ; leur gaité nah d'une sensibilité ingénue. Ne croyez pas qu'ils dédaignent leurs héros ; ils les aiment avec tendresse'; il y a dans leur moquerie un mélange de pitié et de douleur.
Si Ton considère Jean-Paul sous le rapport de Tart et de l'exécution , il reste non-seulement inférieur à Cervantes» mais inexcusable et absurde. L'harmonie, l'ensemble, la cohérence manquent aux productions de Richter. Cette lecture laisse une impression désagréable et choquante ; celle d'an somnambulisme confus. Le voyage de l' aumônier Schmelzle est encore un des fragments de notre auteur où l'unité, la grande loi des œuvres de l'esprit, est le moins hardiment violée. De ce chaos de pensées et de sentiments jaillissent, comme d'un fer embrasé, des milliers d'étincelles ; on est ébloui, ému, enivré, jamais on n'est satisfait l
Le style de ces incroyables œuvres répond à leur conception folle; vous diriez une forêt vierge dont les branches entrelacées forment un inextricable rempart et vous offrent un obstacle invincible. Langage, métaphores, orthographe, |out est baroque et ridicule. Il y a des phrases de trois pages sans virgules et des motsxle trois lignes sans traits d'union. 11 a des parenthèses qui enfantent des sous -parenthèses. L'auteur jette âcH allusions sans nombre à ce que vous ne savez pas , à ce que vous ne saurez jamais , à une ligne égarée d'un auteur hébreu inconnu , à une expérience de physique tentée par un savant d'Odessa. Le ciel, la terre et l'enfer sont convoqués dans une période de Jean-Paul ;
iKHiHsealetnent ses mots, mtis ses idées chez lai se heurtent d'une manière insensée. Saillies épisrammatiqaeslancées au milieu d*iine narration sentimentale; allusion grossière et licencieuse, traversant une idée profonde ou mystique;
mélange sans égal de calembours, de jurons, d'images gracieuses, de rébus, de citations savantes , de dissonances et de fantaisies. Il n*y a pas Jusqu'il la gé(^aphie européenne que notre auteur travestit à son gré. Il invente des altesses, crée des marquisats , assied des rois k la Rabelais sur des trônes fictifs, crée des miiiistres pour se moquer d*euï , s'embarque dans des digressions qui usurpent des volumes , et fait un volume d'un erratum.
Nous avons vu dans les aventures de raumônier SchmeUe des cités inconnues, Haarhaar, Scheerau, Flachsenfingen. Même les traités sérieux queRichter a composés (il a écrit des ouvrages sérieux) sont enveloppés de ces formes puériles : et partout au milieu d'extravagances répulsives, vous trouvez le même caractère de tendresse secrète , de bienveillance, d*amour, — la même religion du cœur, la même sympathie virginale. Ce parfum de délicate bonté devient enchanteur par le contraste ; les scènes de la vie bourgeoise la plus humble finissent par émouvoir : les cari-^ catures les plus grossières nous touchent: le sublime et le pathétique sont pris à rebours.
Homère et Eschyle élèvent le eœur et font descendre les dieux sur la terre. Sterne , Cervantes, Crabbe obtiennent le même résultat par l'analyse des affections les plus com« moues, des scènes les phis vulgaires, qu'ils étndietttpoury
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trourer l'émotion, le pathétique, l'intérêt, la philosophie, la profondeur. L'incomplet et le Inzarre Richter ne peut prétendre à de tels succès. 11 n'a rien de solide; c'est le poète hunK>riste, le romancier çnfant, le musicien somnambule de notre époque.
Il ne joue presque jamais que des préludes. Ce n'est pas une lyre, c'est un harmonica magique qui résonne sous ses doigts. Il jette les âmes dans l'extase et prophétise des songes, entrecoupés de facéties et de larmes. Nous réservons à un travail particulier l'étude de ces lueurs sybillines, jetées sur les destinées obscures du xix* siècle par cet étrange rêveur (i).
(i) y* ÉTUDKS SUR l'Allskagne, T. II. Pensécs d*un somnambule sur ravenir du xix« siècle.
RACHEL, FANNY ELLSSLER
ET