‹ Études sur l'Allemagne, ancienne et moderneChapitre 46 sur 55 · ET FRÉDÉRIC DE 6ENTZ · texte numérisé non relu

ET FRÉDÉRIC DE 6ENTZ

novice? Non, c'est un vieillard, Tâml de Wtt, de^ Stadion et de M. de Metternicli, qai adresse sincèrement, naïvenàent les paroles suivantes à la bonne Rachel ; — oui, an homme d'État fort considéré , et j'ajoute que les rapports de Gentz et de Rachel étaient ceux de l'amitié fa plus vénérable :

« Ange du ciel ! Existe-t-il sur la terre une langue dains » laquelle on puisse vous écrire? Est-il possible de répon- » dre à vos lettres? Avez-vous donc résolu de me rendre 9 fou? O ma profonde, ma pénétrante prudence! O ma » science, ma fermeté, mon stoïcisme inébranlables I que » devenez-vous, lorsqu'il s'agit des profondeurs intimes de » la nature humaine? Combien de fois ne l'ai-je pas dit : » Vous êtes le premier des êtres sur cette terre. Où en * trouver un autre capable d'aimer, de penser, de divaguer, » d'écrire comme vous? — Grand orateur, devant lequel je » me prosterne dans la poussière et que j'ose cependant ai- » mer ! Orçane de la divinité en moi et hors de moi, » quelles jouissances ineffables, et quels hauts enseigne- » ments ne me donnent pas vos lettres! Enseignements! » De qui ai-je donc appris quelque chose si ce n'est de

» vous? Chaque parole contient un monde Vous m'ap-

» pelez enfant; c'est le nom le plus noble, le plus doux » que vous puissiez me donner, mais c'est vous seule qui » avez fait de moi un enfant. Ne vous souvienl-il donc » plus combien j'avais grandi et mûri, et comment je suis 9 retombé à l'état fragile du jeune âge, dans l'atmosphère » embaumée, suave et voluptueusement enivrante qui vous » environne? Vous m'avez donné le souffle de la vie, » comme les enfants, dit-on, redonnent la vie aux vieil- » lards en dormant dans leurs bras. N'ai-je pas raison de » ne pas vouloir vous écrire? Si je savais écrire comme

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* Y0U8, à la bonne heure ! Mais que di}»-je, tous n'écriyez » pas. Vos lettres ne sont pas écrites. Ce sont des êtres » animés, possédant de belles mains, blanches et douces, » un sein arrondi, un petit pied, des yeux divins, des lè- » vres purpurines, qui passent et repassent devant moi,

9 me donnent des baisers, me pressent contre leur sein

» Et je répondrais à de telles lettres? Non I non ! »

Les hommes, lui dit-il ailleurs, écrivent-ils comme » vous? Les Dieux le peuvenl-ils? — J'en doute. Il faut à 9 ce siyle des êtres que le ciel plaça entre lui et nous, in- » génus comme Tenfant, grands comme le génie, puérile- » ment sublimes : âmes-miroirs dans lesquels se reflètent » toute la profondeur et toute l'élévation; esprits prodin gues, semant les nobles pensées et les sentiments élevés 9 comme le rameau du noisetier répand ses fruits, dans le » sable qui les couvre, au milieu des vermisseaux qui les » dévorent. — Vous écrivez ainsi, Racbd; les seules Ra- » chels ont ce pouvoir. — Vous! — Par le Dieu vivant! » Type adorable ! Archétype éternel ! Arbre de vie ! Ainsi » vous nomme tout ce qui conserve une étincelle de senti- » ment et de génie! Mon Dieu ! Que c'est un bonheur vi- » vement senti, d'être vieux et de pouvoir m'enivrer en- » core de vos letti^es, comme jadis de vos discours célestes! » Vieux.... Dieu soit loué.... je ne le serai jamais, et sou- 9 vent je deviens plus jeune ! On a beau me nourrir ici de » tout ce qui est vulgaire, j'ai savouré l'ambroisie, et je » n'en perds pas le souvenir. Que je vous aime, lorsque 9 vous me dites : Votre dégoût me fait comprendre les » nobles dégoûts ! Paroles admirables , ignorées de la sa- » gesse des sages ! »

Ainsi écrivait en 181 ^, au milieu du bouleversement de

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