ET FRÉDÉRIC DE GENT2. S
chose de plus qn'un souvenir. Frédéric Geutz dont nous pouvons aujourd'hui parler sans haine et sans colère, fit retentir contre la France la trompette de 1813. Il rédigea le manifeste de TAulriche et la déclaration de guerre des puissances du Nord. Tous les Congrès l'eurent pour témoin et pour acteur ; si vous vous souvenez d'avoir vu, dans un tableau d'Isabey, non loin du duc de Wellington et de M. de Talleyrand, un homme debout, mince, svelte, au regard pénétrant, le front haut, d'une physionomie française plutôt qtfalleraande : c'est Gentz.
On ne touche pas impunément à ces brûlants rouages de la chose politique. Lorsque tout fut fini ou que tout sembla fini, l'homme d'État se mourut de langueur. La vie des affaires avait été sa poésie ; il avait sans cesse joué son vatout sur ce tapis vert. Que fera-t-il de son activité? Il ne lui restait plus de champ de bataille. Il aima le luxe comme passe-temps; il acheta des curiosités, s'enveloppa de tapis soyeux, s'entoura de fleurs, et multiplia son ennui par ses jouissances. Gë fut alors que deux événements lui rendirent le bonheur de se sentir vivre : la révolution de Juillet et son goût pour Fanny Ellssler. La révolution de Juillet, en détruisant d'un souffle son œuvre de quarante années, lui apportait une leçon de modestie; et Fanny Ellssler venait lui apprendre l'amour: grâce à elle, le vieux diplomate retrouva un second [H-intemps; cette même Fanny, dont le sculpteur Barre a reproduit les traits et l'attitude dans une charmante statuette, et dont j'ai beaucoup à vous parler à propos de Frédéric de Gentz,
320 RACHEL, FANNY ELLSStEB.
Frédéric de Gentz et Faimy ElUsUr.
J*ai à TOUS dire comment Frédéric de Gentz» Tami de M. de iMett^nich et fort âgé, s*éprit de la plus ardente et de la plus sincère passion pour Fanny Ellssler la danseuse; d'une passion si vraie, que vous la prendrez » je ne dis pas eu commisération, mais en estime , quand vous lirez la confession naïve du diplomate et les réponses de sa bienveillante amie. Ce ne sera pas moi qui vous dirai Thistoire de cette passion de soixante-quatre ans; seconde jeunesse, fleurissant tout-à -coup dans une existence épuisée; ce sera Gentz lui-même.
Cet homme d'esprit qui n'avait pas craint Napoléon , qui avait sonné le tocsin des rois contre la Révolution française, et que son repos inaccoutumé fatiguait, en était venu à ce point d'irritation, de fièvre et de mal-aise , qu'il tremblait de peur toutes les fois qu'il entrait dans un bateau. Du orage, un éclair, un bruit lointain, deux moustaches noires, un sourcil froncé, un visage inconnu épouvantaient Gentz. £n vain se renfermait-il dans ses voluptés et dans le secret moelleux de cette vie anglaise qui veut faire du repos un plaisir et du plaisir un repos; tous les fantômes se pressaient autour de Gentz ennuyé. La soie de ses coussins et le velours de ses oreillers ne le guérissaient pas. Point d'activité ; nulle passion : pkis d'avenir. Il était misérable. Avec son esprit il avait agité le monde, et son esprit le dévorait Vous le voyez, et vous le reconnaîtrez souvent, il y a bien plus de roman dans le monde réel que vous n'êtes tenté de le croire. Pour bien comprendre ce que notre vie recouvre de sii^arités inconnues, il faudrait