‹ Études sur l'Allemagne, ancienne et moderneChapitre 7 sur 55 · DU GÊNIB DE LA LANGUE · texte numérisé non relu

DU GÊNIB DE LA LANGUE

et (ait disparaître le vieux keltiqoe 7 — D*oà vient encore la scission profonde de ces deax fleuves de langues, les unes romaines, les autres gothiques, qui coulent paraUèlement à travers l'histoire et le monde modernes ? Quand leurs flots se sont rencontrés, pourquoi se sont-ils non pas confondus, mais repoussés ? A quelle force ou à quelle inpulsion fut primitivement soumis ce double courant d'idiomes latins et germaniques, méridionaux et septentrionaux, néo-romains i't gothiques, double flot de h civilisation moderne, double torrent qui se précipite à droite des sources homériques, à gauche des profondeurs cimmériennes ?» Ce n'est pas une question de philologie, c'est la plus profonde question littéraire des temps modernes. Jamais la fécondité et la puissance de la parole, du verbe^ ne furent prouvées par un exemple plus magnifique.

La hngue française seule, toute romaine par les formes et ta culture, a conservé d'assez nombreux vestiges du vieux keltique. La plupart des mots techniques, d'agriculture et de métier, les vocables d'un sens rustique , âpre et sauvage, qui dans notre idiome ne sont pas de descendance latine ou grecque, appartiennent à la souche keltique.

Banni d'ailleurs des sociétés civilisées, cet idiome aujourd'hui exilé dans les solitudes de l'Ecosse occidentale, sur les grèves de notre Bretagne et dans les vallées du pays de Gomouailles , cet idiome divisé en 'dialectes très-variés a été pour les philologues et les savants une pierre d'achoppement redoutable. Jamais la folie avérée des étymologistes ne s'est donné plus libre et plus ample carrière qu'à propos du keltique. M. Maclean prouve qu*Adam le parlait à sa femme et que les bêtes causaient entre elles dans cette langue. Le docteur Prichard, plus raisonnable, plus savant

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et plus humUe» est d'avis qae les Keltes Tinrent jadis dn fond de TAsîe; ce qui n*a rien d'invraisemblable. Il n*ou* blie ni preuve, ni semi-preave, ni fragment d'bypotbèse, pour rapporter à une source samskrite le dialecte des Keltes nos vieux ancêtres. S'il ne démontre pas tout ce qu'il avance, toutes ses conjectures ont une valeur scientiEque.

Quant à « l'Histoire de la langue keltique^ par M. Ma* clean,» c'est autre cbose. Nous nous sommes arrêtés stupéfaits devant ce monument bizarre, l'un des rêves les [dus majestueusement facétieux dont les bibliothèques aient conservé le souvenir ; l'épopée dans la grammaire , la syntaxe dans le dithyrambe ; le mysticisme de Jacob Boehmendans l'érudition de Ménage, les noces de la Philologie et de la F<rfie, un essai pour retrouver dans le keltique, non pas le langage d'Adam et d'Eve, mais le langage des bêtes antiques alors que les bêtes parlaient Rien de plus insensé que l'érudition folle ; on ne se doute guère combien de poésie extravagante peut renfermer le crâne d'un savant lorsque ce crâne est fêlé; les philologues keltes (l'honnête Lebrigand par exemple), me semblent surtout exposés aux catastrophes cérébrales. C'est ce que prouve l'histoire de ce bon Court de Gébelin, tué par les remèdes de Mesmer, et qui avait eu aussi de curieuses hallucinations :

Ci-g!t ce pauvre Gébelin, Qui parlait grec, hébreu, latin :

Admirez tous son héroïsme ; Il fut martyr du magnétisme.

M. Madean dépasse Court de Gébelin en inventions absurdes, et c'est beaucoup dire. Sur la trace de l'honnête Lebrigand, il reconnaît au monde une seule langue qui

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odmprend toutes les lanpies kaagiiiableSf c'«8t te keltique« L'hébfttu^ fe eophte, l*arabe et le latm se rapportent direo temént au keltique et M. Maelean le prouve I ea manière. Il va fdtis Mu, le kdtique est peur lui le seul idknne naturel Dana son chapitre intitulé : VAubè th Cittlàtene^ Att'niaine (the Davm of hmnan eiistenee}, il l'attache particulièrement à développer Fétymologie du fiez (sron, • le net, » en keltique), et v«id «es perdes t

« Srm, bruit que produisent deut corpsqui s'entreeho- «quent, écho exact et oomplet du son }f(btnt&ire produit •par eet organe quand l'homme se mouchei surtout avec *la main, ce qui a été de toute nécessité fai mode pri-> i^mitive; les peu^ nou eorFMnptts n'eu ottt pas «f au- *tre4 »

M. Madean^ écossais et phiiek)gde êst-îl ssseÉ cortt>mpu pour ne pas se conformer b ses prinMpes? Yiritrire et Bayle auraient ri de son étrange livre, où H nous montre notre commun père Adam imposant des noms aux di* vers animaux. Le mattre d'onomatc^ d*Aâam fut « une vache, à ce que prétend le docteur; n Adam écouta cet animal étendu à ses pieds et apprit db kii à exprimer la supplication par ^néseï/, la franqaillité par gemm, k tlouieur par langan^ le désespoir par rék^ h tnaladie par crîde^ et la rêverie par kftmehd; ee soû guttural est émi-* nemment rêveur parce que le bceuf et la vache le produisent lorsqu'ils ruminent.

Le philologue écossais, après avoir découvert ces choses, s'exalte, « C'est là, dit-il, un langage qui ne mourra qu'a- Dvec la nature. Ce mot brouchd, que donne l'animal rumi- »nant, est évidemment la racine du mot arabe rouch, jisouiBle, esprit, » etc. »

Les véritables sources à consulter sur le vieux génie kel*

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tique dont aous m ooos ooeoperom pM ici, wmx le Myr^ virian àrchatalégjf, l»itabin9§imà^M^ Cbarlotte Gaeat, les excellentes coUeetions de M. de b YiUçaiarq«éf enfin un récent traité de H. Mone (1) sur la bagne et b littérature de ces races. Leur iaflaeacç définitive snr b langue française a été analysée par M. Edelstand Duméril (2) de b manière b pins cnrieuseï ta plus safunte etb mieux appuyée d*abwdantes preuTes; mobilité, luidité» incertitude, transformation etTtrbtioa fréquente des voyelles» des con* sonnesi même des syllabes, teb paraissent être aujourd'hui même a|»*ès tant de siides les caractères de ces bngnes. « n y a des mots en verse t (Irlandais), dit Pinkerton, gui font jusqu'à trente lignifications; r- gal^ par exemple, qui «signifie étranger, — indigène, — conquérant, — bit, — •pari, — rentre de truite « «tc- * On peut prononcer de deuxmanièresIemetofj^eacA, cheval, — ^lequel s'écrit d'une troisième. En gallois ou Welsh, dit Townsend, cité par M. Duràéril, c, p, r, se permutent, Taspiraiion se perd quelquefois; M, mht ch^ gk,thf ont souvent le même son. Tant de variations et d'incertitudes, mères d'un seeptîoisme inévitable, expliqueraient peut-être h vive teinte d'ironie dont b langue fraiiçeifle, b seule qÉi soit restée un peu keltique sur quelques pmntSf a gardé b marque visible. Sans compter les mots de raillerie brottie ou de blâme véhément qui se n^iportMit à cette antique origine^ nous devons à b rustique et vive loquacité de nos aïeux presque tous les termes de mépris populaire et de sarcasme expressif qui nous sont restés, et dont b variété et le nombre étonnent les pbilotogues i tels sont les mots ! « Faire des arias^ ba^ » garre^ tapage^ tracas, vogue ^ réef», ret^êche^ rabâcheur^

(i) î)ie GaUUehe Spraehe, etc. GarismihS. 18S1« (2) ForvMtion <U la langue françaiMC^

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